CHAPITRE PREMIER
Qui n'a pas eu, dans ces dernières années, l'occasion d'approcher l'empereur Guillaume, d'avoir quelque entretien avec lui, ne peut se rendre compte de la première impression sympathique qu'éprouve son auditeur. Causer avec lui, c'est l'écouter, c'est le laisser développer avec chaleur ses idées, en risquant de temps en temps une observation dont la vivacité de son esprit s'empare immédiatement pour passer d'un sujet à un autre. En parlant, il vous regarde bien en face, la main gauche toujours appuyée sur la poignée de son sabre dans une attitude qui lui est familière. La voix très gutturale, presque enrouée, n'est pas agréable, mais la figure, mobile et expressive, est tout animée, tout éclairée par des yeux magnifiques. Ce sont ces yeux qui frappent au premier moment mieux que les paroles, des yeux bleu clair, tantôt gais et rieurs, tantôt durs et sévères,
S L ALLEMAGNE AVANT LA Gl ERRE
avec des lueurs pareilles à des reflets d'acier. Cependant, au sortir d'un entretien de ce genre, on se prend à douter de la sincérité de ce dangereux causeur. On se demande avec une certaine anxiété si Ton n'a pas eu devant soi, au lieu d'un homme convaincu, l'acteur le plus impressionnant qui ait paru sur la scène politique contemporaine. Dans sa langue maternelle, Guillaume II a une éloquence naturelle, imagée et pompeuse. A peine était-il sur le trône, que son amour de la parole s'est révélé par des manifestations oratoires de tous genres : toasts, speechs, réponses à des adresses, allocutions militaires à des recrues de l'armée et de la marine, pendant les continuels déplacements dont il a pris l'habitude en sillonnant son empire dans tous les sens, en parcourant en yacht toutes les mers d'Europe et en prodiguant ses visites aux États monarchiques. Quelques-uns de ses discours sont des. , modèles du genre impérial, mais son assurance comme orateur lui a fait prononcer plus d'une fois, dans le feu de l'improvisation, des phrases sentencieuses, inopportunes ou maladroites qui créaient une sensation de malaise ou de révolte aussi bien en Allemagne qu'à l'étranger : pensées audacieuses, présentées sous une forme originale, mais en contradiction avec le sentiment public, fruits hâtifs d'un tempérament trop impulsif. L'âge l'a quelque peu corrigé de ses imprudences de langage. Le texte des allocutions est, d'ailleurs, maintenant revu et expurgé par le
cabinet civil de Sa Majesté, avant d'être livré à la publicité. Le besoin de claironner ainsi sa pensée se combine chez lui avec un goût prononcé pour les attitudes théâtrales, lorsqu'il se sait le point de mire de tous les regards, c'est-à-dire dès qu'il paraît en public, quoique dans son intérieur il ne manque ni de bonhomie, ni même de simplicité.
Certes, F Empereur est un homme bien doué, intelligent, instruit. On a toutefois l'impression, quand on cause avec lui, qu'il n'a qu'une connaissance superficielle de certains sujets sur lesquels il se plaît à discourir.
N'en soyez pas surpris. Malgré sa rare faculté d'assimilation, Guillaume II n'est pas un esprit universel, capable, avec un égal bonheur, de parler politique, industrie, commerce, agriculture, musique, peinture, architecture, que sais-je encore? de omni re scibili, car il ne craint pas de s'aventurer sur les sentiers escarpés des sciences proprement dites. Peut-être eût-il mieux fait, au lieu de se dépenser dans tant de domaines différents, de concentrer ses études sur la politique étrangère et de chercher à se rendre compte personnellement du véritable état des esprits dans les pays voisins de l'Allemagne. Ses interlocuteurs n'auraient pas eu ainsi l'inquiétude de constater qu'il acceptait comme articles de foi des opinions préconçues et tout à fait erronées, qui avaient cours dans la presse et dans le public allemands.
Sa confiance en soi lui a rendu toujours insup-
portable pour le gouvernement de l'Empire la collaboration d'un esprit supérieur ou d'une volonté indépendante. Après deux ans de règne, il secoua impatiemment la tutelle, maladroite sans doute, mais nécessaire encore, de l'homme à qui il devait sa couronne impériale. Pour le servir longtemps, il faut que ses ministres adoptent ses idées ou aient l'art de lui présenter les leurs, comme s'il en était l'inspirateur. Ses chanceliers, après le renvoi de Bismarck, n'ont été que les exécuteurs plus ou moins habiles de sa volonté souveraine et les chefs d'une armée de bureaucrates. L'un d'eux s'est acquis la réputation d'un homme de beaucoup de talent, mais obligé, comme les autres, de se plier au métier de courtisan. Gouverner, pour un chancelier de l'Empire, ce n'est pas prévoir, c'est obéir à un maître versatile et volontaire.
Par d'autres côtés de son caractère, l'Empereur est un souverain très moderne. Il a toujours aimé la société des savants et des professeurs de renom. Ayant lui-même des prétentions artistiques, il s'entoure volontiers des artistes qui suivent ses conseils et obéissent à ses suggestions. Bâtir a été de tout temps, en Prusse, un noble passe-temps de prince auquel Frédéric II lui-même s'est livré avec plaisir et avec goût dans les intervalles de ses guerres. Guillaume II est un grand bâtisseur : en vingt- cinq ans, ses architectes ont élevé plus de monuments et de palais à Berlin que leurs confrères n'en ont construit pendant un siècle dans
d'autres capitales. Mais il impose trop souvent son goût pour le colossal, le surchargé et le massif. Sous son inspiration, les artistes allemands font de laborieux efforts pour créer un style qui serait le style Guillaume II. Les plus agréables monuments de la résidence impériale n'en restent pas moins ceux qui sont l'œuvre des premiers rois et auxquels un architecte, épris de l'art français du xvme siècle, M. von Ihné, a donné quelques beaux pendants. On est tout surpris, d'ailleurs, de constater que le vieux palais du premier roi de Prusse est encore assez vaste pour contenir les premiers empereurs allemands. Le fils fastueux du Grand Electeur, avec l'ambition sans bornes des Hohenzollern, avait-il donc prévu les lointaines destinées de sa maison?
Aux sculpteurs, Guillaume II, fidèle aux mêmes principes esthétiques, a commandé des statues gigantesques ou figées dans des attitudes compassées, représentant les héros de sa famille et les grands serviteurs de son aïeul, qui ne méritaient pas un traitement aussi barbare. Son engouement pour la peinture officielle l'a empêché d'apprécier les talents originaux, les chefs d'école, tels que Max Libermann, qu'il traite de révolutionnaires. De même pour les gens de lettres. Les romanciers et les dramaturges les plus célèbres de l'Allemagne contemporaine, un Hauptmann, un Sudermann, ne sont nulle part moins compris qu'à la cour de Berlin .
L'Empereur s'est plu longtemps dans la compagnie d'aimables esthètes, poètes et musiciens, — car il adore la musique et la poésie, — les familiers de la fameuse table ronde. Le procès scandaleux du prince Philippe dEulenbourg- a coupé court à ces intimités. On a médit, bien à tort certainement, de son amitié pour ce séduisant, mais triste personnage. On ferait mieux de souligner son faible pour les gens riches, pour les créateurs de grosses fortunes. En cela, il a montré, comme d'autres têtes couronnées, qu'il possède le sens de l'actualité et qu'il apprécie les services rendus à la société moderne par la richesse. Les Américains de passage à Berlin sont assurés de trouver un accueil empressé à la cour impériale, pourvu que la valeur financière de leur nom soit haut cotée aux Etats- Unis. Il est juste d'ajouter que ces cajoleries aux Yankees opulents sont dictées aussi à Guillaume II par des préoccupations qu'on a appelées « sa politique américaine », à savoir le désir d'une entente étroite avec la Grande République. Son goût pour le pouvoir que confère l'argent s'est montré également dans sa façon d'honorer sa fidèle noblesse. En créant une haute aristocratie de princes et de ducs, très clairsemée en Prusse avant lui, il a parfois tenu moins de compte de l'ancienneté de la race et des titres acquis à la reconnaissance de l'Etat que des fortunes territoriales des intéressés. Les nobles restés pauvres n'ont pas été très favorisés, même lorsqu'ils portaient les plus beaux noms militaires de la monarchie.
Elevé par un père dont les idées libérales ont été trop vantées, au dire de ceux qui l'ont le mieux connu, l'Empereur, à ses débuts, était animé d'une impatiente ardeur d'améliorer le sort des classes laborieuses de son empire et de continuer, suivant les prescriptions de la morale chrétienne, l'œuvre législative de protection sociale commencée par son grand-père, ainsi qu'il l'annonça à l'ouverture du Reichstag en 1888. Deux ans plus tard, une conférence internationale était convoquée par ses ordres à Berlin pour étudier la législation du travail. Cependant il apportait sur le trône une haine juvénile des socialistes et des libres penseurs, qui n'a fait que s'enraciner plus profondément en lui à mesure qu'il avançait en âge et que les progrès de la sociale démocratie devenaient plus menaçants à chaque élection du Reichstag. La crainte du socialisme et la lutte contre ce Protée insaisissable ont été ses principales préoccupations. Il dénonçait l'ennemi en termes véhéments dans un discours à Kœnigsberg, en 1 894 : « Debout ! au combat pour la religion, la morale et Tordre contre les partis de la subversion ! » En 1907, il est même descendu dans la lice, à telles enseignes qu'il a reçu du haut du balcon du palais de Berlin les félicitations de ses sujets bien pensants, après le verdict électoral qui avait momentanément éclairci les rangs des élus de la sociale démocratie. Souverain d'un grand empire habité par des millions de socialistes, n'eût-il pas mieux fait de rester étranger aux
haines de classes et de partis et de planer avec confiance au-dessus d'elles?
Guillaume II, sans être imbu de toutes les idées réactionnaires des conservateurs prussiens, n'a rien d'un esprit libéral. C'est un monarque de droit divin, qui se croit investi, comme ses prédécesseurs, de la mission de gouverner ses États et de faire le bonheur de ses sujets, fût-ce malgré eux, d'après les principes de la religion et suivant la tradition monarchique ; un champion résolu des privilèges imprescriptibles de la royauté, limités seulement par les barrières constitutionnelles modernes.
Ce serait dépasser le cadre de cette étude que de pousser plus avant l'analyse détaillée d'un caractère aussi compliqué; il a déjà fourni matière à plus d'un portrait et mettra à une dure épreuve, par sa complexité même, le talent de ses biographes à venir. J'essaierai seulement, à la fin de ce chapitre, de grouper les traits les plus frappants de la physionomie impériale et de fixer l'image qu'une guerre odieuse doit nous en laisser. Au surplus, dans l'homme qui régit les destinées de l'Allemagne, c'est surtout le politique qui nous intéresse, à cause de la direction nouvelle qu'il a voulu imprimer aux destinées de l'Europe. A ce point de vue, il est impossible de passer sous silence la place que la religion occupe dans sa vie. Il a toujours été un fervent protestant. Pour lui, comme pour Treitschke, l'historien de la Prusse
moderne, le protestantisme n'est pas seulement la vraie religion, mais la pierre angulaire de l'unité allemande, le solide rempart à l'abri duquel le langage et les mœurs des Germains se sont maintenus intacts des bords de la Baltique aux confins de la Transylvanie. Mais si la foi de Guillaume II est sincère, elle est vraiment trop verbeuse et trop nationaliste. Elle se répand insupportablement au dehors. Elle abonde en discours, remplis d'invocations choquantes à la Divinité, à une Divinité qui serait exclusivement allemande, qui n'aimerait que les Teutons et se réjouirait de leurs exploits. A l'imitation des héros bibliques et des champions de la Réforme, ce croyant en est arrivé, au seuil du xxe siècle, à se considérer comme le bras droit et l'épée du Seigneur, l'être prédestiné sur qui l'esprit d'En-haut serait descendu. Comment s'étonner que, sous l'empire dune telle croyance, il ait entrepris une guerre qui nous a ramenés au temps des luttes sans merci des xvie et xvne siècles, une sorte de croisade conduite contre les ennemis du peuple de Dieu personnifié aujourd'hui par la race germanique? Cette façon de comprendre et de pratiquer la religion explique que le chef de la pieuse nation allemande, après avoir appelé solennellement sur ses armes les bénédictions du Dieu des chrétiens, — un Dieu de concorde et de paix ! — ait ordonné, la conscience en repos, le bombardement des villes sans défense et la destruction des chefs-d'œuvre de
pierre de l'art catholique, les vieilles cathédrales historiques.
Pendant les dix dernières années, on a eu trop de confiance à l'étranger dans le pacifisme et dans la sincérité de Guillaume II. On oubliait qu'après tout il est de la race du grand Frédéric et que, sur la politique, il a dû méditer les leçons de ce prédécesseur dénué de scrupules. Lui-même, il s'attribuait, non sans raison, — car, dans sa jeunesse, il aurait pu céder à l'attrait des lauriers militaires, — le mérite d'avoir conservé la paix européenne, en dépit de l'organisation sans cesse perfectionnée de l'armée allemande et à cause même de ces renforcements qui rendaient une attaque contre elle presque impossible. On avait accepté de bonne foi cette légende, sans réfléchir que la course aux armements conduit fatalement à la guerre, comme toute fièvre, qui devient aiguë, aboutit à une crise violente. Mais, outre les sentiments pacifiques trop vantés de l'Empereur, n'y avait-il pas, disait-on, pour rassurer les petites nationalités inquiètes, la Triple- Alliance, fondée par Bismarck et renouvelée périodiquement après lui? Le vieux chancelier et ses continuateurs ont toujours représenté la Triplice comme un contrat d'assurance contre le danger d'une conflagration générale. Retranchées
dans cette forteresse inexpugnable, les forces des trois alliés pouvaient défier toutes les coalitions : aussi se gardait-on de les provoquer et de troubler l'ordre public européen. En réalité, tant qu'elle est restée fidèle à la pensée de son fondateur, la Triple- Alliance a pu se considérer comme la gardienne de la paix. Mais, à partir du jour où, pour appuyer les prétentions du Cabinet de Vienne, le Cabinet de Berlin a imposé aux nations slaves et aux autres Puissances déconcertées la reconnaissance de l'annexion de la Bosnie-Herzégovine, la Triple- Alliance a changé de caractère. Le gendarme, travaillé par des convoitises, a failli à son rôle tutélaire. La confiance qu'on avait eue jusquelà dans la pureté de ses intentions en a été considérablement diminuée.
Quoi qu'il en soit, Guillaume II a tenu pendant vingt-cinq ans, — longum sévi spatium, — la parole qu'il avait donnée au peuple allemand, sur le conseil de Bismarck, dans son premier discours du trône, d'avoir un règne pacifique. Il ne pensait alors qu'à faire de l'Allemagne le premier pays du monde par le développement de son commerce et de son industrie, à enrichir toutes les classes de la population, à détrôner, au profit de Berlin, Paris et Londres. « Notre avenir est sur les mers ! » disait-il à ses sujets avec une juste perception du but où il devait diriger leur énergie et leurs efforts : la création d'une puissante marine, pour assurer sur tous les marchés de l'univers une place préé-
minente aux produits du travail allemand. Pendant ce quart de siècle, l'Allemagne a effectué en effet des progrès merveilleux qui faisaient tressaillir d'étonnement les autres nations. Guillaume II, dès cette époque, frayait surtout avec les grands industriels, les grands banquiers et les grands armateurs de l'Empire, qu'il n'a jamais cessé de voir et de consulter. Il a été l'ami fidèle de M. Krupp, dont la vie privée ne méritait pas cet honneur. Il a favorisé de tout son pouvoir les entreprises de M. Ballin, le très habile et très audacieux directeur de la Hamburg-Amerika Linie. Il présidait luimême au lancement des transatlantiques géants de la puissante Compagnie. Le discours qu'il a prononcé à l'occasion de la mise à flot du dernier de ces Léviathans de 50.000 tonnes, baptisé par lui du nom de Bismarck, — tardif hommage rendu au génie du chancelier de fer, — est remarquable par l'orgueil patriotique dont il déborde. C'est un chant de triomphe en l'honneur des chantiers germaniques, qui ont construit le plus grand navire du monde, dépassant de loin ce que l'art naval des Anglais avait jamais osé.
Le pacifisme prolongé de ce chef d'une nation militaire a eu sans doute aussi d'autres causes que le souci d'assurer la prospérité économique de l'Allemagne. Quoiqu'il se soit toujours, depuis sa première jeunesse, passionnément intéressé à son armée, Guillaume II n'a pas l'âme belliqueuse de plusieurs princes de sa maison. Comme le roi
Frédéric-Guillaume Ier, il aime la caserne, sans avoir le goût des champs de bataille. Devenu, à vingt-neuf ans, le commandant suprême de l'armée, le « Kriegsherr », il a accompli scrupuleusement depuis lors tous les rites militaires prescrits à un roi de Prusse ; on l'a vu prendre part à chaque occasion aux repas des mess des officiers, apparaître dès l'aube au milieu de ses régiments de cavalerie sur le champ d'exercices de Dœberitz, inspecter l'un après l'autre les corps de troupes de l'Empire et présider régulièrement aux manœuvres d'automne, les manœuvres impériales, où sa critique des opérations engagées faisait sourire les hommes du métier. Le long des rues de Berlin, les vitrines des magasins sont remplies de photographies de l'Empereur sous tous les uniformes de l'armée de terre et de mer, dans tous les rôles de son répertoire : la moustache fièrement retroussée, le regard fixe et menaçant, le bâton de feld-maréchal au poing, ces images exagèrent l'impression qu'elles veulent nous donner d'un souverain très guerrier. Mais est-il vraiment un soldat?
Les journaux allemands ont annoncé, au début des hostilités, que Sa Majesté Impériale serait suivie sur le théâtre de la guerre d'un train spécial, transportant une maison de bois démontable avec parquet ajusté, pour ne pas souffrir de l'humidité. Nous savons, d'autre part, que ce besoin d'aise et de confort est nécessité par la crainte des refroidissements et des maux de gorge, car Guillaume II
ne peut pas jouer, comme on dit, avec sa santé. Des préoccupations aussi constantes cadrent mal avec lidée que nous nous faisons d'un vrai soldat.
Le vrai soldat de cette guerre, il ne faut pas le chercher parmi les Allemands couronnés qui n'ont fait que la suivre de loin ; il est à la tête de la petite armée belge qui lutte avec désespoir pour défendre ses foyers. Le vrai soldat, c'est celui qu'on a vu bravant le danger sur la ligne du feu et dans les tranchées, afin de souffler à ses jeunes troupes le sang-froid et l'héroïsme de son âme inaccessible aux menaces comme à la peur. Le vrai soldat, c'est celui qui s'est révélé sur les champs de bataille de Louvain, d'Anvers et de l'Yser comme un grand général et comme un grand roi : c'est Sa Majesté le roi Albert.
Peut-être aussi Guillaume II, s'il est resté aussi longtemps pacifique, se défiait-il des résultats d'une nouvelle lutte, quoiqu'il exaltât dans ses discours les prouesses de ses devanciers et recommandât souvent à ses soldats de tenir leur poudre sèche. Peut-être redoutait-il la fortune changeante des batailles, en se répétant les paroles de Bismarck l au sujet des guerres préventives, des guerres qui ne sont inspirées que par l'envie d'écraser un adversaire avant qu'il soit prêt : « Nous ne pouvons pas lire dans les cartes de la Providence. » Peut-être encore appréhendait-il