Numéro de janvier
beaux résultats ; et toujours grâce aux procédés de conservation par le froid, ces poissons pourraient gagner facilement les ports de débarquement français dans la Méditerranée. Pour Madagascar on n'est pas encore très informé, mais Ton sait du moins que l'Archipel de Mayotte et des Comores présente des eaux très poissonneuses dont les indigènes tirent parti pour eux-mêmes, dont il serait possible de tirer parti pour l'exportation sur la France. En ce qui est plus particulièrement de Tlndo-Chine, l'industrie de la pêche y tient une place énorme, ce qui s'explique par les habitudes des indigènes, tout à fait analogues aux habitudes chinoises et surtout japonaises. Il n'y a guère encore de centres de pêcheries perfectionnées ; mais les résultats obtenus par les habitants, et même les produits qu'ils recueillent, sont nettement concluants en faveur de relations suivies entre les pêcheries de l'Indo-Chine, tout particulièrement du Tonkin, et les marchés de consommation français.
On pourrait se dire, en songeant à la triste situation de notre colonie de Saint-Pierre et Miquelon, que Tindustrie des pêches n'est pas toujours favorable aux colonies qui s'y livrent; mais, sans insister sur la question, qui demanderait toute une série de développements, rappelons-nous qu'il s'agissait à Saint-Pierre et Miquelon d'une industrie tout à fait
spéciale, dont la raison d'être disparaît de plus en plus : la pêche de la morue destinée à être salée ou séchée. Par contre, dans notre colonie de la Nouvelle- Calédonie, si bien dotée à tous égards, et dont la faune marine est d'une richesse prodigieuse, ainsi qu'on le disait précisément dans le Bulletin de la Ligue Maritime française, on pourra recueillir en abondance mollusques, poissons, crustacés ; et comme la distance n'est plus aucunement un obstacle, si le courant commercial établi était d'une importance suffisante pour valoir les frais de premier établissement à faire, nous trouverions dans ce pays une source très précieuse d'alimentation à bon. marché, complétant l'insuffisance de notre alimentation carnée proprement dite.
Sans nous allonger outre mesure, encore pourrions-nous rappeler que les énormes pêcheries du Japon, nous entendons la multitude des petites pêcheries presque individuelles encore pratiquées sous des formes très élémentaires au point de vue des capitaux immobilisés, du matériel adopté, sont parfaitement susceptibles elles aussi d'apporter à l'alimentation du monde européen une contribution très large, sous la forme des produits de la mer les plus divers. Les Américains de l'Amérique du Nord, par les soins de leur service de pêcheries, qui est bien organisé, ont étudia de près cette productivité
énorme des mers japonaises, montré les ressources incroyables que la population de ce pays, si nombreuse pourtant, trouve dans la cueillette des divers produits marins, depuis les algues jusqu'aux poissons. Dans un pays où le standard of life et les prix sont encore très bas, en 1907, la valeur des produits de la mer péchés ou récoltés, comme on disait, s'élevait à quelque 130 millions de francs ; et dès ce moment on en exportait pour près de 25 millions. Depuis lors cette industrie des pêcheries s'est développée et perfectionnée considérablement : non seulement les Japonais ont pu venir opérer largement sur les côtes de Corée ou sur celles des îles Sakhalines jusqu'au Kamtchaska ; mais encore la pêche à vapeur commence de s'implanter dans le pays. Et quelle que soit l'habileté des pêcheurs indigènes munis de leur matériel élémentaire, le rendement de la pêche à vapeur, de la pêche à moteur dirons-nous plus généralement, est inévitablement de beaucoup supérieur. Les Japonais ne demandent pas mieux que de nous expédier une partie de ces produits de leurs pêcheries, quitte du reste à acheter en France en échange tel ou tel produit de nos industries les mieux dotées.
Et encore une fois, qu'on ne vienne pas nous dire que l'introduction de tous ces produits de la mer, originaires de l'étranger ou même de nos colonies.
va ruiner l'industrie des pêches en France : elle ne lui fera concurrence que là où elle se pratique de façon coûteuse, avec un mauvais rendement. Pour ce qui est notamment de cette industrie de la sardine, que l'on a voulu si maladroitement protéger (ce qui a réussi surtout à la maintenir dans la routine), il est certain que notre industrie nationale, si soigneuse, si minutieuse dans les moindres détails, peut obtenir des produits de choix qui, comme qualité, dépasseront ce qu'on fait à l'étranger. Mais rien ne sera plus facile alors que de trouver, pour ces produits de choix, à un prix un peu supérieur à celui des produits ordinaires, des consommateurs nombreux, soit à l'intérieur du pays, soit à l'étranger, où on les appréciera certes comme ils Je méritent. C'est toujours l'observation que nous avons faite pour la Grande-Bretagne et la vente du bétail indigène à un prix supérieur à celui de la viande frigorifiée, ou même fraîche, venue de l'étranger. L'observation est d'autant plus facile à justifier que, en matière alimentaire peut-être plus qu'en toute autre, nous sommes toujours en présence d'une infraproduction par rapport aux désirs et aux besoins humains.