‹ L'alimentation de la France et les ressources coloniales ou étrangèresChapitre 12 sur 47 · Voir le numéro de mai 4914 du Journal des Economistes · texte numérisé non relu

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ment même de la population britannique a poussé à tirer parti de plus en plus des ressources de Texterieur, grâce aux inventions qui rendaient les denrées périssables indépendantes de l'action du temps. Cette dépendance du marché extérieur que tant de gens redoutaient, ne s'est pas montrée réellement gênante, même pendant une période de terrible guerre, puisque la Grande-Bretagne libre-échangiste nous a fourni des viandes notamment. Elle ne fait pas appel à l'étranger pour moins de 650.000 à 700.000 tonnes, en ce qui concerne les viandes introduites grâce au froid; c'est de même 210.000 tonnes de beurre, 120.000 tonnes de fromage qu'elle introduit chez elle chaque année; dans des chapitres ultérieurs nous aurons l'occasion de donner des chiffres aussi curieux pour les fruits, en particulier les bananes. Et dans l'ensemble, la valeur des importations des denrées frigorifiées en Grande-Bretagne représentait avant la guerre plus de 1.800.000.000 de francs. Nous n'exagérions donc pas en disant que l'exemple était magnifique et concluant.

Ces introductions, pour formidables qu'elles sont, bien qu'elles aient contribué à alimenter beaucoup plus largement les estomacs britanniques, ne leur ont point donné la pléthore, la surconsommation. Et tout comme la Grande-Bretagne s'est spécialisée dans la production de tels ou tels produits

industriels, elle s'est également spécialisée dans la production de produits agricoles, du même genre en apparence que les produits introduits du dehors, parce qu'ils portent le même nom, mais de qualité généralement toute différente. Ces produits britanniques trouvent aisément des consommateurs sur le marché national ou sur le marché étranger, mais particulièrement sur le marché national, quand ils sont différents des produits extérieurs importés. Aussi bien, beaucoup de ces produits agricoles n'arriventils même pas, en dépit de leur production vraiment intense, persistant sans l'abri du protectionnisme, à combler le déficit alimentaire qui demeure toujours même sur le sol britannique, ainsi que nous l'avons montré plus haut, et comme il ne faut point l'oublier.

L'agriculture anglaise n'a point été tuée, il s'en faut de beaucoup, et à aucun égard, parla concurrence des produits extérieurs introduits : c'était ce que montrait il y a bien des années déjà un de nos collègues et amis, malheureusement disparu trop tôt, Emile Macquart ; c'est ce qui est reconnu, un peu tardivement il est vrai à l'heure actuelle, par certains protectionnistes ; c'est ce qui est mis en lumière par tous ceux qui ont consciencieusement étudié la problème, et constaté l'origine variée des denrées alimentaires, en particulier des viandes, consommées sur

le sol anglais. Nous pourrions invoquer notamment M. Gouault une fois de plus : nous verrions avec lui que la proportion de viande étrangère mise sur le marché britannique reste voisine de 38 p. 100 du total de la consommation; ce qui laisse une belle part, un beau rôle à remplir (rôle encore insuffisamment rempli) au bétail et à la viande indigènes. Le troupeau indigène lui-même a augmenté, parce que toutes les quantités de matières carnées mises à la disposition de nos amis de Grande-Bretagne ne répondent pas encore à leur appétit. Bien plus, très souvent la part représentée dans la consommation nationale par le bétail indigène correspond à de la viande de surchoix, ce qui est bien une manifestation de la spécialisation de l'élevage anglais, par rapport à l'élevage extérieur. Pour ce qui est des beurres, il en est sensiblement de même : on continue de fabriquer du beurre, et de l'excellent beurre, en Grande- Bretagne. Mais on fait appel de plus en plus aux pays qui savent fournir ce que demande le consommateur; nous visons tout spécialement le Danemark, puisque la France a eu la maladresse de perdre en Grande- Bretagne une clientèle précieuse pour ses beurres de choix. Domaine où elle pouvait encore se spécialiser, en faisant appel pour la consommation ordinaire de ses habitants à des beurres étrangers, comme le fait du reste la Grande-Bretagne elle-même, grâce au

double phénomène de la spécialisation et des échanges internationaux.

Si nous voulions être plus largement documenté sur ces avantages de la spécialisation, et du recours aux ressources extérieures pour la Grande-Bretagne, nous pourrions consulter une publication française tout à fait officielle, un rapport sur l'importation du bétail et de la viande en Grande-Bretagne, paru dans le Bulletin mensuel de V Office de Renseignements agricoles l. On y accuse la qualité supérieure des viandes indigènes britanniques se vendant comme viandes tout à fait spéciales, à des prix très élevés, et le rôle précieux des viandes venues de l'extérieur, à des prix plus modestes, pour la grosse masse des consommateurs, qui en réclament encore davantage. On y verrait les agriculteurs anglais s'efforçant de produire toujours la meilleure qualité, pour conserver un marché, en dépit de la concurrence des viandes venues du dehors.

On trouverait également des preuves ou la reconnaissance manifeste des avantages de la spécialisation en matière alimentaire, dans ce rapport de la Commission des viandes frigorifiées (pourtant constituée primitivement sous des influences nettement protectionnistes) qui a été fait par M. Maurice Quentin

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