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CHAPITRE XI

Des différentes méthodes de stérilisation du lait.

Sommaire. — La virulence du lait dans les grands centres. — De la résistance vitale des principaux microbes à la chaleur.

— Tableau comparatif. — Action combinée du degré et de la durée de la chaleur. — Différentes méthodes de stérilisation du lait. — Stérilisation par la chaleur.

A. — Stérilisation dans les laiteries; procédés employés par les vendeurs. — 1° Stérilisation incomplète. — Pasteurisation. — Procédé du D'" Fjord. — Procédé de Mabru. — Procédé de Thiel. — 2o Stérilisation complète. — Procédés industriels.

— Appareil de Hignette et Timpe. — Procédé de Hesse. — Inconvénients des méthodes à très hautes températures.

B. — Stérilisation dans les ménages; procédés employés par les consommateurs. — L'ébullition. — La marmite américaine. — Stérilisateur de Rougeot. — Stérilisateur Legay n° 1. — Stérilisateur Icard. — Méthode de Hueppe. — Stérilisateur Escherich. — Méthode de Soxhlet. — Stérilisateur Legay n° 2. — Stérilisateur Gentile. — Des obturateurs employés pour maintenir la stérilisation. — Obturateur de Soxhlet. — Procédé de Egli-Sinclair. — Tube d'Israël. — Bouchon d'ouate de Vinay. — Obturateur pneumatique de Hignette et Timpe. — Obturateur de Gentile. — Obturateur de Budin. — Vente du lait stérilisé par les pharmaciens. — • Appareil de stérilisation pour les pauvres.

Il résulte de tout ce que nous avons dit jusqu'ici, et cela de la manière la plus évidente, qu'au moindre soupçon de virulence, le lait ne doit jamais être ingéré

sans avoir subi au préalable la stérilisation. Dans les centres importants, comme Paris et autres grandes villes, le lait, échappant difficilement au contage, doit toujours être stérilisé. Mais comment doit se faire la stérilisation? Quels sont les différents procédés employés et quel est celui qui doit arrêter notre choix?

La chaleur, nous l'avons déjà dit, assure seule la stérilisation complète du lait; les autres procédés, tels que l'emploi des agents chimiques, l'action du froid, ont pour but unique la conservation plus ou moins prolongée du lait et non la destruction des microbes.

L'expérimentation démontre que dans un lait marchand, traité par une température de 75° à 85*^, le nombre des bactéries tombe de 2 500 000 par centimètre cube à 10 000.

Les deux tableaux ci-dessous donnent, pour chacun des principaux microbes pathogènes, la température qui lui est fatale. Le premier est de Von Guens; le second, dont les chiffres sont un peu plus élevés, est de Lazarus.

Spirille du choléra 58"

Spirille de Finckler-Prior (choléra nostras) 58" à 59°

Bacille typhique 60"

Pneumocoque de Friedlânder 58° à 60"

Virus vaccinal 60"

Bacille tuberculeux 59" à 60°

Bacille typhique 70", parfois 75°

Bacille du choléra 62° à 70°

Bacillus neapolitanus 75"

Staphylococcus pyogenes 70"

Bacille tuberculeux 70"

La température nécessaire pour la destruction de certaines espèces n'est pas toujours la même et varie avec la durée de réchauffement. L'action de la chaleur, en effet, est fonction du temps : ses résultats dépendent

presque autant de la durée d'application des températures que de leur élévation même. Pour obtenir, au bout d'une minute, le même résultat destructeur qu'au bout de cinq minutes, il faut se servir d'une température supérieure de 4 à 5 degrés environ. C'est ainsi, par exemple, que pour détruire le microbe de la fièvre typhoïde, on peut, à son choix, employer une température de 60° pendant une minute ou une température de 56° maintenue jusqu'à cinq minutes. La virulence de la moelle rabique qui disparaît à 60° au bout de dix minutes, disparaît à 50° au bout d'une heure et à 45° au bout de vingt-quatre heures.

Il n'est donc pas nécessaire pour tuer un germe de porter le lait à la température qui lui est fatale; une température inférieure, mais prolongée pendant quelque temps, agit de la même manière. Il est pourtant prudent, lorsqu'on veut avoir une stérilisation parfaite et un lait à l'abri de tout soupçon de virulence, de porter celui-ci à une température supérieure à celle à laquelle périssent généralement les microbes pathogènes.

Les procédés de stérilisation par la chaleur varient suivant qu'ils sont appliqués au lait avant la vente ou après la vente, c'est-à-dire par les vendeurs ou les consommateurs, dans les laiteries ou dans les ménages.

A. Stérilisation daus les laiteries; procédés employés par les vendeurs. — On arrive à conserver le lait dans les laiteries par divers procédés qui varient suivant le but que l'on poursuit, c'est-à-dire suivant que l'on cherche à empêcher pendant quelques jours seulement la coagulation du lait, c'est la stérilisation incomplète ; ou que l'on vise à supprimer tous les germes, c'est la stérilisation complète.

1. Stérilisation incomplète. — Pasteuinsation. — On donne ce nom à une méthode indiquée par Pasteur, laquelle, appliquée au lait, consiste : 1° à faire passer celui-ci dans de grands bains-marie (fig. 7) de manière

Fig. 7. — Fourneau pour chauffer le lait au bain -marie.

à porter sa température à 97° environ; 2° à le refroidir ensuite le plus rapidement possible en le maintenant

Fig. 8. — Bacs pour refroidir le lait.

pendant un temps prolongé dans des bacs (fîg. 8) où l'eau se renouvelle au furet à mesure qu'elle s'échauffe. : La pasteurisation a le grand inconvénient de laisser toutes les spores intactes et celui aussi de ne livrer le lait que dans de grands récipients qu'il faut ouvrir pour transvaser le liquide dans des vases d'un plus petit

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calibre. Ces nouveaux récipients sont plus ou moins propres, le lait se trouve exposé à l'air, il est souvent adultéré par les petits vendeurs intermédiaires, les débitants, si bien que, lorsqu'il arrive au consommateur, il se trouve de nouveau contaminé.

Procédé du docteur Fjord. — Le procédé du docteur Fjord, de Copenhague, n est autre chose que la pasteu-

Fig. 9. — Appareil du D"" Fjord.

risation faite avec un appareil spécial très ingénieux. Cet appareil, aujourd'hui le plus en vogue, consiste (fig. 9) en une cuve D en bois, portant latéralement deux ouvertures par lesquelles pénètrent deux tuyaux F et E, le plus gros F amenant dans cette cuve la vapeur d'échappement d'une machine à vapeur, et l'autre E, plus petit, fournissant de la vapeur prise sur le générateur même, dans le cas où la vapeur d'échappement serait insufflsante pour chauffer la totalité du lait. La vapeur en excès, ainsi que l'eau de condensation, sortent

par un tuyau G, fixé à la partie inférieure de la cuve et qui reste toujours ouvert.

La cuve D renferme un autre récipient C, concentrique au premier, en cuivre étamé et destiné à recevoir le lait. Il est muni d'un agitateur à palettes KK, auquel on imprime un mouvement de rotation de 130 tours par minute, à l'aide d'une poulie fixée sur l'axe A.

Le conduit M amène par le bas le lait dans le récipient G, et, quand il a été chauffé par la vapeur à la température convenable, 70 à 80°, il sort par la partie supérieure et se rend dans un réservoir ou sur des réfrigérants.

Procédé Mabru. — On introduit le lait dans des récipients métalliques terminés à leur partie supérieure par un tube vertical en plomb, lequel communique avec un réservoir contenant également du lait. Toutes les parties de l'appareil sont exactement remplies par ce liquide. On met ensuite ces récipients, au nombre de 12 à 15, dans un grand vase fermé, dans l'intérieur duquel on fait arriver de la vapeur d'eau. Le lait est chauffé alors à 75 ou 80°, et, par suite de la dilatation qu'il éprouve, une partie du liquide s'élève dans le réservoir supérieur, où il se trouve à l'abri de l'air par une couche d'huile qui en recouvre la surface. L'air se dégage complètement par le tube vertical. Au bout d'une heure, on laisse refroidir jusqu'à la température d'environ 20° centigrades. Par le refroidissement le lait diminue de volume, mais il remplit toujours également le récipient et le tube qui le surmonte. Quand la température d'environ 20*^ centigrades est atteinte, on ferme hermétiquement le récipient en comprimant le tube en plomb à l'aide d'une pince. On coupe ce tube au-dessus du point comprimé et on y applique une soudure d'étain.

De cette façon, le lait est conservé à l'abri de tout contact de l'air. Le procédé de Mabru est très bon en théorie, il donne d'excellents résultats, mais il est un peu compliqué, et, bien qu'il ait été récompensé par l'Académie des sciences, il est aujourd'hui complètement tombé dans l'oubli.

Procédé de Thiel. — L'appareil de Thiel est surtout utilisé en Allemagne. Il consiste en un cylindre à doubles parois (fig. 10) dont l'intervalle est rempli par de l'eau que l'on maintient entre 80 et 90° centigrades par un courant de vapeur. Sa surface interne métallique

Fig. 10. — Ai^pareil de Thiel.

€st ondulée. Le lait est versé en couches minces sur cette surface où il circule lentement et assez longtemps pour que la température s'élève au point voulu, 70 à 75» centigrades. Dans l'espace d'une heure, on peut faire passer 100 à 150 litres dans un appareil de dimensions moyennes. Au sortir du cylindre où il est échauffé, le liquide est conduit dans un autre cylindre de même forme, dont la double paroi est remplie d'eau glacée, si bien que la température du lait s'abaisse brusquement à 10 ou 12^ centigrades. Le procédé de Thiel est

excellent : les expériences de Yon Gaens, en effet, ont démontré qu'il déterminait des modifications énormes dans la teneur du lait en germes.

2. Stérilisation complète. — Les procédés employés pour la stérilisation complète du lait sont peu connus

Fig. 11. — Appareil de Hignette et Timpe pour la stérilisatioa en gros.

dans leurs détails; ils constituent, en effet, la propriété privée des maisons qui les exploitent, et celles-ci ont intérêt à ne pas les divulguer. Malgré l'insuffisance des notions techniques, on peut affirmer que le principe de tous les procédés industriels appliqués à la stérilisation complète du lait consiste à soumettre celui-ci à un courant de vapeur sous pression dont la température s'élève au-dessus de lOO».

MM. Hignette et Théodore Timpe (de Magdebourg)

ont bien voulu communiquer à M. Chavane leur procédé de stérilisation. Yoici, d'après cet auteur, la description de leur appareil.

L'appareil (fig. 11) se compose d'un grand cylindre g, entouré de feutre maintenu par des cercles de cuivre; à la partie inférieure un foyer a' permet de porter à l'ébullition Peau d'une chaudière b.

Cette chaudière est largement ouverte et communique avec tout le reste de l'appareil, de la partie supérieure duquel sort un tube en caoutchouc f, qui vient plonger au fond d'un seau rempli d'eau. Par un treillis en fîl de fer, les deux tiers supérieurs de ce grand cylindre sont divisés en quatre compartiments. Une fermeture a sur laquelle agit un levier à crampon e, à pression excentrique, munie d'une forte lame de caoutchouc, donne accès dans chacun d'eux. C'est sur les treillis que l'on met les bouteilles remplies de lait et ouvertes. Ces bouteilles sont pourvues, comme les bouteilles à bière, d'une fermeture automatique fixée au goulot. Le bouchon en émail est entouré d'une bague en caoutchouc qui assure, quand l'opération est terminée, un contact parfait et empêche la rentrée de l'air.

Les quatre compartiments remplis de bouteilles débouchées, les fermetures extérieures mises en place, on amène progressivement l'eau à l'ébullition. L'air est chassé, mélangé à la vapeur, à travers le long tube qui surmonte l'appareil, et vient barboter dans l'eau du seau. Quand l'ébulUtion a duré trois quarts d'heure et que la vapeur a circulé pendant ce temps dans tout l'appareil, l'opération est terminée.

La température, répartie également dans tous les compartiments à lait, s'est élevée à 102°. Un thermomètre enregistreur, placé à la partie supérieure et

plongeant dans la vapeur, permet de le constater. . M. Hesse a proposé de remplacer l'intensité de la chaleur par la durée de son action. Il soumet le lait en expérience à l'action d'un courant de vapeur d'eau à 100» pendant huit à dix heures. Le lait, ainsi traité,, résisterait, suivant cet auteur, à toute fermentation pendant plusieurs semaines et même des mois entiers.

La méthode des hautes températures expose à plusieurs inconvénients. Le lait perd souvent son opalescence caractéristique et prend une teinte brune qui est une tare commerciale. Cette teinte s'observe surtout lorsque le lait a été additionné d'un peu de carbonate de soude ou qu'il est naturellement un peu plus alcahn que la moyenne. Elle est due non point à un commencement de caramélisation du sucre du lait, mais bien à une altération de la caséine en suspension dans le sérum.

Un autre inconvénient est le changement de saveur du lait. On ne sait pas au juste à quoi doit être attribué le goût tout spécial de lait cuit que prend alors le lait. D'après M. Duclaux, il semble que ce soit un phénomène brusque survenant à une température déterminée. Du reste, le lait n'a plus alors la même constitution qu'avant la chauffe ; les granulations de caséine, au lieu d'y être d'une finesse extrême, prennent un peu l'aspect de grumeaux presque gélatineux, plus volumineux qu'avant; il est possible encore que certains principes aromatiques facilement volatils soient entraînés par l'évaporation, qui devient de plus en plus abondante à mesure qu'on se rapproche du point d'ébullition.

Le lait stérilisé par la chaleur se décompose quelquefois au bout d'un certain temps et prend un goût amer. Les recherches de F. Hueppe ont démontré que les

bactéries qui persistent, et principalement le bacille butyrique^ sécrètent une enzyme possédant la propriété de précipiter la caséine comme le labferment. La caséine «st ensuite peptonisée, et c'est la peptone qui donne au lactose ce goût amer.

Mais ces inconvénients ne sont rien à côté des avantages immenses que présente le lait stérilisé par la vapeur surchauffée. Et d'abord, il est débarrassé des microbes qui, comme celui de la tuberculose, peuvent s'y trouver accidentellement, et aussi de tous les microbes qui toujours, au bout de très peu de temps, existent dans le lait le plus normal et en favorisent l'altération. Il se conserve longtemps avec toutes ses propriétés pourvu qu'il soit placé dans un endroit frais «t obscur, dans une cave, par exemple. Il est à l'épreuve d'un long séjour dans des magasins ou entrepôts et des longues traversées maritimes; on affirme qu'il a pu parvenir sans altération jusqu'au Sénégal et au Tonkin.

B. Stérilisation dans les ménages; procédés employés par les consommateurs. — Ces procédés appliqués dans les familles au lait qui est livré en nature, sans avoir subi aucune préparation et se trouvant tel qu'il sort du pis de l'animal, offrent des garanties très suffisantes et mettent sûrement le consommateur à l'abri de tout contage, lorsqu'ils sont employés avec soin et intelligence. Ils n'ont pas les inconvénients que présentent les autres procédés utilisant la vapeur surchauffée, et certains d'entre eux donnent des résultats supérieurs à ceux obtenus avec les procédés de stérilisation en gros.

L'ÉBULLiTiON. — La méthode de stérilisation la plus simple est, à coup sûr, l'ébullition, lorsqu'il s'agit toutefois d'un lait autre que le lait d'ânesse : celui-ci,

en effet, à 100^, se coagule en flocons légers. C'est l'ébullition que recommandent Aufrech, Uff'elmann, Mayet et la grande majorité des membres du congrès de la tuberculose de 1888 et 1889. Aufrech demande que l'ébullition dure environ 3 minutes, c'est-à-dire le temps, selon lui, pendant lequel la plupart des ménagères ont l'habitude de faire bouillir le lait. L'ébullition pourtant, telle que la pratiquent généralement nos ménagères, est insuffisante même pour tuer les microbes qui périssent à la température de l'ébulhtion. On a trouvé des microbes dans le lait bouilli aux foyers domestiques; Volebs (de Genève) y a trouvé des microbes de la tuberculose. Legay, après avoir mis des poussières de crachats tuberculeux dans du lait, a fait bouillir celui-ci à la manière des ménagères, puis l'a inoculé à des lapins. Au point inoculé s'est fait un abcès dans lequel on a trouvé des bacilles tuberculeux. Si ce même lait est maintenu pendant 10 à 15 minutes à la température de 80^, les animaux en expérience ne présentent aucune trace de tuberculose. Cette différence tient à ce que, dans les ménages, on considère à tort la montée du lait comme équivalente à l'ébullition. Le lait monte à 80'', et la température doit être forcée pour que le liquide qui est au-dessous de la couche de caséine constituant la montée du lait, entre en ébullition. Il faut éviter de recouvrir le lait pendant qu'il bout, car les gouttelettes de vapeur, en tombant, suffisent souvent pour le faire cailler.

L'ébullition simple est peut-être suffisante pour la plupart des microbes infectieux, mais pour certaines spores, elle ne l'est plus (Hueppe etDuclaux), et c'est une notion courante que, après une opération unique, la conservation du hquide n'est jamais de longue durée. Gay-Lussac, qui connaissait ce fait, montra que, si une

214 HYaiÈNE DE L'ALLAITEMENT ARTIFICIEL

seule ébullition est insuffisante pour préserver le lait, on arrive, en répétant l'opération chaque jour, à le conserver intact pendant des mois entiers. Cette méthode, qui est celle de la stérilisation fractionnée de Tyndall, n'a guère été utilisée, c'est un moyen qui paraît incommode, trop coûteux et qui donne en outre au lait une saveur peu agréable. Gomme ce qui est le plus simple et le moins coûteux est toujours le mieux, l'ébuUition simple, bien faite et prolongée, restera toujours une méthode pratique, et nous devons ajouter que, malgré les quelques inconvénients qu'elle présente, elle offre, dans la plupart des cas, des garanties suffisantes pour que nous soyons autorisés à y avoir recours.

Marmite américaine. — Nous avons dit plus haut,

Vig. 12. — Marmite américaine.

chap. IV, que l'alimentation des enfants offrait à la Maternité de Paris de très beaux résultats, avec l'emploi du lait stérilisé à la marmite américaine (fig. 12).

La marmite est un vase en étain, d'une capacité d'un litre en mo3^enne, hermétiquement fermée par un double couvercle dont le supérieur est vissé. Une fois remplie de lait et le couvercle remis, on place la marmite dans un récipient quelconque rempli d'eau; le tout est posé

sur le feu et y est laissé jusqu'à ce que le lait ait bouilli une heure environ. C'est une sorte de cuisson au bainmarie. Le lait bout ainsi sous pression, ne laissant échapper aucune partie liquide ; il conserve la même densité et les grumeaux de caséine seraient, paraît-il, plus fins.

Pour éviter les inconvénients qu'une ébullition trop prolongée pourrait présenter au point de vue digestif, il suffît de remplacer l'intensité de la chaleur par sa durée

d'action. On peut être certain que, en maintenant du lait entre 85 et 90° pendant 20 minutes, on obtiendra une stérilisation aussi complète que par un échauffement à 100° pendant 8 ou 10 minutes.

C'est pour pouvoir se rendre facilement compte de la température qu'atteint le lait dans la marmite close que Rougeot et Legay ont inventé leurs stérilisateurs.

Le stérilisateur Rougeot (fig. 13) est une marmite américaine en verre dont le couvercle est percé d'un trou pour recevoir un thermomètre coudé à angle droit. La partie horizontale porte un petit trait ou un point en

Fig. 13. — stérilisateur Rougeot.

émail bleu qui indique la température de 80° centigrades.

Dans le stérilisateur Legay n° 1, il n y a pas de thermomètre, c'est le lait lui-même qui, par sa dilatation, marque sa propre température. L'appareil se compose (fig. 14) d'un récipient métallique surmonté d'un goulot à bord épais sur lequel on applique un bouchon de verre

Fig. 14. — Slérilisateur Legay n" I.

creux ayant la forme d'un tube à essai renversé. Une saillie circulaire est ménagée à la partie inférieure du bouchon et un peu plus haut se trouvent deux traits horizontaux marqués 75° et 85°. On emplit le récipient de lait jusqu'au bout, on le couvre de son bouchon de verre creux et on met le tout au bain-marie. Le lait, sous l'influence de la chaleur, se dilate, monte dans le bouchon de verre et arrive au trait SS*', ce qui signifie qu'il se trouve à la température de 85°. On le laisse se maintenir 8 à 10 minutes à ce niveau, et, après cette opération, on a un lait stérilisé.

La marmite américaine et tous les stérihsateurs basés

sur le même principe présentent un grand inconvénient, celui d'obliger, au moment de la consommation, à des transvasements qui mettent le lait en contact avec l'air et qui sont toujours une cause de pollution nouvelle. Tous les stérilisateurs, du reste, sont relativement fort chers, et c'est pour avoir un stérilisateur simple, à bon marché et assurant une stérilisation parfaite du lait, que nous avons imaginé l'appareil suivant.

Stérilisateur Icard. — Notre stérilisateur (fîg. 15) se

A. Face antérieure. B. Face postérieure.

Fig. 15. — Stérilisateur gradué du D'' Icard.

compose d'un récipient en] verre recuit que ferme hermétiquement un bouchon d également en verre. A l'extrémité inférieure, se trouve un robinet pour permettre

Icard. 13

l'écoulement du liquide au fur et à mesure des besoins. Le bouchon présente une ouverture en forme conique e. destiné à être rempli de coton aseptique, afin que l'air, qui entre dans le récipient pour assurer le fonctionnement du robinet, arrive pur et débarrassé de tout microbe. Nous avons fait appliquer au récipient le système de graduation de notre biberon (voir page 279), si bien que ce n'est pas seulement le lait qui est stérilisé, mais aussi l'eau de coupage, le tout mélangé dans des proportions exactes suivant l'âge de l'enfant. On commence d'abord par verser le lait jusqu'au trait de l'échelle de la face antérieure A correspondant à l'âge de l'enfant, et on ajoute ensuite l'eau de coupage jusqu'à ce que le niveau du mélange arrive au trait Fau de la face postérieure B. L'anse mobile i, en fil de fer, sert à mettre l'appareil au bain et à le retirer après 40 minutes d'ébullition. Le lait, ainsi stérilisé, se conserve très longtemps grâce au filtre dont est muni le bouchon qui empêche tout contact du liquide avec un air contaminé.

Méthode de Hueppe. — Stérilisateur Escherich. — Dans la méthode de Hueppe, l'action de l'eau bouillante est remplacée par celle de la vapeur d'eau. Ce procédé, paraît- il, serait plus rapide et plus efficace. Du lait placé dans un verre à réactif et plongé dans de l'eau bouillante doit y être maintenu, d'après Hueppe, pendant une heure au moins pour être à Fabri de tous les ferments lactiques, et pendant deux heures pour n'être plus sujet à la coagulation. Il en est tout autrement si, au lieu d'eau bouillante, on emploie un courant de vapeur. « Déjà au bout de 20 minutes, dit l'auteur, la fermentation lactique est supprimée, et, après 35 à 40 minutes, toute possibilité de coagulation est écartée. »

L'appareil d'Escherich est une application pratique

de la découverte de Hueppe. Il se compose essentiellement d'un récipient qui se ferme hermétiquement et d'une marmite-bouilloire à couvercle muni d'une soupape à échappement. Le récipient contenant le lait et l'eau nécessaires est mis dans la marmite, on ferme celleci à l'aide d'une monture spéciale, et l'on chauffe jusqu'à ébullition. C'est un appareil coûteux, peu commode et d'un usage peu répandu.

Méthode de Soxdlet. — La méthode de Soxhlet, qui date de mars 1886, s'est répandue dans le monde entier, elle est aujourd'hui devenue classique: elle est, en effet, simple, facile et donne de très beaux résultats. Ce qui distingue cette méthode des autres et ce qui fait sa

Fig. 16. — Appareil de Soxhlet se composant de 10 flacons de 150 grammes, d'un bac en zinc, d'un porte-flacons, de 3 tétines, d'un chauffe-biberon., d'une brosse pour nettoyer les flacons, d'un verre gradué, de rondelles obturatrices et de garnitures préservatrices.

supériorité, c'est que le lait, au lieu d'être enfermé dans un grand récipient, se trouve réparti dans un certain nombre de flacons d'une contenance de 200 grammes (voir fig. 16). Ces flacons ne doivent être remplis qu'aux deux tiers et ne contenir que la quantité d'aliment nécessaire pour un repas. Les flacons sont disposés dans une sorte de marmite à double fond et maintenus suspendus

au milieu de l'appareil. On verse de l'eau dans la marmite, on fixe le couvercle avec soin et on place le tout sur un foyer quelconque. La hauteur de l'eau dans le bain-marie ne doit pas dépasser la moitié de la hauteur des flacons, de telle sorte que ceux-ci plongent partie

Fig, 17. — Coupe d'une marmite pour mettre le lait au bain-marie. Elle contient un support métallique pour les bouteilles qui sont CQiffées par un disque en caoutchouc et une capsule métallique.

dans l'eau bouillante, partie dans la vapeur (fig. 17). Après trois quarts d'heure d'ébullition active, au cours de laquelle la vapeur doit passer continuellement des bords du couvercle, on enlève ce dernier et on attend que la vapeur soit dissipée; on retire alors les flacons que l'on fait refroidir, au sortir de la marmite, en les plongeant de suite dans de l'eau à basse température- La température à laquelle a été porté le lait dépasse toujours 80*^ et arrive souvent, quand l'opération a été bien menée, à atteindre lOO*^.

Plusieurs appareils ont été imaginés sur le modèle de celui de Soxhlet, tels sont, pour ne citer que les principaux, le stériHsateur de Egli-Sinclair, celui de Legay n« 2 et celui de Gentile (fig. 18). C'est toujours une

marmite pour le bain-marie et des flacons renfermant la quantité d'aliment nécessaire à l'enfant pour un repas.

Le stérilisateur Legay n'^ 2 (fig. 19) est basé sur le même principe que le stérilisateur n° 1 du même auteur

Fig. 18. — Appareil de Gentile.

et dont nous avons parlé plus haut. La température du lait est portée seulement jusqu'à 85°; la marmite n'a pas

Fig. 19. — Appareil de Legay avec flacons gradués du D' Icard.

de couvercle et les flacons, au lieu d'être de simples bouteilles de pharmacie, portent les graduations que nous décrirons plus loin et qui se trouvent sur notre

biberon, c'est-à-dire des échelles indiquant les proportions du coupage, les quantités de lait et d'eau nécessaires à l'enfant, suivant son âge.

Des obturateurs employés pour maintenir la stérilisation. — Nous savons comment on stérilise le lait; mais il ne suffît pas de stériliser le lait, il faut savoir le maintenir stérilisé et veiller à ce qu'il ne se contamine pas de nouveau. Pour arriver à ce but, plusieurs appareils ont été inventés, nous allons successivement examiner les principaux.

Primitivement, dans l'appareil de Soxhlet, l'obtura-

Fig. 20. — A gauche : Partie supérieure d'une bouteille à ouverture évasée

sur laquelle on a placé un disque en caoutchouc. Au milieu : Capsule en métal destinée à maintenir le disque en place. A droite : Disque en caoutchouc enfoncé dans le goulot sous l'influence de

la pression atmosphérique.

tion des flacons était faite avec un bouchon en caoutchouc percé d'une ouverture centrale dans laquelle on enfonçait, quand l'opération était jugée terminée, un cylindre de verre préalablement passé à l'eau bouillante. Il y a quelques années, Soxhlet a modifié très heureusement son système de bouchage. Sur le goulot de chaque flacon, dont l'ouverture est en entonnoir, il place un petit disque en caoutchouc (voir fîg. 20) de

4 millimètres d'épaisseur et d'une dimension exacte à celle de l'ouverture du flacon. Ce disque est maintenu en place par une capsule en métal armée de trois griffes, laquelle doit se placer sans frottement (voir fig. 20). Pendant l'ébullition, la rondelle en caoutchouc, en se soulevant, Inisse passer la vapeur d'eau qui se dégage du liquide. Après l'opération, au fur et à mesure que les flacons se refroidissent, la vapeur d'eau contenue dans l'intérieur se condense, un vide relatif se produit et la rondelle s'enfonce dans le goulot sous l'influence de la pression atmosphérique. Environ dix minutes après, la rondelle s'étant un peu rétrécie, on peut enlever la capsule métallique, mais il est préférable pour cela d'attendre que le refroidissement soit complet. Tant que la rondelle en caoutchouc reste fortement déprimée, on est sûr que l'air n'a point pénétré dans l'intérieur du flacon et que le liquide n'a subi aucune altération.

Le système de bouchage de Soxhlet, quoique très ingénieux, n'est pas sans inconvénient. Le moindre éclat, la moindre fêlure du goulot rend l'adaptation de la rondelle en caoutchouc incomplète; et il arrive souvent que celle-ci s'étend, glisse à frottement contre les parois de la capsule, et quand on enlève cette dernière, la rondelle suit. Tout est alors à recommencer.

Egli-Sinclair remplace la rondelle de Soxhlet par une tétine en caoutchouc. Au moment où l'ébullition est jugée suffisante, il ferme la partie supérieure de la tétine au moyen d'une pince à pression assez analogue à celle dont les blanchisseuses se servent pour maintenir le linge fixé sur les cordes. Il n'y a qu'à enlever la pince et l'on a un biberon prêt à fonctionner. Le reproche que l'on fait à ce système, est l'altération rapide des tétines sous l'influence de la pression qui les ferme.

Dans l'appareil de Legay, la stérilisation est assurée par un système très ingénieux de bouchon en caoutchouc qui, à Taide d'un ressort, coiffe automatiquement le goulot du flacon. C'est le système de fermeture le plus sûr que nous connaissions, et les avantages qu'il présente, assurent à Tappareil de Legay une supériorité incontestable sur tous les autres appareils similaires.

Israël et avec lui plusieurs auteurs allemands ont conseillé, pour préserver les flacons de la contamination extérieure, de les munir d'un tube recourbé en bas et entrant à frottement dans le bouchon en caoutchouc qui ferme la bouteille.

Le D'" Vinay conseille de boucher simplement chaque flacon avec un tampon de coton stérilisé. Par ce moyen, les gaz peuvent s'échapper aisément pendant le chauf-

fage, et, lors du refroidissement, l'air qui entre, est forcément flltré et ne peut réinfecter le liquide.

MM. Hignette et Théodore Timpe ont créé deux types de bouchon assez commodes. Ils ont l'avantage de pouvoir être utilisés avec n'importe quel appareil à stériliser, et surtout de permettre la fermeture de la bouteille avant la stérilisation; mais ces bouchons nous paraissent trop comphqués, nous renonçons à les décrire et nous nous

Fig. 21.

Fig. 22.

Fig. 23.

hâtons de terminer cette étude sur les obturateurs par la description de deux appareils assez répandus, celui de Gentile et celui de Budin.

Dans l'appareil Gentile, la rondelle en caoutchouc de Soxhlet est remplacée par un obturateur de même matière en forme de champignon ou plus exactement en forme de clou (fig. 21.) La tige plonge dans la bouteille, la partie supérieure coiffe la bague, laquelle est plane et rodée (fig. 22).

Après l'opération, dès que la température s'abaisse, on voit l'obturateur s'appliquer fortement sur le goulot de la bouteille et se déprimer à son centre (fig. 23). De crainte que l'obturateur ne vienne à se déplacer et ne donne issue à l'air, on le maintient à l'aide d'une armature constituée par un petit cercle métallique muni de

Fig. 24. — Armature métallique destinée à maintenir l'obturateur. A droite : Armature métallique appliquée sur l'obturateur.

deux crochets (fig. 24) sur lesquels on passe soit un fil de laiton, soit une petite ficelle qui fixe le tout solidement en place.

M. Budin, pour supprimer l'emploi des bouteilles rodées qui obligent à recourir aux fabricants, a fait construire de petits capuchons en caoutchouc (fig. 25) semblables, comme forme, aux capuchons métalliques dont on revêt les bouteilles d'eaux minérales, mais possédant à la partie inférieure un épaississement en forme

de bague qui doit enserrer le goulot. Au moment de l'opération, on voit le bouchon se gonfler; l'air dilaté s'échappe par une ouverture faite à l'emporte-pièce et située sur les parties latérales en un point correspondant à la partie supérieure delà bouteille. Pendant le refroi-

Fig. 25. — Capuchon en caoutchouc pour couvrir le goulot des bouteilles. A droite : Coupe du capuchon.

dissement, la partie située sur le goulot est déprimée par la pression atmosphérique (fig. 26). Au point de vue du bon marché et de la simplification de l'opération, le système de M. Budin est une heureuse modification. Le capuchon, en effet, peut s'appliquer à toutes les formes

Fig. 26. — Capuchons en caoutchouc après la stérilisation.

de bouteilles; mais malheureusement il est impossible de trouver dans le commerce des bouteilles dont la surface du goulot soit absolument plane pour assurer la persistance du vide, et puis, l'air, paraît-il, filtre lentement à travers le caoutchouc.

La municipalité de Leipzig a envoyé dernièrement une circulaire à tous les pharmaciens de la ville pour les prier de fournir du lait stérilisé, d'après la méthode de Soxhlet, méthode qui, tout en ne présentant pas de sérieuses difficultés dans la pratique, exige cependant, pour être menée à bien et effectuée dans de bonnes conditions, des soins tout particuliers qu'on ne peut pas toujours obtenir du plus grand nombre des parents. Il

Fig, 26 (bis). — Ensemble de l'appareil de Budin pour la stérilisation du lait, comprenant 9 flacons gradués de 150 gr., 9 capuchons en^caoutchouc, un porte-bouteille en toile étamée ou en toile émaillée inoxydable, un galactophore ou tube-biberon.

serait à désirer qu'une semblable mesure fût prise en France et que tous les pharmaciens fussent à même de tenir, à un prix abordable, du lait stérilisé dans leurs officines à la disposition de leur clientèle.

Et, du reste, ces différents appareils, destinés à^stériliser le lait, sont relativement fort chers, et tous les ménages auxquels ils seraient nécessaires, ne peuvent

pas toujours se les procurer. Il faut donc que les mères de famille pauvres sachent que les appareils spéciaux, inventés pour pratiquer la méthode de stérilisation de Soxhlet, ne sont pas absolument indispensables. Ils peuvent être remplacés par un récipient quelconque destiné à recevoir Teau et les petits flacons contenant le liquide à stériliser. Un peu de paille ou autre corps isolant mis au fond du récipient empêche le contact du flacon. L'ébullition est maintenue pendant trois quarts d'heure; l'opération terminée, on retire le récipient du feu et l'on applique sur chaque fiole un bouchon de liège préalablement lavé à l'eau bouillante. C'est l'appareil des pauvres, néanmoins le lait stérilisé qu'il donne est encore préférable au lait bouiUi.

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