IMPORTATION DE SEL
Mais la privation de sel, même momentanée, eût été pénible pour la population. C'est pourquoi le Comité National, afin de répondre aux besoins urgents qui lui étaient signalés, se procura une certaine quantité de sel par l'intermédiaire de la C. R. B. Il en acheta aussi directement en Allemagne. A partir du 10 décembre 1914, cette dernière source de ravitaillement resta pratiquement la seule ouverte, un arrêté du gouverneur général ayant défendu d'importer en Belgique du sel originaire de pays avec lesquels l'Allemagne était en guerre. Dès lors, le Comité National ne s'occupa plus du sel que pour transmettre aux Comités provinciaux les offres d'achat qui lui parvenaient. Le 24 décembre 1914, il invitait ces Comités à faire directement leurs achats sans recourir à son intermédiaire. La décision qui fut prise plus tard (16 novembre 1915) de ne vendre dans les magasins du Comité National que les marchandises importées par la C. R. B. en excluait le sel puisque cette denrée parvenait aux Comités provinciaux par des maisons de commerce allemandes. A partir de ce moment, ce furent les organismes commerciaux créés par les communes qui assumèrent la tâche de ravitailler la population concurremment avec les commerçants particuliers. Bien que le commerce du sel fût libre, leur intervention demeura nécessaire pour empêcher une hausse exagérée des prix.
En ce qui concerne les autres produits alimentaires, on ne prévoyait pas, au moment où fut constitué le Comité National, qu'aucun d'eux dût prochainement manquer. D'ailleurs, comme il a été dit plus haut, le commerce avec la Hollande était réglementé et surveillé et par conséquent ralenti, mais il n'était pas interrompu et les maisons de commerce belges recevaient encore de ce pays des quantités assez importantes de marchandises. Du 6 novembre 1914 au 12 février 1915, il arriva de Hollande 1,250 tonnes de fécule, 1,200 de mélasse, 24,000 kilos de sagou, 100,000 kilos de harengs, puis du riz, des pois, des haricots, du pain, du beurre, de la margarine, du fromage, du sirop, etc. Il était cependant d'évidence que la source hollandaise donnerait de moins en moins à mesure que la guerre se prolongerait, et qu'elle finirait même par tarir. Peut-être le moment était-il proche où l'autoiité allemande, pour réserver à son pays les
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ressources hollandaises, arrêterait complètement le trafic réduit qui se faisait encore. Telle qu'elle était, cette source d'approvisionnement était en toute hypothèse insuffisante pour entretenir à leur niveau ancien les réserves de la Belgique. Celles-ci étaient vouées à un épuisement plus ou moins rapide. C'était là une éventualité non douteuse contre laquelle il fallait se prémunir.
Déjà à la réunion des délégués provinciaux du 31 décembre 1914, un membre de la délégation liégeoise proposa d'acheter, pour le compte du Comité National, de fortes quantités de margarine et de levure, ces produits devant à bref délai devenir rares et subir une hausse de prix très sérieuse. Cette proposition fut examinée par le Comité exécutif qui, l'élargissant, pria, le II février 1915, le bureau de Rotterdam de la C. R. B. d'examiner s'il ne lui serait pas possible d'acheter en Hollande des produits dont l'exportation était autorisée. « Il nous conviendrait de mettre en stock des pois, des haricots, du maïs, du lard, des graisses, de la margarine, du beurre, des pommes de terre, etc., etc. Il nous serait agréable de connaître les quantités et les prix des diverses marchandises qui, le cas échéant, nous seraient offertes. » Quelques jours plus tard, le 19 février, il demandait au président de la C. R. B. à Londres, d'acheter en Angleterre tous les vivres qu'il était possible de s'y procurer à des prix raisonnables. Cette demande ne put être accueillie, l'Angleterre ne permettant l'exportation des vivres se trouvant chez elle que dans des cas d'urgente nécessité.
Le Comité National renonça dès lors à agir par mesure générale. Il n'essaya pas de dresser un programme d'importations pour les produits divers et se borna à servir d'intermédiaire aux Comités provinciaux, à des adininistrations communales et parfois à des associations, pour leur faciliter l'achat à l'étranger des articles dont ils avaient besoin. Jusqu'au mois de mars 1915, il engagea les Comités provinciaux à faire leurs achats de produits divers directement en Hollande. Mais les démarches de leurs agents contrarièrent parfois celles des agents de la C. R. B. et suscitèrent des équivoques fâcheuses dont la C. R. B. se plaignit. Pour prévenir le retour de ces incidents, le Comité National prescrivit à ses Comités de ne plus effectuer d'achats au dehors que par son intermédiaire.