‹ L'alimentation des animaux de la fermeChapitre 32 sur 48 · RATION · texte numérisé non relu

RATION

d’automne.

Protéine.

Graisse.

Glucosides. Ligneux. Ac.phosp.

Mais SOi^

00 gr.

Tourteau de colza

Paille hachée 6*^

000 gr.

Nous n’insistons pas sur la marche à suivre dans le passage d’une ration à l’autre. On a dit plus haut comment il devait s’effectuer sous peine de perte d’aliments et de temps, double gaspillage.

Ratio^ns d’engraissement.

Gomme dans toutes les entreprises zootechniques, l’examen rapide de la face économique du problème spécial de l’engraissement est ici d’une absolue nécessité. L'agriculteur a besoin de connaître à l’avance la production à laquelle il a dessein de se livrer, et il doit surtout rechercher la raison de la demande qui lui est faite do tels produits. Il lui appartient également, le fait est incontestable, d’étudier les causes funestes qui empêchent le débouché de grandir comme l’exige sa prospérité et celle de la nation. Il est de plus de son devoir de les signaler à l’opinion publique en même temps que les abus sous le poids desquels il courbe en gémissant sa noble tête.

C’est uniquement dans cette intention que nous faisons précéder le calcul des rations d’une courte étude sur la viande de boucherie.

a. — La viande de boucherie.

La valeur nutritive de la viande grasse diffère dans de grandes proportions de celle de la viande maigre. Dans ses recherches sur ce sujet, Breunlin a trouvé qu’il y avait dans 100 grammes de viande de

CALCUL DES DATIONS. 1T3

Eaiï.

Eléments nutritifs. Graisse,

Subst. muscul.

Bœuf gras..

Bœuf maigre

Différence —

Ainsi la viande de bœuf maigre renferme 50 0/0 d’eau en plus que la viande grasse et réciproquement celle-ci contient un peu au delà de 50 0/0 de substance alibiles de plus que la première. N’est-ce pas, d'après cela, une folie, bien que ce soit une pratique habituelle, d’acheter la viande maigre au même prix que la viande grasse ?

La conséquence de cette anomalie est de rendre ruineuse pour le cultivateur la fabrication des animaux fm-gras , dans la plupart des conditions économiques de notre pays. On ne livre forcément à la consommation que des bêtes en état, bien avant que leur chair n’ait atteint ce degré de perfection, de puissance nutritive, de digestibilité et de sapidité qui est caractéristique de la viande grasse. Et la société tout entière souffre dans son bien-être, le cultivateur s’abîme sous le poids d’une rémunération insuffisante de son travail ; et les classes pauvres végètent par suite d’une alimentation qui n’est pas en rapport avec leur dépense journalière de force et d’argent. Le cultivateur et le pauvre (et cela ne fait souvent qu’un), ont jusqu’ici courbé la tête avec résignation, mais l’heure est venue pour eux de la relever fièrement et, la science à la main, de réclamer leur droits .

Le tableau suivant emprunté à Siegert vient confirmer et au delà les déductions précédentes. Relatif à

(1) Chem. A. Kersmann, 1859, p. 51.

la valeur nutritive des viandes grasse et maigre de différentes qualités, il conduit à des conclusions d’une importance sociale extraordinaire.

Éléments nutritifs. Eau.

( Cou 26,5 73,5

Bœuf gras . . | Travers 36,6 63,4

( 3 premières côtes. 49,5 72,5

r Cou 22,5 77,5

Bœuf maigre) Travers 22,6 77,4

( 3 premières côtes. 23,5 76,5

De la comparaison de ces chiffres il découle naturellement :

Que la valeur nutritive des différentes qualités de la viande maigre est sensiblement la même, mais qu’il est loin d’en être ainsi pour la viande grasse. La différence est au contraire considérable, puisqu’elle est presque de 100 pour 100. En outre la viande de la dernière qualité chez les animaux gras est plus riche que celle de première qualité chez les autres ; elle contient environ un huitième en plus d’éléments nutritifs.

En conséquence, pour être conforme à la raison, la valeur commerciale des divers morceaux devrait varier comme leur valeur nutritive, et la famille humaine devrait rejeter de la consommation la viande qui n’est pas suffisamment riche.

Mais si maintenant l’on examine la pratique des choses, on est bientôt convaincu que « les prix des différentes qualités de viande ne sont nullement proportionnels à leur valeur nutritive » ; et que l’exclusion de la viande maigre est loin d’être un fait habituel.

Ce sont les classes riches qui, consommant la viande de première qualité, ont la vie au meilleur marché, tandis que les classes laborieuses et pauvres, qui

CALCUL DES HATIONS.

vivent des viandes de qualité inférieure, payent cellesci à un taux bien plus élevé que ne le demande Injustice ; mais, comme le dit la sagesse des nations : beau va toujours à la rivière.

Et c’est l’agriculture et l’économie du bétail, ces deux mamelles de la France, qui souffrent le plus cruellement de cet état de choses abusif; voici comment: Les classes ouvrières et pauvres, aiguisées par le besoin, et maintenues dans l’ignorance, demandent à hauts cris la taxe sur la boucherie. Et les municipalités à qui incombe le devoir d’étudier de telles questions, les municipalités qui sont d’une ignorance insigne en ces matières, pour calmer les cris de la masse, imposent sans en savoir les funestes conséquences, l’odieux maximum.

O officiers municipaux ! avant de commettre un tel acte de pouvoir, n’avez-vous pas réfléchi à l’abîme qui s’entr’ouvre sous vos pas ? Ne comprenez-vous pas que taxer la viande, c’est forcer les bouchers à débiter une moins bonne marchandise, et fatalement obliger les cultivateurs qui ont besoin de vendre, c’est à dire le plus grand nombre, à passer par des prix qui ne sont nullement rémunérateurs ? Ignorez-vous donc que mettre les bouchers dans une telle situation, c’est nécessairement rendre au pauvre la vie plus chère, loin d’en abaisser le prix ? Voulant apaiser les murmures excités par la faim, vous appliquez un remède pire que le mal, puisqu’il ruine le cultivateur et qu’il trompe le pauvre. Non ! ce n’est pas le peuple qui profite de ce monstrueux régime d’oppression: c’est la classe aisée, c’est la municipalité qui en est extraite, aux dépens de Jacques-Bonhomme. Mais que les classes riches payent la viande qu’elles consomment ce qu’elle vaut,

au lieu d’être comme dans certaines villes les premières à demander la taxe, et Ton pourra donner pour leur juste valeur les morceaux de moindre qualité, et les cris du pauvre ne viendront plus blesser leur oreille.

Oui, les classes dirigeantes, comme elles aiment à être appelées, sont aveugles en cette question comme en bien, d’autres. Qu’elles s’éclairent ! car le réveil des peuples est terrible, surtout quand c’est la faim qui l’amène. Que les municipalités se gardent de toute intervention ; et qu’elles se souviennent que leur seul devoir et leur unique droit est, en matière économique, de garantir la liberté et la sécurité des transactions.

Après avoir jeté son cri de réclamation à la face du monde, dans le but de diffuser la lumière et de réclamer la justice, l’agriculteur doit chercher à profiter autant que possible de l’état économique actuel du pays. A celui qui veut entreprendre l’engraissement parce que la demande des bêtes de boucherie est active, se présente le dilemme suivant : Faut-il faire des animaux fm-gras ou ne faut-il produire que des animaux demi-gras ? — Si la société était ainsi qu’elle devrait être, et si une douce harmonie régnait entre toutes ses parties, la réponse serait nette, catégorique: il serait évidemment avantageux pour l’engraisseur de faire partout, de faire quand même des animaux lin-gras, car il en trouverait toujours un facile débouché.

Mais en attendant que la lumière soit victorieuse des ténèbres, l’engraisseur, dont le but est de gagner de l'argent, et qui ne peut enrichir la société qu’en faisant bien ses affaires, l’engraisseur doit plier devant les difficultés, et ne pas se raidir contre un obstacle

CALCUL DES RATIOINS.

aujourd’hui insurmontable. Il doit, avant de se décider pour Tune ou l’autre solution, considérer le débouché dont il peut disposer. Près d’une grande ville, d’une ville riche, la fabrication des animaux fin-gras est possible ; c’est même le mode le plus avantageux de faire consommer des aliments aux machines animales. Mais dans toute autre condition, il est rarement avantageux de pousser les animaux au delà d’un certain degré d’engraissement qu’on caractérise par l’appellation de demi-gras, car la consommation ne paierait pas un centime de plus pour l’excédant de valeur que ceux-ci pourraient acquérir. — C’est donc la considération du débouché qui doit servir de guide en cette affaire.

b. — Calcul des rations.

Le but de l’engraissement est d’augmenter la proportion de viande et de graisse chez les animaux destinés à la consommation. Pour atteindre cette fin il est nécessaire que l’alimentation réponde à certaines conditions harmoniques avec elle. Elle doit d’abord évidemment contenir tout ce qui est indispensable à la formation des tissus musculaires et adipeux en quantité et en proportion convenables. Or l’on sait que les matières protéiques sont les matériaux indispensables à toute formation organisée, et que la matière grasse du tissu adipeux provient des matières grasses alimentaires et des hydrates de carbone, et qu’elle est aussi de première importance dans le développement organique. Conséquemment dans toute opération d’engraissement on doit fournir en abondance ces matériaux formateurs.

Les règles qui doivent servir à la fixation des quan-

tités absolues et relatives ont été établies par Texpérimentation ; et la solidité des points de repère fixés ne saurait être mise en doute, puisque le raisonnement les confirme. Voici en effet à quelles conclusions les expériences des savants allemands les ont amenés : D’abord tout le succès de ralimentation dépend d’un rapport convenable entre les différents groupes d’éléments nutritifs de la ration. Et plus l’opération doit être menée rapidement, plus aussi la ration doit être riche, intensive. Il convient de donner par quintal vivant :

de à 0'%45 de protéine

0‘%09 à de graisse

à de glacosides

et de 3 à 2,5 d’éléments secs totaux. Le rapport nutritif entre la protéine d’une part et la graisse plus les glucosides doit aller en augmentant, et la quantité totale d’aliments secs en diminuant. Julius Kühn indique comme extrêmes de la valeur du rapport sus-dénom-

me T* a

L’observation raisonnée et la science conduisent à des résultats analogues. Ils ont le mérite d’avoir été obtenus scientifiquement, tandis que ceux-là sont empiriques. Si en effet on examine ce qui se passe depuis la naissance jusqu’à l’âge adulte, on remarque que l’accroissement de l’organisme est d’autant plus rapide que l’on considère une époque plus rapprochée de l’origine, et qu’il va en diminuant jusqu’à l’âge de la maturité. C’est là l’indice de la marche de l’activité organique de formation des tissus. Que, d’autre part, l’on considère comme nous l’avons fait plus haut l’ali-

CALCUL DES RATIONS

mentation naturelle qui correspond à ces diverses périodes, et l’on voit qu’en même temps que diminue l’activité de formation des cellules, formes primitives des éléments des tissus, la loi des relations suit une marche descendante dont les limites extrêmes sont d’un même coup déterminées. On peut donc tirer de cette observation la conclusion rigoureuse et parfaitement naturelle que l’activité organique est corrélative de la loi des rapports alimentaires. A une valeur faible ou élevée des rapports correspond une activité formatrice petite ou grande.

D’après la définition de l’engraissement posée plus haut, il est évident que l’alimentation doit être réglée en vue de développer insensiblement et d’autant plus vite que l’opération doit durer moins longtemps, l’activité formatrice des tissus dont on a l’accroissement, l’accumulation en vue. La marche à suivre est alors une marche inverse de celle que l’on a suivie dans l’élevage, puisque l’on part dune activité formatrice nulle pour aller jusqu’au maximum de puissance de celle-ci. D’où la conclusion que la loi des relations doit prendre un cours ascendant. Son origine est nécessairem.ent marquée au point où la valeur des rapports correspond à l’activité minima, celle qui correspond à la limite supérieure de l’entretien. A mesure que l’activité se développe sous l’influence du régime qui l’excite, la valeur des rapports doit augmenter, pour accroître encore la puissance formatrice de l’organisme exploité. Quant à la limite supérieure, elle va théoriquement jusqu’à la valeur de la loi pendant l’allaitement, mais dans la pratique elle est en général restreinte, parce qu’il faut que l’opération reste lucrative, que les fourrages consommés soient bien payés. D’une manière gé-

nérale les limites précises de la loi des rapports sont inverses de celles qui correspondent à la troisième période de l’élevage. Dans certains cas, où le débouché permet de rechercher économiquement un fini d’engraissement remarquable, on peut empiéter sur la seconde période, et s’avancer jusqu’en son milieu. Mais cette marche anormale de la machine vivante ne peut être poussée au delà de certaines limites qui sont variables avec les dispositions de l’organisme. Dès qu’il juge que le maximum est atteint, l’engraisseur doit arrêter l’opération dont la consommation serait sinon dangereuse; du moins anti- économique et par là même absurde.

Pour ce qui est des quanta de protéine et des autres principes nutritifs par 100 de poids vivant, ils sont dé > terminés par les mêmes considérations, et nous croyons inutile d’y insister.

Généralement on divise la pratique defengraissement en trois périodes à compter du moment où l’ariimal se trouve en bon état, La durée des périodes varie avec l’intensité de fopération. Dans l’engraissement intensif, qui est de beaucoup le plus recommandable, à cause des résultats qu’il donne, la durée de chacune d’elles est approximativement de 20 à 30 jours. Dans l’engraissement extensif, qui dure jusqu’à six mois, la première période est beaucoup plus longue, ainsi que la seconde. Les points de repère qui servent à la détermination des rations relatives à chacune d’elles sont évidemment variés suivant la marche que l’on veut donner à l’opération. Mais c’est dans l’engraissement plus que partout ailleurs, à cause de l’exaltation de l’activité digestive, que Ton doit avoir le plus grand soin de ménager des transitions insensibles dans les

CALCUL DES RATIONS

changements de nourriture, car plus que dans toute autre circonstance les désordres qui s’en suivent sont marqués. Même lorsqu’il s’agit de passer à une alimentation plus riche, les animaux perdent de leur poids par les changements brusques. C’est surtout lors de l’augmentation subite des matières azotées que leur utilisation devient imparfaite. On doit toujours commencer par des rations peu riches en éléments protéiques. Ce n’est que lorsque les organes de la digestion sont habitués par une alimentation de plus en plus intensive aux effets d’une plus grande quantité de matières nutritives, et les tissus à une formation plus rapide, que l’on doit administrer la ration maxima.

Ces principes posés, il convient de les résumer pour en faciliter l’usage et mieux faire comprendre combien est systématique notre méthode d'alimentation, en permettant de faire rapidement le rapprochement de ses diverses parties.

Tableau des valeurs de la loi des relations et des quanta de substances azotées pour l’opération de l’engraissement.

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