‹ L'alimentation de la France et les ressources coloniales ou étrangèresChapitre 13 sur 47 · Voir le numéro de mars · texte numérisé non relu

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et M. Alfred Massé. On y note que l'Angleterre, consommatrice de centaines de milliers de tonnes de viande étrangère, possède les races de bétail les plus sélectionnées, et dont les prix atteignent au plus haut; on y considère la production et la vente des races d'élevage pour l'agriculteur comme un débouché de premier ordre, auquel ne préjudicie aucunement l'importation de viandes congelées ou réfrigérées. La pratique paraît devoir s'imposer encore bien plus à la France qu'à la Grande-Bretagne, puisqu'il est dûment constaté, notamment dans le rapport en question, que notre troupeau de moutons par exemple diminue depuis bien des années ; s'il est susceptible de fournir des reproducteurs en nombre, il est incapable d'alimenter le consommateur national, même en ne le laissant qu'à la portion très congrue.

Il va de soi que cette transformation dans le commerce des denrées alimentaires, cette introduction notamment de denrées périssables venues de loin, ne peut encore une fois se réaliser, et surtout se développer, que si l'on possède l'organisation technique, les moyens de transport frigorifiques que l'on doit en fait à l'immortel Tellier, et qui ne se sont pas encore renationalisés en France, par suite de l'hostilité du groupe protectionniste, entêté dans des pratiques routinières, arriérées. Grâce à cet emploi du froid

4t) L'ALIMENTATION DE LA FRANCE

méthodique, et on peut dire savant en même temps que scientifique, les denrées arrivent dans un excellent état de conservation : la chose est enfin indiscu tée, même en France, par suite en partie des efforts de notre Association du Froid, par suite de la répétition acharnée à laquelle nous nous sommes livrés depuis vingt ou trente-cinq ans, dans les milieux qui considèrent la liberté des échanges et les échanges largement pratiqués comme un avantage pour tous ceux qui participent à ce mouvement.

La technique spéciale est aujourd'hui absolument connue, mise au point dans ses moindres détails et pour ses applications les plus variées. Les préjugés disparaissent, non pas seulement dans les corps représentatifs, où régnait l'ignorance la plus extraordinaire en la matière, mais encore dans les masses populaires, où la guerre, bienfaisante une fois par hasard, a mis ces masses en contact avec les viandes frigorifiées notamment, leur a fait constater, de la façon la plus indiscutable, leurs excellentes qualités alimentaires. Dès maintenant il existe, pour la Grande-Bretagne tout au moins, privilégiée en la matière grâce à un régime de liberté, une admirable flotte répondant aux besoins les plus larges. En France et dans les autres pays, cette flotte manque encore presque complètement : il a fallu l'improviser à peu près durant la période de guerre, parce que des mesures , doua-

nières antérieures avaient empêché cette industrie de transports spéciaux de naître dans le pays de Tellier. Mais rien n'est plus simple , si Ton a la sécurité du lendemain, et en tirant parti des expériences anglaises, que de constituer tous les moyens de transport frigorifiques indispensables pour l'arrivée en abondance des denrées périssables.

Quand d'ailleurs la flotte frigorifique, la série des wagons frigorifiques eux-mêmes et des entrepôts réfrigérants seront bien et dûment constitués, et permettront cette large mise à contribution des ressources extérieures qui est la vérité, il ne faudra point que l'État et ses fonctionnaires viennent prétendre que le progrès s'est fait par eux. Et en particulier le Conseil Général de la Seine ouïe Conseil Municipal de Paris, lesjparlementaires qui ont maintenu les droits protecteurs et les mesures soi-disant sanitaires contre les viandes réfrigérées, l'État et la douane, qui ont essayé par tous les moyens possibles de rendre plus rigides encore les mesures de proscription des denrées susceptibles de venir de l'extérieur, devront se rappeler et avouer que le progrès s'est fait malgré eux ; et comme conséquence finale, hélas bien lointaine, des efforts soutenus de tous ceux qui, comme Yves Guyot par exemple et bien d'autres, ont réclamé la liberté d'une large alimentation pour le consommateur français.

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