PROGRAMME DU MOIS DE MAI I
nous nous trouvons à présent, au sortir d'un hiver excessivement rigoureux, dépourvus pour ainsi dire de toute provision. En dehors des vivres importés par la Conunission for Rehef in Belgium et de quantités de vi\Tes indigènes que seuls les gens ayant des moyens d'existence assez considérables peuvent se procurer, la famine règne dans la majeure partie du pays et atteint non seulement la classe ouvrière et nécessiteuse, mais encore toute la petite et même la moyenne bourgeoisie.
C'est pour ces raisons qu'en considérant le programme que vous nous soumettez et qui accuse une réduction assez importante sur le programme mensuel fixé l'an dernier, nous sommes obligés de vous lancer un véritable cri d'alarme et de vous déclarer que .si. par un moyen ou un autre, vous ne parvenez pas à nous envoyer des quantités considérables de vivres importés, les conséquences les plus désastreuses sont à prévoir. Peu nous aura servi de ravitailler les gens pendant deux ans ou deux ans et demi si, dans les six mois à venir et qui nous séparent de la prochaine récolte, nous ne pouvons plus les soutenir. C'est la période qui va s'écouler jusque vers le 25 septembre prochain, c'est-à-dire vers l'époque où les nouvelles plantations ou plutôt les récoltes indigènes (pommes de terre et céréales) vont pouvoir être utilisées, que la famine va être le plus difficile à combattre. Aussi avons-nous demandé spécialement à votre directeur qui, au moment où il quitte le pays, connaît dans quelle détresse nous nous trouvons, qu'il insiste auprès de vous ix>ur que vous fassiez des miracles en vue de maintenir les importations en rapjwrt avec les besoins réels de nos malheureuses populations.
Nous vous indiquons ci-après les remarques que nous suggère le programme d'importation et de répartition annexé à votre lettre, et nous joignons à la présente un tableau qui servira de répartition entre la Belgique et le nord de la France.
Nous comprenons, d'après votre conmiunication, que la principale ■difficulté réside dans le tonnage dont la Commission for Relief in Belgium dispose pour effectuer ses transports. En ordre subsidiaire, l'achat des produits constitue la seconde difficulté et les ressources financières la troisième. Nous négligeons cette dernière difficulté, sup^xisant que la restriction dans les importations de ces derniers temps permettra de faire face aux achats envisagés pour l'avenir.
En ce qui concerne le tonnage, conune celui-ci sera probablement insuffisant pour faire face au transport de toutes les marchandises qui nous sont indispensables, vous devez l'affecter, en premier lieu,' au transport des aUments concentrés, parmi lesquels il y a lieu de signaler spécialement le lard et le saindoux, le riz, les pois et haricots et le lait condensé.
Lard, saixdoux et graisse.
Vous devriez absolument vous efforcer à nous fournir les contingents prévus à l'ancien programme, soit 5,500 tonnes de ces produits pour la Belgique et 3,200 pour le nord de la France. Il importa que ces quantités
gS IMPORTATIONS DE GRANDE CONSOMMATION
soient réellement importées, quitte à diminuer d'un tonnage équivalent les quantités de froment. Si ce tonnage total de 8,700 tonnes ne peut être approvisionné, toutes les quantités qu'il est possible de se procurer devront être partagées dans la proportion de 3 pour la Belgique et de 2 pour le nord de la France. En d'autres termes, s'il ne vous est possible que d'acheter 5,000 tonnes de lard et saindoux, par exemple, il convient d'en réserver 3,000 à la Belgique et 2,000 au nord de la France.
Riz.
En ce qui concerne ce produit, nous constatons que vous prévoyez que nos stocks locaux en Belgique et dans le nord de la France sont suffisants pour faire face aux besoins des prochains mois. Or, cette prévision n'est plus exacte, attendu qu'au i^^ avril, il ne restait en Belgique que 9,853 tonnes et dans le nord de la France, 5,773 tonnes, ce qui permet d'assurer les besoins en riz jusque fin juin environ. Il est à remarquer que le manque de pommes de terre a causé une augmentation considérable de la consommation des féculents importés. L'augmentation de la consommation a été d'autant plus forte, qu'en ces derniers temps l'œuvre des soupes a pris une très grande extension.
Nous espérons donc que vous serez'â même de nous adresser, sous peu, de nouvelles quantités de riz, indispensables pour la confection des soupes en Belgique et pour la ration de féculents dans le nord de la France.
Pois et haricots.
Nous comprenons que vous avez des difficultés locales d'achat. Si donc vous ne pouvez acheter au total que 3,500 tonnes de féculents, nous vous marquons notre accord sur votre proposition de répartir 2,200 tonnes en Belgique et 1,300 dans le nord de la France. Toutes quantités supplémentaires .seraient à partager à raison de deux tiers Belgique et un tiers France.
Lait condensé.
Nous comprenons que les marchés que vous serez à même de conclure comportent, au maximum, 1,500 tonnes de lait condensé, par mois. Nous dé,sirons que la répartition de ce produit s'effectue à raison d'une moitié pour la Belgique, soit 750 tonnes, et d'une moitié pour le nord de la France, soit également 750 tonnes. Nous attirons votre attention sur la grande utilité qu'il y aurait à nous envoyer des contingents de lait en poudre, de façon à permettre une utilisation plus facile des quantités assez importantes de cacao actuellement expédiées.
Cacao.
Nous dé.sirons que les 600 tonnes que vous comptez acheter soient réparties sur la base de 300 tonnes pour la Belgique et 300 tonnes pour le nord de la France.