CHAPITRE XIV
Bien que buveur d'eau, du reste par nécessité médicale, nous avouerons immédiatement faire tenir en principe sous ce titre de boissons alimentaires le vin, ou si Ton veut plus exactement les différents vins. Quels que soient les ravages causés véritablement par l'alcoolisme, notamment chez les gens qui se figurent plus économique de substituer une ration exagérée d'alcool, ration prise mal à propos, à l'alimentation carnée ; ou de ceux qui n'ont pas suffisamment de ressources pour acheter la viande très chère que nous valait le régime douanier français, et qui se rabattaient un peu par nécessité sur de Falcool à bon marché ; il semble absolument évident, quand on considère les choses sans parti-pris, sans enthousiasme exagéré, si Ton se réfère à l'opinion des gens autorisés, que ce soit le professeur Armand Gautier, ou le professeur Landouzy, qu'on est bien en droit de considérer le vin comme un aliment. Le tout est de l'utiliser, comme tous les aliments possibles, sans
exagération ; non pas de façon exclusive ni même prédominante, mais pour ce qu'il est, pour les services qu'il peut rendre, comme un appoint, un élément alimentaire si l'on nous permet le mot.
Dans une conférence faite sous les auspices de la Revue Scientifique1 , Y êminent savant qu'estM. Armand Gautier, savant pondéré s'il en fut jamais, a traité des « aliments nervins » : et il y a compris les boissons aromatiques aussi bien que les liqueurs fermentées, c'est-à-dire les boissons alcooliques entendues au sens large du mot, qui couvre également le vin en même temps que le café, le thé, le cacao, et même quelques autres dont nous n'avons que faire ici. Ce sont bien des aliments pour lui, apportant leur part d'énergie mécanique à notre organisme, et nous mettant à même d'exercer notre « énergie volontaire », comme il le dit, de résister à la fatigue physique, psychique ou morale. C'est la même pensée que le professeur Landouzy traduisait de façon peutêtre plus audacieuse encore, en disant assez récemment que « en valeur énergétique, une bouteille de vin est presque l'équivalent de 500 grammes de viande de bœuf non désossée ».
A la vérité, lors même que Ton accepterait ces opinions si opposées à ce qui est courant à l'heure