F. Alcan, éditeur, Paris
point manqué de remarquer que l'homme, qui sait nourrir tous ses animaux domestiques, ne sait pas se nourrir lui-même. Il ne s'en préoccupe que de façon secondaire, en ne cherchant guère, et surtout en ne trouvant que fort peu les moyens pratiques d'assurer largement son alimentation, avec des ressources variées et abondantes, empruntées un peu partout. Et quand il sait s'y prendre, ou qu'on le laisse faire, l'homme pourra justement trouver à des sources diverses dans des pays différents, les albuminoïdes du lait, de la viande, du blanc et du jaune d'œuf, du gluten, des céréales et du pain, des légumineuses ; les graisses du beurre, des graisses végétales ou animales, des huiles ; le sucre des légumes ; l'amidon de ces mêmes légumes, en particulier des pommes de terre; et les substances quaternaires ou ternaires nécessaires à l'énergie calorifique ou à l'énergie mécanique, et faciles à emprunter à une série de produits végétaux ou animaux. Et ces emprunts devront être d'autant plus variés, que l'exclusivité s'accuse toujours par des inconvénients plus ou moins graves pour notre organisme.
Cette nécessité malgré tout, en matière alimentaire, de recourir aux ressources extérieures, s'est accusée très nettement pour l'Allemagne pendant la guerre 1914-1916 ; quand, en dépit des ressources abondantes qu'elle possédait sur son propre sol, elle
souffrait de la privation de certaines natures d'aliments, qu'un blocus même imparfait empêchait d'atteindre aisément les pays germaniques. Et c'est à cette préoccupation que répondait un volume allemand, dont une traduction a été publiée en Angleterre par M. S. Russell Wells sous le titre de « Germany's food. Can it last nU
Dans ce volume (et c'était précisément sa préoccupation dominante) , on a essayé de se rendre compte du total des calories, et autant que possible des matières alimentaires diverses, exigées par une nation — en l'espèce la nation allemande — pour assurer Falimentation convenable des divers éléments de sa population. On arrivait de la sorte au total de 5.675 billions de calories, en se basant sur une exigence moyenne de 3.000 calories par homme fait de moins de soixante ans.
Ce calcul, bien audacieux, il nous semble, s'appuyait sur les affirmations hygiéniques pour lesquelles nous faisions tout à l'heure quelques réserves ; il s'appuyait également sur la constatation des matières alimentaires introduites ou produites en Allemagne, durant une année moyenne, d'après les statistiques officielles plus ou moins exactes; et en supposant que l'ensemble de ces matières alimen-