LUZERNE
24 avril
22 mai
3 juillet
(l) Analyses d’Em. Wolff.
(2) Analyses de Ritthausen.
D’où la conclusion que le ligneux ne fait qu’augmenter pendant que la protéine diminue proportionnellement, et que si les glucosides s’accroissent jusqu’à une certaine époque, à partir de là ils décroissent rapidement. Partant, nous dirons avec Stœckhardt que c’est une grande faute de commencer la fenaison trop tard quand l’herbe est déjà trop mûre. Les herbes jeunes et tendres sont fortement nourrissantes, vu leur richesse en protéine et la solubilité de leurs principes. Elles sont aussi nourrissantes que les grains, plus même, tandis que les herbes vieilles ne valent pas davantage que la paille.
2o Influence que peut exercer la prédominance de certaines parties.
Lorsque la plante approche de sa fin naturelle, qui est la production des semences, qui doivent la perpé-
i/anïmal et la plainte.
tuer dans le tenaps et la répandre dans l’espace, il se produit au autre phénomène. Les principes d’imporlance dominante dans son organisation sont graduellement transportés des parties où la nature les avait emmagasinés pour aller servir à la formation de la graine. La protéine et l’acide phosphorique quittent peu à peu les racines, les tiges, les feuilles, pour monter vers les ovaires, et servir à l’accroissement des ovules qu’ils contiennent. De là vient que toutes ces parties s’appauvrissent de plus en plus ; que les feuilles sont moins riches que les graines, les tiges moins que les feuilles, etc. Les sommités des tiges sont à la fois plus riches et moins dures que les bases. La prédominance de l’une ou l’autre de ces parties a donc une grande influence sur la valeur nutritive d’un fourrage.
Gela explique pourquoi les moutons auxquels on donne de la paille à fourrager ne consomment que les feuilles et les sommets des tiges, tandis qu’ils laissent les bases intactes. Ce serait donc une pratique recommandable de couper la paille afin de réserver les parties hautes pour la consommation, et d’utiliser le reste comme litière.
Influence de la variété cultivée, de la nature du sol, de la dose des fumures.
Les variétés d’une même plante ont souvent une composition bien différente, au point de vue alimentaire. 'Ainsi personne n’ignore que la betterave à sucre est plus riche en matière saccharine que les autres sortes. Le tableau de la composition des aliments montre combien est considérable l’écart entre les proportions de matières azotées pour les trois variétés de betteraves considérées. Le globe jaune est la variété la plus
PREIVIIEUE PARTIE.
riche, et partant la plus recommandable ; car 10 kilogrammes de globe renferment autant de protéine que 36 kilogrammes de betteraves blanches. Plus les betteraves sont grosses, plus elles renferment d'eau; plus elles poussent en terre et sont petites, plus elles sont saccharifères. La partie qui pousse hors de terre est toujours plus riche en principes albuminoïdes que celle qui se trouve dans le sol : c’est ce qui explique en partie la supériorité des globes jaunes sur les autres variétés. Si nous nous arrêtons aussi longtemps sur la betterave, c’est qu’aujourd’hui elle forme la base de l’alimentation d’hiver, qu’elle est le type des racines fourragères, et que ce sont là des faits à retenir.
La nature du sol agit aussi sur la richesse des plantes qu’il produit. Les sols légers ou élevés donnent plus de quantité et de qualité par les temps humides que les sols argileux et les terrains bas. Le contraire a lieu dans les années sèches.
Les plantes vigoureuses sont toujours plus riches en protéine que les plantes chétives, car l’on sait que la condition essentielle de tout développement rapide est l’abondance de celle-ci. Or, les éléments du sol qui servent à sa formation, étant les nitrates et les sels ammoniacaux, plus la plante aura de ces principes à sa disposition, plus aussi sa végétation sera rapide et forte. La quantité d’acide phosphorique disponible en un temps donné, a aussi une grande influence, puisque la protéine est toujours associée au phosphore. Par conséquent la dose des fumures a une influence considérable sur la valeur nutritive des végétaux. Et dans notre métier tout s^enchaîne : d’abondantes fumures produisent une grande quantité d’excellents fourrages ; ceux-ci permettent d’entretenir un bétail do choix, bon
l’animal tr LA PLANTE. 4!
utilisateur des aliments, bétail qui, à son tour, donne d’excellent fumier.
40 Influence des circonstances météorologiques, des conditions de la récolte et de la conservation.
Les saisons favorables donnent la quantité et la qualité des fourrages : la luzerne, le trèfle, les herbes des prairies sont plus riches en principes azotés, le blé en amidon, la betterave en sucre, etc. Mais si, d’un côté, les grains sont plus riches, les tiges le sont moins, d’autre part. Les pailles sont plus dures, et renferment moins d’éléments solubles. Le contraire a lieu par les temps trop froids ou trop chauds, parce qu’alors la végétation arrêtée ou languissante ne permet pas la maturation complète des grains. Les semences sont donc moins riches, et les pailles plus nourrissantes.
Le temps qu’il fait pendant la récolte a aussi une grande influence sur la richesse et la qualité des aliments. Plus le fanage des foins est rapide, mieux cela vaut. Les pailles et surtout les foins et les regains, qui ont longtemps reçu de la pluie, perdent beaucoup de leur valeur. Non-seulement il y a une disparition notable des éléments solubles, mais la couleur et l’arome du foin sont en partie perdus. A tout cela vient s’ajouter par les temps chauds la formation d’un grand nombre de champignons microscopiques, nuisibles à la santé.
Le mode de conservation a aussi une grande influence sur la valeur nutritive des aliments. Le foin mal conservé fermente et moisit. Les betteraves conservées entières en silos perdent avec le temps une proportion assez forte de leurs substances protéiques. A la fin de l’hiver elles sont bien moins riches qu’au
commencement. Lorsqu’on a des betteraves pour aller jusqu’au mois de juin, par exemple, le meilleur moyen de les conserver avec toute leur valeur, moyen qui est encore trop peu répandu, c’est de les hacher et de les mélanger avec des balles, des pailles, des foins hachés, et de les entasser dans des fosses que l’on referme hermétiquement avec de la terre. C’est ainsi que l’on conserve actuellement le ihaïs vert pour la consommation hivernale. Les foins eux-mêmes, normalement conservés, perdent en vieillissant une portion notable de leur azote. Un tassement considérable, s’il ne remédie pas complètement à cette perte, l’atténue du moins.
F. — Eau des boissons.
, La quantité d’eau considérable dont l’animal a besoin (1), lui est fournie par l’eau des fourrages d’une part, et de l’autre par l’eau des boissons.
Nous allons étudier cette dernière au point de vue des qualités qu’elle doit posséder pour qu’elle puisse convenir à la boisson du bétail, pour qu’elle soit potable, en un mot.
Une eau potable est une eau légère dans l’acception populaire du mot.
Elle présente les caractères scientifiques suivants :
Sa limpidité n’est troublée par aucune matière étrangère organique ou minérale en suspension ; l’ébullition ne la trouble pas ; elle cuit bien les légumes, et dissout le savon sans former de grumeaux insolubles. Elle est de plus bien aérée, et ne laisse par l’évaporation à sec qu’un faible résidu de sels minéraux.
(1) Environ 20 litres par jour en moyenne, d’après Grimaiid (des eaux publiques, etc.), par tete d» cheval ou bœuf.
l’animal et la plante.
Une eau n’est pas potable ou est lourde, quand elle ne présente pas ces caractères, et qu’elle laisse par évaporation un abondant résidu sec.
Le résidu salin d’une eau légère est formé en majeure partie de chlorures alcalins, et surtout de bicarbonate de chaux. Les premiers sont décelés par l’apparition d’un précipité blanc caillebotté, qui devient violet sous l’action de la lumière, quand on verse dans l’eau une solution de nitrate d’argent. La teinture alcoolique de campêche colore graduellement en violet l’eau qui contient du bicarbonate de chaux. Un excès de bicarbonate rend cependant l’eau impropre à la boisson. Cet excès est dénoté par le trouble de l’eau à l’ébullition. Les eaux légères renferment fort peu de plâtre et de chlorures terreux. On reconnaît l’absence du plâtre dans une eau, à ce qu’une solution alcoolique de savon n’y forme pas de grumeaux.
Une eau lourde forme des grumeaux avec la liqueur savonneuse, se trouble par l’ébullition, donne un abondant précipité avec le nitrate d’argent ; elle se colore en violet quand on la fait bouillir avec quelques gouttes de chlorure d’or. Cette dernière réaction spécifie les matières organiques. Une seule de ces réactions démontre une eau non potable.
La présence des matières minérales dans l’eau n’est pas indispensable, cependant l’utilité du bicarbonate calcique et des chlorures alcalins ne nous paraît pas douteuse. En effet, comme on le verra plus loin, il y a toujours dans l’estomac de l’acide lactique. Celui-ci, agissant sur le bicarbonate de chaux, le transforme en lactate de même base ; de sorte qu’absorber du bicarbonate, c’est fournir â l’économie un sel organique, un lactate, qui est dans les meilleures conditions possi-
PUblMIÈKE PARTIE.
blés pour être assimilé et procurer la chaux nécessaire à la formation du tissu osseux. Les chlorures alcalins se rencontrent abondamment dans le sang ; de là leur utilité dans beau. On les rencontre aussi dans le lait. Quant aux sulfates terreux, leur présence est toujours mauvaise ; n’étant pas transformables en lactates, ils ne sont point assimilables.
Pour terminer, disons quelques mots des moyens que l’on peut employer pour rendre une eau potable :
1° Une eau qui renferme trop de bicarbonates de chaux ou de magnésie est rendue bien meilleure en la faisant passer sur un peu de chaux éteinte. On précipite ainsi une partie des sels nuisibles à l’état de carbonates.
2° Pour corriger une eau qui contient en dissolution trop de sulfate de chaux (plâtre), on y fait dissoudre du carbonate de soude. 300 grammes par hectolitre suflisent pour précipiter la chaux de l’eau la plus chargée déplâtré, à l’état de carbonate insoluble; et il reste dans la liqueur du sulfate de soude en trop petite quantité pour être nuisible.
S"" Enfin, l’eau doublement mauvaise par la présence des matières organiques et des sels terreux est rendue potable par l’emploi du charbon animal (os calcinés en vase clos). c( Quatre kilogrammes de cette substance suffisent pour rendre potable une eau de la plus mauvaise qualité : feffet se manifeste après 48 heures de contact. Le charbon animal, cette matière précieuse à tant de titres, a la propriété d’absorber non-seulement les gaz putrides qui peuvent se trouver dissous dans un liquide, mais encore les matières putrescibles ellesmêmes : en outre elle s’empare des sels terreux, si
l’amvial et la plante. 45
bien qu’il n’y a point de mauvaise eau ({u’elie n’ait la faculté d’améliorer » (Malagutti).
Si une eau contient en suspension des matières minérales ou organiques, on doit la filtrer préalablement, si elle est légère après cette seule opération. Autrement, il suffit de filtrer après le traitement.
Un préjugé très-répandu et presque généralement accepté, est celui qui consiste à écrire que l’eau de source est plus pure que l’eau de puits ou de rivière. Ces désignations d’origine n’indiquent absolument rien au point de vue de la pureté de l’eau; celle-ci ne dépend que des substances rencontrées par le liquide dans sa marche à travers les couches terrestres. Une eau de source peut donner à l’évaporation un résidu considérable si elle a traversé des couches de gypse et de sels magnésiens, et par conséquent être lourde et crue; tandis qu’une eau de puits peut être très-pure.
Enfin la température des eaux de boisson ne doit pas être ni trop élevée, ni trop basse. Elle ne doit en général varier qu’entre 10® et 15® au-dessous de 0® G. Ainsi elle paraît fraîche en été et n’est pas froide en hiver.
Les boissons trop froides, en effet, exercent toujours sur la digestion une action perturbatrice, qui se manifeste en général par de violentes coliques.
Les eaux chaudes, elles aussi, peuvent avoir des inconvénients. Elles sont en effet débilitantes, retardent par suite les digestions, et même les arrêtent. La moindre chose qui puisse en résulter est une atonie générale qui empêche les animaux de pouvoir faire convenablement leur service.
En hiver, l’eau qui provient de sources à la surface du sol, ou qui a séjourné dehors, et l’eau qui provient
PRE\IIÈRE PARTIE.
de la fonte des neiges et de la glace, doivent toujours séjourner suffisamment dans Fétable pour acquérir la température de 10® avant d’être distribuées.
En été les eaux froides des fontaines et des puits profonds doivent être exposées au soleil avant qu’on les utilise.
Quant aux eaux chaudes, il faut évidemment les refroidir en les laissant séjourner dans un endroit frais, et en y ajoutant un peu de sel ou de vinaigre.
L’aération de l’eau est aussi à considérer attentivement. L’absence des gaz en dissolution dans l’eau, rend celle-ci tout à fait indigeste. Une eau légère renferme en général 28 à 30 centimètres cubes de gaz par litre. Rien n’est plus commode que d’aérer une eau. Il suffit pour cela de la faire couler en lame mince d’une certaine hauteur d’un vase dans un autre.
Digestion et digestibilité.
Maiatenant que nous connaissons les besoins des animaux, et la composition des aliments qui leur conviennent, il nous reste encore, avant d’aborder le calcul des rations, à examiner par quel mécanisme les principes immédiats des végétaux passent dans l’organisme animal, à étudier, en un mot, ce que c’est que la digestion.
Si la plante n’a dans la digestion qu’un rôle à peu près passif, il n’en est pas moins vrai que sa constitution exerce sur les phénomènes de cette importante fonction une influence que nous avons le plus haut intérêt à connaître. La perfection du fonctionnement de l’appareil digestif est évidemment dépendante de la bonté de l’appareil, d’une part, et de la qualité de la matière première, d’autre part. C’est la résultante de ces deux influences que l’on désigne sous le nom de digestibilité.
A. — La digestion.
a, — But de la digestion.
La digestion a pour but de faire passer dans le sang les principes immédiats nutritifs des aliments, ainsi que les matières minérales qui sont nécessaires à
48 PHEMIÈRE PARTIE.
rédification et à l’entretien de la machine vivante. Parmi les substances alimentaires, les unes, solubles ou naturellement diffusibles , passent directement dans le sang, sans subir d’autre modification ; les autres, au contraire, insolubles par essence, ont besoin d’éprouver une série 'de transformations pour que puisse s’effectuer leur diffusion.
Ce sont ces transformations, appropriées à chaque genre de substances alimentaires que la digestion a pour but d’accomplir.
Les unes, purement mécaniques, et s’opérant, pour la plupart, sous l’influence de la volonté, nous occuperont d’abord ; les autres, chimiques, indépendantes de la volonté, seront pour nous l’objet d’une étude plus attentive.
b. — Phénomènes physiques.
Tous les animaux qui nous intéressent ne prennent pas leurs aliments du la même façon. Lorsque les herbes sont sur pied, par exemple, les équidés (chevaux, ânes, mulets), les saisissent avec leurs lèvres et les coupent avec leurs incisives ; les bovidés (bœuf et vache, buffle) se servent principalement de la langue, enveloppant les plantes et opérant sur elles un mouvement de traction, pendant que les incisives les pressent contre le bourrelet de l’arcade supérieure ; les petits ruminants (moutons et chèvres), aux lèvres très-mobiles, saisissent les plantes avec ces dernières, les appuient avec les incisives contre le bourrelet, et en opèrent la section par un petit mouvement de tête ; enfin les suidés font usage des incisives des deux arcades.
G*est à l’aide des lèvres et de la langue que tous les animaux aspirent les liquides.
l’amiwal et la plante.
Une fois saisis et arrivés dans la bouche, les aliments sont amenés par la langue sous les molaires, où ils sont broyés. Pendant l’opération les mouvements des joues et de la langue les maintiennent sous les deux rangées de dents. Chez les équidés, le mouvement a lieu de haut en bas, et les aliments sont broyés par un mouvement oblique parce que la table de la couronne dentaire est inclinée d’un côté à l’autre. Chez les ruminants, grands et petits, le mouvement a lieu latéralement ; et chez les omnivores, les aliments sont simplement triturés.
Pendant qu’a lieu la mastication, les glandes salivaires déversent leur sécrétion dans la bouche. L’action mécanique de ce liquide est de rendre le glissement du bol alimentaire plus facile, en le lubréfiant. La salive a en outre une action chimique que nous étudierons plus loin.
Les aliments, broyés et imprégnés de salive, se réunissent en masses plus ou moins grosses ou bols alimentaires. Par des mouvements de la langue, ils sont amenés jusque sur sa base, et par l’acte de déglutition, ils passent dans le pharynx ou arrière-bouche. Les mouvements de cet organe conduisent les aliments dans le canal œsophagien, qui les mène jusque dans l’estomac par un mouvement vermiculaire descendant.
•Chez les ruminants, la mastication et l’insalivation ne sont pas complètes tout d’abord. Ces animaux saisissent leurs aliments avec avidité, les broient grossièrement, puis les avalent une première fois. Les aliments vont alors dans la panse ou rumen, premier compartiment de l’estomac (1). Leur repas fini, ces animaux se couchent, et se mettent à ruminer : par les contractions de sa membrane, le rumen conduit les ali-
oO
ments jusqu’à l’entrée en forme d’entonnoir de l’œsophage (5) ; celui-ci en saisit une certaine quantité, et
par une suite de mouvements vermiculaires ascendants, les ramène dans la bouche. Le moment où les aliments y arrivent est très-facile à saisir, à cause d’un léger bruit semblable à une éructation. Le bol alimentaire, saisi par la langue, est alors porté sous les molaires, broyé complètement et insalivé d’une manière définitive. L’opération terminée, il est de nouveau dégluti, mais au lieu de se rendre dans le premier compartiment de l’estomac, il va dans le troisième ou feuillet (3), pour de là passer dans la caillette (4), où s’opère la digestion proprement dite. Tant (ju’il y a des aliments dans le rumen, la même suite de mouvements se renouvelle.
l’animal et la plante. 51
Enfin, c’est dans le deuxième compartiment que se rendent directement les liquides.
c, — Phénomènes chimiques et physiques involontaires.
Les aliments qui sont imprégnés de salive, et arrivés dans l’estomac, subissent sous l’influence de celle-ci une première modification. La diastase salivaire, ou ferment de la salive, analogue à la diastase qui prend naissance dans l’orge germé, transforme les substances amylacées (série des glucosides) d’abord en dextrine puis en glucose. C’est là une réaction très-facile à produire dans le laboratoire ; et voici comment : dans un tube à essais, on introduit d’abord de l’empois d’amidon, puis de la salive ; on colore le mélange en bleu avec une petite quantité de liqueur cupropotassique et l’on chauffe le tout à 40® C. Au bout de quelques instants, la liqueur passe du bleu au rouge vif, signe caractéristique de la présence du glucose.
Les parois de l’estomac sont pourvues de glandes qui sécrètent un suc particulier, le suc gastrique. Il a pour base l’eau et contient de faibles quantités d’acides chlorhydrique et lactique, et un ferment particulier, la pepsine. Celle-ci a pour propriété de rendre diffusibles les matières azotées. L’albumine, la fibrine, la caséine, etc., éprouvent sous son influence une transformation isomérique, qui les rend solubles. On donne au produit de cette opération le nom de peptone ou d’albuminose.
Les acides chlorhydrique et lactique aident à la transformation des glucosides comme adjuvants du fluide salivaire. Ils peuvent aussi, en agissant sur les matières minérales ingérées les rendre susceptibles d’être dialysées. Les recherches de Lehmann montrent que
les veaux peuvent assimiler de la poudre d’os trèsfine. L’acide chlorhydrique a pour effet de transformer le phosphate des os insoluble en phospate acide soluble. — L’acide lactique peut transformer le carbonate de chaux des boissons en lactate de chaux, c’est-à-dire en un sel organique.
Au bout d’un certain temps, variable suivant un grand nombre de circonstances, la bouillie alimentaire, formée des matières déjà rendues solubles et de celles qui ne le sont pas encore, le chyme en un mot, passe de l’estomac, par l’ouverture appelée pylore, dans l’intestin grêle.
Un peu après la naissance de ce long conduit, par un orifice spécial, le pancréas déverse sa sécrétion. Le suc pancréatique a une composition analogue à celle de la salive. Gomme elle, il jouit de la propriété de transformer les matières amylacées en glucose; mais il a en outre la faculté de rendre solubles les substances protéiques , et d’émulsionner les matières grasses. II est donc un adjuvant de la salive et du suc gastrique.
Vis-à-vis forifice du canal pancréatique, se trouve l’ouverture du canal cholédoque, qui déverse la bile dans l’intestin grêle. Produit de la sécrétion du foie, la bile est un liquide verdâtre, qui a pour propriété principale d’émulsionner les matières grasses comme le suc pancréatique.
L’intestin grêle lui-même est muni de follicules qui sécrètent le suc intestinal. Ce liquide jouit à un certain degré de toutes les propriétés des fluides précédents. Il est destiné à parfaire la digestion.
A mesure que les substances» alimentaires deviennent solubles, elles passent, par un phénomène de dia*
i/ammal kt la plante.
lyse, de l’intestin grêle clans les vaisseaux chylifères et sanguins, en traversant la membrane intestinale. Ce sont les substances solubles cristallines qui la traversent le plus vite. Les autres substances solubles qui proviennent de colloïdes, la traversent plus lentement. Et parmi les substances cristallines, ce sont celles qui cristallisent le plus aisément, c|ui traversent le plus rapidement la membrane. Voici du reste une expérience qui démontre clairement ce fait :
On a placé dans un dialyseur une dissolution de 20 grammes de glucose et de 20 grammes de sel marin ; au bout de 95 heures, on a dosé dans beau primitivement pure du récipient inférieur, le glucose et le sel marin, et voici les résultats obtenus:
Glucose O gr. 37
Sel marin 16 gr. 65
Le rapport des deux quantités qui ont traversé la membrane est :
Ainsi le sel marin a passé trois fois plus vite que le glucose.
A mesure que la bouillie alimentaire, entraînée par les mouvements vermiculaires de l’intestin, s’avance dans ce long canal, un phénomène du même genre se produit. Arrivée au gros intestin, elle ne forme plus, pour ainsi dire, qu’une masse de matières insolubles : quoique cependant cet organe ait encore, à un faible degré, il est vrai, la faculté d’absorber les substances dissoutes ; et c’est là ce qui explique l’effet des lavements nutritifs.
Lorsque les matières qui ont échappé à la digestion sont arrivées à la dernière partie du gros intestin, elles se moulent diversement suivant les genres d’animaux. Chez les équidés, les ovidés et les rongeurs domestiques, cette partie extrême du canal digestif présente des étranglements successifs, où les crottins prennent leur forme définitive. Chez les bovidés on ne remarque pas de telles bosselures. Enfin ces matières excrémentitielles s’accumulent dans le rectum, jusqu’à ce que l’animal sente le besoin de les expulser par l'anus, ouverture extrême du long tube digestif.
B. — La digestibilité.
Non ab ingeslis, sed a digestis^ fit nutritio,
(Ce n’est pas ce que l’on mange, qui nourrit, mais ce que l’on digère.)
Cette maxime de l’école de Salerne est, dans l’alimentation des animaux, d’une importance capitale; et l’agriculteur doit sans cesse l’avoir présente à l’esprit. 11 faut bien se garder de croire, en effet, que deux rations sont équivalentes à la seule condition de renfermer la même quantité de principes nutritifs azotés et non azotés ; une seconde condition est ici absolument indispensable, c’est Végale digestibilité de ces principes. Mais on peut dire que deux rations sont équivalentes, dans certaines limites, lorsque toutes deux renferment la même somme de principes immédiats albuminoïdes et hydrocarbonés digestibles. C’est pourquoi, dans la composition des rations, il ne faut pas l)i‘endre pour seul guide, seul point de repère, la composition chimique des aliments, car il est aussi impos-
l’aini.vial et la plante.
sible de régler ralirnentation des animaux par des formules chimiques, qu’en se basant sur l’empirisme seul Il faut, en outre, avoir égard à la digestibilité propre à chaque genre d’individus et à chaque ration; et c’est seulement en s’appuyant simultanément sur ces deux bases scientifiques, que l’on peut arrivera des résultats vraiment satisfaisants. Les nombres qu’indiquent les tableaux de la composition chimique des aliments ont donc besoin de subir certaines corrections, afin de pouvoir être employés dans la pratique ; il est nécessaire de les diminuer d’une certaine quantité représentant la fraction qui échappe à l’action des sucs digestifs. Mais celte correction ne peut pas se faire d'avance ; c'est une chose complètement illusoire que de placer à côté du chiffre indiquant le principe total dans les tables, un autre chiffre indiquant le principe digestible. La digestibilité dun aliment est variable suivant ceux avec lesquels il se trouve associé et avec mille causes que nous verrons plus loin. Aussi allonsnous, dans ce qui va suivre, en traitant des coefficients de digestibilité, donner, autant que les connaissances actuelles le permettent, le moyen d’opérer ces corrections dans tous les cas.
a. — Le coefficient de digestibilité. Causes qui le font varier.
Les principes immédiats des aliments ne sont, pour la plupart, jamais en totalité rendus diffusibles ou solubles pendant leur séjour dans, l’appareil digestif. On retrouve toujours dans les excréments solides des animaux plus ou moins de substances protéiques, de matières grasses (principes solubles dans l’éther), et d’hydrates de carbone sur lesquels les sucs variés que
Pr.EMiÈUE PAiniE.
oi
nous connaissons n’ont point eu d’action, et la quantité qu’on en retrouve varie avec une foule de circonstances. On a, par un grand nombre d’expériences exécutées en Allemagne surtout, déterminé la quantité relative de matière que chaque groupe de principes immédiats livre à la digestion, suivant les différents genres d’animaux qui les consomment, et suivant aussi les aliments et les rations où ils sont contenus, et l’on a donné le nom de coefficient de digestibilité à la fraction centésimale qui représente cette quantité, dont l’unité est, cela va sans dire, la limite supérieure. C’est par conséquent le nombre par lequel on doit multiplier la quantité du principe consommé pour avoir la quantité du même principe qui a été dialysée par les muqueuses du tube digestif (1).
Ce coefficient de digestibilité est loin d’être une chose absolue, car il varie, avons-nous dit, avec un grand nombre de circonstances. Or, l’on peut classer toutes ces causes de variations sous deux chefs principaux que nous allons étudier séparément, et qui sont, d’une part, l’aptitude digestive des animaux, et, d’autre part, la constitution et la composition des rations ou des aliments.
L’aptitude digestive des animaux qui nous intéressent varie suivant le genre que Ton considère : elle n’est pas la même chez le cheval que chez le bœuf, la chèvre ou le mouton. La race a aussi sa part d’influence sur
(1) Soit Q la quantité to^le d’un principe quelconque ingéré, q la quantité du même principe retrouvée dans les excréments;
0 — ^ est la quantité digérée. = G le coefficient de diges-
tibilité : d’où Q — ^ = CXQ- C’est la définition la plus précise du coefficient de digestibilité.
l’animal et la plante.
cette aptitude : les animaux des races perfectionnées ont une puissance digestive plus gi’ande que les autres. Des différences s’observent également entre les familles d’une même race et entre les individus d’une même famille.
De plus, l’aptitude digestive n’est pas immuable chez le même individu. Elle subit, en effet, avec l’âge, une dépression régulière qui est plus accentuée dans les premières périodes de la vie. Ainsi, de nombreuses expériences ont démontré d’une manière irrécusable que plus un animal est jeune, et plus aussi il digère facilement les matières azotées, par exemple, contenues dans sa ration.
Ces quelques considérations générales montrent suffisamment que les résultats des expériences que nous rapportons ici sont loin de pouvoir être pris aveuglément comme points d’appui. Simples points de repère, essentiellement variables, l’agriculteur qui médite doit les modifier suivant les circonstances également variables où il peut se trouver.
Sans tenir compte des diverses influences secondaires dont nous avons dit un mot, l’expérience a établi que pour les différents genres d’animaux agricoles, les coefficients de digestibilité étaient en moyenne ;
Protéine. Mat. grasse. Glucosides. Ligneux.
Mouton 0.57 0.61 0.72 0.58
Chèvre 0.60 0.44 0.64 0.62
Bœuf 0.65 0.64 0.66 0.60
Vache 0.57 0.65 0.70 0.61
Cheval 0.69 0.59 0.68 0.33
Si Ton rapporte tous ces nombres à celui du mouton, on a, pour la protéine, par exemple :
PBEMIÉRE PARTIK.
Mouton.
Chèvre. Bœuf.
Vache.
Cheval.
Dans le tableau graphique suivant, sont consignés tous les rapports ainsi obtenus.
Mouton, Cheval, Chèvre, Vache, Bœuf.