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LE SUCRE UNE AUTRE CONSOMMATION A DEVELOPPER

Nous disions au début de ce livre que la guerre et l'alimentation d'une très grosse partie de la population par l'Intendance, alimentation faite volontairement très généreuse, avaient donné des habitudes nouvelles, et devaient entraîner un accroissement des consommations normales chez tous les habitants, en particulier chez les soldats revenus du front. Nous avons insisté à ce propos surtout sur la consommation de la viande, mais il en est bien quelque peu de même de la consommation du sucre.

A la vérité il ne s'est pas produit pour le sucre, durant la période de guerre, ce qui s'est passé pour la viande : la population même civile n'a pas fait connaissance avec les ressources venues de l'étranger, du moins en ce qui concerne la quantité. Car, pour ce qui est de la qualité, les gens au palais un peu raffiné pourraient dire que les sucres coloniaux qui nous ont été fournis, souvent de façon parcimonieuse, sont

très supérieurs comme goût et même comme puissance sucrante aux sucres de betteraves normalement consommés en France. Pour ce qui est de la quantité, les interventions d'Etat pratiquées et qui, au contraire de ce qui s'est produit pour la viande, se sont manifestées principalement sous la forme d'un arrêt de l'importation privée, ont plutôt mis les gens à la portion réduite.

Néanmoins on a constaté de façon plus ou moins confuse qu'il était possible de se procurer du sucre à l'extérieur, dans des pays très lointains ; non plus du sucre de betterave, mais du sucre de canne, et en quantité malgré tout très élevée; alors que la production française notamment, pour de tristes raisons, était arrêtée en grande partie, une foule d'usines ayant été envahies et même détruites par les hordes germaniques.

Cet arrêt et trop souvent malheureusement cette destruction de tant d'usines sucrières françaises pourraient entraîner bien des gens à avoir personnellement des scrupules, ou à trouver qu'il est un peu étrange de notre part de parler de recourir aux producteurs étrangers, alors que le producteur français aura tant de peine à reconstituer son activité industrielle demain, après la victoire, et par suite à retrouver sa clientèle. Nous comprenons parfaitement le scrupule ; mais il ne faut pas exagérer ; ou plutôt

il faut envisager les choses froidement, économiquement, logiquement. 11 faut songer d'abord que, parmi les usines sucrières françaises, un très grand nombre sans doute ne se reconstitueront pas, parce qu'elles étaient installées sur de trop petites proportions, que le prix de revient du sucre fabriqué par elles était trop élevé ; et que ce serait mal employer l'argent des indemnités accordées pour les dommages de guerre, que de reconstruire ces usines sur les mômes bases, suivant les mêmes errements.

Au surplus des gens extrêmement autorisés, comme M. Georges Dureau, dans le Journal des fabricants de sucre, ont considéré franchement le problème, se sont demandé s'il y aurait vraiment intérêt au lendemain de la guerre à reconstituer l'industrie sucrière sur les mêmes bases et les proportions qu'elle présentait avant les destructions systématiques des « barbares savants ». Il y a de plus une autre considération qu'on ne saurait perdre de vue.

Sans doute et fort heureusement, grâce à la volonté persévérante de libéraux dans bien des pays, et en France tout spécialement Yves Guyot, nous n'en sommes plus à une époque où l'industrie sucrière, chez nous comme dans tant de pays, vivait de l'artificiel ; où le sucre devait être payé très cher par le consommateur français maintenu à la diète, pendant que l'industrie sucrière nationale vendait à certains

consommateurs étrangers (nous visons spécialement le consommateur anglais) ce même sucre à très bon marché, ce qui mettait ce consommateur étranger à même d'introduire dans son alimentation un élément qu'on ne saurait considérer comme trop précieux. Les primes à l'exportation ont cessé : cela n'a pas été sans causer dans l'industrie sucrière française une crise terrible ; mais les sucriers ont compris ou commencé de comprendre que leur intérêt véritable était d'essayer de produire à bon compte, pour vendre en très grande quantité. Quoique la liberté du marché français ne soit pas encore complète à cet égard et que ces sucriers n'aient pas renoncé tous, il s'en faut, aux mesures protectrices, le prix du sucre s'est abaissé considérablement en France (en dehors naturellement de toute crise artificielle comme celle qui a été causée par la guerre), et le consommateur a pu consommer plus largement de cette denrée qu'on est en droit maintenant de tenir comme de première nécessité.

Mais ce n'est pas encore — nous ne dirons pas l'idéal, car l'idéal, spécialement en matières alimentaires, ne peut pas être atteint vraisemblablement, puisqu'il correspondrait à la pléthore, à la gratuité — mais la consommation vraiment suffisante : le prix est encore très élevé du sucre que le Français peut acheter. Et c'est pour cela que, comme nous allons

le montrer par quelques chiffres, sa consommation est vraiment trop faible, et de façon relative par rapport à celle de bien d'autres nations et à plus forte raison de façon absolue. Il ne semble pas possible d'admettre que la France soit susceptible jamais de fournira ses habitants assez de sucre, et du sucre à assez bon marché, pour que l'on n'ait point intérêt à se mettre à cet égard en relations avec les marchés producteurs étrangers. Et c'est ce qui nous semble ressortir d'une étude sur la culture possible de la betterave en France après la guerre, publiée par M. H. Hitier dans le Bulletin de la société d'encouragement pour l'industrie nationale l. Il y reconnaît en effet que la France, par suite surtout, dit-il, de circonstances économiques et sociales, n'a pas pu développer ses cultures de betteraves comme beaucoup d'autres pays, tout en réalisant de notables progrès dans la quantité de sucre extraite par 100 kilogrammes de betteraves travaillés.

D'ailleurs quels que soient les admirables inventions et progrès réalisés dans la fabrication du sucre de betterave, dans le traitement de cette racine saccharifère, dont la teneur en sucre est étrangement plus faible que celle de la canne à sucre, il semble que vraiment cette canne est susceptible, beaucoup

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