I. Voir les numéros d'avril à juillet
tion du café, et cependant ne pourrions-nous pas montrer certaines colonies néerlandaises comme Java, susceptibles elles aussi de développer très rapidement la production caféière, et de nous envoyer à bon marché des cafés mettant plus largement le café au lait à la disposition de chaque consommateur français.
Nous avons parlé du thé comme un succédané du café, presque comme son concurrent dans certains pays. Il y a place pour ces deux boissons toniques, sans viser les autres, sur les tables françaises. Il faut du reste, pour que le thé s'introduise largement chez nous, une éducation qui s'est commencée depuis quelque dix ou quinze ans et qui a encore besoin de se poursuivre. Il est une foule de gens, même en dehors des milieux ouvriers proprement dits, qui considèrent volontiers le thé comme une tisane de malade, qui ne se rendent pas compte que lui aussi contient la précieuse caféine, sans parler de la théine ; qu'il constitue une boisson accompagnant excellemment un repas ordinaire, et surtout pouvant composer, avec la tartine beurrée, le biscuit sur lequel nous insistions plus haut, un petit repas du matin ou un goûter dont les avantages sont inappréciables, beaucoup trop peu appréciés chez nous.
C'est au point de vue de la consommation de thé que les statistiques sont vraiment éloquentes (on
pourrait presque dire tristement) pour ce qui est de la France. Le fait est que, actuellement comme il y a déjà quelques années, la consommation par tête d'habitant du thé en France ne dépasse pas 50 grammes : on a bien lu ! Il est vrai qu'en Belgique le chiffre correspondant n'est pas très supérieur ; mais il faut songer à la consommation énorme de café que l'on fait dans ce pays ; et même en Hollande, le plus gros consommateur du café du monde, la consommation de thé par tête et par an ressort à environ 900 grammes, ce qui est étrangement supérieur à la consommation individuelle française. A côté de cela il faut parler de près de 3 kilos par tête d'habitant dans le Royaume-Uni de Grande-Bretagne, qui, il est vrai, est célèbre par l'intensité de sa consommation de thé.
Nous n'avons pas besoin de rappeler l'excellence de cette boisson, elle a été démontrée à bien des reprises par les hygiénistes; tout au plus a-t-elle le défaut de réclamer une préparation peut-être un peu plus compliquée que celle du café, quoique cela ne soit pas bien sûr si on considère le café depuis le moment où il doit être moulu après avoir été grillé, jusqu'à celui où il se mélange au lait dans la tasse du petit déjeuner. Assurément la faiblesse de la consommation du thé en France tient en partie au prix élevé auquel ce thé se vend encore ; surtout si l'on
compare ce prix à celui auquel il se tient en Grande- Bretagne pour des thés même de qualité. Il résulte tout à la fois du tarif de douane et aussi des faibles quantités de cette denrée sur lesquelles porte le commerce, dont les frais sont de ce chef relevés démesurément. Il est possible, probable et désirable que l'introduction qui a été faite du thé à la caserne, il y a quelques années, l'usage que Ton en impose pour ainsi dire aux soldats sur le front dans la guerre actuelle, contribuent à développer demain notre consommation de thé. Les importations de cette denrée en France pendant la guerre sont arrivées rapidement à être décuples de ce qu'elles étaient auparavant.
Si Ton considère (et avec raison) que cette boisson aromatique chaude, à base d'eau bouillie, contenant de la caféine, cet aliment nervin, peut rendre de précieux services aux soldats appelés à donner des coups de collier fréquents; on doit logiquement admettre que les avantages seraient les mêmes pour la population civile des travailleurs. 11 faut donc tout faire pour développer cette consommation demain, et par conséquent au premier chef pour faciliter l'introduction du thé chez nous.
On n'aura pas de difficultés à se le procurer en quantités même rapidement croissantes. La culture du thé depuis vingt-cinq ou trente ans a pris une
ampleur extraordinaire, qui l'avait amenée elle aussi à chercher avec une certaine anxiété des clients, puisqu'en Chine tout particulièrement, dont les thés ont des qualités que l'on ne retrouve point dans le thé de Geylan ou dans le thé de l'Inde, il s'est produit une crise redoutable de mévente. Ce qui ne correspond pas à une crise de véritable surproduction. Si nous nous reportions à une belle étude du professeur Perrot sur la production mondiale du thé, nous verrions qu'elle est évaluée àenviron 4 . 350 . 000 tonnes, et encore au minimum, parce que pour certains pays les vérifications sont impossibles. La Chine en donnerait près de 1.100.000 tonnes, l'Inde 123.000, Ceylan 85.000. Dans cet ensemble 348.000 tonnes seulement seraient exportées. Les chiffres qui ont été donnés par le directeur général de l'Office Commercial de l'Inde concordent à peu près. En tout cas on voit par ces rapides indications Ténormité de cette production du thé, et par conséquent aussi la facilité que Ton aurait de la développer en Chine, notamment dans ses exportations, puisque la surface sur laquelle se fait la culture de la plante est réellement énorme.
Aussi bien notre domaine colonial, dans plusieurs de ses parties, est-il susceptible de se livrer de façon intense à la culture du thé, et de fournir sous pavillon français dirons-nous, si l'on nous permet le
LES BOISSONS ALIMENTAIRES ET TONIQUES 23o
mot, à un accroissement extrêmement élevé de notre consommation métropolitaine. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que c'est le cas tout particulièrement pour une bonne partie de l'Indo-Chine, spécialement FAnnam et le Tonkin.
11 est une autre boisson tonique et alimentaire de premier ordre, tout au moins pour les estomacs en bon état, à laquelle on doit inévitablement songer : nous voulons parler du cacao. A considérer les chiffres de la consommation par tête d'habitant et par an, la France en la matière occupe une assez belle place, si on la compare à un très grand nombre de pays : cette consommation individuelle y est d'environ 680 grammes, alors qu'elle n'est que de 560 aux États-Unis, de 550 en Grande-Bretagne. Elle était dépassée par la consommation allemande atteignant 780 grammes, par la consommation belge dépassant 860 grammes. Mais surtout il faut penser à la consommation des Pays-Bas, si Ton veut savoir ce qu'un pays riche, c'est-à-dire pratiquant beaucoup d'échanges, peut tirer au point de vue alimentaire de la précieuse fève. En effet en Hollande la consommation par tête d'habitant et par an ressort aux environs de 3 kg., 85. Il y a entre cette consommation et la consommation française une disproportion qui stupéfie quelque peu.
Le chiffre est d'autant plus remarquable que les
Hollandais sont, comme nous l'avons vu, les plus gros consommateurs de café. Ils introduisent donc simultanément dans leur alimentation et le cacao et le café, sans qu'ils se plaignent de pléthore : tout au plus peuvent-ils constater chez eux un confortable de l'existence qui doit faire envie à la plupart des consommateurs français.
Nous n'ignorons pas que pour l'instant le cacao est un produit cher, non pas seulement à cause des droits que Ton peut mettre à son introduction dans tel ou tel pays, mais encore parce qu'il n'est pas produit sur une très vaste superficie. La fameuse île de San Thomé, qui n'exporte guère chaque année que quelque 25.000 tonnes de cacao, est parmi un des rares producteurs du monde, grâce à l'humidité de son climat et de son terrain spécial, en pleine zone tropicale. Mais il est beaucoup d'autres pays, notamment dans l'Amérique Centrale ou dans le Nord de l'Amérique du Sud, où Ton peut se livrer à cette même culture. Elle est en train de progresser très notablement, elle pourra sans doute s'étendre facilement sur beaucoup des territoires de l'Afrique tropicale, en particulier dans certaines de nos colonies.
Nous nous retrouvons donc encore ici en présence de cette situation évidemment avantageuse qui gagnera sans doute beaucoup d'adhérents aux idées
que nous soutenons. Le développement de la consommation de la denrée alimentaire que nous visons peut être assuré non pas seulement par un pays étranger, mais encore par un territoire où flotte le pavillon français. Et quant aux avantages qui doivent résulter pour le consommateur français luimême d'une importation plus large de cacao à meilleur marché, nous espérons que le lecteur ne les met point en doute.