OIS
'air de mai s'attiédit d'une douceur fondante. I )n se sent inondé d'un besoin de bonté, t:t nous marchons ainsi qu'en un rêve enchanté Que la voix de Mozart bercerait d'un andante.
Dans les vergers en fleurs s'appellent les oiseaux.
Les lilas emperlés égouttent leur rosée,
Et sur la paix de la campagne reposée
Les hautbois de l'aurore attaquent leurs scherzos.
Une douceur clémente enveloppe les choses. Le bonheur nous enserre et nous tient tout entiers. Des effluves d'amour rampent par les sentiers, Et le vent du matin s'éveille au cœur des roses.
La Nature pour nous apprête ses décors,
Et pour mieux aiguiser le désir qui nous brûle.
Il nous vient une exquise haleine d'aspérule
Dont l'arôme est moins doux que celui de ton corps.
Toute tremblante encor de te sentir aimée. Comme un chevreuil bondit à travers les halliers, Tu galopes sous bois vers nos coins familiers Où l'aubépine éclôt en neige parfumée.
Les muguets dont l'odeur nous grise le cerveau Prodiguent les flocons de leur floraison blanche; Et, plus légère qu'un rossignol sur la branche. Ton âme a la fraîcheur du feuillage nouveau.
Tandis que sur ton bras fidèle je m'appuie,
La fauvette emplit la forêt de sa chanson,
Et pour m'unir à toi dans un même frisson,
Mes baisers sur ton cou tombent en chaude pluie...
Printemps parisien
v^ u EL orgueil est le mien quand, allant vers l'aimée, Je gagne d'un pied vif le nid d'un rendez-vous, Lorsque, les jours étant plus cléments et plus doux, Avril verse sur nous sa tiédeur embaumée!
Le coloris du ciel est d'un bleu si léger! On boit tant d'indulgence aux frissons de la brise! Le renouveau pénètre en mon âme et la grise, Et mon âme est en fleurs comme un jeune verger.
Dans les arbres feuillus monte déjà la sève. Par l'atmosphère vole un souffle aérien. La clarté de l'azur ne s'obscurcit de rien : A peine, à l'horizon, une brume qui rêve.
Les femmes de Paris courent à pas fripons. Leurs minois étourdis pétillent de malice. L'arôme est capiteux sur le trottoir où glisse Le froufrou satiné de leurs petits jupons.
La caresse du vent moule leurs contours frêles, Avive allègrement la fraîcheur de leurs teints; Et l'œil est chatouillé par leurs profils mutins Qui s'éveillent gaîment sous leurs claires ombrelles.
On respire une odeur de fleurs et de baisers. Et tu t'en viens vers moi, friande de caresses. Le soleil de printemps ravonne sur tes tresses. La jeunesse sourit dans tes veux apaises.
12 LALLEEDU SILENCE
Et c'est l'heure de nos étreintes; et j'arrive. Le cercle de tes bras câlins vient me saisir. La blancheur de ta chair tressaille de désir Et ta poitrine est fraîche à l'égal d'une eau vive.
Et quand le nid modeste où tient mon paradis
A vu nos corps se fondre et s'éteindre nos fièvres,
J'écoute gazouiller sur le bord de tes lèvres
Des mots d'amour tout neufs que l'on n'a jamais dits.
Violettes d'Avril
r AR un clair et frileux matin d'avril dernier, Je les pris en flânant avec toi dans la rue, A cette enfant vers nous suppliante accourue : Et j'ai distrait deux fleurs du bouquet printanier;
Deux fleurs qui, dans un livre à présent apâlies, Couleur de l'âme vierge à son premier émoi, Chers trésors dérobés sans qu'ils fussent pour moi. Unissent la langueur de leurs mélancolies.
C'est ainsi qu'entre nous des bonheurs sont glanés, Dont me baiçne la tiède et consolante haleine. Tu ne les connais pas — et ma mémoire est pleine De souvenirs de toi que tu n'as pas donnés.
repuscule au
emps
A fin d'un jour de mars lumineux et clément Feutrait de sa douceur le jardin solitaire, Qui, plus fondu sous la caresse du mystère, S'allongeait dans l'orgueil de son isolement.
L'heure se faisait plus quiète et recueillie. Eteignant du couchant les reflets orangés, Elle étendait, ainsi que des voiles légers. Les réseaux indulgents de sa mélancolie.
Un linon de vapeurs s'effaçait, argenté, Tel qu'un essaim d'oiseaux effarouchés se sauve, Et le ciel étalait, dans l'or pâle et le mauve, La tranquille splendeur de son éternité.
Les arbres élançaient leurs fines découpures Sur l'espace flammé de rubans violets.
Leurs rameaux nus semblaient de minces osselets Qui tissaient sur le ciel de nerveuses guipures.
Le croissant de la lune au firmament rêvait. Sur l'azur transparent, perdu dans son extase, Un nuage vaguait comme un flocon de gaze. Si doux et si ténu qu'il semblait un duvet.
Dans l'air une tiédeur, par la brise assourdie, Voyageait mollement parmi le clair-obscur. Epurait en passant la clarté de l'azur Et vous baignait le cœur comme une mélodie.
LALLÉEDUSILENCE I7
Sous un tulle de deuil se noyaient les lointains. On devinait dans la fuite des avenues Les marbres où songeaient des divinités nues Dont le soir diluait les contours incertains.
C'est dans un tel séjour de calme et d'harmonie Que l'époux d'Eurydice, au seuil du bois divin, Vers celle qu'il pleurait tendait les bras en vain, Laissant dans sa douleur passer tout son génie.
Et lorsque le jardin se fut démesuré Sous un épais rideau d'obscurité croissante. Mon veuvage évoquait une chère ombre absente Dont je cherchais partout le visage adoré.
Et je me crus, après la mort, dans un royaume
D'abris silencieux et d'asiles sereins.
En un site idéal des Champs-Élyséens
Où mon fantôme errait sans trouver son fantôme.
Andantino
H ! lorsque je t'emmène avec moi dans les bois Par ces jours de printemps où Trianon embaume, Je crois voir, au jardin dont ton souffle est l'arôme, Le soleil se lever pour la seconde fois!
Dans ce cadre d'antan ta chère âme grisée Absorbe du passé le suc ensorceleur, Comme un oiseau qui boit sur une haie en fleur La gouttelette d'eau que l'aube a déposée.
Sur le gazon nouveau tu semblés voltiger.
Tu cueilles en bouquet nos minutes de trêve,
Et tu suis les sentiers de cet cden du Rêve
Comme un bouvreuil qui tourne à l'entourd'un verger.
Un indulgent sourire ouvre tes lèvres roses.
Ta Joue a des contours qu'envierait le satin.
La fauvette est moins gaie et le vent moins mutin
Q^uand l'aurore s'éveille au cœur mouillé des roses.
Q^ue! cygne a sur ton col éplumé ses" blancheurs ? Un reflet de l'azur passe dans tes prunelles. C'est ton âme d'enfant qui transparait en elles : Jamais matin d'avril n'eut de telles fraîcheurs.
Le cristal de ta voix est plus pur que l'eau claire Qui chante sous la mousse au profond du taillis; Et tes regards d'amour, graves et recueillis. Empruntent leur douceur au ciel crépusculaire.
Et je voudrais le dire en vers frais et rosés, En vers dont chaque mot serait une caresse, En vers de grâce émue et d'espiègle tendresse Qui te pénétreraient comme autant de baisers.
Pluie au Printemps
E gris-perle du ciel est maintenant plus noir. L'atmosphère est trop lourde; et la verdure neuve Attend qu'un grain léger la délasse et l'abreuve, Et chaque plante espère un peu qu'il va pleuvoir.
L'amour attiédit la fin du jour et l'embaume,
Et l'heure s'amollit de toutes les langueurs
Dont aux soirs de printemps défaillent tant de cœurs
Et qui tissent dans l'air comme un troublant arôme.
22 LALLÉEDU SILENCE
Nul souffle. On ne voit pas une branche bouger. Le silence engourdit l'ombre de l'avenue... Et voici tout à coup que, molle et retenue, Sur les arbres la pluie esquisse un pas léger.
Il pleut. Mais ce n'est pas l'averse ni la trombe :
C'est un coup d'arrosoir paternel, amical :
Une petite ondée au lent murmure égal.
C'est presque, on le dirait, de la bonté qui tombe.
C'est comme une faveur du ciel parisien Qui soigne la santé de ces premières pousses. Inclinant le taillis sous ses caresses douces, L'eau semble ne couler que pour faire du bien.
Et déjà c'est fini. L'haleine des feuiliées Nous baigne, nous inonde en flot exubérant. Et dans le soir de juin passe, tel un courant. Un parfum vert et frais de frondaisons mouillées.
le*
Printi
: e m p s marin