VERDURE
Nous avons vu plus haut que les grains seuls ne peuvent, pour différentes raisons, produire un développement normal, quelles que soient la variété et la combinaison des graines employées. C'est surtout parce que les céréales sont relativement pauvres en substances minérales et en vitamines. Les verdures, ou les substances vertes, mots par lesquels on désigne principalement les parties feuillues et vertes des plantes, qui sont riches en vitamines et en matières minérales, fournissent ce qui manque aux céréales. On peut donc beaucoup stimuler la croissance que les céréales ne suffisent pas 'à entretenir, en ajoutant de la verdure à la ration. Les plantes feuillues minces sont relativement plus nourrissantes que les plantes à feuilles épaisses, surtout en ce qui concerne leur aptitude à remplacer les grains.
Nous voyons par ce qui précède que la verdure, sous une forme ou sous une autre, constitue un apport très utile à la ration, spécialement pour les volailles, où les grains et leurs sous-produits font généralement de quatre-vingts à quatrevingt-dix pour cent de la ration.
Formes de verdure
La forme de la verdure est une considération très importante. Comme les volailles ont une capacité d'estomac relativement faible, il est nécessaire de leur donner une ration très concentrée pour qu'elles puissent consommer suffisamment de nourriture pour produire la quantité énorme de produits alimentaires par unité de poids du corps qu'elles peuvent produire. La plupart des verdures
fraîches contiennent de 75 à 90 pour cent d'eau, et il ne reste donc qu'une petite partie de leur masse qui contient des principes nutritifs, et une assez forte proportion de cette partie est de fibre pure, à peu près indigestible. Si l'on donnait aux volailles de grandes quantités de verdures fraîches, comme ces verdures sont très appétissantes et savoureuses, elles pourraient en consommer tellement qu'il ne resterait plus- de place pour les aliments plus concentrés, l'absorption totale de principes nutritifs serait ainsi grandement diminuée et la production en souffrirait. On apprécie ce fait d'autant mieux quand on sait qu'une poule pondeuse bien formée, consomme en moyenne environ quatre onces de nourriture par jour.
La verdure se présente sous deux formes: sous forme fraîche — feuilles venant d'être coupées — ou sous forme sèche. Autant que nous sachions à l'heure actuelle, la dessiccation bien conduite n'enlève de la plante que l'eau que celle-ci renferme, les feuilles ou les plantes sèches contiennent proportionnellement plus de substances minérales et de vitamines que la plante fraîche. On n'a pour s'en assurer qu'à consulter les tableaux sur les vitamines (tableau 1) et les principes nutritifs (tableau 2), des aliments. Cette eau qui a été enlevée des légumes par la dessiccation, les volailles peuvent la retrouver fraîche et froide dans les abreuvoirs, dans la quantité désirée.
Nous ne pouvons dire au juste quels sont les mérites relatifs des verdures sèches ou des verdures fraîches, car il n'existe pas suffisamment de renseignements sur ce point, mais les résultats que nous avons obtenus ici semblent indiquer que la verdure bien séchée peut être l'égale de la verdure fraîche. Pendant plus de trois ans les volailles qui avaient reçu des verdures séchées (farine de feuilles de luzerne) ont mieux pondu et se sont mieux portées que d'autres volailles qui recevaient de la luzerne trempée, des choux et des betteraves fourragères. Ce n'est pas là un essai contrôlé, car nous ne nous proposions pas de faire une expérience pour démontrer la comparaison et il ne peut donc être accepté que sous toute réserve. Il y a aussi un parquet d'oiseaux exceptionnellement bons qui est maintenant dans sa troisième année et dont la production et la santé paraissent être normales et qui n'a reçu sous forme de verdures que de la farine de feuilles de luzerne dans la pâtée. De même, pendant un essai de six mois (période d'hiver) qui a duré deux ans, un parquet de poules qui ne recevaient aucune sorte de verdure a mieux pondu et s'est mieux porté qu'un parquet qui recevait des choux, de l'avoine germée et des betteraves fourragères. Des poussins tenus dans des batteries, qui ne recevaient aucune verdure, se sont également mieux développés que ceux qui en recevaient.
Luzerne et trèfle, — Ces légumineuses sont les plus satisfaisantes de toutes les verdures au point de vue de la proportion de vitamines et de matières minérales qu'elles renferment. Frais ou secs, la luzerne et le trèfle sont savoureux et nourrissants; leurs feuilles bien fanées font une très bonne verdure. La farine de luzerne ou mieux encore la farine de feuilles de luzerne, provenant de luzerne bien séchée, est une forme très satisfaisante de verdure, mélangée dans la pâtée.
Plantes potagères. — Les choux, la laitue, les tiges d'oignons ou à peu près tous les déchets du jardin potager peuvent être employés dans la basse-oour.
Navette.' — La navette est l'une des meilleures plantes à cultiver comme fourrage vert pour l'été lorsque les volailles sont plus ou moins tenues en réclusion. Elle est facile à cultiver, elle donne une récolte abondante et les volailles la mangent avec avidité. C'est une excellente récolte pour rafraîchir les enclos après la saison d'élevage.
Plantes vertes. — Le maïs (blé d'Inde), l'avoine, le seigle, l'orge et le blé font tous de bons fourrages verts lorsqu'ils sont coupés à temps et hachés en tout petits morceaux pour que les poules puissent les manger facilement. Ils sont surtout utiles pour l'alimentation des volailles aquatiques.
Topinambours. — On n'apprécie pas assez la grande valeur alimentaire des topinambours pour les volailles. On peut employer les topinambours comme verdure en été ou les tubercules comme racines pour l'alimentation d'hiver. Tous deux sont mangés avec avidité. La plante ressemble au soleil, mais elle a une pousse plus fine, elle a des feuilles, des tiges et des fleurs plus petites. Comme elle atteint une bonne hauteur, elle fait également un excellent ombrage pendant l'été.
Aliments succulents
Les aliments succulents ne peuvent être classés avec les verdures, car ils sont beaucoup moins nourrissants que ces dernières. Ils contiennent généralement environ 90 pour cent d'eau et moins de matières minérales, de vitamines et de protéines. Leur fonction principale est de régulariser le fonctionnement de l'appareil digestif et de le maintenir en bon état.
Betteraves. — Les betteraves fourragères. et les betteraves à sucre sont les plus succulentes pour l'alimentation d'hiver. Leur culture est facile, elles donnent un gros rendement de nourriture à l'acre, elles se conservent bien, se manutentionnent avec facilité et les volailles en sont extrêmement friandes. Il faut avoir soin de n'employer que les meilleures variétés car certaines espèces sont moins appréciées que d'autres. Evitez celles qui ont une chair dure car les volailles préfèrent celles qui sont tendres.
Navets. — Les navets à l'état ©ru ne sont pas mangés avec autant d'avidité que les betteraves fourragères; cependant lorsque les volailles s'y sont habituées, elles les mangent sans difficulté.
Pommes. — Les volailles sont très friandes des pommes, surtout celles qui appartiennent aux variétés sucrées, et les poulets qu'on laisse courir dans un verger de pommiers mangent de grandes quantités de fruits tombés.
Grains germes
L'emploi de grains germes, surtout l'avoine, se répand rapidement, spécialement parmi les éleveurs. Le procédé de la germination est simple mais il exige cependant un matériel spécial et beaucoup d'ouvrage. On peut se demander si ce germage vaut le temps et la peine qu'il exige, surtout lorsqu'on peut se procurer des feuilles de luzerne ou de trèfle, fraîches ou sèches, ou de la farine de feuilles de luzerne de bonne qualité. Assurément, le système qui consiste à faire germer ces grains pour obtenir de la verdure de deux ou trois pouces de hauteur a une valeur bien douteuse dans ces conditions.
On a recommandé la germination du grain pour en tirer des germes d'un demi-pouce de longueur, afin de produire un ferment digestif que l'on appelle diastase et que l'on dit être utile dans le procédé de la digestion, mais on entretient des doutes sur l'utilité réelle de ce ferment.
Nous indiquons ici les moyens de produire de la verdure (avoine à longs germes) et de l'avoine germée (à courts germes).
Avoine à longs germes pour la verdure. — On fait tremper l'avoine dans de l'eau chaude pendant douze heures, puis on l'égoutte et on la laisse reposer encore douze heures, après quoi on l'étalé en une couche d'environ un pouce de profondeur à un endroit où elle peut bien s'égoutter. On l'arrose abondamment deux fois par jour jusqu'à ce qu'elle soit prête à être employée, ce qui sera au bout de six ou sept jours, si l'endroit est bon. On peut la faire pousser sur un plancher ou sur des claies. Lorsque le grain est prêt à être donné aux volailles, on l'enlève des claies sous forme d'un paillasson solide et on le déchire ou on le coupe en morceaux d'une grandeur suffisante pour le nombre de poussins que l'on
veut nourrir. Les petits poussins piquent ce grain comme ils feraient d'un gazon de trèfle, et ils mangent les racines avec autant d'avidité que les tiges.
Avoine à courts germes. — Pour les volailles adultes, qui exigent de grandes quantités de grain, on emploie le grain à courts germes. La façon de procéder est simple; on peut faire germer de grandes quantités avec relativement peu de travail et dans un bâtiment qui serait trop frais pour obtenir du grain à longs germes.
On peut faire germer le grain dans des boîtes ou dans des récipients semblables, ou sur des tablettes, mais dans les deux cas il faut un bon égouttement. On prend le grain que l'on veut faire germer et on le met dans un sac; on met une quantité d'eau suffisante dans un baril pour que le sac de grain soit bien recouvert, on laisse le grain tremper pendant vingt-quatre heures, puis on suspend le sac pendant vingt-quatre heures pour le laisser égoutter et chauffer; on vide le grain en un tas et on l'arrose. Si la chambre est très fraîche, on recouvre le grain avec un sac pour le laisser chauffer. Il faut retourner le grain, le soulever et l'arroser abondamment au moins une fois par jour.
Lorsqu'on se sert d'une tablette en pente, on commence le grain à une extrémité et on enlève le grain germé à l'autre extrémité. Le grain descend !e long de la tablette tous les jours, à mesure qu'on le tourne et qu'on le secoue. On se sert d'une planche mobile pour séparer les différents lots, et à mesure que le grain devient plus volumineux, on fournit plus d'espace. On obtient de cette manière un approvisionnement continu de grain sur la tablette. Ce système est simple; il n'exige pas d'installation coûteuse et ne demande qu'un minimum de travail.