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LA SPÉCIALISATION ET L'APPEL AUX RESSOURCES EXTÉRIEURES

C'est surtout comme conséquence de cette variété nécessaire, que nous indiquions tout à l'heure, dans les divers éléments de l'alimentation d'une nation quelconque, qu'il faut utiliser le principe de spécialisation.

11 est absolument impossible que là France, par exemple, trouve sur son sol les produits variés dont l'usage s'impose rationnellement pour la nourriture de ses habitants. Il est donc logique que, tout en utilisant sans doute ce qu'elle peut produire par elle-même et à bon compte, parce qu'alors ce sont des consommations économiques et à bon marché, elle n'hésite pas par contre à demander à autrui, à l'extérieur, aux pays étrangers ou à ses propres colonies (qui font toujours partie de cet extérieur), une série de produits et de denrées dont elle aura avantage à tirer parti par l'intermédiaire et au profit de ses consommateurs. Du reste, tout en vendant au

besoin à l'extérieur l'excédent des denrées qu'elle est, comme nous le disions, susceptible d'obtenir à bas prix, avec un bon rendement, de façon économique.

Cette spécialisation, que Ton connaît, que Ton comprend et que Ton apprécie à l'intérieur d'une ville ou d'un pays, présente les mêmes avantages, démontrés dans le moindre traité d'économie politique, quand il s'agit d'échanges à travers des frontières douanières. C'est pour cela que la France peut avoir intérêt à cesser telle production qui lui est trop coûteuse, c'est-à-dire qui est trop coûteuse pour ses consommateurs, à développer au contraire celles dans lesquelles elle réussit le mieux économiquement. Et c'est là une loi générale basée non pas seulement sur le raisonnement mais sur l'observation, que l'on doit appliquer en toutes matières, et que nous retrouverons dans les différents chapitres de ce livre, se consacrant chacun plus particulièrement à telle ou telle denrée, à tel ou tel élément de l'alimentation nationale.

11 est à remarquer que, dans l'ensemble des différents pays, en dépit des préjugés et des théories protectionnistes amenant le gouvernement à une pratique au moins partielle de ces théories, les échanges de denrées alimentaires jouent de façon constante, quoique sur une échelle relativement réduite par rapport à ce qu'ils devraient être, et comme qonsé-

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quence de spécialisations elles-mêmes imparfaites. Nous pourrions à ce propos rappeler toute une étude faite par l'ingénieur en chef de la Compagnie d'Orléans bien connu, M. Richard Bloch, une autorité en la matière, sur le marché européen des denrées périssables1.

L'auteur s'y est occupé des beurres, des œufs, des viandes fraîches, des volailles et du gibier, des poissons et des mollusques, des légumes frais et de la plupart des fruits. L'examen des chiffres qu'il fournissait, et qui étaient d'ailleurs certainement inférieurs à la réalité absolue, montrait déjà l'importance prise par ces différents commerces internationaux; par conséquent le rôle que les produits en faisant l'objet tenaient dans l'alimentation d'une série de pays, à commencer par l'Angleterre, qui, depuis longtemps, jouit en matière alimentaire d'un bien-être relatif pouvant lui être envié par une série d'autres nations. Au surplus les chiffres et les graphiques qu'il fournissait se rapportaient à l'année 1907; et depuis lors ce mouvement a étrangement augmenté, et dans les pays déjà bien partagés par suite de leur législation douanière, et même dans les autres, sous l'influence de besoins qui s'imposaient de plus en plus.

1. Voir le numéro de janvier 1910 de la Revue Politique et Parle* nlaire.

Aussi bien, cette intensité des besoins alimentaires cherchant à se satisfaire à l'extérieur pour une très grande partie, a-t-elle été mise en lumière par un protectionniste des plus notables et des plus déterminés, M. Edmond Théry, étudiant, devant la Société de Statistique de Paris, la question de l'alimentation pendant la guerre chez les grandes nations belligérantes , France , Angleterre , Allemagne , Autriche-Hongrie1. Sans doute s'est-il placé plutôt, dans son étude au point de vue des difficultés de cette alimentation du fait de la guerre. Mais ces difficultés mêmes accusent l'intensité des relations d'échanges qui se faisaient avant la crise actuelle ; et notre confrère est venu donner là un bel argument en faveur des échanges internationaux; même sur ces produits agricoles dont ceux qui partagent ses illusions théoriques voudraient faire un monopole de la production française, quand il s'agit d'alimenter le consommateur français lui-même. (Il pourrait tout aussi bien nous donner des arguments, un peu inutiles maintenant, en faveur des viandes frigorifiées venues de l'étranger, puisqu'il leur reconnaît des qualités précieuses, qu'il les considère comme d'excellentes viandes; alors que pendant tant d'années les protectionnistes ont affirmé que c'étaient

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