‹ L'alimentation de la Belgique par le comite nationalChapitre 44 sur 227 · CRISE DES TRANSPORTS J · texte numérisé non relu

CRISE DES TRANSPORTS J

5 . — La crise des transports ; la diminution des importations permises; la question des graisses et des produits indigènes. (Novembre 1915 à octobre 1916.)

De cet ensemble de circonstances, on pouvait conclure que pour maintenir le Standard of life de la population au niveau demandé par l'hygiène publique, il fallait étendre l'importation des produits exotiques. Nul doute que si le Comité National avait pu, à l'entrée de son second exercice, reviser en toute liberté l'état de prévisions qu'il avait dressé lors de la mise sur pied de son entreprise, il n'en eût sensiblement majoré les postes. Mais la situation économique mondiale, loin de lui faire attendre une augmentation de ses ressources alimentaires, lui laisse à peine l'espoir de réaliser son programme primitif. Le président de la Commission for Relief in Belgium, M. Hoover, juge la situation assez critique pour mettre lui-même les délégués provinciaux au courant des difficultés du ravitaillement et des dangers qui le menacent. A leur réunion du 2 décembre 1915, il s'adresse à eux en ces termes :

Je désire simplement vous donner quelques avertissements au sujet du problème des importations de l'étranger.

La situation, cette année, est devenue beaucoup plus difficile que celle de l'année dernière, qui elle-même était déjà suffisamment mauvaise. Malgré cet état de choses, nous espérons réaliser notre progranmie. Il convient, toutefois, de vous avertir que certains arrivages pourraient faire défaut. Vous n'ignorez pas, sans doute, qu'en Amérique et au Canada, la moisson, cette année, a été en retard de deux mois. Il en est résulté un égal retard dans les expéditions vers l'Europe et un rush, au moment oii la récolte devint disponible, aux ports d'embarquement.

Nous-mêmes, nous ne réussîmes qu'à nous a.ssurer une quantité de tonnage a.ssez minime, alors que nos réserves en Belgique allaient s'épuisant d'une manière inquiétante. Cette réduction se faisait sentir non seulement dans les approvisionnements de froment, mais s'étendait aussi aux lards et graisses, la période d'engraissement ayant été retardée. Dès qu'il fut réellement po.ssible de disposer de la récolte, la demande devint excessive du fait que de nombreux bateaux attendaient dans tous les ports américains.

Grâce à la coopération des fonctionnaires des Produce Exchanges, des chemins de fer et des commissaires maritimes, nos bateaux furent chargés en premier lieu pendant toute cette période d'intense trafic et la surestarie

la plus importante ne porta pas, je crois, sur plus de cinq jours. D'autres navires furent retenus i^endant plus d'un mois avant de pouvoir obtenir une place à quai. Et si vous n'avez pas eu à déplorer de disette en Belgique, vous le devez uniquement à la préséance accordée partout aux bateaux du « Belgian Relief ». A cette occasion, nous devons remercier plusieurs centaines de fonctionnaires de toutes catégories pour les facilités obtenues, parmi lesquelles la mise eu marche, même, de trains spéciaux réservés à nos approvisionnements.

La difficulté, pour le moment, n'est pas d'obtenir des denrées alimentaires en Amérique et au Canada où la récolte a été plus abondante qu'elle ne l'avait été depuis de nombreuses années, mais bien de se procurer les mo^'ens de transport nécessaires. Les opérations plus étendues des puissances alliées ont exigé l'emploi de plus de navires que l'an dernier et il y a eu des pertes importantes de divers côtés; de plus, beaucoup de personnes se sont opposées à l'importation de vivres dans le territoire occupé et ce sentiment a réduit le nombre des bateaux pouvant être affrétés par nous. Aussi bien, les dangers qui s'offrent à la navigation vers Rotterdam par suite de mines et d'autres difficultés niilitent contre nous dans le marché du fret.

A la vérité, il manque des navires dans le monde entier et nous sommes obUgés, pour ainsi dire, de supplier pour en obtenir.

Jusqu'au mois d'aoîit dernier, il nous fut jwssible d'agir à notre guise et, par conséquent, d'em^iêcher la hausse des prix, mais depuis le i^"" octobre, nous nous sommes vus obligés d'accepter tout navire qu'on parvenait à amener à entreprendre le voyage vers Rotterdam.

Le fret et le taux d'assurance ont augmenté d'environ 55 francs par tonne au mois d'août dernier, jusqu'à 112 francs actuellement, alors qu'en temps normal, le prix est d'en^^ron 12 à 14 francs. Malgré ces prix extravagants, nous n'avons pas même pu nous procurer le nombre de tonnes navigables que nous désirons. La malchance nous a poursui^'is, il est vrai, au cours des deux derniers mois pendant lesquels trois cargaisons complètes ont sombré dans la Manche ; deux de nos bateaux ont été réquisitionnées par les puissances alUées au moment même où ils allaient embarquer, et, lorsque le blocus partiel de la Grèce fut annoncé, nos contrats d'affrètements grecs furent mis en péril et il fallut quelque temps avant de pouvoir régulariser la situation. Jusqu'à présent, nous n'avons pas été en mesure d'obtenir tous les bateaux nécessaires pour le mois de jan\-ier. Toutefois, nous expédierons en décembre plus qu'il n'est nécessaire à la consommation pendant ce mois, de telle sorte que, de ce côté, nous sommes à l'abri jusqu'à fin janvier et nous espérons que la situation changera avant cette époque.

Il ne faut pas envisager la situation avec une inquiétude exagérée et je désirais simplement vous donner un mot d'avertissement parce que, dans les circonstances actuelles, nous ne pouvons pas faire l'impossible.

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