‹ L'alimentation des nouveau-nésChapitre 27 sur 60 · LE LAIT ET LA FIÈVRE TYPHOÏDE · texte numérisé non relu

LE LAIT ET LA FIÈVRE TYPHOÏDE

différentes; après trois mois et demi, aucun de ces ballons n'avait perdu sa fluidité parfaite.

Mais d'où vient le microbe, quelle est son origine première, comment arrive-t-il dans le lait?

Il vient des matières fécales des typhiques, et c'est l'eau souillée par ces matières, qui lui sert généralement de véhicule, que cette eau ait été ajoutée au lait par fraude, ou au biberon dans un but hygiénique, ou qu'elle ait servi à laver les vases et autres ustensiles de la laiterie.

Le rôle de l'eau, dans la contagion de la fièvre typhoïde, ne fait plus l'ombre d'un doute, et c'est à Michel, un docteur français, que l'on doit l'honneur de cette belle découverte, qui a fait faire un si grand progrès à l'hygiène et à la prophylaxie du terrible fléau.

L'histoire de toutes les épidémies de fièvre typhoïde peut, en effet, se résumer ainsi : une ville ou une caserne boivent de l'eau de puits ou de rivière contaminée, la fièvre typhoïde y règne en permanence. On y amène de la bonne eau de source, aussitôt la fièvre typhoïde disparaît : bien plus, si l'eau de source n'est distribuée que partiellement, accordée à certains quartiers et refusée à certains autres, les quartiers privilégiés deviennent indemnes, tandis que la maladie continue ses ravages dans les autres quartiers qu'alimente une eau contaminée.

Dernièrement, une grande épidémie se déclara à Avesnes ; sur 6000 habitants, il y eut plus de 700 cas. Les eaux potables recevaient des infiltrations très suspectes; en attendant de pourvoir la ville d'une bonne eau de source, la municipalité fit appliquer sur les bornes-fontaines cette inscription : « Eau à ne boire

qu'après avoir été bouillie », et l'épidémie, grâce à cette précaution, diminua rapidement, pour disparaître complètement.

L'eau n'est pas le seul véhicule qui serve au microbe d'Eberth pour arriver jusqu'au lait. L'infection est également possible par l'intermédiaire de l'air. Quelquefois c'est la main du laitier qui a été primitivement souillée et qui, en trayant, laisse tomber imprudemment le microbe dans le récipient à lait; ce peut être encore le pis de la vache que l'on néglige de laver, alors qu'il a traîné dans un fumier ensemencé accidentellement par des déjections de typhiques.

Dans les nombreuses épidémies de fièvre typhoïde rapportées par Hart et attribuées par lui à l'usage du lait souillé et non bouilU, 22 fois le mélange des déjections typhoïdiques à l'eau des puits qui desservaient la ferme, a été démontrée ; dans 40 autres épidémies, il y avait eu des cas de fièvre typhoïde dans la famille des laitiers ou des fermiers. A l'appui de notre thèse nous rapporterons les faits suivants. Le premier que nous citons, est emprunté à Dougall.

Dans une ferme, six personnes furent atteintes de fièvre typhoïde. A une assez grande distance de là, la même maladie éclata, sous forme épidémique, parmi les personnes qui recevaient le lait de cette ferme. Il y eut 80 malades et 14 morts. On ne trouva d'autres causes de cette propagation que les suivantes : dans la ferme contaminée, les malades étaient placés dans une chambre communiquant avec la laiterie; les personnes qui les soignaient, s'occupaient aussi du lait, les pots et récipients étaient placés auprès des linges souillés; «n outre, à côté de l'étable, se trouvait une énorme

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