MATIÈRES GRA^SES
l’animal et la plante. f>y
De ces faits on peut tirer d’importantes conclusions : que, d’abord, le mouton et la vache sont les moins bons utilisateurs de la protéine; mais qu’ils ne sont dépassés par aucuns dans la digestion de^ glucosides : puis que les ruminants en générai ont une grande puissance de digestion du ligneux, tandis que les équidés leur sont, sous ce rapport, d’une infériorité frappante. Donc, c’est aux ruminants, animaux polygastriques (à plusieurs estomacs), qu’il faut de préférence faire consommer les fourrages grossiers, riches en fibres ligneuses, tandis qu’aux équidés, monogastriques, conviennent particulièrement les aliments concentrés, c’est-à-dire les aliments qui, sous un faible volume, renferment beaucoup de protéine, de matières grasses, de glucosides.
La seconde cause générale des variations de la digestibilité, c’est, ainsi que nous l’avons dit plus haut, la constitution de l’aliment. Cette influence est incontestable, car les états moléculaires variables qu’affectent les différents principes nutritifs, les rendent plus ou moins facilement attaquables par les sucs digestifs. Cet état moléculaire variant avec chaque plante, il en est de même du coefficient de digestibilité qui y est afférent. Il change aussi avec le degré d’avancement de la végétation ou l’âge de la plante. Ainsi les jeunes pousses des herbes sont presque complètement digestibles, tandis qu’à leur maturité complète leur digestibilité est bien moindre. C’est de quoi les résultats de nombreuses expériences donnent une preuve irréfragable. Pour n’en citer qu’une, disons que du trèfle, coupé à la fin de la floraison, a livré 15,4 0/Ode protéine, 12 0/0 de glucosides, 20,7 0/0 de matières grasses, et 21 0/0 de ligneux de moins que le même
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trèfle coupé un peu avant la floraison. Ces chiffres sont trop éloquents pour qu’il soit possible d’y ajouter quelque .chose. Il suit de là, ainsi que nous Tavons déjà dit plus haut, que c’est une grande faute de commencer la fenaison trop tard, non-seulement au point de vue de la quantité absolue de principes nutritifs recherchés, mais encore au point de vue de la qualité digestive de ces derniers.
La digestibilité est aussi influencée par la bonne ou mauvaise rentrée des récoltes : du foin, par exemple, qui aura été lessivé par des pluies abondantes, aura perdu certainement la plus grande partie de ses matières immédiatement solubles, et, par suite, naturellement digestibles ; en outre, les tissus des végétaux subissent, dans ces circonstances, un rouissage qui les rend plus durs, et, par suite, moins facilement attaquables par les agents de la digestion ; il y a aussi en pareil cas une perte qui, pour n’être pas bien sensible à la balance, n’en est pas moins considérable au point de vue de la digestibilité : nous voulons parler de l’arome du végétal ; car l’arome, en influençant d’une manière agréable le système nerveux, agit indirectement, il est vrai, mais d’une façon considérable, sur l’abondance des sécrétions du tube digestif ; et c’est de là qu’est venue cette expression si juste et si connue : faire venir l’eau à la bouche. Pendant que nous en sommes à ce sujet, disons, quitte à le redire plus tard, que les soins intelligents, la ponctualité, la douceur de ceux qui servent les animaux, la disposition et la proprété des étables, sont d’importants facteurs du coefficient de digestibilité.
La bonne ou mauvaise conservation des fourrages
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a, pour des raisons analogues, une grande influence sur la digestion.'
Toutes ces causes de variations se résument autant que possible dans ce que nous appellerons la relation digestive. Celle-ci, dont nous avons ici pour la première fois l’occasion de parler, se définit : le rapport qu'il y a entre la protéine d'une part^ et les éléments hydrocarbonés d'autre part^ et nous la représenterons
dans tout ce qui va suivre par le symbole — ou P : H,
qui découle de sa définition. L’expérience suivante, due à Haubner, montre toute l’importance qu’a la considération de ce rapport dans la constitution des rations. 11 nourrissait des moutons avec la ration de ;
Pommes de terre cuites . 1 kilogr.
Paille de blé 1 kilogr. 250
par jour et par tête, et toute la matière amylacée de la pomme de terre, était utilisée dans la digestion. Il ajouta ensuite0\5 de pommes de terre, et l’étude des excréments décela une perte considérable de fécule. Enfin il ne remarqua plus la présence de celle-ci dans ces derniers après une addition de 125 grammes de farine de pois à la ration, c’est-à-dire après une augmentation notable du numérateur de la relation digestive. Mais l’influence de la relation est surtout bien marquée sur la digestibilité des matières protéiques^ et c’est là surtout ce qui a pour le cultivateur le plus grand intérêt, car les matières azotées sont toujours les plus rares, celles qui coûtent le plus cher, et dont le besoin est le plus impérieux. Les rapports de la protéine aux matières grasses, des glucésides aux ligneux, ont aussi une bonne part d’influence sur le travail de la digestion
PUEWIÈRE PARTIE.
mais c"est le premier qui est le plus important. Une chose qui montre bien la réalité de ce qui précède, c’est la possibilité de déterminer a priori diXinQ façon approchée, les coefficients de digestibilité, au moyen de formules déduites d’un grand nombre d’expériences, formules qui sont toutes basées sur la proportion de chaque principe nutritif.
Ce qui précède suffit pour donner une idée générale de l’importance de la relation digestive, et pour faire comprendre au cultivateur le compte qu’il doit en tenir dans la distribution des aliments dont il dispose pour son bétail.
b, — Le coefficient moyen de digestibilité, d’après E. Wolff.
Avant de nous occuper de la digestibilité particulière de chaque groupe de principes immédiats, nous allons dire quelques mots du coefficient moyen de digestibilité.
Sa définition découle de son nom même, et il n’est pas besoin d’insister sur l’importance qu’il y a de le connaître, à défautdes autres, dans toute opération zootechnique. Il est évident que, toutes autres choses égales, un aliment a d’autant plus de valeur que ce coefficient est plus élevé.
Or, d’après un grand nombre d’expériences, Emile Wolff a reconnu qu’il y avait une certaine relation entre la quantité digérée des principes nutritifs des aliments et leur composition immédiate, et qu’en général la proportion du ligneux avait une grande influence dépressive sur la digestibilité des autres principes. Cette relation, il l’a traduite par une formule qui permet de calculer a priori le coefficient moyen de
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digestibilité d’une façon à peu près exacte, et suffisante dans quelques cas pour les besoins de la pratique. Mais il faut bien se persuader que ce n’est là qu’une indication de la valeur des aliments, et nous appuyons à dessein sur ce mot parce que, dans un problème aussi complexe que celui de l’alimentation, dans un problème qui comporte un aussi grand nombre de données, dont quelques-unes, et d’assez importantes, échappent à nos moyens d’appréciation, il n’est réellement pas possible d’arriver à la vérité absolue par des formules qui, nécessairement, ne peuvent tenir compte de toutes les influences. Si nous nous étendons si longuement à ce propos, c’est que nous sommes fermement convaincus que, s’il y a une science majestueuse, imposante, la science des savants dans leur cabinet et dans leur laboratoire, il y a une autre science plus difficile encore, et cela parce qu’elle ne s’appuie pas toujours sur des données immuables, chiffrables : c’est la science de l’application de leurs découvertes. Il ne suffit pas de savoir, il faut encore savoir mettre en œuvre ce que l’on sait pour sa fortune personnelle et la fortune publique.
Quoiqu’il en soit, et quelle que soit la valeur scientifique et d’application de cette formule, il n’en est pas moins vrai que l’agriculteur qui connaît vraiment le bétail, qui sait voir et surtout qui sait comprendre, peut en tirer un très-bon parti.
D’après E. Wolff donc, le coefficient de digestibilité moyen serait égal au quotient de la somme des principes nutritifs par la totalité des matières organiques, en regardant comme matières nutritives les substances protéiques, grasses et glucosiques. On voit ainsi que la différence qu’il y a entre le numérateur et le déno-
minateur, c’est la présence du ligneux dans ce dernier, Si Ton représente par
P la protéine totale,
}ï la graisse et les glucosides,
L le ligneux,
on a pour le coefficient moyen de digestibilité Cm la formule
Or P -f-L +h' = la somme des matières organiques, ou, en d’autres termes, la différence entre le total des matières sèches et le quantum des cendres. Si donc ins= matière sèche, C = cendres, P-f-L -|-A' =ms — G et enfin
Cm —
P-f y/ ms — G
P+7i' mat. org.*
Si l’on fait l’application de cette formule au foin de pré de composition moyenne, on a
Cm
nombre très-près de la vérité, comme on le verra.