‹ L'alimentation de la France et les ressources coloniales ou étrangèresChapitre 17 sur 47 · Voir le numéro du 5 novembre de Y Economiste français · texte numérisé non relu

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1892 par exemple, les chiffres relatifs étaient de 58 et 26 kilogrammes; et il estimait que, vers 1812, pour la population d'ensemble, cette moyenne par tête n'était que de 17 kilogrammes, de 26 à peine en 1862.

En tout état de cause, on peut affirmer qu'à la veille de la guerre la consommation de viande pour chaque habitant en France était étrangement insuffisante. Et dans ce domaine plus que pour tout autre aliment, les habitudes nouvelles prises au front par le soldat, c'est-à-dire par le civil devenu temporairement un militaire alimenté par l'Intendance, ces habitudes de confort alimentaire sur lesquelles nous avons déjà insisté, vont jouer de façon intense. Chacun, et légitimement, réclamera, quand il rentrera au foyer, autant de largesse dans l'alimentation carnée que quand il était nourri par l'État; et l'exemple sera suivi par les hommes et les femmes demeurés à la maison pendant la guerre.

Nous parlions d'exemple anglais tout à l'heure ; le fait est que c'est grâce à la mise à contribution de ce que nous appelons les ressources extérieures, que l'habitant du Royaume-Uni peut se payer, au sens littéral du mot, c'est-à-dire consommer, une proportion de viande étrangement supérieure à la ration pratiquée normalement par le Français. Ce n'est certes pas le développement, aussi considérable qu'il

aurait pu se faire, de l'élevage national sur le sol britannique, qui aurait de beaucoup répondu à cet accroissement de l'alimentation carnée. Yves Guyot estime que l'Anglais réduit à la production nationale n'aurait pas, par an, 38 kilogrammes de viande à manger ; tandis que sa ration dépasse d'après lui 69 kilogrammes par an. Ration qui n'est bien entendu qu'une moyenne. D'après M. A. H. Rew, étudiant le problème devant la Royal Statistical Society, dans le groupe des ouvriers de l'usine ou des ouvriers de la ferme, la consommation ne dépasserait guère 48 kilogrammes ; elle serait considérablement supérieure dans la population aisée, et surtout dans la population riche.

Alfred de Foville a donné des indications théoriques, à ce propos de la consommation carnée en Angleterre, pour une époque un peu antérieure. D'ailleurs même dans le milieu à tendance pourtant si constamment et nettement protectionniste de la Société nationale d'agriculture de France *, M. J. Bénard, se montrant favorable aux transports frigorifiques, parce qu'il en saisissait tous les avantages multiples, disait que l'Angleterre avait dû faire appel à l'étranger et à ses colonies « au grand avantage de son alimentation carnée ».

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