‹ L'alimentation de la France et les ressources coloniales ou étrangèresChapitre 20 sur 47 · LE POISSON SON ROLE ALIMENTAIRE, SON COMMERCE · texte numérisé non relu

LE POISSON SON ROLE ALIMENTAIRE, SON COMMERCE

À bien des reprises des économistes ont été tentés de considérer un peu d'un œil méprisant l'industrie des pêches maritimes, en la jugeant à sa valeur pécuniaire : et le fait est que, si l'on compare ce que vaut la masse de ses produits, dans un pays comme la France, avec la valeur des produits agricoles, de l'industrie laitière, de l'industrie de l'élevage, la comparaison est peu à son avantage. Mais il ne faut pas perdre de vue, surtout dans les milieux économiques, qu'il s'agit toujours jusqu'à présent d'une industrie « de cueillette » presque exclusivement, captant les produits que nous offre la nature, les dilapidant par conséquent, détruisant et n'aidant point à la reproduction. Exception est faite seulement dans quelques cas très rares de pisciculture, d'ostréiculture, de myticulture. Ce n'est que depuis quelques années que l'on est convaincu de la nécessité qu'il y a de pratiquer le repeuplement des mers, de faciliter la repro-

duction des poissons, des coquillages, des crustacés; et ce n'est jamais qu'avec une véritable industrie, et non point une cueillette, que Ton arrive à une production importante.

Néanmoins le poisson joue dans certains pays un rôle de premier ordre, comme au Japon, et en très grande partie sous l'influence de la faible consommation de la viande ; môme en France, depuis une trentaine d'années, depuis que les moyens de transport se sont améliorés, sont devenus plus rapides, la population de l'intérieur le met à contribution avec profit ; et elle devrait le faire bien davantage, étant données les qualités alimentaires de cette denrée. Celle-ci a le tort, il est vrai, d'être essentiellement périssable, et de nécessiter plus que toute antre des moyens de conservation et de transport perfectionnés.

Sans doute ce poisson, ces crustacés et ces mollusques réclament beaucoup de fraîcheur pour être de bons aliments ; mais précisément les perfectionnements de l'expédition à distance et de la conservation leur permettent de présenter ce caractère nécessaire. La Grande-Bretagne, en dépit de l'abondance relative de viande dont elle jouit, fait appel depuis bien longtemps à une ration très importante de poisson ; l'Allemagne, malgré tout très insuffisamment alimentée même en temps normal, avait c,on-

sidérablement développé sou industrie des pèches, en vue d'augmenter ses ressources alimentaires. On peut presque assimiler la chair du poisson à la viande en ce qui est de la composition, de l'action sur l'estomac, et de la nourriture de l'homme.

C'est avec raison que, dans la Revue Économique Internationale 1 le Dr Tacquin mettait en lumière l'importance de l'industrie moderne de la pêche, et surtout de cette industrie modernisée, transformée par les modes de capture du poisson, par Finstallation des bateaux, par la possibilité qu'elle a de plus en plus d'aller très loin, sur des côtes exceptionnellement poissonneuses, chercher des matières alimentaires pour les vieilles nations dont le littoral est plus ou moins épuisé à cet égard. L'emploi de la pêche à vapeur a augmenté les rendements, accru la qualité u poisson pêche, qui atteint très vite le port de ébarquement. Il faut ne plus s'en tenir aux parages traditionnels, il faut abandonner la routine.

À la vérité on voit diminuer très notablement telle nature de pèche, comme la pèche à la morue, qui, de 1867 par exemple à 1902, était tombée dans sa production, pour les bateaux belges, de 2 millions et demi de kilogrammes à moins de 25.000 kilos. Mais la chose s'explique parce que le poisson séché et salé

Page 1