‹ L'alimentation de la Belgique par le comite nationalChapitre 63 sur 227 · DISTRIBUTION DIFFICILE DES PRODUITS DIVERS II · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION DIFFICILE DES PRODUITS DIVERS II

L'importation de produits divers se poursuivit de cette manière jusqu'au mois de novembre 1915. Elle porta sur une grande variété de denrées. Parmi les plus demandées figurèrent, après les pommes de terre et la fécule, les poissons salés et la viande conservée. Un seul achat fait le 15 mars pour le compte de Liège comportait 1,000 barils de harengs hollandais et 1,500 barils de harengs norvégiens. Dès le début du mois de mars, plusieurs Comités, notamment ceux du Hainaut et de Liège, avaient un besoin assez grand de viandes et de poissons conservés pour que le Comité National recommandât à la C. R. B. d'envoyer en Belgique de ces denrées en aussi fortes quantités qu'elle le pourrait, pourvu que les prix fussent avantageux. A défaut de matériel frigorifique, son choix était cependant limité aux poissons salés ou fumés et aux viandes salées.

La répartition des produits divers exposait la C. R. B. et le Comité National à beaucoup d'ennuis et de difficultés quand il ne s'agissait pas d'achats faits sur commande spéciale d'un Comité provincial. Les besoins des diverses provinces n'étaient pas encore uniformisés par la disette comme ils devaient l'être plus tard, et aucune méthode de distribution générale des produits n'évitait le défaut d'en faire parvenir à des régions qui n'en avaient pas l'emploi. Parmi les produits divers, il y en avait même beaucoup qui ne convenaient qu'à certaines parties de la population. Il en était ainsi, notamment, pour la plupart des conserves en boîtes achetées par la C. R. B. ou, plus souvent, reçues en don par elle. On n'en avait que faire à la campagne et certaines, véritables articles de luxe, ne trouvaient d'amateurs que parmi la population aisée des villes (i).

Pour éviter que certains de ces produits ne s'accumulassent dans les magasins des Comités et des sous-comités, magasins d'ailleurs souvent mal disposés pour la formation de stocks, il

(i) Voici, à titre d'exemple, ce qui était disponible au 27 mai 1915 : biscuits, 38,550 kilos; confitures, 14,100 kilos; pounnes canned, 6,400 kilos; saumon, 31,500 kilos; lait, 353,100 kilos; dîners préparés, 2,200 kilos; fèves cuites, 241,470 kilos; codfish, 800 kilos; en outre, 4,860 kilos d'articles divers.

Il8 IMPORTATION DES PRODUITS DIVERS

fut décidé, au mois de mai 1915, que dorénavant les produits divers seraient classés par espèces, à Rotterdam, et envoyés aux divers Comités d'après leurs besoins et suivant leurs demandes.

Ce procédé facilitait la tâche du Comité National. Il avait, en outre, l'avantage de répondre au vœu exprimé par le Gouvernement anglais, que les produits fussent répartis suivant les besoins des populations. Au mois de janvier précédent déjà, en accordant l'autorisation d'importer des épiceries, le Foreign Office avait demandé que l'on gardât ces marchandises en stock à Rotterdam pour ne les envoyer que là oii le besoin s'en faisait sentir. « Sinon, disait-il, la population ne les consommera pas elle-même et les mettra à la disposition des Allemands. » Mais cette procédure nouvelle imposait au bureau de Rotterdam la lourde tâche d'emmagasiner et de conserver tous les produits qui ne plaisaient pas aux Comités provinciaux. Or, comme on l'a vu plus haut, ceux-ci se montraient peu disposés à grever leurs finances en achetant des produits dont ils n'avaient pas un écoulement assuré. Ils poussaient à un tel point le souci des intérêts de leur province qu'ils en venaient à refuser les produits dont la qualité ne les satisfaisait pas ou dont le prix leur paraissait trop élevé. En mai 1915, le Comité National avait dû leur faire prendre l'engagement d'accepter, à l'avenir, tout ce qu'il leur enverrait. Mais si le Comité National pouvait faire état de cet engagement quand il s'agissait de produits de grande consommation, achetés suivant un programme arrêté d'avance et d'un écoulement certain, quoique parfois un peu lent, il lui était difficile de l'invoquer pour des produits dont les Comités n'avaient peut-être pas le placement.

C'était un premier inconvénient. Il y en avait un second résidant dans la difficulté d'acheter, de transporter et de distribuer des produits de qualité variable dont la manutention et la conservation exigeaient des connaissances spéciales et, souvent même, l'application d'utie technique particulière. Institutions temporaires, créées pour pourvoir aux besoins principaux de la nation pendant le cours d'événements dont on ne cessait d'attendre la fin, la C. R. B. et le Comité National ne disposaient ni en hommes, ni en matériel, de ce qu'il fallait pour procéder à des opérations commerciales que, seules, des maisons expéri-

méritées peuvent conduire avec succès. L'importation des pommes de terre avait laissé de grosses pertes, une forte partie des tubercules étant arrivés en état de putréfaction. Les viandes salées se conservaient mal et on avait dû les vendre au prix coûtant pour s'en débarrasser le plus vite possible.

Enfin, jusqu'à l'époque dont il est ici question, c'est-à-dire jusqu'au milieu de l'année 1915, il n'y avait, en Belgique, disette que des céréales et des féculents. Les autres produits alimentaires, la viande notamment, ne manquaient pas encore, mais leur prix avait haussé et la population pauvre ne les pouvait guère acheter, Pour combattre la hausse des prix et venir en aide aux œuvres de secours, le Comité National devait veiller à ce que les produits importés coûtassent moins cher que les produits achetables dans le pays même. Or, il lui était souvent difficile d'établir d'avance le prix de revient des articles qu'il commandait au dehors, à raison des nombreux intermédiaires par lesquels la commande passait, du temps nécessaire à la réaliser et des variations incessantes du fret.

Découragés par ces difficultés, la C. R. B. et le Comité National prirent, au cours du mois de juin 1915, la décision de ne plus importer en Belgique à l'avenir que les produits de grande consommation, commercialement classés en catégories faciles à connaître, de longue conservation et de manutention simple : le froment, le riz, les pois et les haricots, le maïs, les graisses et le lard. C'était la renonciation complète à l'introduction des produits divers. Cette mesure apparut bientôt comme trop radicale et, le 13 août'1915, le Comité National demanda à la C. R. B. de la rapporter. Il lui présentait, en même temps, un projet d'organisation qui permettait d'éviter, dans l'importation des produits divers, les difficultés rencontrées précédemment :

Lors de la dernière visite de M. Hoover, il fut décidé que les importations de la Commission for Relief in Belgium se limiteraient à quelques produits essentiels à l'alimentation de la population belge : froment et farine, riz, pois, haricots, maïs, lard et graisse. Cette résolution fut prise, notamment, en raison des difficultés rencontrées chaque fois que la Commission for Relief in Belgium avait, pour répondre aux demandes pressantes de nos Comités provinciaux, conclu des achats d'autres denrées.

entre autres en Hollande. Il est cependant des denrées qui, sans être essentielles dans l'alimentation, sont cependant d'une grande utilité et d'une bonne économie alimentaire. En principe, il ne suffit pas de fournir au peuple exactement de quoi subsister, il faut aussi veiller à ce que son alimentation soit rationnelle et se rapproche, autant que possible, de la normale. Jusqu'en ces derniers temps, les envois de vivres divers ou ceux des denrées achetées, à titre exceptionnel, par vos bureaux de Londres et de Rotterdam et l'existence dans le pays de stocks anciens, ont permis aux habitants de se procurer de ces aliments accessoires sans trop de difficultés. Mais aujourd'hui que la Commission for Relief in Belgium ne fait plus de ces achats, que les envois de vivres divers ont diminué d'importance et que tous les stocks du pays sont épuisés, il y a dans toutes les provinces pénurie de nombreux produits qui y sont habituellement consommés. Nous ne citerons que les conserves de tous genres : le saumon, les sardines, le cornedbeaf, etc., les biscuits, le macaroni, le quaker-oats, les viandes fumées, les poissons secs ou conservés, les légumes, les fruits, les coniitures, etc., etc. Il en est de même de certams objets de nécessité courante, comme par exemple : les bougies, très demandées par suite de la rareté du pétrole et des huiles lampantes. De toutes les provinces, nous recevons des demandes de ces divers produits et nous prévoyons que ces demandes deviendront de plus en plus pressantes (i).

Nous vous proposons, en conséquence, d'examiner s'il ne serait pas possible d'obtenir l'autorisation d'importer ces produits divers sous le couvert de la Commission for Relief in Belgium. Pour ne pas charger les bureaux de votre Commission — déjà débordés par la besogne actuelle — d'une tâche nouvelle très importante, des bureaux d'achats de vivres divers seraient établis à New- York, à Londres et à Rotterdam. Ces bureaux, dirigés par des spéciahstes choisis par la Commission for Relief in Belgium, s'occuperaient de tous les marchés à conclure et remettraient les denrées achetées au service du shipping de la Conmiission for Relief in Belgium qui se chargerait des transports jusqu'en Belgique. Par ces bureaux, la Commission for Rehef in Belgium pourrait toujours renseigner le Comité National sur l'état des marchés, sur les quantités de produits disponibles, etc.

(i) C'étaient surtout les grands centres de population qui souffraient de la suppres.sion des produits divers. Le Comité de l'agglomération bruxelloise exposait, le 24 août 1915, au Comité National l'embarras dans lequel il .se trouvait :

« Connne vous le savez, disait-il, c'est à la suite de l'insistance du Comité National que nous avons prié les Comités locaux d'augmenter le nombre de leurs magasins de vente dans le but de faciliter le débit des produits divers. Par le fait même nous nous sommes, en quelc^ue sorte, engagés à les approvisionner.

)) Les .seuls produits : farine, haricots, riz, pois, lard et graisse, que le

BUREAU DES PRODUITS DIVERS I2r

De son côté, le Comité National centraliserait toutes les commandes des Comités pro\-incianx et les transmettrait à la Commission for Relief in Belgium. De cette manière, les provinces rece\Taient les denrées les plus demandées et, par conséquent, d'un écoulement assuré. Il va de soi que les commandes seraient soigneusement re%'isées par le Comité National qui s'efforcerait de limiter le nombre de denrées à acheter, de manière à n'envo^-er mensuellement à la Commission for Relief in Belgium que des commandes comportant un toimage raisonnable.

Le projet proposé par le Comité National à la C. R. B. fut accepté et le Bureau des produits divers fut organisé à Rotterdam à la lin du mois de septembre 1915. Il fut prêt à fonctionner au mois de novembre. Il constituait im service de la C. R. B.,mais était indépendant d'elle tant au point de vue de la conclusion des marchés que du paiement des achats. Les provinces acheteuses devaient mettre à la disposition du Bureau les sommes nécessaires à l'exécution de leurs ordres.

Le Comité exécutif fixa à 1,250,000 francs par mois le montant total des ordres d'achat que les Comités pouvaient adresser à Rotterdam. Cette valeur était répartie entre eux proportionnellement au chiffre de leur population. La liste des produits qu'ils étaient autorisés à commander comprit : le savon, le café, le sucre, le poisson (fumé ou salé), les épiceries de tous genres, les conserves, les fruits et légumes secs, le cacao, le lait condensé, les huiles alimentaires, la margarine, les matières premières pour la fabrication de la margarine et pour celle de la levure, les produits pharmaceutiques. Le Comité National leur permit, en outre, de se procurer, par l'intermédiaire du Bureau, des quantités supplémentaires de lard, de saindoux, de pois et de haricots, s'ils jugeaient insuffisante la part que le Comité National leur envoyait des acquisitions faites pour l'ensemble du paj's.

Comité National se projwse d'importer ne i^euvent suffire à l'alimentation de l'agglomération bruxelloise.

!) Ainsi que nous l'avons dit, depuis quelque temps nous sommes saisis de nombreu.ses demandes concernant les produits divers. Aujourd'hui, notanunent, le Comité bruxellois nous prie de tâcher de lui procurer les quantités de conserves indiquées ci-après :

a 500,000 boîtes d'une hvre de conserves de viande (cottage et comed beef), 50,000 boîtes de pâté de viande (De\-illed Méat), 250,000 boîtes de thon. »

Le Bureau des produits divers paraissait destiné à rendre de grands services à la population en permettant aux Comités de pourvoir facilement aux besoins spéciaux de leur circonscription. Mais son fonctionnement supposait que le Gouvernement britannique continuerait à admettre les demandes d'importation qui lui étaient adressées si elles étaient justifiées par un besoin prouvé et portaient sur des quantités modérées.

Les difficultés que provoqua la rédaction du programme des importations au mois de décembre 1915, amenèrent malheureusement, on l'a vu plus haut, une modification complète du régime accordé jusqu'alors aux produits divers et rendirent inefficaces les mesures prises par le Comité National pour favoriser leur distribution. L'ordre du Foreign Office, relatif aux quantités de lard et de saindoux dont l'importation était permise, interdit, en outre, l'envoi en Belgique de l'oléo-margarine, des viandes, du café et du sucre. Il excluait également les mélasses et les tourteaux de lin que la C. R. B. n'avait d'ailleurs jamais importés. Le programme arrêté par le Foreign Office, le 23 février 1916, fut plus rigoureux. Il ne laissa subsister, sur la liste des produits divers, que 250 tonnes de produits pour la levurerie, 500 tonnes de lait condensé et les produits pharmaceutiques, sauf les articles comportant dans leur fabrication du caoutchouc.

Au mois de mai 1916, le Gouvernement anglais, à la suite de concessions faites par l'autorité allemande, abandonna cette attitude intransigeante. L'importation du cacao et du savon fut permise, mais seulement au profit des enfants et des œuvres de secours. En juin, il permit l'expédition en Belgique des produits conserv'és dans des boîtes étamées qui se trouvaient, depuis plus de six mois, emmagasinées à Rotterdam; en octobre, il autorisa l'importation de 500 tonnes de viandes salées et, en novembre, celle du café et du savon pour toute la population. A de fréquentes reprises, il permit également l'achat en Hollande, de vivres frais (viande, poissons, légumes) et de divers produits spéciaux. Mais il n'3' avait qu'un petit nombre de produits qui fussent autorisés d'une façon permanente jusqu'à une limite de poids déterminé : c'étaient le café, le cacao et les produits pour levureries. Pour tous les autres, la demande d'importation était

Page 1