‹ L'alimentation des nouveau-nésChapitre 5 sur 60 · PRÉFACE XIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XIII

talité des enfants. Il y avait là, venus de toutes les parties du monde, les spécialistes les plus éminents, et les causes incriminées par eux sont à peu près les mêmes dans tous les pays : bien peu sont particulières à telle ou telle nation. Or, quelque variées et multiples qu'elles paraissent tout d'abord, de leur analyse détaillée, il résulte qu'elles peuvent se résumer en une seule : le défaut dlujgiène dans V alimentation, ?>\]Kïo\}T dans l'allaitement artificiel.

Le nombre d'infanticides criminels et passibles des tribunaux n'est rien comparé au nombre incalculable d'enfants sciemment et volontairement tués par des matrones coupables, dont la mission est de se débarrasser lentement des enfants confiés à leur garde, en les élevant contrairement à tous les principes d'une saine liygiène. Ces mégères s'appellent des faiseuses d'anges : elles étaient à l'origine des nourrices à prix réduit. Mais comme un nourrisson ne suffisait pas, elles en ont pris plusieurs et ont fini, en dernier lieu, par ouvrir des asiles offrant toute commodité aux parents pour se débarrasser impunément des enfants, dont la présence est une charge ou une honte. Bien entendu, le biberon est l'arme dont on se sert contre ces pauvres innocents : il permet de faire des bénéfices sur la nourriture, tout comme une gargote. Et ne craignez pas que la pratique s'en plaigne; il suffira de savoir que tout enfant placé dans cette maison, peut être considéré comme mort, pour que celle-ci devienne des plus prospères et s'élève au niveau d'une puissante

PRÉFACE

maison de commerce; car, comme le dit un grand protecteur de l'enfance, Jules Simon, il y a des mères qui cherchent pour leur enfant la maison où Von meurt^ comme il y a des nourrices pour qui l'assassinat est une industrie.

Ces infanticides déguisés ne sont pourtant pas la règle, et leur nombre, quoique très élevé, ne peut encore être comparé à la multitude effrayante des enfants qui meurent victimes de l'ignorance, de l'inexpérience de la mère ou de la nourrice, et nous devrions ajouter, victimes quelquefois des négligences de FEtat. Les différentes mesures d'ordre législatif, administratif et médical, prises en ces derniers temps dans différents pays, prouvent combien nous avons raison de considérer le manque d'hygiène comme la cause presque unique delà mortalité infantile. Si, en effet, nous mettons en parallèle la mortalité infantile dans les pays où les nourrissons sont sous la sauvegarde de l'État, avec la mortalité infantile des pays oii la pratique des lois de l'hygiène est laissée à l'initiative privée, nous constatons de l'un à l'autre de ces pays une différence du simple au triple, quelquefois même au quadruple.

Nous devons pourtant reconnaître que l'éducation de l'enfance, qui était en grand honneur chez les anciens, après avoir été négligée pendant de longs siècles, est de nouveau l'objet des soins et de la sollicitude des pouvoirs publics, et nous devons ajouter que notre façon de protéger les enfants est beaucoup mieux comprise que celle des anciens,

PRÉFACE XV

non seulement au point de vue scientifique, mais encore au point de vue humanitaire et moral : tandis, en effet, que notre protection s'étend à tous les enfants et de préférence aux enfants pauvres et abandonnés, la protection de ceux-ci établissait des castes et refusait aux uns les bienfaits qu'elle accordait aux autres.

Dans tous les pays, des hôpitaux d'enfants se créent, se modifient, se perfectionnent; des crèches se fondent, des sociétés de charité maternelle se développent; il y a près de cent sociétés de ce ^^enre en France, et le nombre des crèches est encore beaucoup plus considérable; dans Paris et la banlieue seulement, on en compte plus de cinquante.

Nous n'en finirions plus, si nous voulions parler de toutes les sociétés qui, avec le soutien et l'appui du gouvernement, se sont fondées, aussi bien en France qu'à l'étrang-er, pour protéger la première enfance. En France, nous avons les comités de patronage, les sociétés protectrices de l'enfance et les sociétés de sauvetage de l'enfance fondées récemment par Jules Simon.

Les statistiques des différentes nations, quoique insuffisantes, nous permettent d'apprécier l'heureuse influence de Thygiène infantile, et les bons résultats qu'elle a donnés dans tous les pays où ses principes sont rigoureusement mis en pratique : dans ces pays, en effet, la mortalité des enfants est en décroissance.

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