‹ L'alimentation des animaux de la fermeChapitre 19 sur 48 · MAÏS VERT · texte numérisé non relu

MAÏS VERT

MAÏS ENSILÉ.

MAÏS ENSILÉ.

Eau

Protéine

Matières grasses

Glucosides

7 Oî)

Ligneux

Relation digestive

— adipo-protéique

Rapport des glucosides au ligneux

Dans les deux silos, celui de Gerçay et celui de Burtin, le résultat final est le même à peu de chose près. La relation digestive est en effet 1 : 7,13 et 1 : 7, 58 ; le rapport adipo-protéique 1 : 2, 49 et 1 : 2, 19.

CALCUL DES UATIONS.

Si l’on considère à part la marche que suit le quantum 0/0 de matière grasse, il se révèle une réaction fort importante : la synthèse des matières grasses. La seule considération de l’axiome de Lavoisier : rien ne se perd, rien ne se crée dans la nature, permet d’établir que l’augmentation du quantum 0/0 des matières protéiques est dû à la disparition d’une quantité correspondante des autres matières, à ce que 100 kilogr. du mélange primitif n’en donne plus que 80 de mélange fermenté, par exemple. Eh bien ! si l’on considère les matières grasses à part, on voit qu’il peut y avoir perte, ou bien que la quantité peut rester stationnaire, ou enfin, que la quantité peut augmenter, par la transformation d’un genre de substances ternaires ou en un autre genre. A Gerçay, la protéine a passé de 2,44 à 3,74. 100kilogr.de mélange définitif sont donc fournis ( par disparition de matières non azotées ) par 153 kilogr. de mélange primitif, qui renferment 153 X 0, 66: 100 = 1,01 de matières grasses. L’analyse donne pour 100 kilogr. du mélange final 1,50: donc il n’y a pas eu perte, il y a eu au contraire gain de 0,49, soit presque le tiers de la quantité finale.

A Burtin, la protéine a passé de 1,22 à 1,69, c’està-dire que 100 kilogr. du maïs final ont été le résultat de la fermentation de 141 kilogr. de maïs primitif, contenant 141-]- 0,25: 100 = 0,35 de matières grasses. L’analyse donne 0,77. Le gain a donc été de 0,42, soit plus de moitié de la quantité finale.

Puisque nous avons vu dans la première partie que lors de la fermentation alcoolique, il se forme toujours de la glycérine et même des acides gras, puisque tous les corps gras sont des éthers de la glycérine avec un acide gras, il est très-naturel de penser que dans le

DEUXIÈME PADTIE.

silo, la glycérine et Tacide gras se combinent pour former la graisse, et que la synthèse de celle-ci s’opère ainsi que l’a montré Berthelot dans le laboratoire.

On peut donc ajouter aux trois conclusions précédentes ht synthèse des corps gras.

On peut résumer l’étude qui précède en disant que la pratique de la fermentation est un mode avantageux de concentrer les aliments.

L’ensilage s’applique également bien à tous les four rages verts, mélangés en plus ou moins grande proportion de paille hachée, de balles, cosses, siliques, ou de foin mal récolté. Les quatrièmes coupes de luzerne, trèfle, etc., les regains de pré qu’il n’est pas toujours possible de récolter à cause du mauvais temps, sont très-avantageusement conservés par ce procédé. Cette méthode est surtout excellente pour tirer parti des feuilles de betteraves. A l’état vert elles agissent comme purgatif quand elles sont données en trop grande quantité, tandis que par la fermentation elles forment un excellent fourrage additionnel pour les vaches.

C’est aussi pour la conservation des racines et des tubercules et de leurs résidus que cette pratique est avantageuse. Les pulpes pressées, les résidus de féculerie, de distillerie, traités j)ar cette méthode, fournissent de grandes ressources au cultivateur. — Les betteraves conservées entières voient continuellement s’affaiblir leur teneur en protéine A mesure que l’on s’approche du printemps, par suite de la germination. En les hachant, les mélangeant avec suffisamment de paille hachée, et les mettant en fermentation comme on l’a dit plus haut, on leur conserve leur lâchcsse jusqu’à la

CALCUL DLS UATlOiNS.

dernière limite, et meme on raccroît. Lorsque les betteraves sont gelées dans les champs, ou dans les silos ordinaires, on évite toute perte par la mise en fosse avant le dégel. De meme, lorsqu’elles commencent à devenir malades, il ri’y a rien autre chose à faire que de les faire fermenter. — Tout ce qu’on vient de dire de la betterave s’applique aussi à la pomme de terre. Un des plus grands écueils de la culture des pommes de terre, est évidemment la maladie ([ui les attaque. Eh bien ! par l’ensilage, les pommes de terre malades qui ne sont pas encore pourries se laissent parfaitement conserver.

Les avantages que procure cette méthode de conservation et de préparation des aliments sont donc, comme on le voit, considérables.

Gela établi, il nous reste deux mots à dire de la distiibution des repas. Il est inutile d’insister sur la nécessité de les donner régulièrement, car chacun sait que la faim se fait toujours sentir aux heures des repas, et que la faim est une souffrance. Pour ce qui est de la fréquence des distributions, on sait d’une manière générale que les animaux monogasti iques ont besoin de repas plus renouvelés ({ue les autres. Ainsi, d’après M. Sanson, on pourrait donner coinme modèle pour les premiers le mode suivi aux omnibus de Paris, où les chevaux font six repas; mais dans la culture, il n’est guère possible de les multiplier autant. J. Kühn donne le conseil de faire trois distributions aux ruminants, et de les espacer de façon que l’acte de rumination puisse parfaitement se faire dans les intervalles.

Étant posés ces principes généraux qui concernent purement l’animal, nous allons étudier les conditions générales qu’impose la solution économique du pro-

blême de ralirnentation, qui sont indispensables pour que celle-ci corresponde à ce qu'il y a de préférable au point de vue de la culture et de meilleur au point de vue du bénéfice.

La formule générale qui domine la question, et qui donne la solution toujours satisfaisante du problème de l’alimentation rationnelle ainsi que nous l’avons posé, consiste dans la recherche constante d'un rap-^ port parfait d'équilibre entre la situation économique et les aptitudes économiques du bétail,

La situation économique étant le premier point à considérer, son étuda d oit précéder tout autre chose ^ ^^pôui^le-TTiMvâtéu de seQivrer a une entre-

^ prise zootechnique. Elle comprend d’abord la considération des ressources que les circonstances de temps ^ et de liei^eii^nl offrir pour l’écoulement des produits, ' ou le débouché^ et ensuite l’examen des ressources dont on peut disposer en matières premières ou aliments indispensables pour la production, ressources (jui dépendent en général du système de culture suivi. C’est l’élude approfondie de ces deux genres de ressources qui détermine naturellement l’entreprise zootechnique à laquelle on doit se livrer ; l’aptitude spéciale que l’on doit exploiter chez les animaux en vue du profit. Toute opéralion animale autre que celle ainsi naturellement désignée est par là même fantaisiste, non conforme à la loi générale de l’équilibre entre la situation et les fonctions économiques, et en consé- ({uence ne peut donner que des résultats malheureux pour l’exploitant.

La situation économique est une chose que l’on subit généralement d’une manière absolue, puisqu’elle est indépendante de notre volonté. Le débouché princi-'

CALCUL DES RATIONS

paiement est hors de notre atteinte, et nous devons régler nos spéculations d’après lui, et non vouloir le régler d’après elles. Il faut toujours produire ce qui est le plus demandé, sans s’arrêter à des préférences qui ne font de bien à personne, et finissent seulement par ruiner celui qui les nourrit. Lorsque l’on considère le débouché, il faut toujours se souvenir qu’il se compose de plusieurs facteurs dont les essentiels sont la distance du marché exprimée en temps d’une part et en argent de l’autre, par unité de poids ou de volume ; le prix courant de la production à laquelle on veut se livrer, déduction faite de tous les frais de transports ; et enfin l’amplitude du débouché, c’est-à-dire les limites d’offre supérieure et inférieure nécessaires pour produire la hausse et la baisse. — L’exploitant de machines animales doit, après s’être assuré que le débouché existe dans un sens ou dans un autre, considérer si les matières premières de la fabrication ne font pas défaut, et si l’on peut les avoir à un prix de revient tel que la spéculation reste avantageuse. Les ressources alimentaires sont plus sous notre dépendance que celles du débouché; car elles sont la conséquence du système de culture suivi. Si le système de culture du milieu ou l’on se trouve ne répondait pas exactement aux besoins que l’on ressent, il faudrait, avec une excessive prudence, le modifier lentement dans le sens reconnu nécessaire. C’est surtout en agissant graduellement sur la production fourragère que l’on peut arriver sûrement au maximum de productivité par unité de surface. En introduisant dans le système de culture triennal les plantesfourragères telles que la luzerne, le sainfoin, le trèfle, la minette, etc., le maïs-fourrage, qui donne d’énorme rendement pourvu qu’il soit bien fumé ,

les betteraves, les carottes et les pommes de terre ; le cultivateur a à sa disposition de très-grandes ressources alimentaires. Quant à ce qui est du choix à faire entre ces différentes plantes, il est nécessaire de considérer le sol et la plus ou moins grande difficulté d’avoir de la main-d’œuvre. Mais la solution de ce problème est du ressort de la: phytotechnie et de l’agrologie. Quoi qu’il en soit, l’agriculteur doit supputer la quantité de protéine et de substances grasses dont il peut généralement disposer, et en déduire le poids de bétail qu’il peut exploiter dans tel ou tel but.

Il faut qu’à cet effet il médite les données qui vont suivre, et qu’il se souvienne que ce n'est pas du nombre des animaux^ mais de la richesse et de la bonté continuelle de leur alimentation, que dépend leur rendement. Mais il n’est pas suffisant que l’agriculteur sache faire consommer ses produits de la façon la plus avantageuse ; il faut aussi qu’il cherche sans cesse à augmenter ses ressources alimentaires par certaines importations et exportations correspondantes de matières premières. Ici la mercuriale et la table de la composition des aliments sont les deux points de repère essentiels. Leur considération simultanée détermine quels sont les échanges qu’il convient d’opérer. Pour bien faire saisir combien la chose est importante au point de vue de l’alimentation rationnelle, considérons un cas particulier : celui par exemple d’une année où le foin est cher (1875). Soit le foin à 15 francs les 100 kilogr. et sa teneur en principes nutritifs de 8 kilogr. 5 de protéine, 3 kilogr. de substances grasses ; soit les tourteaux de colza à 19 francs le quintal d’autre part, et leur teneur de 28, de protéine et 9,5 de substances grasses. Si l’agriculteur vend alors 100 kilogr.

CALCUL DES RATIONS

de foin, il peut acheter avec le prix de la vente 78 kilogr. de tourteaux. Il accroît ainsi par chaque quintal vendu ses ressources alimentaires de

21 kilogr. 8 — 8 kilogr. 5 = 13 kilogr. 3 protéine,

7 kilogr. 4 — 3 kilogr. 0=4 kilogr. 4 graisse,

quantité qui correspond approximativement à la quantité nécessaire à 7 rations pour animaux de 500 kilogr.

La considération de la digestibilité vient encore ici montrer tout l’avantage de la spéculation, puisque le foin ne livre que 60 0/0 de la protéine qu’il contient, tandis que le tourteau de colza en livre 70 et peut même aller jusqu’à 90.

Il est vrai que dans le cas présent il y a déficit de matières non azotées, hydrates de carbone ; mais Taffaire n’en est pas moins très-avantageuse, puisque la paille et les betteraves, et le maïs et les pommes de terre sont là pour les fournir, et en même temps pour "donner le volume à la ration, à un prix bien moins onéreux.

Au point de vue purement agricole, ce mode d’agir est excessivement avantageux, car non-seulement la masse du fumier se trouve augmentée, mais sa richesse minérale se trouve élevée dans de notables proportions. Ainsi l’excédant d’acide phosphorique est pour le cas qui nous occupe de

1 kilogr. 497 — 0 kilogr. 340 = 1 kilogr. 157.

Ainsi, à tous les points de vue, cette substitution est avantageuse dans le cas spécial où nous nous sommes placés. Mais cette combinaison n’est pas la seule possible, il s’en présente à tout moment d’analogues, et l’agriculteur doit les saisir avec avidité. C’est surtout

à l’aide de ces exportations et de ces importations combinées, que l’on peut rapidement parvenir à l’établissement d’une culture très-intensive, sans risquer d’enfouir ses capitaux dans des tentatives irraisonnées d’améliorations foncières.

Telles sont, dans l’alimentation rationnelle du bétail, les considérations économiques qui doivent être prises pour guides. L’agriculteur doit toujours être à la recherche des matières premières qui, pour un moindre prix, peuvent donner une plus grande somme de produits animaux. Il ne doit pas s’arrêter à ces considérations d’habitude, qui sont malheureusement trop ancrées dans le cerveau de certains exploitants; il no doit avoir qu’une chose en vue pour sa fortune particulière et la fortune publique : c’est le bénéfice net.

C’est maintenant de ce critérium que nous allons chercher la détermination, en disant quelques mots de la comptabilité zootechnique, qui doit éclairer de ses lumières toute opération de ce genre. Toute entreprise zootechnique a un débit et un crédit. Mais chacun de ces deux comptes est lui-même divisé en deux parties: la partie « espèces » et la partie « matières. »

La partie «espèces » du débit renferme toutes les dépenses que l’on a faites en argent, la valeur d’achat des animaux au commencement de l’opération, les gages des personnes qui les soignent, l’intérêt et l’amortissement du matériel, etc., etc.

La partie « matières » contient toutes les quantités d’aliments consommés qui n’ont point été achetés, qui sont des productions du domaine, et dont la valeur ne peut pas être déterminée a priori.

De même, au crédit, on note à la partie « espèces », tous les produits de l’opération qui sont réalisables;

CALCUL DES RATIONS

ceux qui sont consommés par le personnel de l’exploitation doivent être évalués d’après le prix courant, car le but de la production agricole, quelle qu’elle soit, est la consommation de l’homme ; quant au travail, on doit aussi évidemment l’évaluer au prix que l’on devrait payer pour l’avoir. A la partie « matières » s’inscrit le fumier.

Si le compte se balance finalement par un excédant de la partie espèces du crédit sur la partie espèces du débit, la différence représente le prix auquel l’entreprise paye les matières consommées, produites sur le domaine. Pour que le problème ait une solution convenable, il faut que, dans ce cas, la différence notée soit au moins égale à ce que le marché eût payé la partie de la consommation non achetée. Alors le fumier ne coûte rien au cultivateur. Plus l’excédant est fort, plus l’entreprise est bonne et a été bien conduite. Dans tous les autres cas, la solution du problème est mauvaise.

On pourrait s’étendre davantage sur ce sujet, mais les points essentiels sont éclaircis, et aussi bien le lecteur, qui nous a suivi jusqu’ici, est impatient de voir l’application de nos principes aux buts différents que présente la spéculation zootechnique.

Rations d’élevage.

Le problème de l’élevage consiste à déterminer, dans le moins de temps possible, le développement complet du jeune animal, et à accroître chez lui au plus haut degré l’aptitude d’utilisation des aliments, ou, en d’autres termes, la puissance digestive. Ces deux choses sont, du reste, corrélatives, et ne s’obtiennent jamais l’une sans l’autre, car la précocité dénote avant tout une très-grande faculté assimilatrice. Et ce n’est pas une petite affaire que de pouvoir utiliser un animal dans tel ou tel but, six mois ou un an plus tôt que dans les conditions ordinaires. Loin de là, car l’on a le bénéfice de toutes les rations qui auraient été consommées dans cet intervalle ; et, avec ces rations, on peut augmenter la production animale de l’exploitation.

C’est donc la précocité qu’il faut avoir toujours en vue dans Télevage, et la précocité des équidés aussi bien que celle des ruminants. On ^a tort, selon nous, d’appliquer de préférence la qualification de précoces aux animaux façonnés dans le sens de la production de la viande et de la graisse; la même dénomination peut servir à qualifier les machines animales motrices. Qu’esL-ce, en effet, que la précocité , sinon la qualité

CAf.ClL DES RATIONS.

que possède un animal d^arriver à son complet développement avant le temps qui est reconnu généralement nécessaire pour que celui-ci soit parfait? Cette époque de perfection du développement est caractérisée scientifiquement par fachèvement du squelette ; et le criteriun est la soudure de toutes les épiphyses des os longs (leurs extrémités articulaires), avec la diaphyse, ou corps de ces mêmes os. Sur l’animal vivant, la marche du développement du système osseux est donnée par l’évolution dentaire ; c’est lorsque la dentition permanente est complètement achevée que l’animal est arrivé à l’âge adulte. D’après cela, il est facile de comprendre que la qualification de précoces doit s’appliquer à tous les animaux qui ont le caractère essentiel de cette qualité, quel que soit le genre auquel ils appartiennent, et quelles que soient aussi les aptitudes que l’on ait cherché à développer en eux. La précocité, chez le cheval, a autant d’importance que chez le ruminant, car il n’est pas indifférent qu’un cheval soit fait et complètement propre au service à quatre ans au lieu de cinq ; la seule différence qu'il y ait, c’est que les aptitudes développées corrélativement ne sont pas les mêmes. Chez le premier, la gymnastique de la fonction de nutrition qui donne le développement hâtif, la haute puissance digestive, doit marcher de front avec la gymnastique des fonctions de relation qui engendre l’aptitude au travail, à la production de la force, au mouvement. Tandis que chez l’autre, la gymnastique des fonctions de nutrition doit être seule mise enjeu, pour que, d’après la loi du balancement organique, les aptitudes qui en découlent soient, à l’exclusion de toutes les autres, poussées à leur suprême degré : ici, c’est le repos érigé en système, le repos au sein de l’abondance.

Pour le cheval, au contraire, c’est l’activité, l’exercice raisonné au sein de l’abondance, qui s’impose comme unique méthode rationnelle d’élevage.

Par conséquent, les rations d’élevage doivent être avant tout des rations de précocité. C’est seulement en examinant la théorie de celle-ci, que nous arriverons certainement à poser la pierre angulaire d^ l’alimentation rationnelle des élèves. Examinons d’abord comment les choses se passent à l’état de nature.

Les animaux en liberté trouvent pendant la belle saison une alimentation abondante, riche en principes immédiats azotés et gras d’une digestion facile, et en hydrates de carbone, rapidement assimilables, au milieu des pâturages spontanés de la nature ; c’est tout l’opposé dans la saison d’hiver : ils ne trouvent plus alors que des herbes mortes sur pied, dures et très-peu riches par suite des phases végétatives par où elles ont passé ; leur alimentation est peu abondante et chétive : les matières azotées et les substances grasses ne s’y rencontrent qu’en très-faible quantité, et encore elles y sont d’une difficile digestion ; quant aux hydrates de carbone, ils sont en majeure partie lignifiés. Ainsi la disette succède à l’abondance.

Pendant la belle saison, la croissance de l’individu est rapide ; par suite de l’abondance des matériaux de leur constitution, tous les tissus sont le siège d’une active formation de cellules, et le tissu osseux s’accroît vite aussi, car nous savons que ce sont toujours les rations riches en protéine qui renferment beaucoup d’acide phosphorique (P® partie, II, G, tableau). Alors donc le squelette se forme et se complète. Durant la disette qui suit au contraire, l’animal n’a que juste le nécessaire pour l’entretien de sa vie, car son alimen-

CALCUL DES RATIONS

tation, pauvre en protéine, est aussi pauvre en acide phosphorique. Si, dans cette période, ranimai ne dépérit pas, il reste au moins stationnaire.

Quelque chose d’analogue, du reste, se passe encore dans beaucoup d’exploitations rurales : pendant toute la saison des fourrages verts et des bons pâturages, les animaux regorgent d’une nourriture riche et facilement assimilable ; et lorsqu’arrive la mauvaise saison, on les hiverne avec de la paille comme unique nourriture. Les animaux, certes, n’en meurent pas; mais est-il économique de gaspiller ainsi le temps qui passe SI vite et ne revient jamais ?

Quoiqu’il en soit, avec un pareil genre d’alimentation, les animaux qui nous intéressent en première ligne mettent cinq années pour parfaire leur charpente osseuse, pour compléter leur dentition permanente.

Mais si, à ce régime où se succèdent presque également l’abondance et la disette, le développement rapide et la cessation de croissance, on en substitue un autre uniformément bon et en concordance harmonieuse avec les besoins de l’animal, le développement de l’organisme suit une marche régulière en rapport avec l’abondance des matériaux dont il dispose, et l’on ne remarque plus aucun temps d’arrêt dans la croissance des individus. Si donc, du nombre d’années nécessaires au développement du sujet dans l’état naturel, on retranche les temps d’arrêt occasionnés par la disette, en faisant disparaître celle-ci, on a pour reste trois années, parce qu’en cinq ans, il y a généralement vingt-cinq mois d’hiver. L’étude des races perfectionnées montre que l’on est arrivé pratiquement à ce résultat théorique.

DEUXIÈME PAUriE.

Ainsi, l’élevage rationnel, pour atteindre son but économique, doit fournir constamment une alimentation en exacte harmonie avec un développement rapide et continu. Et une telle alimentation est à juste titre dite riche, bonne, et justement abondante. Cette définition était ici nécessaire, car il importe de ne pas rester dans le vague des mots généraux. En effet, combien de cultivateurs s’étonnent des résultats souvent négatifs qu’ils obtiennent, qui s’imaginent nourrir parfaitement leurs animaux. C’est que, pour se prononcer sur la qualité d’un régime, ils ne demandent pas l’avis de ces derniers, et ne considèrent souvent que d’une façon très-secondaire le but qu’ils se proposent d’atteindre, ignorant qu’une ration ne peut être avantageuse qu’à la condition d’avoir une qualité et une richesse parfaitement harmoniques et avec les besoins des animaux d’une part, et avec les produits qu’on en veut obtenir d’autre part.

Étant donc bien établi que l’on se propose dans l’élevage d’oijtenir un développement rapide de l’individu dans le sens des spéculations ultérieures, il nous faut rechercher quelles sont les conditions indispensables à la formation rapide des tissus. Or, nous avons vu plus haut (1"® partie, I) que la formation et le développement rapide de toutes les formes élémentaires qui constituent tous les tissus de l’organisme, est surtout dépendante de l’abondance des matériaux protéiques et des substances grasses parmi les matières organiques, et de l’acide phosphorique et de la chaux parmi les substances minérales ; ces dernières étant avant tout indispensables à la formation du squelette (1**® partie, I, D, tableau). Donc une ration riche et abondante et bonne dans le sens de l’élevage, doit renfermer abondamment

CALCUL DES RATIONS

toutes ces substances, tous ces matériaux de rédifîcation animale, et les renfermer de qualité telle qu’ils soient dans la plus grande proportion possible facilement assimilables. Or l’on sait que la digestibilité des matières protéiques et des autres est une variable dépendante d’un grand nombre de circonstances, dont les plus importantes, celles qui absorbent pour ainsi dire toutes les autres, sont les relations qui existent entre les principes constituants de la ration. Ce sont donc, d’après ce que l’on a vu dans la première partie, les relations digestives et adipo-protéiques que l’on doit considérer en première ligne, sans laisser de tenir compte aussi de la relation qui existe entre les glucosides et le ligneux.

Pour ce qui est de la quantité d’un mélange scientifiquement établi, que l’on doit distribuer quotidiennement par chaque tète de bétail, disons tout d’abord qu’elle ne doit jamais être assez considérable pour que l’animal en laisse. Le poids nécessaire pour le rassasier sans aller jusqu’à complète satiété est la limite supérieure. En thèse générale, il est avantageux de déterminer ce point par l’observation directe, mais aussi bien que l’on ne peut pas demander pareille chose à un aide rural quel qu’il soit, il est également dilficile à l’agriculteur lui -même de le faire, à cause de ses occupations multiples. Selon nous, ce qu’il y a de mieux à faire dans une telle conjoncture, c’est de prendre pour base les rapports d’aliments au poids vif qui ont été déterminés en Allemagne à l’aide d’un nombre considérable d’expériences ; et pour contrôler, d’employer souvent la balance, qui seule peut donner le critérium en ces choses.

Dans l’élevage toutefois, il faut avoir soin d’éviter

un trop grand état d’engraissement, et lorsqu’un pareil cas se présente il est bon de diminuer un peu la ration journalière, et surtout d’augmenter fortement sondo*sage en acide phosphorique et en chaux.

Au point de vue du développement de la précocité, il est bon de laisser l’animal au régime du lait aussi longtemps que possible. L’époque normale du sevrage complet est indiquée par le complet développement de la dentition caduque. C’est par des considérations économiques que l’on devance généralement cette époque, et c’est principalement en pareil cas que la constitution de la ration a une influence majeure sur le développement et aussi surtout sur l’aptitude digestive de l’animal. Pendant cette première période, il est surtout besoin de bien veiller à ce que rien ne manque au jeune sujet et que tout ce qu’on lui donne soit bien approprié à la disposition de ses organes, car chaque défaut dans l’alimentation de cette époque a des conséquences considérables sur le développement futur du jeune individu.

La nature pourvoit elle-même par le lait de la mère aux besoins du j eune animal pendant les premiers temps de la vie extra-utérine. Si nous voulons avoir des données certaines sur la manière dont les rations doivent être constituées pendant la période de l’allaitement normal, que l’on raccourcit systématiquement en vue d’une autre utilisation, c’est dans la connaissance du lait qu’il faut aller les chercher.

Nous avons, dans- ce but, réuni dans le tableau suivant la composition des différents laits. Les deux dernières colonnes comprennent les dénominateurs des relations digestive et adipo-protéique.

CALCUL DES RATIONS

Les matières minérales du lait ne sont pas détaillées dans le tableau précédent, par suite du manque de matériaux. Voici les renseignements que nous avons pu recueillir à cet égard concernant le lait de vache : D’après Régnault (Cours de Chimie^ 1850, t. IV, p. 464) 100 grammes de lait contiennent :

Phosphates de chaux, de -magnésie, de fer et de soude 0 gr. 2232

Chlorure de sodium et carbonate de soude.. 0 1465

YLdiià\en(Annalen dev Chem.u. Pharm.^Band, XLV) indique pour 100 parties de lait :

Phosphate de chaux, de magnésie,

de fer 0 gr. 280 à 0 gr. 415

Chlorures de sodium et potassium, soude 0 210 à 0 262

Les tables de Th. v. Gohren donnent les nombres suivants pour 100 grammes de matière sèche :

Acide phosphorique anhydre i gr. 388

Chaux 1 066

Magnésie 0 149

Oxyde de fer (Fe2 Qs) 0 026

L’analyse des cendres qui ont résulté de nos expériences sur le lait de vache, nous a donné 30,9 d’acide phosphorique pour 100 de cendres. En rapportant ce nombre à 100 de lait on obtient la proportion :

Acide phosphorique 0/0 de lait 0 gr. 26

En rapportant ce nombre à 100 de matière sèche la proportion devient :

Acide phosphorique 0/0 de matière sèche. 1 gr. 87 Ce nombre est un peu plus fort que celui des tables

CALCUL DES RATIONS

de Gohren, cela peut tenir à différentes causes, et particulièrement selon nous, au mode d’incinération employé, et à la méthode de dosage.

Comme on voit, les données qui précèdent, surtout sur les matières minérales, ne sont pas encore bien complètes, mais on peut cependant en tirer des points de repère importants pour la pratique.

Ainsi le tableau nous montre que, dans le commencement de la période dite de l’allaitement normal, la ration journalière doit renfermer une quantité de matière sèche variant de 8 à 15 0/0 de son poids, et de 13 en moyenne, en prenant des nombres ronds ; que

, , . / Protéine \

la relation digestive ( rr— — ^ ^ ; : — ) est en

\Mat. hydro - carbonées /

moyenne 2,35, soit 2 en nombre rond, et que la

, . /Matière grasseX .

relation adipo-proteique ( ~~~ protéine — / ’

quant au ligneux, il n’y en a point alors et le rapport

^Gliicosides'^ un nombre déterminé

V Ligneux J 0

c’est-à-direi’ii2Æz?i; c’est un rapport infiniment grand.

Ces rapports doivent varier durant la période; ils doivent tous s’affaiblir graduellement, et l’on peut, par l’observation, indiquer les extrêmes qui sont aussi les premiers de la période suivante.

Une remarque qui doit faciliter beaucoup l’utilisation des relations précitées dans la pratique de l’alimentation, et qui tend à confirmer qu’elles sont l’expression d’une loi naturelle, c’est que toutes trois elles suivent , graduellement une marche descendante analogue. Les points d’arrêts fixés pour chaque période ne sont pas d’une fixité absolue, pas plus que les périodes elles-

mêmes, que ron doit faire plus ou moins fléchir suivant les animaux et le but que l’on veut atteindre; mais la loi générale qui préside à l’alimentation n’en est pas moins nette et moins absolue. Dans tout ce qui va suivre, on en verra une application rigoureuse, et même dans l’engraissement, où il semblerait tout d’abord que la loi est retournée, on n’en fait au contraire qu’une application rationnelle. L’engraissement, en vérité, n’est pas une formation naturelle, mais le développement d’un état anormal d’accroissement chez l’individu. Pour obtenir cette marche irrégulière de l’organisme, on retourne la loi elle-même, et l’on ne fait qu’appliquer là ce que la loi indique ; que la formation des tissus est en rapport direct avec l’élévation des rapports.

Donc la loi de l’abaissement des rapports doit être considérée comme la base fondamentale dq l’alimentation rationnelle et économique du bétail.

En se reportant à ce que nous avons dit de la marche générale de ces relations dans le chapitre précédent, on voit que, dans l’ordre naturel des choses, la rela-

tion digestive est à la lin de la première période

Le rapport adipo-protéique doit descendre à - d’après

des études expérimentales. Quant au ligneux, sa proportion doit être assez minime pour qu’il n’en soit pas tenu compte encore.

Avec les données qui précèdent, on peut établir parfaitement la composition du mélange alimentaire, en se rapprochant d’autant plus du minimum que la dentition avance davantage, puisque la dentition est le critérium du développement. Mais il faut toujours veiller à

CALCUL DES RATIONS. 125

ce que la quantilé d’acide phosphorique et de chaux soit abondante, et, au besoin, comme on l’a vu plus haut, on doit ajouter de la poudre très-fine d’os et de phosphates minéraux.

En donnant à volonté d’un mélange d’aliments bien constitué d’après ces bases positives, on obtient un fort bon rendement des matières premières employées. Mais la méthode d’affouragement à volonté employée par des aides peu intelligents, comme beaucoup de ceux dont on dispose dans la culture, ne donne pas toujours des résultats satisfaisants, à cause du gaspillage qui se fait. C’est pourquoi les points de repère qui vont suivre, sans avoir une fixité en rapport avec la loi des relations, n’en ont pas moins, dans l’application, une valeur remarquable.

Ces points de repère généraux, résultats d’expériences directes très-nombreuses, faites en France et en Allemagne surtout, servent à déterminer pondéralement les rations alimentaires, et permettent ainsi de substituer au régime de l’alimentation rationnelle à volonté^ qui est le desideratum, le régime évidemment moins bon, mais incontestablement plus facile à appliquer, dans rétat actuel de la production du bétail, des rations proportionnelles au poids vif.

Cela posé, l’expérimentation a démontré qu’à cette époque de la vie, l’animal avait besoin, pour un développement moyen, d’une quantité de matière sèche oscillant autour de 2 kilogr. par quintal vivant. En outre, il doit se trouver dans la ration journalière, par rapport au même poids, 0 kilogr. 600 à 0 kilogr. 700 de protéine. Les matières grasses et les glucosides doivent se calculer d’après les relations. L’expérience a donné du reste des résultats presque identiques.

Lorsque des considéraiions économiques ne s’y opposent pas, le meilleur est de prendre à cette époque le lait et les résidus de laiterie comme base d’alimentation pour ce qui concerne spécialement les bêtes bovines. On remplace graduellement le lait pur par le lait écrémé bouilli et tiède, puis du lait caillé et du lait de beurre; ensuite on introduit dans l’alimentation de bons tourteaux de graines oléagineuses délayés dans de l’eau tiède, des farines de pois, de féverolles, etc., du son également en boissons tièdes, et vers la fin de la période, on commence à ajouter du très-bon regain de pré et du foin riche en arôme.

Pour ce qui regarde les moutons, il ne peut pas être évidemment question de les prendre chacun à part pour leur faire absorber leur repas ; mais on peut se servir d’une disposition très-simple permettant d’arriver au même résultat sans aucune difficulté. Cela consiste à réserver dans l’un des bouts de la bergerie un espace suffisant, que l’on garnit de crèches d’une hauteur convenable.

Dans la cloison de séparation, faite eti claies ordinaires, on ménage, au moyen d’une claie spéciale, une série d’ouvertures (0) telles que les petits agneaux seuls puissent passer, à l’exclusion des brebis. On peut fermer les ouvertures au moyen d’une claie de même grandeur que l’on place devant. A f aide de cette simple disposition, la pratique d’une alimentation rationnelle devient plus commode. En effet, on dispose dans les crèches les aliments complémentaires de fallaitement, que l’on poursuit aussi longtemps que possible, et les agneaux, quand on ouvre la porte, viennent d’euxmêmes prendre leur repas. Pour faire un sevrage méthodique ce moyen est aussi excellent parce qu’il

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permet de ne laisser les agneaux avec leurs mères que pendant le temps qu’on veut.

Pour les agneaux, en général, on n’emploie pas les résidus de laiterie, bien que cela puisse se pratiquer

Claie destinée à laisser le passage aux agneaux.

dans quelques conditions exceptionnelles. C'est aux tourteaux, aux sons, aux farines que l’on a recours, puis au bon regain.

Une disposition analogue à la précédente peut être employée avantageusement pour l’élevage du cheval. Pour que le jeune sujet se développe convenablement, il est essentiel de le laisser en liberté dans une boxe avec sa mère, et dans ce cas la boxe supplémentaire nous paraît aussi très-bonne, parce qu’elle permet de régler l’alimentation avec toute la précision que l’on peut désirer. — Au jeune cheval on donne des boissons tièdes de temps en temps, des féverolles et des pois concassés, un peu de bons tourteaux, du son et de l’avoine. A la fin encore on donne du bon foin. Tous les grains doivent être concassés, et le foin est avantageusement haché et mélangé avec les premiers.

La loge supplémentaire s’emploie également et procure d’incontestables avantages dans l’élevage des petits gorets.

A l’époque du sevrage, dans la vie de nature, le petit, que sa mère repousse, se nourrit des jeunes herbes de la prairie, pousses très-aqueuses et très-riches. C’est donc dans la connaissance chimique de ces herbes que l’on doit rechercher les rapports convenables entre les éléments nutritifs nécessaires dans la deuxième pé-

riode. Nous savons

que leur relation digestive est-;

leur rapport adipo-protéique est -à - ,etle rapport des

glucosides ou ligneux — à—. A mesure que les ani-

maux se développent, les rapports précédents doivent tous faiblir régulièrement pour atteindre, lors du développement complet, les valeurs qu’ils ont dans le foin de prairie naturelle de qualité moyenne. Celui-ci est en effet I’aliment naturel des animaux herbivores qui nous intéressent, ainsi que le remarque très-judicieusement M. André Sanson.

Le tableau suivant donne la composition du foin de pré de qualité moyenne, d’après divers analystes.

CALCUL DES RATIONS

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