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mélanges qu'il a composés, de façon à' constituer des aliments de plus en plus substantiels, aboutissant pour le sixiènae mois à l'usage du lait de vache coupé d'un tiers d'eau.
Il résulte de l'examen du tableau que la quantité de caséine est insuffisante pour le premier et le deuxième mois, et trop forte pour le sixième mois.
Mais ces préparations, comme nous le verrons plus loin, ont d'autres inconvénients et ne donnent pas toujours de très bons résultats. Devant les insuccès obtenus, Biedert a renoncé lui-même à ses mélanges naturels pour nous servir des mélanges artificiels; il a remplacé la caséine du lait de vache par de l'albuminate de potasse, voici sa formule :
Délayer 60, 0 d'albumine avec 300, 0 à 350, 0 d'eau et ajouter 4, 0 d'hydrate de potasse dissous dans 60, 0 d'eau. 11 se produit une masse gélatineuse. On la coupe en petits morceaux, on la lave à l'eau, et, en chauffant, on ajoute 120, 0 de sucre, 150, 0 de graisse de beurre avec autant d'eau qu'il est nécessaire pour obtenir une émulsion laiteuse; on ajoute alors les sels et on réduit le tout à un volume de 500, 0.
Le mélange contient, pour une partie d'albuminate de potasse, 2,5 parties de graisse, 4 parties de sucre, 0, 20 parties de sels.
Ce produit se vend dans des boîtes de fer-blanc; il est d'un blanc jaunâtre; il a la consistance d'une bouillie épaisse; mélangé avec seize fois sa quantité d'eau, il donne un liquide laiteux qui contient, pour 100 parties, 4 parties de sucre, 0,20 parties de sels, ces derniers sont : du phosphate de soude, du chlorure de sodium, du chlorure de calcium, de l'hypophosphate de chaux, du phosphate de sesquioxyde de fer, du carbonate de magnésie.
Pour les nouveau-nés, il faut délayer ce produit avec seize fois sa quantité d'eau : au fur et à mesure que Fenfant avance en âge, on ajoute du lait de vache en quantité croissante; lorsque Fenfant supporte bien un mélange de lait et d'eau à parties égales, on peut passer au lait de vache pur.
Le mélange crémeux artificiel a, sur les mélanges naturels, l'avantage de présenter une composition constante, de se conserver mieux et, semble-t-il, d'être plus digestible.
Farines lactées. — La farine lactée se compose de lait condensé avec addition d'une plus ou moins grande quantité de sucre, de caséine et de farine de froment préparée exprès, le tout sous forme de poudre après dessiccation dans le vide. La farine de froment est préalablement traitée par la chaleur ou les acides minéraux étendus, de façon à transformer une partie de la fécule en dextrine et en sucre de facile assimilation.
Les farines lactées existant dans le commerce sont très nombreuses. Nous citerons, parmi les principales, la farine lactée de Nestlé, celles de Faust-Schuster, de Gerher, de Giffey^ de Schièle et C'*^, de Frerichs, du Coffin, de Ridge^ de la Anglo-Siviss condensed milk Company in Cham, etc.
La farine de froment n'est pas toujours la seule employée ; on la remplace quelquefois par de la farine de légumineuses. C'est ainsi que la maison Gerber et G*% .à Thoune, canton de Berne, fabrique une farine lactée, connue sous le nom de lacto-légumineuse. On a beaucoup recommandé ce produit pour l'alimentation des convalescents et des jeunes enfants.
Bouillies. — On s'étonnera peut-être que nous parlions
des bouillies dans un chapitre consacré à l'étude de Talimentation des jeunes nourrissons. Il est malheureusement vrai que, dans certains miheux, on gorge encore les enfants de bouillies indigestes; c'est une vieille habitude que conservent les gens du peuple, et on aura beaucoup de peine à la déraciner.
La bouillie se prépare avec de la farine de froment, de l'eau et du lait; la panade avec du biscuit ou du pain blanc, quelquefois aussi sans addition de lait, mais généralement avec addition de sucre. La farine de froment est souvent remplacée par la farine d'avoine d'Ecosse qui serait, dit-on, plus azotée, et par la farine à' orge préparée, qui se distingue par sa grande finesse et qui a l'avantage, par suite de sa préparation, de contenir moins d'amidon et plus de sucre de raisin.
La zéalenta est une préparation qui contient, indépendamment de la farine de haricot très fine, de la farine d'avoine et de froment, ainsi que du chlorure de sodium et du phosphate de chaux.
La bouillie est surtout l'aliment de l'époque du sevrage etFaliment préparatoire à cette époque. Nous y reviendrons avec plus de détails dans le chapitre qui traitera de cette question.
OEuFS. — On a souvent recommandé, comme succédanés du lait de femme, divers mélanges dont l'élément essentiel est le blanc ou le jaune d'œuf. Le jaune d'œuf contient de la protéine, de la graisse, des sels et des matières extractives. Les sels sont surtout des phosphates de potasse, de soude et de chaux ; on y trouve beaucoup plus de fer que dans le lait de femme, mais beaucoup moins de potasse et de chlore.
Martini a recommandé le mélange suivant :
1 jaune d'œuf, Sucre de lait.
Eau.
Ce mélange, selon lui, contiendrait, pour 100 parties, 2 de protéine, 3,7 de graisse, 5 de sucre et 89 d'eau. Il est nécessaire d'y ajouter un peu de chlorure de potassium.
On a également recommandé un aliment composé de 200 grammes d'eau bouillie, d'un blanc d'œuf et de 3 à 4 cuillerées à café de sucre.
Bouchut mélange ensemble un jaune d'œuf avec un peu de blanc et 15 grammes de beurre de cacao, et ajoute 500 grammes d'eau sucrée.
Dubrunfaut, durant le siège de 1870, alors que le pain manquait aux adultes et le lait aux enfants, proposa l'émulsion suivante, connue sous le nom de lait obsidional : albumine sèche, 20 à 30 grammes; sucre, 40 à 50 grammes; azote et potasse, 1 à2 grammes; huile d'olive, 50 à 60 grammes; eau, 500 grammes.
Bouillon. — Le bouillon contient peu de protéine (1 /2 O/O) et peu de graisse; il ne renferme aucun hydrate de carbone ; par contre, il contient la plus grande partie des substances extractives et des sels de la viande : en outre, on y trouve des quantités considérables de gélatine, qui s'est formée aux dépens du tissu conjonctif par la cuisson. Il ne doit pas être considéré comme constituant, quand il est seul, un succédané du lait de femme. Le mélange avec le jaune d'œuf contient plus de protéine et de graisse, mais manque encore d'hydrate de carbone, et par conséquent ne peut pas suffire comme nourriture pour les enfants. En ajoutant du bouillon au lait de vache, on rend ce dernier plus digestible et en même temps plus nourrissant.
Le bouillon condensé contient plus de protéine, de matières extractives et de sels que le bouillon ordinaire.
Très souvent, en Angleterre et dans l'Amérique du Nord, on fait entrer le thé de veau dans Talimentation des nourrissons. Pour le préparer, on découpe finement du veau débarrassé de sa graisse autant que possible, on l'arrose avec 6 à 8 fois la même quantité d'eau fraîche, et l'on chauffe sur une flamme d'alcool ; on laisse bouillir pendant 3 à 5 minutes, puis on passe sur un linge fin ; le thé ainsi préparé contient essentiellement les mêmes éléments que le bouillon de viande ordinaire, et a par conséquent la même action.
Nous connaissons actuellement les principaux prod uits avec lesquels on a essayé de remplacer le lait, nous savons quelle est leur composition ; mais la connaissance des formules de ces produits ne suffit pas pour établir notre jugement sur leur valeur alimentaire, il nous faut, pour les apprécier sainement, rechercher les résultats qu'on a obtenus par leur emploi dans l'alimentation des I jeunes enfants. Ces résultats sons-ils bons ou mauvais?
Valeur alimentaire des principaux succédanés du LAIT. — Déplorables résultats obtenus. — Nous devons, dès le début, réfuter un argument sur lequel se sont appuyés tous les inventeurs d'un nouveau succédané du lait, pour faire valoir leur produit. « Ma préparation est excellente, disent-ils tous, puisque à l'analyse elle donne les mêmes résultats que le lait. » Ceci prouve que les produits renferment les mêmes matières que le lait, mais non qu'ils en ont toutes les qualités. Un vin fabriqué de toutes pièces peut donner à l'analyse des résultats irréprochables, mais ce vin ne sera jamais du jus de raisin et jamais ne sera préféré à un vin d'un bon cru.
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Veut-on encore un exemple? Le sucre de raisin qui est doux, nutritif, contient les mêmes quantités de carbone, d'hydrogène et d'oxygène que l'acide acétique, son isomère, lequel est classé dans la catégorie des poisons irritants. De bonnes qualités chimiques et physiques ne suffisent donc pas pour constituer l'excellence d'un aliment ; il y a aussi des qualités physiologiques et d'autres | qualités, qui ne s'expriment pas par des chiffres ou des formules, qui échappent à l'analyse, mais qui existent , réellement et dont l'importance se démontre par les ï bons ou les mauvais résultats que l'on obtient avec un produit, suivant que ce produit a ou n'a pas ces qualités.
Eh bien, nous devons le dire et le répéter sur tous \ les tons, tous les succédanés du lait^ excellents quand ils j sont employés à Vépoque du sevrage, deviennent funestes pou7' les noumsso7is quand ils leur sont donnés au lieu et place du lait. Les résultats obtenus sont mauvais et nous obligent d'en condamner l'usage. Il est vrai qu'on peut opposer quelques succès; mais des faits isolés ne suffisent pas pour juger une méthode, c'est sur l'ensemble des résultats qu'il faut se baser.
Fleischmann, Jacobi, Demme, Daly nous disent que les enfants élevés avec le lait concentré ou condensé éprouvent généralement des troubles digestifs aigus ou chroniques, et sont le plus souvent anémiques ou rachitiques. D'après Daly, la santé de ces enfants n'est qu'ap- i parente : il en a connu qui étaient très gras, mais qui n'en étaient pas moins débilités, et qui, pour la force de résistance, étaient, et même à un degré inquiétant, ^ inférieurs aux autres enfants de leur âge.
Uffelmann a constaté plusieurs fois que les enfants soumis au régime du lait condensé avaient la couche
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adipeuse très développée ; mais l'organisme était faible et le système osseux particulièrement chétif.
(( L'alimentation au moyen du lait condensé^ nous dit-il, a presque toujours donné des résultats fâcheux, qui s'expliquent du reste par la composition de cet aliment. »
Le lait artificiel de Liebig ne ressemble en rien au lait de femme, et les résultats obtenus ne justifient nullement les appréciations favorables qu'en ont données certains médecins. Il a été essayé par le professeur Depaul sur quatre enfants, qui tous sont morts en moins de quatre jours, après avoir présenté [des accidents du côté du tube digestif. Le produit de Liebig a soulevé en France, surtout au sein de l'Académie de médecine, les \ protestations les plus énergiques de la part de tous les I membres les plus compétents, Guibourt, Depaul, Larey, il Boudet, Vulpian, Bouley, Poggiole, etc. En outre, ce produit est d'une préparation difficile et se gâte avec une grande rapidité.
Les mélanges crémeux naturels s'acidifient très rapidement, surtout en été. La quantité d'aliments solides contenue dans la crème est très variable; la teneur en ! graisse et en sels est trop faible. L'augmentation graduelle de la quantité de la caséine, suivant l'âge de l'enfant, ne répond pas aux conditions physiologiques de l'alimentation naturelle, la teneur du lait de femme en caséine n'est pas soumise à de pareils changements.
Les mélanges crémeux artificiels, plus encore que les mélanges crémeux naturels, s'éloignent de la composition du lait de femme, et leur faible teneur en protéine (1 0/0) en fait un aliment très peu azoté, qui trouvera son indication chez les enfants débiles, dont la digestion est troublée, mais non chez les enfants en bonne santé.
Nourrir les enfants dans les premiers mois de la vie avec les produits connus sous le nom de farines d'enfants c'est les condamner sûrement à une fin prématurée ou au rachitisme. L'alimentation trop hâtive des nourrissons avec la farine de Nestlé, avec celle de Faust-Schuster, avec la farine lactée de Cham, etc., donne toujours de mauvais résultats. C'est Ufîelmann qui nous l'affirme, et il nous expose les raisons qui l'ont poussé à condamner aussi catégoriquement les farines lactées. Une des raisons principales, c'est que leur teneur en amidon est trop élevée.
Zweigel, en faisant l'autopsie d'un enfant qu'on avait nourri avec de la farine de Nestlé, a constaté que le contenu de l'estomac et tout le contenu du gros instestin étaient composés presque exclusivement d'amidon.
Uffelmann a trouvé lui-même que les fèces d'un enfant ainsi nourri avaient une réaction fortement acide, et étaient excessivement abondantes : d3 63 à 70 grammes par jour, pour 200 grammes de farine de Nestlé comsommés. Il a constaté aussi que l'assimilation de la graisse était relativement moins bonne que dans l'alimentation par le lait de vache (92 0/0 au lieu de 98 0/0).
Reimer a suivi l'augmentation de poids présentée par 310 enfants qu'on nourrissait avec de la farine de Nestlé. Ces enfants se divisaient ainsi : 108 de 0 à trois mois, 112 de trois à six mois, 90 de six à douze mois. L'augmentation de poids dans le premier groupe fut tout à fait insuffisante, car elle ne comporta que de 8 à 15 grammes par jour, au lieu de 28 grammes à 35 grammes. L'augmentation de poids des enfants du second et du troisième groupe fut un peu plus forte;
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elle fut, en effet, de 12 grammes à 20 grammes; mais tous les enfants, sauf trois, devinrent rachitiques comme ceux du premier groupe.
Les résultats obtenus par Demme, Albrecht, Fleischmann, Morpain et par tous ceux, d'ailleurs, qui ont expérimenté les farines lactées, ne sont guère plus brillants. Tous les auteurs reconnaissent que leur usage est toujours funeste aux jeunes enfants et conduit à Tathrepsie et au rachitisme.
Les bouillies sont certainement les préparations les plus dangereuses, celles qui ont fait le plus de victimes parmi les nourrissons.
Il résulte des analyses que les proportions des substances nutritives, que renferment les bouillies relativement bonnes, sont tout autres que dans le lait de femme ou de vache. Celui-ci contient, pour 1 partie de protéine, 2 parties d'hydrate de carbone; dans la bouillie, le rapport est de 1 à 4 ou 5. En outre, dans celle-ci, la protéine est, en grande partie, de la protéine végétale, moins facilement assimilable, la teneur en eau est faible, la composition des sels diffère aussi, et la plupart des hydrates de carbone s*y trouvent sous forme d'amidon.
Or, nous savons que les nourrissons, dans leurs premiers mois, ne sécrètent que de petites quantités de salive saccharifiante ; le ferment saccharifiant du pancréas ne paraît que vers la fm du premier mois : il se passe ainsi cinq mois entiers avant que l'enfant puisse digérer des quantités notables d'amidon.
L'amidon non digéré subit très facilement dans Testomac une fermentation acide; il se produit de l'acide lactique, de l'acide acétique et d'autres acides qui, comme tous les acides organiques , provoquent des
diarrhées, et qui, très vraisemblablement aussi, entravent la digestion de la graisse, en faisant obstacle à la saponification.
On a également affirmé que Tacide lactique, en pénétrant dans le sang et en passant par l'intermédiaire de ce liquide dans le tissu osseux, provoque une résorption des sels de chaux, d'où rachitisme. Mais la forte quantité d'amidon contenue dans les bouillies a encore un autre inconvénient (et celui-ci a été peu signalé jusqu'à présent) : c'est de diminuer la digestion de l'albumine ingérée en même temps. En donnant trop tôt une nourriture trop amylacée^ on détermine, selon Demme, une prédominance relative des globules blancs du sang sur les globules rouges.
La bouillie offre encore l'inconvénient d'entrer facilement en putréfaction, et cet inconvénient, joint aux autres, fait de celle-ci un aliment indigeste, dangereux, lorsqu'elle est donnée à des jeunes estomacs capables à peine de digérer de petites quantités de lait.
L'observation clinique démontre, et tous les praticiens le confessent, que les cas de rachitisme, d'entérite aiguë et chronique, ainsi que les cas d'athrepsie, se rencontrent en grand nombre chez les enfants en général élevés avec les différents succédanés du lait dont nous venons de parler, et plus particulièrement encore chez les enfants que l'on empâte tous les jours avec de la bouillie.
On nous permettra de nous étendre un peu sur le rachitisme, cette terrible maladie si fréquente dans la première enfance, et dont la cause principale, nous allons essayer de le prouver, se trouve dans l'alimentation prématurée ou le sevrage trop hâtif.
Certains auteurs, nous l'avons dit plus haut, pour
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prôner l'usage des succédanés du lait, se sont prévalus de certaines expériences faites sur les animaux. Or, ces expériences, faites dans le laboratoire, ne signiOent rien, elles sont en très petit nombre, ont été mal conduites, et leurs résultats sont en contradiction flagrante avec ce que nous observons journellement dans la campagne.
Les éleveurs, en effet, nous apprennent que les résultats de l'alimentation prématurée, pour les jeunes animaux, loin d'être supérieurs à ceux de l'alimentation par le seul lait de la mère, leur sont constamment inférieurs. Les veaux dont on aide l'alimentation lactée par des bouillies, du son ou du maïs, par des carottes ou des fèves, sont aussitôt pris d'une diarrhée persistante; ils peuvent être engraissés, avoir du poids; mais ils ont plus d' apparence que de réalité^ selon l'expression des bouchers, qui ne s'y trompent pas. Aussi on ne voit jamais un éleveur intelligent, qui connaisse son métier, avoir recours à l'alimentation mixte pour un veau qu'il veut laisser grandir pour le travail ; on sait fort bien à la campagne que la vigueur de l'animal adulte dépend, en grande partie, du régime auquel il a été soumis pendant les premiers mois.
Gomment a-t-il pu se rencontrer un auteur pour accuser l'usage du lait de produire le rachitisme, alors qu'il est prouvé, jusqu'à la dernière évidence, que c'est la privation de lait, au contraire, qui engendre cette terrible maladie, spéciale à l'enfance entre le neuvième et le vingt-cinquième mois de la vie, et dont les victimes sont si nombreuses, surtout dans les ménages pauvres et ignorants?
Aucun document ne nous permet de croire que le rachitisme fût connu dans l'antiquité. La maladie, décrite pour la première fois en 1650 par Glisson et
par la commission d'une société médicale de Londres, apparut en Angleterre vers 1620 : cette date concorde avec celle fixée par Boerhaave. Or, jusqu'à cette époque, on n'avait pas songé à remplacer le lait chez les jeunes enfants par un autre aliment. Les médecins, avec cette foi qu'avait le moyen âge en l'autorité des maîtres, suivaient religieusement les préceptes établis par les anciens, et prescrivaient l'allaitement jusque vers l'âge de deux ans. Mais vers le commencement du xvii® siècle, van Helmont, comme nous l'avons dit plus haut, par suite d'une de ces aberrations assez fréquentes parmi les hommes de génie, s'éleva contre la doctrine reçue, proscrivit le lait et conseilla de donner à l'enfant une bouillie dans laquelle entraient de la mie de pain, du sucre, de la bière et du miel. « La nature, disait-il, en donnant la vie, ne s'est pas inquiétée si elle serait courte ou longue. Le lait peut donner à la vie une durée quelconque, c'est à nous de la prolonger par un aliment meilleur. » Et cet ahment meilleur fut un poison qui, au lieu de prolonger la vie, l'abrégea et tua un nombre considérable d'enfants. C'est un aveu que nous surprenons dans les écrits de certains auteurs contemporains, lesquels reconnaissent « que la bouillie, qui formait la nourriture de milliers d'enfants, en avait fait mourir un très grand nombre ». J.-L. Petit, le premier, en 1740, avança qu'un sevrage prématuré provoque le rachitisme. Quelques années après (1747), Benevoli adoptait l'opinion de Petit, et recommandait l'allaitement prolongé comme remède au rachitisme. Les chiffres empruntés aux auteurs plaident en faveur du lait.
Sur 344 cas de rachitisme, d'après une statistique de J. Guérin.
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3 cas se sont produits avant la naissance.
16 — — pendant la année.
173 — la 2° —
76 — — — les années suivantes.
Les statistiques du D'^ Kuthuer (de Dresde) sont encore plus caractéristiques. Elles portent sur 1297 rachitiques , et leur étude raisonnée ne permet plus d'avoir de doute sur la liaison existant entre la privation du lait et le rachitisme. Cette liaison, du reste, est nettement établie par les expériences de J. Guérin, expériences reprises par le D"" Fontès et ayant donné à ces deux auteurs les mêmes résultats.
On prend un certain nombre d'animaux qui viennent de naître, des chiens, par exemple, et l'on fait plusieurs groupes. Les uns sont alimentés avec le lait seul : ils vivent et se développent à merveille. Les autres ont pour unique nourriture du bouillon, du jus de viande et des amylacées : ils meurent tous en peu de temps avec tout le cortège des symptômes de l'inanition. On les voit maigrir rapidement, une diarrhée incessante s'établit, leurs cornées se ramollissent, s'ulcèrent, se perforent. Ils font entendre un gémissement aigu et continuel que ne fait pas cesser l'ingestion des substances faisant partie de leur régime. D'où cette conclusion fort légitime, que toutes ces substances n'apportent aucun élément à la nutrition, et que leur présence dans l'intestin n'a d'autre effet que d'y amener un trouble morbide.
Si, pour contrôler les expériences précédentes, on soumet les animaux d'un autre groupe à un régime minte, c'est-à-dire si on les alimente avec du lait donné concurremment avec d'autres substances alimentaires, suivant que la proportion du lait est faible ou suffisante,
OU bien ils périssent plus ou moins promptement, ou bien ils continuent de vivre dans des conditions de santé variables et dont le dernier terme est presque toujours le rachitisme, quand l'expérience se prolonge et que l'animal ne meurt pas.
Chealde a fait, au jardin zoologique de Londres, des observations qui sont en parfait accord avec celles de Guérin et de Fontès. Ce médecin nous dit, en effet, que les oursons nourris de biscuits et de riz deviennent souvent rachitiques ; il en est de même des jeunes singes nourris avec des légumes. Les lionceaux alimentés avec de la viande sont également atteints d'une forme de rachitisme tellement grave qu'ils succombent presque toujours.
La contre-épreuve des expériences que nous venons de rapporter, se trouve dans les bons résultats obtenus par l'administration du lait dans le cas de rachitisme; c'est sur le lait de chienne que s'est porté le choix des médecins, à cause de la grande richesse de ce lait en phosphates. L'idée d'administrer le lait de chienne aux enfants rachitiques est née, dit-on, empiriquement, sans doute dans le département de la Drôme. Une communication fort intéressante sur des faits de ce genre a été lue au congrès de Bruxelles, au nom du D'' Bernard de Montbrun-les-Bains, par le docteur Jacquesne. D'autres tentatives, faites depuis, ont également donné d'excellents résultats.
Le rachitisme n'est pas le seul fait incriminé au sevrage prématuré; sur son compte, doivent être mis aussi les nombreux cas de mort par athrepsie observés dans la première enfance.
Déjà, à l'époque oii l'usage des bouiUies était très
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répanda, Saucerotte en signalait les funestes résultats. « C'est un abus, dit-il, malheureusement trop accrédité de donner aux enfants de la bouillie; ce sont à coup sûr les nourrices mercenaires qui ont inventé ou du moins qui perpétuent l'usage de cette colle indigeste, parce que, l'estomac de ces malheureux petits êtres une fois gorgé, ils ont moins besoin du sein. Ces mères empruntées prétendent faussement aussi que la bouillie apaise les tranchées; ce qui peut fortifier dans ce préjugé, c'est que l'estomac de leurs nourrissons étant rempli de ce mets épais et indigeste, ils sont engourdis jusqu'à la digestion imparfaite de ce mauvais aliment. Mais lorsque cette espèce de stupeur est passée, ils annoncent par leurs cris le vice de leur digestion. »
Les enfants nourris avec la bouillie sont, de tous les enfants élevés artificiellement, ceux qui présentent la plus grande mortalité : il en meurt plus de 50 0/0, et de nos jours encore, d'après J. Simon, à Paris, la mortalité des enfants sevrés prématurément est de 80 et même 90 0/0.
Levret disait au siècle dernier que « l'usage de la bouillie a fait périr plus d'enfants en bas âge que toutes les maladies ensemble qui peuvent les atteindre ».
A l'orphehnat de Stockholm, de 1750 à 1760, on nourrit les enfants avec une bouillie faite de lait et d'eau par parties égales, avec un peu de gâteau de seigle azyme. Le résultat fut déplorable, la plupart des enfants moururent avec vomissements, diarrhée et convulsions.
A peu près vers la même époque, on fit, en Angleterre et en France, des essais d'allaitement artificiel dans les hôpitaux d'enfants trouvés. Raulin, dans son livre sur
la conservation des enfants, paru en 1769, nous rend compte des résultats que l'on obtint à Rouen. Dans cette dernière ville, on choisit une maison isolée, hors de l'enceinte, exposée au midi, avec une vaste cour ombragée de tilleuls. Il y avait deux salles contenant quinze enfants chacune, bien aérées, fraîches l'été, chauffées l'hiver. Après huit jours, pendant lesquels le lait de vache coupé était exclusivement donné à l'aide du biberon, on administrait, trois fois par jour, une bouillie de lait et de farine, et, dans l'intervalle de ces repas, du lait à discrétion. A trois ou quatre mois, les enfants buvaient du cidre doux ou de l'eau sucrée. Avec ce régime^ ils dormaient peu, criaient beaucoup, devenaient languissants et mouraient. Du 15 septembre 1763 au 15 mars 1765, c'est-à-dire pendant dix-huit mois, cent trente-deux enfants furent nourris de la sorte. Au bout de ce temps, il n'en restait que quinze vivants, parmi lesquels plusieurs étaient mourants, et moururent au nombre de huit. Finalement cinq survécurent.
Il semble que de pareils résultats devraiént servir de leçon aux générations présentes, il n'en est rien, et, aujourd'hui encore, nous pouvons signaler l'usage prématuré des bouillies et des soupes comme une des causes les plus fréquentes de la mortalité infantile. Le peuple a sa science médicale, il se méfie de la science officielle, et, en dépit de l'instruction obligatoire, les médecins rencontreront toujours des mères ignorantes qui, sous prétexte de fortifier leurs enfants, les tuent tranquillement en les gorgeant de bouillie.
Les méfaits occasionnés par les succédanés du lait sont tels que nous voulons, en terminant, appeler l'attention des législateurs sur cette question. Il ne suffit pas que
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l'hygiène publique étende sa sollicitude au lait, il faut qu'elle embrasse aussi tous les succédanés de celui-ci et qu'elle contrôle la composition des laits condensés, des farines d'enfants et de tout aliment solide ou liquide vendu tout préparé pour l'élevage des nourrissons.
Hoffmann, au Congrès allemand d'hygiène publique, tenu à Dresde en 1878, fît remarquer qu'il était inadmissible de laisser tous ces produits sans aucun contrôle. D'après lui, toutes les boîtes et tous les paquets d'aliments pour enfants devraient porter extérieurement l'indication de leur teneur en eau, en albumine, en graisse, en hydrate de carbone et en sels. Ce vœu est i absolument légitime, et sera accepté de tous ceux qui I s'occupent des questions délicates de l'hygiène infantile.
Pour nous résumer, nous condamnons absolument jtous les produits vendus comme succédanés du lait, estimant qu'aucune préparation ne saurait remplacer le 'lait pour les jeunes enfants; mais qu'on n'aille pas au delà de notre pensée, nous ne condamnons les succédanés du lait qu'autant qu'ils seront donnés au lieu et place de celui-ci, c'est-à-dire donnés à des enfants qui n'ont pas encore atteint leur septième ou huitième mois. Après cette époque, servis avec prudence et modération, nous reconnaissons qu'ils peuvent rendre d'utiles services, soit comme aliment de préparation au sevrage, soit comme aliment de sevrage lui-même. Nous reviendrons du reste sur ce point, et nous en parlerons plus longuement dans notre chapitre sur le sevrage.
ICARD.