ALIMENTS POUR LES ANI^IAUX
Importations de 191 3 :
Avoine, seigle, riz, maïs, tourteaux, son 1,836,000 tonnes
Exportations des mêmes produits 395,000 »
Consommation... 1,441,000 tonnes
Un tiers du total sert à la nourriture des animaux, soit. 1,000,000 tonnes
Produits indigènes en 191 3 500,000 »
Total... 1,500,000 tonnes
Importations de la Commission for Relief in Belgium en 1914-1915 :
Maïs 84,000 tonnes
Son du froment importé 1 10,000 »
Son du froment indigène 30,000 »
Impcfrtations de la section agricole 6,000 »
230,000 tonnes Différence en moins avec la normale . . . 1,270,000 tonnes
11 en est résulté l'obligation d'abattre beaucoup d'animaux, attendu qu'il n'y avait pas assez de nourriture pour tous. D'où la conséquence que, jusqu'à présent, il y a eu d'abondants arrivages d'ahments carnés — pris sur le capital — mais maintenant l'excédent du stock a été épuisé et le prix de la viande s'élève rapidement.
Beaucoup des animaux qui restent sont réservés pour la reproduction
TAS D EXPORTATIONS \^RS l'ALLEMAGNE 79
OU sont très jeunes. Il devient de plus en plus difficile, pour le peuple^ de se procurer de la viande. Par suite du manque de nourriture, le bétail disparaît — et les relevés concernant le lait et le beurre accusent une diminution alarmante — d'où le résultat que la demande pour le lard et surtout pour le saindoux s'élève continuellement.
Les ressources en bétail du pays ont été. gravement atteintes durant la période des opérations militaires et il faut admettre que les troupes d'occupation et les formations le long de la ligne du combat, obtiennent une certaine part des ressources belges en viande.
Dans de nombreux groupes de la population règne la conviction que la viande produite dans le paj'S est réquisitionnée ou achetée par les autorités allemandes et envoyée de Belgique en Allemagne et que de fortes quantités de graisse sont réunies et expédiées de la même manière. C'est là im fait à prendre actuellement en sérieuse considération et les délégués de la Commission for Relief in Belgium n'ont pas manqué d'indaguer à son sujet.
De déclarations officieuses d'officiers et de fonctionnaires supérieursallemands, il résulte que :
1° L'exportation des porcs et des produits du porc de Belgique en Allemagne est défendue et, sauf de minimes violations qui doivent toujours être admises et qui dans l'occurrence sont sans conséquences, il n'y a pas eu de transports de porcs de Belgique vers l'Allemagne. Par contre, un grand nombre de porcs ont été envoyés d'Allemagne en Belgique.
2° Environ 200,000 têtes de bétail ont été transportées d'Allemagne vers le nord de la France et les régions belges voisines pour y pâturer et 3' servir de nourriture à l'armée, et de la viande, d'origine allemande, a été vendue à la population du nord de la France, ce qui est confirmé par un membre de la Commission for Relief in Belgium.
30 En thèse générale, il n'y a eu aucune exportation de bétail de Belgique vers l'Allemagne dans le semestre qui vient de s'écouler.
40 De même, il n'a pas été exporté de beurre de Belgique vers l'Allemagne. Ce produit ne peut être exporté sans autorisation et les autorisations qui ont été accordées ne représentent qu'un tonnage insignifiant. Un seul transport de quelque importance a été fait et il se monte à 5 tonnes. Toute exportation considérable de ce genre est interdite.
5° Les mêmes considérations s'appliquent aux graisses et au tallow. De petites quantités ont probablement passé en Hollande et peuvent avoir filtré à travers la frontière, mais, d'une façon large, des exportations de graisse de Belgique vers l'Allemagne ne se produisent pas.
6° En ce qui concerne le tallow et la fabrication de la margarine, les autorités allemandes prétendent qu'il y a une méprise sur l'importance des opérations de la « Centrale des huiles «, organisée précisément pour recueilhr les produits propres à la fabrication de la margarine. Elles émettent l'avis que les corps gras réunis dans le pays ont été raffinés et que la production totale s'élève à 10 tonnes dont un tiers a été envoyé
8o IMPORTATIONS DE GRANDE CONSOMMATION
en Allemagne et deux tiers sont restés en Belgique. Les fabriques de margarine sont appelées à s'étendre, mais la quantité produite ne sera pas importante et on a l'intention d'en distribuer une partie aux petits bouchers et aux abattoirs privés qui fournissent la graisse.
7° Quant aux graisses commerciales, la récolte des déchets et graisses se fait suivant le système employé en Allemagne. I^ but est d'utiliser des matières grasses qui sont aujourd'hui gaspillées. De ces produits, des expéditions vers l'Allemagne ont été faites. Il n'en existe pas de relevé exact, mais on évalue la production à environ 50 tonnes.
Le président du bureau de Bruxelles de la Commission for Relief in Belgium ajoutait que ces renseignements provenaient d'officiers de rang supérieur, en relation avec les organes officiels et qui avaient recueilli leurs renseignements auprès des services compétents. Il estimait donc que leurs avis méritaient d'être pris en considération.
Le 24 décembre suivant, la PolUische Ahteihing, répondant à une lettre que la Commission for Relief in Belgium lui avait envoyée le 17 par l'intermédiaire de la légation des États-Unis, déclare « que, en réalité, l'exportation du lard et du saindoux de Belgique est défendue. Les autorités allemandes ont donné pour instruction, aux gardes-frontières, de veiller à ce que cette défense soit strictement observée et d'en prévenir la violation ».
Malgré cette justification si probante, le Foreign Office notifia à la Commission for Relief in Belgium (16 décembre 1915) qu'elle avait à restreindre son activité et limiter ses importations aux produits suivants : riz, maïs, pois, haricots, poisson, cacao et médicaments. Il lui était défendu, pour le moment, d'introduire en Belgique du lard et du saindoux ainsi que les produits rangés sous la rubrique a Produits divers ». Cette mesure était prise <; à raison d'actes posés par les Allemands qui apparaissent, au premier abord, comme une violation de leurs engagements et parce que l'on soupçonne que certains des produits importés servent à remplacer des produits achetés ou pris par les Allemands ».
La Commission for Relief in Belgium protesta contre la rigueur de cette décision qui l'empêchait d'utiliser des produits qu'elle avait achetés, et dont la valeur s'élevait à 52,000 livres sterling (environ 1,300,000 francs). EUe affirma, en même temps, qu'il était indispensable pour l'alimentation de la population belge
PROGRAMME DE DÉCEMBRE ICI 5 8l
d'importer une certaine quantité de graisses. Pour démontrer au Foreign Office avec quelle modération et quelle prudence elle avait usé jusqu'alors des permis d'importation qui lui avaient été accordés, elle lui soumit un mémorandum où elle exposa le nouveau programme des importations dont le Comité National sollicitait l'approbation. Comme il est naturel puisque depuis un an la Belgique s'est appauvrie, les quantités figurant à ce programme dépassent sensiblement celles du programme rédigé un an auparavant. Non compris le savon et les tourteaux pour le bétail, elles atteignent un total de 115,500 tonnes. La partie du mémorandum concernant les produits de grande consommation — il sera question plus loin des produits divers — est ainsi conçue :
Froment. — La récolte indigène disponible, qui est placée sous notre contrôle, nous procure environ 13,500 tonnes par mois. Il est, par conséquent, nécessaire d'importer mensuellement 54,000 tonnes pour donner à la population une ration de 250 grammes de farine. Vu le retard dans la moisson qui s'est produit partout, nos stocks en Belgique se sont réduits au point que, laissant de côté les marchandises en transit, nous n'avons pas pour plus de deux jours de nourriture dans nos magasins en Belgique.
Saindoux. — Pour nous permettre de distribuer une ration d'une once (33 grammes) par jour, il sera nécessaire d'importer 7,000 tonnes de saindoux par mois.
Lard. — Pour une ration d'une demi-once (16 graimnes et demi) par jour, une importation de 3,500 tonnes par mois est nécessaire.
Maïs. — Le maïs est employé partiellement pour l'alimentation humaine sous la forme d'un produit pour potages appelé céréaline, convenant aux enfants, pendant que les déchets et le reste du maïs sont employés comme fourrages. La quantité que nous avons attribuée à cet usage est de 20,000 tonnes par mois, ce qui représente la moitié de l'importation normale en Belgique. Le maïs est largement employé pour la nourriture de la volaille et l'entretien du bétail communal.
Riz. — Nous avons, durant les derniers mois, importé environ 5,000 tonnes de riz par mois pour le compte de la Belgique. Il est distribué par rations, mais seulement aux fractions les plus pauvres de la population. Pour accorder à l'ensemble de celle-ci une ration de 60 grammes par jour, il faudrait une quantité beaucoup plus forte.
Pois. — Haricots. — Lentii,i,es. — Nos besoins sont d'environ 4,000 tonnes par mois. La demande varie avec la saison. Durant l'été nous
n'avons pas besoin de toute notre importation. Nous en avons formé des stocks que nous sommes sur le point d'emplo}er. Nous devrons recommencer nos importations sur la base indiquée à une date prochaine.
Ces protestations eurent une certaine efficacité. Le 25 décembre 1915, le bureau de Rotterdam de la Commission for Relief in Belgium avertissait le bureau de Bruxelles que le Gouvernement anglais autorisait l'importation de 3,700 tonnes de lard et de saindoux par mois, dans la proportion de une partie de lard contre deux de saindoux. Mais le Foreign Office n'accepta pas le programme mensuel des importations qui lui fut soumis et, le 5 janvier 1916, il écrivait à la Commission for Relief in Belgium : « Un programme est mis à l'étude qui sera probablement beaucoup au-dessous de ce que vous considérez comme nécessaire. Vu la politique des Allemands, nous sommes absolument contraints de les obliger à laisser à la population les ressources locales en leur enlevant tout espoir d'une augmentation quelconque des importations. »
En portant cette décision du Gouvernement anglais à la connaissance du Comité National (13 janvier 1916), la Commission for Relief in Belgium lui fit savoir qu'elle estimait nécessaire de réserver dorénavant tout le maïs pour l'alimentation humaine, chose dont il était question depuis le mois de juin 1915, et, par mesure de prudence, de réduire légèrement la ration de pain, tout eri portant la mouture à 85 %. Nous nous heurtons, disaitelle, à trois difficultés distinctes : « La première, c'est la conviction du Gouvernement britannique que l'exportation continuelle de denrées alimentaires sous la forme de viandes, de graisses et de pommes de terre a pour effet d'accroître nos importations et de nous amener, en somme, à remplacer ce qui est consommé pour la nourriture de l'armée allemande; la seconde difficulté provient des conditions actuelles des transports maritimes. Elles se résument en ceci, que le nombre des navires disponibles est inférieur à ce que demande le commerce mondial. Nous offrons maintenant, pour le fret des ports de l'Atlantique jusqu'à Rotterdam, 20 shillings le quintal et nous n'obtenons pas de navires; la troisième difficulté réside dans le fait que l'amirauté britannique, sous le prétexte que la route de Rotterdam a été semée de mines par les Allemands, refuse de nous céder encore