‹ L'Allemagne de M. de BismarckChapitre 15 sur 32 · UN JEUNE NOBLE ALLEMAND · texte numérisé non relu

UN JEUNE NOBLE ALLEMAND

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Je vais faire visite au comte de Hannsdorf. Son père a vécu à Paris; son portrait est la première chose que j'ai vu en entrant chez son ûls, sur le bureau où il écrit. Autant que j'en puis juger par la photographie, le père devait être un homme intelligent, rompu aux affaires, grand mangeur, grand buveur, regardant les petites gens de haut, comme tout noble un peu vaniteux de sa fortune et de son argent. Les Hannsdorf sont très riches. Le fils aine, Guillaume, ressemble à son père ; il sert ici dans la cavalerie, non qu'il tienne beaucoup au métier militaire, mais parce qu'il faut faire quelque chose, et que tous les jeunes gens de son rang sont au service. Il demeure près de sa caserne, tout au bout de la ville, dans une petite maison à un étage, où il occupe deux chambres au rez-de-chaussée. Bizarre quartier et bizarre maison. Imaginez une place nue et triste, entre une caserne et une église jésuite, où les gamins qui sortent de l'école viennent jouer aux billes et se donner des taloches. A droite, une maisonnette à volets gris foncé, avec une porte surmontée d'un vieux soleil d'or. C'est une maison où pourrait se passer un conte de Hoffmann ou une nouvelle de Kotzebue. C'est là qu'habite Hannsdorf. Accoudé à sa fenêtre, tout en fumant des cigarettes, il peut entendre alternativement selon qu'il est sept heures du matin ou midi, le clairon qui sonne les exercices ou la voix des chantres qui psalmodient dans l'église. Je

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croirais plutôt moi que Hannsdorf n'enteud rien, ni les sonneries de clairon, ni les airs de cantiques; car, lorsqu'il ne lit pas, lorsqu'il n'a pas de lettres à écrire, il dort, monte à cheval ou sort en voiture ; il est peu sédentaire et ne rentre guère chez lui que pour s'habiller ou se coucher. Il se lève le matin, fait son service^ se promène en attendant Theure du déjeuner, se promène encore l'après-midi et le soir va au cercle ou dans le monde.

Je lui ai fait ma première visite hier à onze heures. Je sonne. Un brosseur en veste de toile blanche vient m'ouvrir. On m'introduit dans un petit cabinet de travail, en me disant que M. le lieutenant va venir. J'entends à côté, à travers une porte mince et vitrée, un bruit de bottes éperonnées. Hannsdorf s'habille. J'en profite pour regarder autour de moi : vilain ameublement, laid, pauvre et triste; abus du drap gris. Mais, aux murs, je compte jusqu'à dix-huit photographies de chevaux, poulains, pouliches, magnifiques bêtes qui ont remporté des prix à toutes les courses ; chacune a près d'elle son jockey, la petite casquette ronde sur la tète. Je suis chez un sportsman. Sur le bureau à écrire, sur la table, quelques bibelots, des albums dé photographie; mais tout cela lourd, sans goût. Je suis inquiet sur le caractère de l'homme qui habite là. Je ne vois rien qui me rassure, pas un joli paysage, pas une vue de château, pas un un portrait d'ami. Sur le bureau, au beau milieu de la tablette, la photographie de M. Hannsdorf père, qui décidément a l'air dur et féroce.

Son fils entre, en s' excusant de m'a voir fait attendre.

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