PRODUITS SERVANT A L'ÉCLAIRAGE
la place pour se retirer sur l'Yser; une autre partie fut réquisitionnée par l'armée d'occupation, si bien qu'au milieu de l'hiver le pétrole était devenu un produit rare et coûteux, abandonné à cause de son prix par ses consommateurs habituels. Secondé par le Gouvernement belge, le Comité National s'efforça d'obtenir l'autorisation d'amener en Belgique quelques cargaisons de pétrole, yiais ses démarches échotièrent. Il est d'ailleurs peu jDrobable que la C. R. B. aurait pu utiliser la permission si elle l'avait obtenue. Elle n'aurait pas sacrifié une partie de ses navires au transport du pétrole quand elle ne parvenait pas à se procurer un tonnage suffisant pour le transport des grains.
Pour satisfaire aux besoins les plus urgents, le Comité National acheta en Hollande au mois d'avril 1915, 100,000 kilos de bougies qu'il céda aux Comités provinciaux à i fr. 80 le kilo. Il se procura aussi une certaine quantité de carbure de calcium. Mais ce n'étaient que des palliatifs et à l'approche de l'hiver de 1915, il crut de son devoir d'appeler l'attention de la C. R. B. sur le dommage et la gêne que l'absence d'éclairage durant les longues soirées hivernales allait de nouveau causer à une partie considérable de la population belge. Le 10 septembre 1915, il lui écrivait :
Nous avons llionneur d'attirer votre attention .sur une question qui nous a beaucoup préoccupé l'hiver dernier et qui se pose de nouveau, mais avec un caractère de gravité beaucoup plus grand à l'approche de l'hiver. Le pétrole lampant manquant totalement en Belgique et le carbure de calcium étant rare et cher, et d'ailleurs peu employé encore, l'éclairage fera complètement défaut cet hiver dans la plupart des habitations à la campagne et dans beaucoup de logements ouvriers dans les Ailles. Nous n'insistons pas sur les conséquences qu'amènera cet état de choses, car il est aisé de se rendre compte des incommodités qui résulteront de cette situation pendant les longues nuits d'hiver pour nos populations déjà si dépour\-ues.
L'année dernière, le Comité National, saisi de la même question, ne put s'y arrêter, tous ses soins étant réclamés par l'alimentation. Il existait d'ailleurs encore des stocks importants d'huile lampante. ^Mais aujourd'hui que ces stocks sont épuisés, il importe de rechercher les moyens de remédier à la pénurie des moyens d'éclairage.
II faut tout d'abord écarter l'usage des bougies qui est onéreux et ne peut constituer qu'un appoint. Au surplus, si on en était réduit à ce seul moyen d'éclairage, il faudrait importer de très grandes quantités de bou-
gies, toutes les fabriques de bougies étant fermées faute de matières premières.
Il ne faut donc considérer que le pétrole et le carbure. Le pétrole a été jusqu'ici le mode presque exclu.sif d'éclairage dans toutes les localités du pays où le gaz et l'électricité n'ont pas encore pénétré. Depuis quelque temps cependant, et surtout depuis la guerre, le carbure est devenu d'usage assez courant. Pour ravitailler le pays, nous pouvons donc choisir entre ces deux substances, pétrole ou carbure. On pourrait même importer l'un et l'autre. Le pétrole présente l'avantage d'être depuis longtemps dans les usages du pays et il pourra être mis en consommation immédiate, chaque mai.son possédant une ou plusieurs lampes à pétrole. Les lampes à carbure sont encore rares, mais elles sont fabriquées ici à des prix très abordables et on nous en offre de grandes quantités. Il serait donc possible à la rigueur de donner satisfaction aux populations en leur fournissant exchusivement ce produit.
En ce qui concerne plus spécialement le pétrole, nous avons reçu de temps à autre des offres. La dernière reçue était au prix de i franc le kilogramme, sans le fût. Mais il s'agit de pétrole de Roumanie et l'importation en est excessivement précaire par suite du manque de wagonsciternes et de fûts et aussi en raison de l'insécurité des communications par voie ferrée dans l'Europe orientale. Pour cet article, il faudrait donc traiter avec des producteurs américains. Le Comité National pourrait s'entendre avec « l'American Petroleum C° » qui nous livrerait le pétrole en Belgique contre paiement réglé par nous en espèces courantes ici.
L'importation annuelle en Belgique en temps normal se monte à environ 200,000 tonnes d'huile de pétrole raffinée et à 200,000 tonnes d'huile minérale brute. Nous estimons qu'une importation menseuUe de 10,000 à 20,000 tonnes d'huile de pétrole raffinée suffirait à faire face aux besoins de l'éclairage, la population ayant pris l'habitude de l'économie et le prix élevé étant un frein à la consommation. Ces chiffres seraient à revi-ser par les importateurs eux-mêmes.
Cette quantité devrait naturellement être réduite si l'importation de carbure avait lieu parallèlement à celle du pétrole.
La vente de ces produits aux consommateurs se ferait directement par les importateurs « American Petroleum C° » sous le contrôle permanent du Comité National et de la Commission for Relief in Belgium.
Nous vous serions très obhgés de transmettre la présente lettre à votre bureau de Londres et d'insister pour qu'il fasse tous ses efforts pour obtenir les autorisations indispensables pour le transport et l'entrée en Belgique du pétrole et du carbure ou de l'un de ces produits. Nous serions excessivement obhgés à la Commission for Rehef in Belgium d'examiner en même teinps les conditions dans lesquelles pourraient .se faire l'achat et l'importation des substances dont il s'agit.
Au cas où les dispositions de l'amirauté seraient favorables, votre bureau de Londres pourrait déjà ouvrir des négociations avec l'American