‹ L'alimentation des nouveau-nésChapitre 8 sur 60 · PRÉFACE XIX · texte numérisé non relu

PRÉFACE XIX

3 enfants; une statistique sévère; une inspection médicale solidement organisée.

Tous ces vœux devraient être réalisés au plus tôt; mais en France, malheureusement, nous sommes trop timorés; le respect de la liberté individuelle nous égare et paralyse nos forces. Nous avons de la liberté une fausse notion; nous la considérons comme une chose sacrée à laquelle il est défendu de toucher dans aucun cas, serait-ce dans l'intérêt des masses même. Nous repoussons volontiers toute intromission du pouvoir législatif dans les questions d'hygiène et de prophylaxie publiques, comme si l'Etat n'avait pas le devoir de protéger la santé et la vie de ses sujets contre les attaques de tout ennemi dangereux. Or, l'ennemi le plus dangereux n'est pas toujours celui qui vient de la frontière; la mort nous guette chez nous; il est des fléaux plus meurtriers qu'une bataille rangée, des maladies qui tuent aussi sûrement qu'une balle reçue en pleine poitrine. Tous les grands législateurs, du reste. Moïse et Lycurgue, pour ne citer que ceux-là, ont fait de l'hygiène l'objectif principal de leur législation.

L'Etat ne doit pas se contenter de promulguer des lois; il doit, par toutes les mesures possibles, en assurer le fonctionnement régulier, et, comme le professeur Le Fort le disait naguère à l'Académie de médecine, nous voudrions que des agents spéciaux, relevant de la direction de la santé publique, fussent chargés de veiller à l'application des lois sanitaires et d'en poursuivre, en cas de

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besoin, l'exécution devant les tribunaux. La création d'officiers de la santé publique a, du reste, été demandée parle Congrès d'hygiène (1889).

Peut-on être trop exigeant et craindre d'empiéter sur le terrain de la liberté privée, lorsqu'il y va de l'avenir de la patrie, lorsque nous nous voyons au dernier rang au point de vue du nombre et que l'application de certaines mesures hygiéniques pourrait sauver 150 000 existences, et nous permettre ainsi d'arriver à une augmentation annuelle de 6 0/0, alors qu'à l'heure actuelle elle n'est que de 1,190/0 ? Il faudrait donc que l'Etat, après avoir voté une Joi, se souciât un peu plus de la faire exécuter.

Mais l'intervention de celui-ci ne saurait suffire à elle seule pour conjurer le mal. A son action, doit s'ajouter celle des parents, des nourrices, de toute personne qui, à un titre quelconque, par charité ou par profession, vient à s'occuper des enfants.

L'enfant, comme le fait justement remarquer Rousseau, a encore plus besoin de l'amour de sa mère que de sa mamelle : « D'autres femmes, écritil dans son Émile^ des bêtes même, pourront lui donner le lait qu'elle lui refuse, la sollicitude, maternelle ne se supplée point ».

Evidemment, nous ne pouvons exiger des nourrices le dévouement dont une mère seule est capable pour le fruit de ses entrailles; mais, par contre, nous pouvons et nous devons exiger qu'elles soient instruites, et puisque nourrir des enfants, leur servir de mère est un métier, il faut que la

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