‹ L'alimentation de la Belgique par le comite nationalChapitre 49 sur 227 · RÉPONSE AUX CRITIQUES DU FOREIGN OFFICE · texte numérisé non relu

RÉPONSE AUX CRITIQUES DU FOREIGN OFFICE

des navires anglais. Nous avons un grand nombre de navires retenus aux Dunes et, comme nous vous l'avons déjà fait savoir, nous n'avons pas pu affréter un seul navire anglais depuis le début de décembre.

» De ces trois difficultés, la première est la plus importante. Les deux dernières seraient aisées à surmonter si nous avions l'appui sympathique du Goiivernement britannique. »

C'était donc à la première qu'il fallait s'attaquer tout d'abord. Sur un point, il était au pouvoir du Comité National de calmer les appréhensions du Foreign Office. Parmi les reproches que celui-ci adressait à la Commission for Relief in Belgium figurait celui de permettre l'envoi, en Allemagne, de produits importés par elle. Ce reproche atteignait directement le Comité National. Il y avait un défaut dans le système de répartition si une partie des marchandises destinées à la consommation belge prenait le chemin de l'étranger. Le Comité National devait agir et il ne manqua pas de le faire. Dès le 5 février 1916, le président du Comité exécutif pouvait donner au président de la Commission for Relief in Belgium l'assurance que les mesures nécessaires étaient prises pour prévenir les détournements. Il mettait, en même temps, les choses au point et montrait que l'importance de l'affaire avait été fort exagérée :

Il y a environ trois mois, lui écrivait-il, le Comité National fut prévenu, par divers indices, qu'il se faisait un trafic illicite de denrées alimentaires dans le pays. Craignant que ces denrées ne provinssent, en partie, des importations de la Commission for Relief in Belgium, il prit aussitôt des dispositions pour prévenir un pareil état de choses ou mettre fin, le cas échéant, aux irrégulatités qui pourraient exister. Il adressa d'abord des avertissements aux présidents des Comités provinciaux et les invita à exercer un contrôle sévère sur les opérations de leurs sous-comités. Il leur prescrivit de ne répartir les marchandises reçues que d'après les besoins de la consommation dans les diverses régions et locaUtés, de tenir en stock les produits qui ne pouvaient être consommés immédiatement, de ne vendre les produits que par ration et par tête d'habitants. Il rappela, à diverses reprises, qu'il était formellement interdit aux sous-comités, de vendre des marchandises en bloc à des counnerçants, même au cas où elles ne seraient pas demandées par la population, ou au cas où elles seraient avariés. Il recommanda, puis ordonna à tous les Comités de ne céder les produits qu'aux porteurs de la carte de ménage, par ration et avec inscription de chaque ration fournie sur la dite carte. Il créa, enfin.

un sen-ice spécial pour l'inspection générale des sous-comités. Ce ser\-ice, qui fonctionne actuellement, a pour mission de contrôler les opérations des Comités locaux dans les pro\-inces et de voir si le contrôle provincial s'exerce régulièrement et utilement.

En même temps qu'il prenait des mesures d'ordre administratif, le Comité National s'adressait aux autorités judiciaires et leur intervention a amené la saisie d'une certaine quantité de marchandises dont l'origine est suspecte. Toutefois, il est certain qu'une grande partie de denrées exportées de Belgique en Allemagne par la Hollande ne pro\-iennent pas des importations de la Commission for Relief in Belgium. Il a été établi que le trafic se faisait par l'intermédiaire d'une maison allemande d'Anvers (la firme Reiche).

Son commerce était aUmenté par un certain nombre d'intermédiaires belges qui s'adressaient aux consommateurs et, plus rarement, aux Comités locaux, et par^-enaient à recueillir des quantités parfois sérieuses de denrées alimentaires. Le riz semble avoir été le principal objet de leur trafic.

Les marchandises recueillies dans les provinces étaient concentrées à Bruxelles, revendues à bon prix, dirigées par eau sur Anvers et, de là, par allège en Allemagne.

Nous prenons, ainsi que nous l'avons dit, toutes les mesures possibles pour arrêter ce commerce et nous estimons que nos efforts ont déjà eu pour résultat de diminuer les fuites dans une proportion très considérable.

J'ai eu l'occasion de m'entretenir de cette affaire avec les autorités allemandes et j'ai été informé que le gouvernement général poursuivait, de son côté, une enquête et que les erreurs commises par les Allemands seraient réprimées.

Vous pouvez, toutefois, être, dès maintenant, assuré que les renseignements que nous avons recueillis prouvent que cette affaire est loin d'atteindre les proportions qu'on vous a indiquées.

S'il était facile de donner satisfaction au Gouvemment anglais en ce qui concerne les détournements de denrées importées, il l'était beaucoup moins de lui procurer l'assurance que les ressources alimentaires indigènes ne sers^iraient plus à l'alimentation de l'Allemagne. Or, c'était là le point essentiel. Le Foreign Office paraissait décidé, en ce qui concerne les graisses, à ne plus tolérer leur introduction en Belgique si l'envoi en Allemagne des graisses produites dans le pays n'était pas défendu par les autorités allemandes. Les ministres protecteurs inter\'inrent d'une manière pressante auprès du gouverneur général pour qu'il prit la mesure réclamée par l'Angleterre. Le 16 février 1916, ils recevaient du département politique l'information que le

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gouverneur général s'était déclaré d'accord avec eux pour défendre l'exportation, hors du territoire du gouvernement général, des vivres (y compris les bestiaux) , des denrées et des fourrages servant à l'alimentation humaine et à celle du bétail. Mais le décret promis ne parut pas et, le 23 février 1916, le Foreign Office, lassé de l'attendre, faisait connaître à la Commission for Relief in Belgium le nouveau programme d'importations dont il avait annoncé la mise à l'étude le 5 janvier. Les importations étaient désormais divisées en deux catégories. Les unes, destinées à la population entière, ne comprenaient plus que du froment et un peu d'orge pour la fabrication de la levure. La quantité de froment était limitée à 54,000 tonnes, ce qui, en y ajoutant les céréales indigènes, correspondait à une ration journalière de 305 grammes par habitant, alors que la ration ancienne était, nominalement du moins, de 340 grammes. Les autres produits étaient réservés exclusivement aux indigents; ils comprenaient 2,400 tonnes de lard et de saindoux, 3,000 tonnes de pois et de haricots et 8,000 tonnes de farine de maïs. L'importation du riz n'était plus permise, non plus que celle des huiles comestibles. Le maïs et les fèves étaient considérés comme des « céréales subsidiaires » qui pouvaient être substituées les unes aux autres, à la condition que l'importation totale du maïs n'excédât pas 8,000 tonnes. A titre exceptionnel, la Commission for Relief in Belgium obtint, en quelques cas, l'autorisation de remplacer par du riz quelques chargements de maïs.

Le ravitaillement de la Belgique fut sérieusement menacé par ce changement dans l'attitude de l'Angleterre. Comme la Commission for Relief in Belgium l'avait prévu (voir sa lettre au Comité National du 13 janvier 1916), elle rencontra désormais de telles difficultés à se prociuer du fret qu'elle ne parvint même pas à amener en Hollande les quantités de vivres prévues au nouveau programme. Durant les mois de mars et d'avril réunis, elle n'importa que 73,000 tonnes de froment, au lieu de 108,000 tonnes, quantité figurant au programme, et 12,000 tonnes de maïs au lieu de 16,000.

La situation s'améliora au mois de mai. Le 14 avril 1916, après deux mois de négociations, l'autorité occupante se résigna à exécuter la promesse qu'elle avait faite, le 16 février, aux

ministres protecteurs. Le 14 avril 1916, e le adressait à ces derniers la lettre suivante, donnant à la population belge les garanties exigées par l'Angleterre :

Monsieur le Ministre,

J'ai l'hoiineur de faire savoir à Votre Excellence que j'ai communiqué à M. le gouverneur général la note que S. Exe. INI. le ministre d'Espagne a bien voulu me faire parvenir, en date du 7 avril 191 6, tant au nom de Votre Excellence et de M. le chargé d'affaires des Pays-Bas qu'au sien propre, concernant le ravitaillement de la Belgique par le Comité National de Secours et d'Alimentation.

M. le gouverneur général m'a chargé d'exprimer à Votre Excellence les sentiments de gratitude qu'il éprouve pour la solUcitude incessante qu'Elle n'a pas cessé de témoigner, depuis bientôt vingt mois, à l'œuvre humanitaire dont Elle a bien voulu accepter le patronage de concert avec S. Exe. M. le ministre d'E.spagne et M. le chargé d'affaires des Pays-Bas. M. le gouverneur général est persuadé que la population belge tout entière partage ces sentiments.

M. le gouverneur général a constaté avec beaucoup de plaisir que les démarches entreprises par S. Exe. ISI. le mmistre d'Espagne, tant au nom de Votre Excellence et de INI. le chargé d'affaires des Pays-Bas qu'au sien propre, ont eu pour effet d'amener le gouvernement anglais à ne pas arrêter le ravitaillement de la population civile en Belgique. Son Excellence s'est montrée d'autant plus satisfaite de ce résultat que les exigences nouvelles formulées récemment par le Gouvernement anglais et qui constituaient une menace sérieuse pour la continuation de ce ravitaillement, avaient, pour point de départ, des renseignement erronés, suivant lesquels les autorités, dans le territoire administré par M. le gouverneur général, n'auraient pas respecté les engagements pris par Son Excellence vis-à-vis des puissances neutres. Votre Excellence est à même de constater et de réfuter sans plus l'exactitude de cette assertion. M. le gouverneur général se rappelle, en effet, avec satisfaction que Votre Excellence, ainsi que Ses Honorés Collègues, a bien voulu reconnaître, maintes fois et en dernier lieu dans Sa note du 23 janvier 1916, l'attitude correcte observée par les autorités placées sous ses ordres dans l'exécution des conventions conclues par lui.

M. le gouverneur général s'étant encore montré réceimnent disposé, au mépris de certains intérêts allemands, à renoncer au droit découlant incontestablement pour lui de la Convention de La Haye, d'alimenter l'armée d'occupation au moyen des provisions belges. Votre Excellence voudra bien se rendre compte, par ce fait, de l'intérêt que M. le gouverneur général porte au bien-être de la population du pays qu'il administre.

Comme suite aux négociations du mois de février écoulé et contrairement aux informations du Gouvernement anglais, M. le gouverneur

NOUVEI^LES GARANTIES DONNÉES PAR l'ALLEMAGNE 8/

général a déjà formulé, à la date du ler mars, une défense d'exportation pour les vivres et les fourrages. Conformément à l'ensemble des assurances domiées en dernier lieu au Gouvernement que Votre Excellence représente, M. le gouverneur général résumera et complétera les mesures, déjà prises en ce sens, par des instructions nouvelles défendant l'exportation, hors du territoire du gouvernement général, des vivres (y compris les bestiaux), denrées et fourrages servant A V alimentation humaine et à celle du bétail. Il défendra, de même, l'exportation, hors du dit territoire, des semences, des engrais et des approvisionnements agricoles. Cette défense ne s'appliquera qu'aux produits d'origine belge, étant entendu, notamment, que les produits d'origine allemande se trouvant actuellement dans les dépôts de l'administration militaire pourront être exportés. En dehors des autorisations qui pourront être accordées à la Commission for Relief in Belgium pour l'exportation, hors du territoire du gouvernement général, vers le nord de la France, de vivres, bétail et fourrages dont il y aurait un excédent sur les besoins de la consommation, la défense précitée ne souffrira pas d'exceptions; la réser\-e convenue par S. Exe. ISI. le ministre d'Espagne avec le gouvernement anglais étant toutefois ici faite pour les quantités de certains prodviits du sol belge dépassant les besoins de la population du terroire occupé de la Belgique.

jNI. le gouverneur général donnera également à l'intendance militaire du gouvernement général pour les effets conséquents, l'ordre de ne plus ni réquisitionner ni acheter par Ubres transactions, dans le territoire occupé de la Belgique, pour les besoins de l'armée d'occupation, aucun des produits ci-dessus mentionnés. Comme Votre Excellence a pu s'en convaincre au cours des négociations ayant eu heu dernièrement, M. le gouverneur général attache la plus grande importance à ce qu'une situation définitive et nette soit créée. C'est donc avec une vive satisfaction que j'ai déduit, de la note que S. Exe. INI. le ministre d'Espagne a bien voulu me faire par\-enir, que Votre Excellence, en Sa quaUté de Représentant de Son Gouvernement, ne considérera pas des achats occasionnels de ces produits faits individuellement par des persomies appartenant à l'armée, comme étant contraires à l'engagement pris par M. le gouverneur général, pour autant que ces achats ne soient aucunement systématiques ni effectués pour compte de l'Intendance miUtaire.

Ayant ainsi élargi les obUgations contractées précédemment par lui envers les trois puissances neutres, concernant le terr toire qu'il administre. M. le gouverneur général est persuadé que, de son côté, le Gouvernement que Votre Excellence représente assume vis-à-vis de lui la garantie que, dorénavant, le Gouvernement britannique renonce définitivement à entraver, par des réquisitions de navires ou de toute autre manière, le ravitaillement de la iX)pulation civile en Belgique. Je prie Votre Excellence de bien vouloir se faire autoriser par Son Gouvernement à confirmer le bien-fondé de cette manière de voir.

Votre Excellence est à même de se rendre compte que les stipulations

de cette convention et de toutes celles conclues précédemment avec le Gouvernement représenté par Votre Excellence sont ( onsciencieusement observées par les autorités et les troupes sous les ordres de Son Excellence. yi. le gouverneur général est toujours prêt à aider Votre Excellence de toutes les manières possibles dans l'accomplissement de cette tâche. Il croit pouvoir exprimer l'espoir que Votre Excellence voudra bien faire connaître dans les pays neutres et belligérants les constatations qu'Elle a déjà faites et qu'EUe pourra encore faire à ce sujet pour réfuter les insinuations tendancieuses qui apparaissent constamment dans ces pays et qui ne peuvent que nuire à l'œuvre dont Elle a bien voulu assumer le Protectorat. Soucieux d'écarter de cette œuvre toute ingérence non justifiable des puissances en guerre avec l'Allemagne et désirant éviter tout rapport avec celles-ci, M. le gouverneur général continuera à s'adresser à Votre Excellence dans toutes les questions y relatives.

M. le gouverneur général a noté, avec satisfaction, que Votre Excellence veiUera à ce que l'œuvre de secours et d'alimentation, placée sous Son patronage soit maintenue strictement dans les limites tracées à son activité. Ceci permettra à M. le gouverneur général d'accorder, comme par le passé, toute son aide et toute sa protection au Comité National et à la Commission for Relief in Belgium que Votre Excellence patronne, pour permettre aux membres de ces deux organisations de continuer les efforts qu'ils ont accomplis jusqu'ici avec tant de dévouement dans leur œuvre humanitaire et bienfaisante des inée à alléger, pour la population de la Belgique, le poids des souffrances de la guerre.

Je saisis cette occasion pour renouveler à Votre Excellence les assurances de ma haute condidération.

(S.) Lancken.

S'il avait été loyalement exécuté, rengagement pris par l'Allemagne eût facilité beaucoup l'alimentation publique. Partagée intégralement entre les habitants, la production indigène eût procuré à ceux-ci une ration suffisante de pommes de terre, de beurre, de sucre et de viande. Mais le Gouvernement allemand sut exécuter ses obligations de manière à conserver la disposition d'une part considérable des vivres indigènes. Il s'était réservé d'exporter « les quantités de certains produits du sol belge dépassant les besoins de la population du territoire occupé de la Belgique ». Par une réglementation appropriée des transports, il provoqua des congestions localisées d'où résultait l'accumulation, dans une région, de vivres en quantité dépassant les besoins des habitants de cette région. L'excédent, prétendait l'administration allemande, pouvait être librement

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