M: COUR
L'action du lait stérilisé à l'autoclave sur le nourrisson est celle de tout lait de vache et ne lui est nullement particulière.
On a enfin accusé le lait stérilisé de produire certains accidents scorbutique qui portent le nom de « maladie de Barlow ».
D'aprèsle professeur Marfan, le lait stérilisé ne serait susceptible de produire le scorbut infantile que s’il est consommé plusieurs semaines après sa préparation et s'il est SAS pendant longtemps comme aliment exclusif.
4° La stérilisation avec homogénéisation. — Le lait de vache stérilisé à l’autoclave bien qu'amicrobien ne se conserve pas-au delà d'une certaine limite.
Dan: le lait ordinaire, les globules de beurre se trouvent suspendus à l’état d’émulsion très fine; après la stérilisation cette émulsion persiste pendant une semaine ; mais après ce laps de temps une partie de la graisse perd l’état d'émulsion, se prépare et surnage à la surface sous forme de grosses gouttes qui finissent. par s’agglutiner en beurre.
Au début on peut remédier à cet inconvénient, c’est-à-dire fairereprendre à la graisse son état d’émulsion par le chauffage au bain-marie vers 40 degrés, et l'agitation. F
Mais au bout de trois ou quatre semaines, il n’est plus possible de parvenir à ce résultat, et comme l'état de fine division de la matière grasse rend le lait plus facile à digérer, le lait stérilisé doit être en principe consommé dans la dizaine qui suit sa préparation.
Si cet inconvénient n'a que peu d'importance dans les grands centres, il n’en est pas de même dans les colonies et les régions. éloignées des grands centres où le lait stérilisé rend pourtant de si grands services.
D'ailleurs actuellement les progrès de l'industrie ont permis. de faire tomber les critiques adressées au lait simplement stérilisé.
Grâce à des méthodes spéciales, le commerce livre des laits. complètement stérilisés à une température inférieure à 110 degrés (105 à 108° C.), blancs, parfaitement homogènes et sans mauvaisgoût.
Ces laits sont dits homogénéisés ou fixés. Le fixage ou homogénéisation est une opération qui consiste à émulsionner la matièreà détruire la force ascentionnelle des globules gras et à empêcher leur réunion et par conséquent à éviter la formation de crème à la surface où elle s'oxyde par chauffage en prenant un goût butyreux peu appétissant pour l'enfant.
Le fixage se pratique à l'aide d'appareils spéciaux dans le détail
desquels nous n’entrerons pas. A l’aide de ces appareils, les globules de beurre se pulvérisent et n’ont plus finalement qu'un die mètre de 2 à 3 w au lieu du diamètre primitif de 1 centième de millimètre ; il en résulte que la force ascentionnelle étant brisée, le lait ne crème plus et devient homogène.
Les laïts homogénéisés ou fixés, stérilisés et bouchés dans le vide, mis en présence d’un suc gastrique artificiel ne donnent pas un caillot gros et compact comme le lait de vache ordinaire mais un caillot léger, poreux et facile à digérer.
Les globules gras réduits en fines gouttelettes sont mieux absorbés,et comme ses goutteleites ne peuvent plus s’agglomérer, le caillot qui en résulte finement pulvérulent est d'une digestion beaucoup plus facile ; il en résulte que ces laits sont utilisés duns la proportion de 95 o/0,c'est-à-dire dans une proportion à peu près égale à celle du lait de femme.
Nous avons eu l’occasion d'observer plusieurs enfants nourris avec ces laits.
Obs. 2. — La jeune L... fut élevée à l'allaitement mixte, deux tiers lait de femme et un tiers lait homogénéisé jusqu’à quatre mois et ensuite complètement au lait homogénéisé jusqu'à neuf mois époque à laquelle on commença à lui SRE deux bouillies ; les résultats furent parfaits.
Obs. 3. — En raison des excellents résultats obtenus avec le lait
homogénéisé dans l'élevage de la jeune L... (ob. n°2) sa sœur fut également élevée à l'allaitement mixte jusqu'à trois mois et dans les mêmes conditions deux tiers lait de femme, un tiers lait homogénéisé et ensuite complètement au laït homogénéisé. Le succès obtenu fut également complet.
Obs. 4. — Le jeune T... fut élevé au sein jusqu’à huit mois ; à partir de cette époque les tétées devenant insuflisantes on fut amené à les compléter avec du lait ordinaire, mais l’enfant resta stationnaire.
Ce dernier fut alors sevré et le sein de sa mère fut remplacé par du
lait homogénéisé jusqu’à onze mois.
. € « . . . » . * A partir du moment où il fut fait usage du lait homogénéisé l'enfant se développa normalement.
Dans cette dernière observation, comme la mère était une primipare, il est probable que son lait était devenu pauvre et trop peu nutritif et les troubles cessèrent naturellement le jour où il fut donné au nourisson un lait renfermant les principes essentiels de tout bon lait.
Obs.5. — En raison du succès obtenu avec le lait homogénéisé dans.
MED Te
l'allaitement du jeune T... (observ. n° 4) il fut décidé que son frère serait complètement élevé a l’aillaitement artificiel avec le lait homogénéisé.
L'enfant progressa d’abord assez irrégulièrement jusqu'à l'âge de deux mois, puis il resta ensuite stationnaire pendant plus d'un mois. Les parents affolés cessèrent l'allaitement au lait homogénéisé et prirent une nourrice mercenaire qui continua l’allaitement.
D'autre part, j'ai eu l’occasion de rencontrer la femme d’un administrateur colonial qui habitait Kayes dans le Haut-Sénégal; son fils aurait été élevé avec succès à l’aide d’un lait homogénéisé venu de France.
Obs 6. — Le jeune M... fut élevé avec du lait homogénéisé.
Au début cet enfant manifesta quelques troubles digestifs ce qui tenait à ce que ce lait n'avait pas élé assez fortement coupé.
Il fallut donc couper ce lait à moitié pendant les deux premiers mois ;
autiers pendant les troisième et quatrième mois et au quart jusqu’au huitième mois.
Certains laits homogénéisés possèdent en effet une grande richesse en beurre (41 à 43 p. 100 au lieu de 38) et ne doivent généralement être donnés que fortement coupés.
Les résultats des observations précédentes concernant le lait homogénéisé et qui sont d’ailleurs conformes aux conclusions du professeur Marfan dans son Traité de l'allaitement, tendent à prouver que le lait fixé trouve sa meilleure indication dans l’allaitement mixte et au moment du sevrage et que l’on peut avoir des échecs en y soumettant un enfant dès sa naissance.
D. LES LAITS CORRIGÉS. — Les procédés de correction du lait de vache partent de ce principe que c’est l’excès et la qualité de la caséine de ce lait qui le rendent indigeste ; c'est d’ailleurs pour la même raison que l’on coupe le lait au début d’un allaitement artificiel.
Mais en coupant ainsi le lait on dilue en même temps des autres principes nutritifs, c’est-à-dire le beurre et la lactose.
1° Procédé de Winter et Vigier. — D'après le professeur Marfan, on prend une certaine quantité de laitde vache après la traite et on y dose la caséine.
Supposons que la proportion soit de 32 0/0; il s’agit de ramener à 16 0/0, c'est-à-dire à la moitié, sans rien faire perdre au lait de ses autres principes ; pour cela on divise la quantité totale de laiten deux parties égales : La première ne subit aucun traitement; la seconde au contraire est mise à reposer et quand la
24 fe Vies
crème Fe formée à la surface, on la lui enlève et on la met dans la première.
Dans ce qui reste de la deuxième partie on coagule la .caséine avec de la présure, on retire le caillot, et le sérum restant est décanté dans la première moitié.
Le lait ainsi traitéest distribué en bouteilles etstérilisé à l’étuve sous pression. Le lait ainsi obtenu a reçu le nom de « lait humanisé ». C !
2° Procédé de Gaertner. — On coupe le lait de manière à ramener la caséine au chiffre de 18 o/o environ.
Le mélange est mis dans un appareil centrifuge spécial auquel est adapté un mécanisme comprenant deux robinets dont l’un fait une prise vers le centre et donne après réglage du lait gras avant une richesse déterminée en beurre tandis que l’autre fait une prise à la périphérie et donne du lait maigre.
On peut donc obtenir par ce procédé un lait ayant la richesse en beurre voulue, mais ce liquide provenant d’un fait dilué est trop pauvre en lactose.
On ajoute donc après l'opération, la quantité de lactose nécessaire.
Le lait centrifugé est ensuite réparti en flacons et stérilisé.
Gaertner lui donne le nom de lait gras ; on l'appelle encore lait maternel ou maternisé.
En ce qui concerne l'emploi des laïts corrigés dans l’alimentation du nourrisson, nous nous bornerons à rappeler ici l'opinion du professeur Marfan à savoir que toutes les manipulations subies par le lait de vache pour en transformer la composition en modifient les principes constituants et diminuent leur valeur alibile.
E. Les LAITS CONDENSÉS OU CONCGENTRÉS. — D'après le professeur Marfan, le lait condensé est le produit que l’on obtient quand on enlève au lait ordinaire une grande partie de son eau de constitution ; ce lait est enfermé dans les boîtes de fer blanc bien scellées. É
En raison du chauffage auquel on est tenu de soumettre ce lait pour obtenir sa condensation, les microbes pathogènes et une grande partie des microbes saprophytes sont détruits ; il n'est cependant pas absolument stérile et s’il se conserve très longtemps sans altération c’est parce qu'il renferme une forte proportion de sucre.
Toutefois l'addition de sucre n’est pas indispensable à la jrré. paration du lait condensé et dans certains pays on tend à préférer le lait condensé non sucré,
G. Thibault-Laurent 4
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Le lait condensé est généralement préparé avec du lait écrémé ; dans d’autres cas, il l'estavec du lait dépourvu à la fois d’une partie de sa crème et de son lactose; cette soustraction est en partie compensée par addition de saccharose.
Mais malgré les affirmations contraires, il est impossible de reconstituer avec le lait condensé un liquide ayant la composition du lait de vache originel ; ceci résulte en particulier des analyses faites par M. François, pharmacien de l'hôpital des Enfants- Malades, sur la demande du professeur Marfan. Toutefois il est juste d’ajouter que la concentration est la première opération qui ait été tentée en vue d'obtenir une longue conservation du lait et qu’elle a permis de préparer un aliment sinon semblable au lait, tout au moins assez analogue (Marfan).
Voyons maintenant quelle est l'action du lait condensé sur le nourrisson.
J'ai eu l’occasion d'observer plusieurs enfants élevés avec ce lait et voici les constatations faites à ce sujet.
Obs. 7. — Le jeune B... fut élevé au sein jusqu'à l'âge de deux mois ; puis après cet âge sa mère pour des raisons de commodité personpelle ne voulut plus lallaiter.
L'enfant fut alors nourri avec du lait concentré jusqu’à un an; cet enfant présenta toujours les caractères du nourrisson normal.
Obs. 8. — La mère du jeune B... (voir obs. 5) satisfaite des résultats obtenus avec le lait concentré dans l'allaitement de son fils aîné, cessa également d’allaiter son second fils au bout du premier mois et lui donna du lait concentré ; mais à partir du sixième mois, il fut impossible de trouver la dilution convenable à donner au lait pour maintenir l'enfant dans un bon état de santé.
On fut ainsi amené à remplacer le lait concentré par du lait stérilisé jnsqu’à la fin de la première année.
Obs. 9. — Le jeune J... fut d’abord élevé au lait de vache ordinaire simplement bouilli et cela jusqu’à l’âge de deux mois ; puis comme il ne prenait que très peu de poids il fut ensuite fait usage du lait homogénéisé jusqu à l’âge de quatre mois ; enfin à partir du cinquième mois comme l'enfant était resté stationnaire pendant tout le cinquième mois il fut fait usage du lait concentré jusqu’au neuvième mois ; les résultats furent médiocres et il fallut d’ailleurs de nombreux tâtonnements pour trouver la proportion d’eau à ajouter chaque mois au lait concentré. Finalement on en revint au lait de vache simplement bouilli.
Obs. 10. — Le jeune P... fut élevé uniquement au lait concentré jusqu'à l’âge de neuf mois; les résultats furent assez bons.
Les observations précédentes complétées par de nombreux
En
témoignages que j'ai pu recueillir, montrent que le lait concentré donne surtout d'excellents résultats lorsqu'il est donné comme aliment complémentaire de l’allaitement au sein, On peut cepen- dant, à mon avis, élever complètement un enfant avec du lait concentré, et, pendant la guerre, en raison de la pénurie du lait ordinaire, en particulier, dans les régions envahies, de nombreux nourrissons ont pu être élevés avec ce lait. Mais en temps normal, nous pensons, ainsi que l'indique le professeur Marfan dans son Traité de l'allaitement, que ce lait doit surtout être considéré comme un succédané du lait stérilisé ne devant être employé que comme un aliment complémentaire ou transitoire, son emploi exclusif pouvant provoquer des accidents.
F. Les LarTs DEssécHÉs. — D'après le professeur Marfan, le lait desséché ou poudre de laïtest le résidu sec du laït séparé aussi complètement que possible de l'eau de composition de ce liquide.
C’est done un produit qui doit renfermer tous les principes du lait excepté l'eau, et qui mélangé à l’eau en proportions conwenables, doit reproduire le quite originel. ce
Pour préparer la poudre de lait, il ne employer du bon lait frais, car la poudre de lait ne peut renfermer que les principes contenus dans le laït qui a servi à la préparer.
Nous n’entrerons pas dans le détail de la préparation du lait desséché ; après dessiceation, la poudre de lait doit être mise dans des
boîtes stériles qui sont scellées immédiatement.
Il existe dans le commerce trois variétés de poudres de lait:
L'une est préparée avec du laït entièrement écrémé : c'est la poudre de lait maigre ; l’autre avee du lait entier : c’est la poudre de lait gras ou plein; l’autre enfin, avec du lait demi-écrémé : c’est la poudre de laït demi-gras. Cette dernière est la plus usitée.
La poudre de lait maigre se conserve au moins huit à dix mois; la poudre de lait demi-gras trois à quatre mois et la poudre de lait gras deux mois et demi.
Dans la poudre de lait, les principes du laït sont modifiés comme ils Le sont dans tous les laits surchauffés; ces modifications ne
diminuent d’ailleurs ni sa digestibilité ni sa valeur alibile.
Pour reconstituer avec la poudre de lait 1.000 grammes de lait, il faut 125 grammes de poudre de lait gras et 875 grammes d’eau ; 110 grammes de poudre de lait demi-gras et 890 grammes d’eau ; 90 grammes de poudre de lait maigre et 910 grammes d’eau.
Dans la pratique, on met une cuillerée à soupe de poudre de lait arasée (environ 6 grammes) pour 5o grammes d'eau; deux pour 100 grammes d’eau; trois pour 150 grammes d'eau.
La poudre de lait desséché a de nombreux partisans, les uns avançant que le lait est aussi bien digéré que le lait stérilisé ou bouilli, les autres qu'il l'est mieux ; d'autre part son prix est relativement peu élevé.
Mais si la poudre de lait a des avantages elle a aussi des inconvénients.
. D'abord le dosage rigoureux en est difficile ; comme on ne peut recourir constamment à la balance, on est obligé de mesurer la poudre avec des cuillères qui n’ont pas toujours la même capacité; d'autre part, la dilution de la poudre dans l'eau chaude est assez délicate, la poudre n'étant pas entièrement soluble.
Enfin la poudre de lait est le type de l'aliment de conserve et présente les inconvénients des laits modifiés par le chauffage.
N'ayant jamais vu utiliser la poudre de lait desséché, je me bornerai donc à rappeler l’avis du professeur Marfan, à savoir que la poudre de lait ne doit pas être préférée au lait de bonne qualité soumis à l’action rationnelle de la chaleur, le plus tôt possible après la traite et consommé presqu'aussitôt, et qu’elle est surtout appelée à rendre de très grands services comme aliment complémentaire, ou bien comme aliment transitoire.
G. Les LAITS MODIrFiÉs. — Les laits modifiés sont des laits qui ont,été corrigés et qui de plus ont subi une digestion artificielle.
Les plus connus sont ceux de Backhaus et de Budin et Michel :
1° D’après les professeurs Marfan et Bosc, le lait de Backhaus est obtenu de la manière suivante: on sépare par centrifugationle lait gras du lait maigre ; celui-ci est additionné de trypsine pancréatique, de présure ct de traces d’alcali et laissé à 35 degrés pendant vingt-cinq minvtes ; au bout de ce temps la caséine est en partie coagulée et en partie transformée en pro-peptone, c'est-àdire à demi-digérée.
On passe au travers d’un fin tamis qui retient les flocons de caséine coagulée.
Il reste dans le liquide environ 18 p. 1000 de matières azotées ; on lui rend une quantité de crème telle qu’il en renferme environ 35 grammes par litre et l’on ajoute 10 à 20 p. 1000 de lactose.
Par cette méthode Backhaus a pu préparer deux laits : le n° r et le n° 2.
Le n° r, de digestion très facile, se rapproche du lait d’ânesse ;.
Le n°2 à une composition se rapprochant de celle du lait de. femme.
Après sa préparation, ce lait, dit humanité, est réparti dans de: petits flacons et stérilisé à 105 degrés pendant une demi-heure.
Le lait humanisé et partiellement digéré et surtout le n° 1 peut servir à alimenter transitoirement les nouveau-nés privés du sein de leur mère dès la naissance; il a les mêmes indications que le lait d'ânesse et peut également rendre des services pour l'allaitement mixte des enfants ayant moins de trois mois.
Quant au lait de Backhaus n° 2 il ne présente pas d'avantages sérieux sur le lait dilué et sucré et n’est pas toujours bien toléré.
À noter enfin que le lait de Backhaus aussi bien le n° r que le n° 2 ne doit pas être donñé pendant un temps trop prolongé, car ce lait est un lait de conserve et réalise la condition d'un aliment scorbutigène.
2° Le lait de Budin et Michel est un lait digéré par l’extrait de suc pancréatique (pancréas de veau) ; dans un litre de lait stérilisé on met 50 centimètres cubes de cet extrait et on laisse digérer pendant une heure à 37 degrés, puis on ajoute 24 grammes de lactose, 50 grammes de sirop de sucre et de l’eau pour faire boo grammes.
Le mélange est ensuite décanté dans des flacons qui sont stérilisés au bain-marie.
M. Budin déclare avoir obtenu avec cette préparaticn des succès chez des nourrissons qui ne supportaient pas le luit de femme; mais comme ce lait n'est pas fabriqué dans l'industrie il est peu employé.
Pour terminer avec les laits modifiés nous adopterons l'opinion du professeur Marfan, à savoir que si les laïts modifiés peuvent être employés à titre transitoire pendant une période de tätonnements ; ils ne peuvent servir d'aliments habituels pour tous les enfants privés du sein.
H Le coupAGE Du LAIT. — Nous avons vu dans les chapitres précédents que le lait de femme était la seule nourriture appropriée aux capacités digestives du nourrisson ; nous avons vu également que le lait de vache a une composition différente de celle du lait de femme, ces différences étant exprimées dans le tableau suivant emprunté au professeur Marfan :
P. 100 Caséine et Lactose Beurre Sels albuminoïdes anhydre Lait de femme 14 68 35 2 Lait de vache 35 47 37 7
ll est donc possible que le lait de vache stérilisé ne soit pas aussi bien digéré que le lait de femme, et en fait on avait remarqué depuis longtemps que le lait de vache était mal digéré surtout dans les premiers mois de la naissance.
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Toutefois en 1892, le professeur Budin crut pouvoir avancer que les nouveau-nés étaient capables de digérer le lait de vachepur quand il était bien stérilisé.
Il résulte des nombreuses observations faites ultérieurement, en particulier par le professeur Marfan, qu’en général les enfants de moins de 6 mois auxquels on donne du laït de vache pur, ne tardent pas à être atteints de troubles variés connus sous le nom de dyspepsie du lait de vache. à
Ilest donc nécessaire de diluer le lait destiné à l'alimentation. des enfants des premiers mois. ;
D'après le professeur Bosc, la caséine précipitable étant vraisemblablement le seul élément vraiment dangereux du lait de vache, en raison de son excès, il est nécessaire de la diminuer, etle procédé le plus simple consiste à diluer le lait avec de l'eau.
Par un coupage à moitié, le taux de la caséine du lait de vache se rapproche de celui du lait de femme, mais alors la graisse et Le sucre ont subi une diminution trop forte.
On pourrait remplacer le sucre manquant par de la lactose, et la graisse par de la crème de lait, mais comme l'adjonction de crème ne peut être faite qu'industriellement, on remplace le manquant de beurre par une quantité plus élevée de lactose. Ainsi compris le coupage est une dilution de lait de vache avec de l eau sucrée à 10 0/0.
Le professeur Fabre (de Lyon) estime que le lait doit être coupéde moitié d'eau bouillie sucrée pendant le premier mois, et d'un tiers pendant les deuxième et troisième mois; à partir du quatrième mois il serait généralement digéré pur.
D'après le professeur Deléardre (de Lille), le lait sera coupé àmoitié pendant le premier mois, au tiers pendant le second mois et au quart pendant le troisième mois.
A partir du quatrième mois le lait sera donné pur mais à condition que l'enfant le digère ; dans le cas contraire on continuera à le: couper.
Le professeur Wallich pense que la proportion d’eau à ajouter au lait cru ne peut être déterminée à l'avance et qu’elle doit varier suivant l'âge de l'enfant, sa façon de digérer et la qualité du lait.
On doit donc procéder par tâtonnements ; commencer par exemple chez le nouveau-né par des coupages au tiers et les modifier ensuite en observant attentivement le développement du nourrisson, la consistance des selles, pour porter ces coupages au quart, au cinquième, ou même arriver à supprimer l’eau complè-tement.
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M. E. Apert admet que en raison de la variabilité de la com position chimique du lait de femme, la teneur du lait en caséine, beurre et lactose n'a qu'une iense faible sur la façon dont le lait est supporté ; mais qu'incontestablement les enfants nourris dès les premiers jours au lait de vache pur, présentent ultérieurement au bout de quelques semaines ou de quelques mois, une dyspepsie spéciale la « dyspepsie du lait de vache pur »,
D'autre part, ces inconvénients ne se produisant plus lorsqu'on a soin de couper le lait de vache, on fera ce coupage avec de l’eau bouillie à ro 0/0. Dans les cinq ou six premiers jours, le coûpage sera fait par moitié, puis on l'abaissera au tiers.
Le professeur Marfan, dans son Traité de l'allaitement, fait remarquer judicieusement que l'allaitement artificiel n’est qu'un pis-aller, que l’on ne peut atteindre la perfection, et que le lait de vache, quelles que soient les modifications qu'il ait subies, ne remplacera jamais le lait de femme.
La méthode de correction devra donc avant tout réaliser les conditions suivantes : être simple, peu coûteuse, ne pas trop appauvrir le lait de vache surtout en sucre, et elle doit pouvoir dans une certaine mesure compenser cet appauvrissement.
Enfin elle doit permettre de fournir une quantité suflisante de calories sous un volume qui n'excède pas celui que prend l'enfant nourri au sein.
Après de nombreuses expériences, il emploie le mélange suivant pendant les premiers mois : lait deux parties ; eau additionhée de saccharose à 10 0/0 une partie.
L’addition d’un tiers d’eau réduit, à son avis, très suflisamment le taux de la caséine pour que cette dernière soit digérée d'une manière satisfaisante.
De plus, le lait de vache n'étant dilué qu’au tiers, il suftira d'ajouter 6 o/o de sucre à l’eau de dilution pour ramener le taux des hydrates de carbone à celui du lait de vache pur, et comme enfin les hydrates de carbone et les graisses peuvent se suppléer dans une certaine mesure, et que le déficit en graisse est impossible à combler par les procédés domestiques, on pourra obvier à cet inconvénient en employant de l’eau sucrée à 10 0/0.
Le mélange ainsi obtenu est un peu pauvre en beurre ; mais l'inconvénient est moindre, le nourrisson digérant assez difficilement le beurre du lait de vache; il suffit que sa proportion ne tombe pas au-dessous de 25 0/00 ce qui est réalisé par le mélange précédent,
Comme conséquence, le professeur Marfan préconise la méthode
suivante : pendant les premiers jours on donnera du lait dilué avec de l'eau bouillie à ro 0/0, à moitié pendantles premiers jours, au tiers pendant les quatre premiers mois.
Quand l'enfant est bien portant, dans le courant du quatrième mois on essaiera du lait dilué au quart, et si celui-ci est bien toléré, on lui substituera progressivement du lait pur légèrement sucré. Si des troubles digestifs se montrent on revient au lait Diionne d'un tiers ou d'un quart d'eau sucrée.
J'ai eu l’occasion d'observer un certain nombre d'enfants soumis à l'allaitement artificiel et dont le lait avaitété coupé conformément aux indications données par le professeur Marfan.
Citons les deux observations suivantes :
Obs. 11. — Le jeune B... reçut du lait stérilisé coupé autiers pendant les quatre premiers mois et au quart à partir de la fin du quatrième mois. Il fut possible de lui donner du lait pur à partir du commencement du sixième mois.
Obs. 12. — Le jeune H... fut alimenté du lait coupé dans les mêmes proportions que celles indiquées à propos du jeune B... (Obs. no 11); toutefois l'administration de lait pur à partir du commencement du sixième mois amena quelques troubles digestifs et ce ne fut qu'à partir du septième mois que le lait pur fut supporté.
Nous ne pouvons donc que partager la manière de voir du professcur Marfan sur le sujet qui nous occupe et, comme lui, nous pensons que s'il faut avoir une méthode raisonnée, il faut aussi savoir qu'elle ne peut avoir un caractère absolu et qu'il faut la modifier selon la susceptibilité particulière de chaque nourrisson.
SecrTION III. — Réglementation de l'allaitement artificiel
Encore plus que dans l'allaitement au sein, il sera nécessaire de réglementer et de surveiller attentivement l’allaitement lorsque l'enfant sera élevé artificiellement à l’aide d’un laitétranger à l’espèce humaine.
Les moindres fautes pourront être grosses de conséquences et provoquer des accidents rapides et graves.
On devra donc chercher à éviter la suralimentation que l’on trouve souvent à l'origine des gastro-entérites infantiles : l’on voit parfois des enfants de quinze jours absorber quotidiennement un litre et demie de lait de vache pur plus ou moins coupé (Bosc).
Certains auteurs allemands ont même conseillé de donner un
Et —
litre de lait maternisé à l'âge de cinq semaines et plus d'un litre à l'âge de sept semaines; dans une brochure-réclame on parlait même d'un nourrisson qui recevait 2 litres à six mois (Martan) Tous ces chiffres sont donc exagérés.
J'ai eu d’ailleurs l’occasion de rencontrer à Cannes en 1916 un jeune russe âgé de six ans le jeune de P... qui au dire de sa mère avait été nourri en Allemagne avec des doses de lait approchant celles citées ci-dessus. Cet enfant à l'âge de six ans était atteint d'entérite chronique soignée par un médecin de Cannes et attribuée par sa mère au régime auquel son fils avait élé soumis pendant sa première année.
Voyons quelle est la quantité de lait qu’il convient de donner at nourrisson, et comment on doit la distribuer.
$ 1. — Du choix d'une méthode
Les différentes méthodes qui ont été étudiées à propos de la réglementation de l’allaitement au sein, peuvent également s’appliquer à l'allaitement artificiel.
Nous n’y reviendrons donc pas et on voudra bien se reporter à ce sujet, à ce qui a été dit à propos de l'allaitement au sein.
$ 2. — Les doses de lait d’après divers auteurs
A) Comme pour l'allaitement au sein, la méthode préconisée par le professeur Deléardre est une combinaison de la méthode d'évaluation d'après le poids du nourrisson, et de la méthode de la courbe moyenne et progressive du poids de l'enfant.
Empruntant à Terrien la méthode d'évaluation de la quantité de lait à donner d’après le poids de l’enfant le professeur Deléardre écrit: :
« Pour évaluer la quantité de lait que doit prendre un enfant à chaque repas, il suffit de multiplier par 2, les deux premiers chiffres de son poids et d'ajouter à ce résultat un cinquième de la quantité ainsi obtenue si l'enfant pèse moins de 6 kilogrammes (poids d’un enfant de quatre mois) et un dixième seulements'il pèse davantage. ‘ir
« Prenons un exemple : Soit un enfant de 4 kgr. 500. Multiplions les deux premiers chiffres par 2, soit 45 X 2 = 90 ; ajoutons le cinquième de 9o soit 18, nous trouvons 108.
« Il faut donc donner à un enfant qui pèse 4 kgr. 500 7 biberons de 100 grammes de liquide (lait et eau) en chiffres ronds... »
Le professeur Deléardre ajoute : « si la balance n'est pas absolumentutile pour suivre le développement d’un enfant au sein, elle devient indispensable pour l'enfant élevé au biberon ».
«La courbe de poids d’un enfant élevé au biberon devrait être théoriquement la même que celle d'un enfant élevé au sein, mais en général la progression est moins régulière, elle lui ést même inférieure dans la presque totalité des cas. »
La courbe de poids à laquelle il est fait allusion ci-dessus ayant été donnée à propos de l’allaitement au sein, nous ne la reproduirons pas ici.
Les chiffres donnés pour l'augmentation de poids du nourrisson seront en principe ceux donnés à propos de l'allaitement au sein en tenant compte bien entendu des restrictions énoncées ci-dessus.
Tous ces chiffres serviront donc de base au calcul de la quantité de lait à donner à un enfant, tant par repas que par vingt-quatre heures étant entendu toutefois, que les chiffres donnés correspondent à des moyennes, et sont à augmenter ou à diminuer selon la façon dont l'enfant se développe, et surtout la façon dont il digère.
Ces indications sont résumées dans le tableau suivant :
Lait coupé à moitié d’eau bouillie
el sucrée à 5 p. 100 EE, Te
par repas par 24 heures LOUE. Rien o grammes 0 grammes RE A 10 — 70 — DR RSR A A tee 15 105 — HR meet cree 20 — 140 — D'EAU Re M St. — . 195 — OR DORA ME RER 30 — 210 — 7 — PME Ro 35 -- 245 — à 1 mois CG Fées) TD 90 — 630 — à. :2 — Vo et 09 — 735 — A9 SE PR re 120 — 80 — à 4 EN 135 — 945 — à 5 TRES Te 150 — 1.050 — à 6 mois (6 repas)..... 170 — 1.050 — à 7 Re 180 — 1.088 —
Jusqu'au cinquième mois inclusivement, le nombre des repas est de 7 par vingt-quatre heures et l’intervalle entre chacun d'eux est de trois heures.
PPS ES à "3 * ro TES Cidt
- Le premier biberon est donné à 5 heures du matin et le dernier à 11 heures du soir.
Pendant la première semaine on donne autant de fois 5 grammes par repas que l'enfant a de jours.
Au delà du septième mois, mais seulement si sa croissance s'arrête, on remplacera un biberon par une’soupe aux farines, et à partir du dixième mois on pourra donner deux soupes par jour.
Ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer à propos de l’allaitement au sein, les chiffres donnés par le professeur Deléardre sont élevés, plus élevés encore que ceux indiqués par lui pour l’allaitement maternel.
Nous croyons en trouver la raison dans ce fait que la race flamande est apte à supporter de fortes doses de lait, régime qui, au dire du professeur Besc (de Montpellier\, donnerait des résultats désastreux dans le Midi de la France.
Les chiffres précédents ne sont il est vrai que des chiffres de base ; mais néanmoins j'ai pu constater dans le service du pro- . fesseur Deléardre que ses nourrissons se développaient normalement avee les doses indiquées ci-dessus,
B. — Comme pour l'allaitement au sein le professeur Bosc préconise la méthode des tâtonnements définie plus haut.
1° Quantité de lait à donner.— D'après lui, on se gardera bien de baser la quantité de lait sur une progression de poids calculéesur les courbes moyennes: « Le bon régime sera pour chaque nourrisson celui qui maintiendra dans le meilleur état possible son tube digestif et sa nutrition générale, et qui avec un minimum d’aliment permettra à l'enfant de se rapprocher le plus du type du nourrisson normal. .
Pour fixer la dose de lait à employer on partira de la dose minimum de début, qui sera variable suivant l’âge, et l’on augmentera plus ou moins cette dose selon les réactions du nourrisson de façon à arriver au régime strictement ‘utile ou régime minimum d'accroissement ; on réglera enfin la progression du régime à longs intervalles toujours prêt à revenir à une dose plus faible.
Plus encore que pour l'enfant au sein le médecin ne permettra l'usage de la balance que pour rechercher si le nourrisson ne prend pas trop. Il indiquera comme chiffres de progression de. poids suffisante et au-dessous desquels il sera parfois utile de se tenir, les chiffres suivants : 20 grammes par jour pour les premiers mois, 15 grammes jusqu'au huitième mois et b grammes ensuite.
Enfin le médecin devra bien connaître le type clinique du nourrisson bien élevé au sein, et le type clinique du nourrisson bien
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élevé au lait de vache, ainsi que les moyens propres à diminuer les dangers de l'allaitement artificiel (laits stérilisés, coupés, homogénéisés, modifiés, etc...). Ê
Pour fournir un point de repère au médecin, il convient pour l'allaitement artificiel bien plus que pour l'allaitement au sein de donaer des chiffres qui représentent, suivant l'âge, les doses minimum de début, c'est-à-dire les doses qui ne seront pas nuisibles à l'enfant.
Ces doses de début ne sont pas, pour la plupart des enfants, très éloignées dela dose utile et cependant on verra combien elles diffèrent de celles données... par les auteurs médicaux.
Si d’ailleurs on compare les doses données par ces différents auteurs on verra qu'elles varient du simple au double et que presque toutes sont des doses de suralimentation.
Le tableau des doses minimum de début donné par le professeur Bosc est le suivant :
Tableau des doses minimum de début dans l'allaitement artificiel (lait pur et lait coupé)
Lait pur Lait coupé par 24 heures par 24 heures
[00 gr. COUPÉ à 1/2.
250 à 300 — 350 à 400 coupé autiers.
400 à 500 coupé au quart.
Lait pur.
HCUTÉMOIS. Lait pur.
8° au 12° mois .| 950 à Lait pur.
Chez beaucoup d'enfants normaux écrit le professeur Bosc ce régime minimum sera suffisant comme régime utile.
En outre en été, dans les pays chauds, on se trouvera bien de réduire le régime.
2° Nombre de repas. — Etant donné que le lait de vache se digère moins bien et s’assimile moins bien que le lait de femme ; qu'il laisse d’abondants résidus insolubles, il sera nécessaire de n'introduire avec chaque repas que la dose strictement utile et de laisser un intervalle assez long non seulement pour que la diges
tion soit achevée, mais encore pour permettre un temps de repos total à l'organe.
a) Les jours qui suivent la naissance on donnera :
Premier jour : Une cuillerée à café d’eau bouillie toutes les quatre heures.
Deuxième jour : Une cuillerée à café de lait stérilisé coupé à moitié ou de lait d’ânesse ou de lait de Backhans n° 1, toutes les trois heures le jour, et une fois la nuit.
Troisième jour : Même nombre de repas et à chacun une cuillerée à café et demie de lait.
bj Du sixième jour au troisième mois on donnera 6 à 8 repas par vingt-quatre heures (toutes les trois heures le jour et une fois la nuit, si on doune du lait pur ; toutes les deux heures et demie si on donne du lait coupé ou de Balckans n° r).
€) Du troisième au septième mois on donnera six repas : toutes les trois heures dans la journée et une fois la nuit, et le plus souvent il sera utile de supprimer la tétée nocturne dès le cinquième ou sixième mois.
Connaissant la dose minimum des vingt-quatre heures et le nombre de tétées, il sera facile de déterminer la dose minimum pour chaque repas. Le tableau 4 ci-dessous donne tous les renseignements nécessaires.