VERDURES OU FOURRAGES VERTS
Nous avons vu plus haut que les grains seuls, qu'il soient offerts séparément ou en combinaison, ne peuvent, pour différentes raisons, soutenir une croissance normale; c'est parce que les céréales sont relativement pauvres en substances minérales et en vitamines. Les verdures, par quoi l'on entend surtout les parties feuillues et vertes des plantes, qui sont riches en vitamines et qui contiennent également une proportion modérée de substances minérales, apportent aux céréales ce qui leur manque sous ce rapport. L'addition de verdure à la ration peut donc grandement activer la croissance, qui resterait forcément pauvre si la ration se composait exclusivement de céréales. Les plantes à feuilles minces sont relativement plus nutritives que les plantes à feuilles épaisses, surtout en ce qui concerne la faculté de compléter les grains.
Nous voyons donc que la verdure, sous une forme ou sous une autre, améliore beaucoup le régime alimentaire, spécialement pour les volailles, où les grains et leurs sous-produits forment habituellement de 80 à 90 p. 100 de la ration.
Forme de suppléments de verdure
Les verdures sont disponibles sous forme de produit frais ou desséché, comme dans les foins et les farines de feuilles ou comme ensilage. Les oiseaux jeunes et adultes, consommeront la verdure qu'il leur faut lorsqu'ils sont mis sur un bon parcours.
On donne généralement aux oiseaux renfermés de la verdure fraîchement coupée, comme l'herbe ou la luzerne, lorsqu'elles sont de saison. Pendant l'hiver, cependant, il faut compter sur les verdures séchées pour satisfaire ce besoin. Comme on les donne ordinairement pour fournir les vitamines nécessaires, le mode de séchage est important parce qu'il se perd beaucoup de vitamines pendant le séchage dans le champ et pendant l'entreposage du produit séché, à moins de le garder à une basse température. La vitamine A, relativement instable, est celle qui se perd le plus au cours du séchage du foin. Au point de vue des vitamines, le foin détrempé par la pluie ou qui a blanchi pendant le séchage peut n'avoir que relativement peu de valeur. Voilà pourquoi la luzerne et les graminées sont maintenant déshydratées artificiellement avec une perte minimum de vitamines et emmagasinées à basse température pour en faire une excellente nourriture pour les volailles. Les farines de feuilles de luzerne déshydratées et les graminées déshydratées constituent actuellement les meilleures sources de verdure; on doit donc les employer chaque fois qu'on ne pourra se procurer des fourrages verts à l'état frais. Si ces produits ne sont pas disponibles, les feuilles de trèfle ou de luzerne bien séchées qui tombent de la faucheuse constituent le meilleur succédané; on peut rejeter les tiges ou les donner aux bestiaux ou aux porcs, car elles sont trop fibreuses pour les volailles. A la Station expérimentale de Harrow, Ontario, le trempage de bon foin rie luzerne pendant 12 heures avant de le donner aux volailles s'est avéré une excellente pratique en ce sens que la consommation de luzerne s'est fortement accrue, ce qui a résulté en une très forte ponte, un bon état de santé et uu beau plumage.
On peut conserver la luzerne, le trèfle et les graminées pour l'alimentation des volailles en hiver sous forme d'ensilage. S'ils sont bien préparés et ensilés, ils seront très appétissants pour les volailles. Dans certains cas, l'alimentation d'une forte proportion d'ensilage nuit à la couleur du jaune. On n'a pas encore déterminé si cet état de chose est causé par la présence de certaines mauvaises herbes ou aux ensilages verts.
Certaines plantes potagères, comme la laitue, les feuilles extérieures du chou, de la navette, du chou frisé et des plantes succulentes du même genre, font également une bonne verdure d'été. Les plantes vertes, comme l'avoine, le blé et Forge, prises quand leur végétation est encore peu avancée, font un excellent fourrage et l'herbe de pelouse fraîche ou bien séchée est aussi d'un bon emploi. On peut se procurer du Bureau de publicité et d'extension, ministère fédéral de l'Agriculture, un bulletin (Pub. 771), intitulé "Le pâturage dans l'alimentation des volailles", et traitant en détails des verdures et des pâturages pour les volailles; ce bulletin est publié par la Division de l'aviculture.
Aliments succulents
Les aliments que l'on appelle "succulents" ne peuvent être classés parmi les verdures, car ils sont beaucoup moins nourrissants que ces dernières. Ils contiennent généralement 90 p. 100 d'eau et moins de substances minérales, de protéine et de vitamines. Leur fonction principale est de régulariser le fonctionnement des organes et ils aident à maintenir l'appareil digestif en bon état. Us ne peuvent remplacer les verdures, mais on peut s'en servir à défaut de verdures.
Les principaux aliments succulents sont les betteraves fourragères ei potagères, les navets, les carottes, etc. ; les patates crues peuvent entrer dans cette catégorie. Les pommes bombées ou rejetées Boni aussi parfois employées, bien qu'elles soient très pauvres en principes nutritifs. En raison de leur haute teneur en vitamine A, les carottes jaune- constituent probablement l'aliment succulent le plus satisfaisant.
Grains germes
L'emploi de grains germes, surtout d'avoine, est répandu, particulièrement chez les éleveurs. Le procédé de la germination est assez simple mais il exige ((pendant un matériel spécial et beaucoup de travail. On peut se demander si cette germination vaut le temps et la peine qu'elle exige, surtout lorsqu'on peut se procurer des feuilles de luzerne ou de trèfle, fraîches ou sèches, ou de la farine de feuilles de luzerne de bonne qualité. Assurément, le système qui consiste à taire germer ces grains pour obtenir de la verdure de deux ou trois pouces de hauteur a une valeur bien douteuse dans ces conditions.
En ce qui concerne la germination pour en obtenir du fourrage vert, l'objet visé est de fournir directement de ce fourrage pendant la saison où l'on ne peut en fournir à l'état frais. S'il s'agit de produire du grain germé, c'est-à-dire des pousses d'environ \ pouce de longueur, on vise un but différent, à savoir, augmenter la valeur nutritive du grain par la germination. Par exemple, on a démontré que la valeur du grain en "complexe B" se trouve fortement accrue par le procédé de la germination.
Nous indiquons ici les moyens de produire de la verdure d'avoine (avoine à long germe) et de l'avoine germée (à court germe).
Verdure d'avoine (avoine à long germe). — On fait tremper l'avoine dans de l'eau chaude pendant douze heures, puis on l'égoutte et on la laisse reposer encore douze heures, après quoi on l'étalé en une chouche d'environ un pouce d'épaisseur à un endroit où elle peut bien s'égoutter. On l'arrose abondamment deux fois par jour jusqu'à ce qu'elle soit prête à être employée, soit au bout de six ou sept jours, si l'endroit est bon. On peut la faire pousser sur un plancher ou sur des claies. Lorsque le grain est prêt à être donné aux volailles, on l'enlève des claies sous forme de paillasson solide et on le déchire ou on le coupe en morceaux d'une grandeur suffisante pour le nombre de poussins que l'on veut nourrir. Les poussins picotent ce grain comme ils le feraient pour un gazon de trèfle, et ils mangent les racines avec autant d'avidité que les tiges.
Avoine germée (avoine à court germe). — Pour les volailles adultes, qui exigent de grandes quantités de grain, on emploie le grain à court germe. La façon de procéder est simple ; on peut en faire germer de grandes quantités avec relativement peu de travail et dans un bâtiment qui serait trop frais pour obtenir du grain à long germe.
On peut faire germer le grain dans des boîtes ou des récipients de ce genre, ou sur des bancs, mais dans les deux cas il faut un bon égouttement. On prend le grain que l'on veut faire germer et on le met dans un sac; on met une quantité d'eau suffisante dans un baril pour que le sac de grain soit bien recouvert, on laisse le grain tremper dans l'eau pendant vingt-quatre heures, puis on suspend le sac pendant vingt-quatre heures pour le laisser égoutter et chauffer; on vide le grain en un tas et on l'arrose. Si la chambre est très froide, on recouvre le grain d'un sac pour le laisser chauffer. Il faut retourner le grain, le secouer et l'arroser abondamment au moins une fois par jour.
Lorsqu'on se sert d'un banc en pente, on met le grain à germer à une extrémité et on enlève le grain germé à l'autre extrémité. On descend le grain le long du banc tous les jours, à mesure qu'on le tourne et qu'on le secoue. On se sert d'une planche mobile pour séparer les différents lots, et on fournit plus d'espace à mesure que le grain devient plus volumineux. On a ainsi un approvisionnement continu de grain sur le banc. Ce système est simple; il n'exige pas d'installation coûteuse et ne demande qu'un minimum de travail.