Le lait et la fièvre typhoïde. — Après la tuber
culose, la maladie la plus meurtrière est la fièvre typhoïde. Elle fait encore plus de victimes que la variole : elle tue 23 000 personnes par an, alors que la mortalité occasionnée par cette dernière maladie est en moyenne de 14 000.
Et que l'on ne croie pas que la fièvre typhoïde soit une maladie inconnue dans la première enfance, comme l'enseignaient autrefois les médecins. Plusieurs cas ont été observés, même chez des nouveau-nés, et il est très probable, comme le pensent d'Espine et Picot, que leur nombre serait plus grand, si la difficulté du diagnostic à cet âge ne la faisait pas souvent méconnaître.
L'air, dans la propagation de la fièvre typhoïde, ne joue qu'un rôle tout à fait effacé. C'est par le tube digestif que se fait l'infection; aussi les exemples de cette maladie par le lait sont-ils très nombreux.
Le bacille d'Eberth, en effet, pousse très bien dans le lait, et y prend des formes volumineuses qu'il ne saurait atteindre dans tout autre milieu de culture.
L. Heim a démontré que le bacille de la fièvre typhoïde est encore vivant dans le lait et doué d'activité au bout de trente-cinq jours, et n'y meurt qu'après le quarante-huitième ; dans le beurre, c'est au bout de la troisième semaine qu'il meurt, dans le fromage après trois jours et dans le petit-lait après une journée seulement.
Contrairement à ce qu'avait avancé Dubief, le lait ensemencé par le bacille typhique ne se coagule pas quand on le laisse longtemps à l'étuve. Ce fait est la conséquence de l'absence de fermentation de la lactose sous l'influence du bacille typhique. MM. Chantemesse etWidal ont pu conserver pendant très longtemps, dans le laboratoire du professeur Cornil, des ballons ensemencés avec des bacilles typhiques de six provenances