IMPORTATION DU BEURRE ET DE LA MARGARINE
l'introduction du beurre hollandais, le Comité National usa d'un détour. Le contrôle de la Centrale des beurres ne s'étendait qu'aux provinces du gouvernement général. La C. R. B. n'avait rien à objecter contre l'envoi du beurre dans les régions d'étapes où il n'existait pas de centrale. Le Comité National lui proposa donc de réserver dorénavant à ces régions tout le beurre disponible et de diminuer d'une quantité correspondante qui serait réservée aux provinces du gouvernement général, la part du lard et du saindoux qui leur était attribuée. Pour déguiser la manœuvre aux yeux de l'autorité allemande, le projet d'arrangement fut présenté à la C. R. B. le 17 juillet, avant donc que les dépêches officielles dont il est question plus haut eussent été échangées, et il fut appuj'é d'arguments imaginés pour la circonstance. La lettre contenant le projet est ainsi conçue :
ilOXSIEUR,
L'importation des produits alimentaires d'origine hollandaise opérée depuis un certain temps par la C. R. B. a amené le Comité National à faire des constatations qui démontrent l'opportunité d'introduire certaines modifications dans la répartition de ces produits entre le territoire du gouvernement général et les régions d'étapes et d'opérations. Le prix élevé du beurre hollandais le rend inaccessible en Belgique à la classe nécessiteuse qui souffre le plus du manque de graisse et à laquelle l'importation de lard et de saindoux d'Amérique serait utile; d'autre part, il y a actuellement dans le pa3'S suffisamment de beurre pour que les classes aisées puissent s'en procurer au prix soit de 8 francs le kilo pour le rationnement fourni par la Centrale allemande, soit de 18 francs pour le beurre acheté en fraude. L'importation du beurre hollandais 'aurait donc pour effet, en ce moment, de réduire la consommation du beurre indigène sans améUorer en quoi que ce soit l'aUmentation des classes néces.siteuses. Il en est de même pour les pommes de terre.
Au contraire, dans le nord de la France et dans les Flandres, le beurre et les pommes de terre font complètement défaut; les personnes même riches ne peuvent s'en procurer à aucun prix. Ce serait leur rendre un grand service que de leur donner le moyen de s'en fournir.
Au.ssi le Comité National propose-t-il d'envoyer spécialement le beurre et les pommes de terre de Hollande vers la zone des étapes (les Flandres) et le nord de la France.
Toutefois, comme cette mesure aurait pour conséquence d'envoyer des contingents supplémentaires de vivres vers certaines régions, le Comité National propose en même temps de diminuer l'importation dans ces. régions des produits similaires de provenance d'outre-mer.
Par exemple, pour chaque kilo de beurre expédié dans le nord de la France et les étapes (les Flandres), il serait déduit des envois de vivres divers destinés à ces régions, un kilo de saindoux à envoyer dans le territoire du gouvernement général et par 5 kilos de pommes de terre, il serait déduit un kilo de féculents, riz, pois, haricots que l'oîi réserverait pour le gouvernement général.
Outre qu'elle répondrait plus exactement aux besoins de la poi^ulation de chaque région, l'exécution de cette mesure permettrait de réaliser avec plus de précision le programme des importations de graisses et de féculents et de suivre de plus près les instructions relatives à l'utiUsation des produits indigènes. De plus, elle affranchirait la C. R. B. en Hollande de toutes les formalités qui lui impose l'expédition dans le territoire du gouvernement général des marchandises placées ici dans les attributions des centrales.
Nous vous prions de bien vouloir faire part de ces suggestions aux bureaux de Rotterdam de la C. R. B. et d'agréer l'expression de notre ^considération distinguée.
Le Comité exécutif.
Malheureusement, quelques mois plus tard, la Hollande interdit d'une façon presque absolue les exportations de beurre. Le dernier envoi important reçu en Belgique eut lieu au mois de décembre 1917. Il comprenait 406,000 kilogrammes. En janvier 1918, il en fut importé 4,000 kilogrammes; en février, 2,000. Puis l'importation cessa (i).
Lait. — Parmi les dons envoyés par l'Amérique à la Belgique se trouvait ime grande quantité de lait conservé, sous la forme le plus souvent de lait condensé. A l'époque où ces dons pervinrent à destination, le lait était encore en Belgique à peine moins abondant qu'en temps de paix. Le lait conser\^é constituait simplement pour la population un aliment d'apj^oint, peu recherché par les classes pauvres, car il est d'un prix relativement élevé. Il ne pouvait être considéré alors comme un article de première nécessité. Diverses circonstances, parmi lesquelles la désorganisation des transports tint une large place, modifièrent cette situation dans les grandes agglomérations tributaires des campagnes voisines, qui devaient, à mesure que la
(i) Les statistiques n'ont commencé à séparer le beurre du lard et du saindoux qu'au mois de novembre 191 7. Il n'est donc pas possible d'indiquer la quantité totale qui a été introduite dans le pays.