‹ L'Allemagne de M. de BismarckChapitre 16 sur 32 · UN JEUNE NOBLE ALLEMAND · texte numérisé non relu

UN JEUNE NOBLE ALLEMAND

C'est un grand garçon de trente ans, bien fait, mais un peu lourd, avec un visage régulier et immobile. Il pourrait être beau ; les lignes du front, du nez, du menton ont une correction grecque ; mais tout cela est gâté par une expression fixe, hautaine et presque dure. Hannsdorf me demande depuis quand je suis arrivé, où je loge.

Il paraît que, sans m'en douter, j*ai choisi le joli quartier, celui où Ton peut habiter. Cela le rassure. Nous causons un peu de tout, de Paris qu'il ne connaît pas, de voyages, des derniers romans français qu'il a lus et qu'il trouve longs. Je ne m'amuse guère. Enfin, j'entends une voiture qui s'arrête devant sa porte ; c'est la sienne. Il m'offre d'y monter à côté de lui.

Sept ou huit gamins s'attroupent autour de nous. Hannsdorf grimpe sur le siège de la Victoria, moi près de lui, le groom derrière. Il rend la main aux chevaux, qui partent comme le vent. Nous sautons sur le mauvais pavé de la petite ville, nous courons à travers les rues étroites ; tous les boutiquiers se mettent sur leurs portes pour nous voir passer. Les chevaux de Hannsdorf sont gris-souris, hauts sur jambes,' le cou arqué comme celui des cygnes. Il les mène bien, mais avec une gravité de triomphateur qui m'amuse et me donne envie de rire. Il n'a plus l'air de se promener; il a l'air de dire : t Petits bourgeois ridicules et pauvres, voyez passer le beau comte de Hannsdorf; regardez comment un homme de ma race sait mener une Victoria ; n'est-ce pas que j'ai vraiment bonne mine, que mon uniforme bleu me va

bien, et qu'il n'y a pas à B... beaucoup d'attelages comme celui-ci? > Tout cela, la figure de Hannsdorf le dit, sa pose raide, ses grosses moustaches bien cirées, ses beaux yeux au regard indifférent. Un gamin manque de se jeter sous les roues ; deux paysannes qui passaient poussent des cris ; Hannsdorf lance un grand juron, mais sans s'émouvoir; pas un muscle de sa figure n'a bougé.

Il sait déjà que je suis reçu chez le prince de B... et que je sors avec lui. Évidemment, il n'est pas fâché de me montrer. Il me parle de lui, dé ses terres, du chagrin qu'il a d'habiter une petite ville aussi misérable, un trou où on meurt d'ennui, t Vous verrez; les propriétaires des environs ont des parcs de 20 ou 30,000 mètres; c'est ridicule, misérable ; et leurs châteaux ! des bicoques où on n'a pas de quoi étendre les jambes. > Il a la bonté de me prédire que je vais mourir d'ennui.

Nous sommes sortis de la ville par l'allée des marronniers, et nous roulons sur une belle route. Hannsdorf donne un coup de fouet; les chevaux se cabrent un moment, et partent au. grand trot. La voiture est jolie et légère; elle vient de chez Binder. Des gens de B..., qui nous rencontrent, se demandent qui peut bien être ce monsieur qu'Hannsdorf promène; car, d'habitude, il n'y a que lui sur son siège ; il sort seul dans toute sa majesté. Il cause, me raconte quelques anecdotes où il est toujours question de lui, et, du bout de son fouet, me montre les bicoques dont il m*a parlé, et qui sont de très belles villas, à mi-côte, entre la plaine et les bois de sapins.

La campagne est admirable, la route sèche et sonore. Je sens le rouge qui me monte aux joues. Sans trop m'occuper d'Hannsdorf, je regarde les champs, les maisons de paysans. Nous trouverons deux, trois villages petits et pauvres ; les chaumières ont Tair de barques renversées, dans lesquelles on aurait percé un trou pour la fenêtre. Mais les enfants sont blonds, rougeauds et dépeignés comme les 'gamins de Van Ostade. Je m'amuse beaucoup. Hannsdorf me demande si je veux rentrer; je réponds ouij pour savoir ce que je vais penser de lui, en descendant de sa Victoria, quand je vais me retrouver seul. Nous rentrons aussi vite que nous sommes venus. Voici les premières maisons que je connais déjà, les belles villas de Tallée aux Tilleuls, le jardin du roi, l'Université. Les chevaux s'arrêtent. Je remercie Hannsdorf. Enfln je suis seul.

Une soirëe dans le monde.

M°*° de Z... donne des soirées où il n'y a jamais plus de vingt personnes, et où tout le monde se connaît. Les hommes sont en habit et cravate blanche; les femmes en robe montante, corsage ouvert, des bouillons de tulle autour du cou; pas de bijoux à effet; aucune n'est décolletée. On ne rencontre là que des jeunes filles, amies des demoiselles de Z... Une jeune femme mariée à un officier, assez belle, grasse et fine, aimant le confort, et sachant causer; les hommes sont les deux fils delà maison, qui aident leur mère à faire les honneurs ; quatre ou

cinq de leurs amis, un lieutanant d'artillerie très correct et un peu lourd, un étudiant en médecine extrêmement noble, intelligent, riche, gai et bon enfant; enfin quelques vieillards, mais seulement ceux qui ont amené leurs filles. Les autres, qui sont trop savants ou trop ennuyeux, sont tenus à distance. On arrive à huit heures ou huit heures et demie. M"' de Z..., en robe de soie noire à longue traîne, est dans son salon à rideaux cramoisis, recevant les invités et causant avec le premier venu, celui ou celle qui se trouve à côté d'elle, et qui a quelque chose à lui dire. Les manières sont très libres, parce que tout le monde se connaît, et qu'on sait d'avance que personne ne peut dire un mot inconvenant ou trop fort ; on est entre intimes, entre initiés. Les deux jeunes filles , habillées de soie noire , comme leur mère , offrent elles-mêmes des tasses de thé et des gâteaux. Quand elles ne causent pas avec une de leurs amies, M"®" de L... ou Marie C..., elles vont parler avec les jeunes gens, dans les coins du salon. Comme elles sont parfaitement naturelles et gaies, on est très vite à l'aise avec elles ; la plus jeune, qui va dans le monde seulement depuis cet hiver, raconte des histoires exquises, et ose parler d'elle. Elle dit : t A telle époque de ma vie, j'ai eu des chagrins, pour telle raison ; cela a duré tant de temps. Ma chambre est rangée dételle et telle façon ; j'y ai mis ceci et cela, et j'ai encore tels projets. > Enfin elle a un timbre de voix délicieux; sa voix mue, ce qui, chez elle, est charmant, et ajoute de la grâce aux moindres choses qu'elle dit.

UNE SOIRÉE DANS LE MONDE 4i9

L'ainée ressemble plus à la mère; c'est les mêmes yeux gris, perçants et froids^ la même finesse du sourire-, sa bouche est mince, un peu trop grande; très belle. Elle a aussi l'air hautain de sa mère, Tair reine. Ou plutôt elle Taura plus tard, car tout cela est encore affaibli et adouci par de la modestie, de la douceur, de la crainte de paraître. Elle sera peut-être, dans quelques années, orgueilleuse et sûre d'elle-même, très séduisante et dangereuse; elle n'est encore qu'un peu fière.

J'aime moins la femme de l'officier, qui a de belles épaules, mais le visage un peu empâté et poupon d'un gros bébé. Pourtant les yeux, d'un beau noir, sont vifs, perçants, un peu moqueurs quelquefois; ce sont des yeux qui ont bu la vie. Je me défie d'elle comme de toutes les femmes qui ont plus de trente ans; je les crois si rouées, si ^savantes, si sûres de jouer des hommes et de se jouer d'eux, quand elles le veulent! Une femme dont le visage n'a pas un grand air de bonté peut me plaire, m'intéresser ; mais, en même temps, j'observe et me tiens en garde. Son mari, qui m'a beaucoup observé et dévisagé, a un regard très fin, une tête maigre, brune, le regard assuré, l'air d'un homme qui se possède et se connaît bien, pas arrogant, mais pas timide. C'est un offitier d'avenir, qui sait beaucoup de choses. On m'a déjà parlé de lui. Je le rencontre presque tous les soirs avec sa femme au théâtre, où ils ont leur loge.

Comme il a l'air intelligent, je lui parlerai dès que l'occasion s'en présentera, et peut-être nous habitueronsnous l'un à l'autre.

Les deux fils de la maison ont Tun vingt-quatre ans, l*autre vingt-deux ; ce sont les deux aînés des enfants. Celui qui a vingt-quatre ans s'appelle Paul, l'autre Charles. Ils ont tous les deux^ Tainé surtout, le regard de leur mère, impérieux et perçant, un regard d'aigle mystique, dont l'expression pourrait aller jusqu'à la folie — un regard qui, tourné vers Dieu ou levé vers un autel, est admirable de rêve, mais qui, ramené sur les hommes, les perce et les dévisage en quelques secondes. Évidemment la mère qui a donné a ses fils ce regard-là est une femme un peu extraordinaire. Je sais seulement d'elle qu^elIe a été toute sa vie tourmentée par sa pensée ; elle est d'une race de fous et de mystiques ; il y a dans sa famille des noms illustres, des écrivains célèbres. Son mari était un savant assez fameux, qui a joué un grand rôle politique, et dont le nom est connu en Europe. Il était catholique ; en l'épousant, sa femme, qui était protestante, a abjuré, et elle est devenue catholique aussi fervente et militante qu'elle était dans sa jeunesse enragée huguenote. C'est évidemment une de ces femmes à âme d'homme qui aiment le danger, la lutte, douter, croire, se battre avec une idée, un dogme, et qui, dans le monde savent intriguer et cabaler, avec un but fixe, et s'en vont le lendemain faire hommage à Dieu de tout ce qu'elles ont fait pour lui la veille. C'est une fanatique ; ses yeux le disent. Mais il faut le savoir ou le deviner. Car, debout dans son salon, habillée de soie noire, sur la tète un bonnet de veuve anglaise, une sorte de coiffure à la Harie-Stuart noire, doublée de blanc, elle reçoit comme une reine qui per-

mettrait qu'on s'approche d'elle, et aurait l'air de prendre intérêt à tout ce qu*on lui dit. Elle questionne, interroge, écoute, répond à propos, parfois avec un sourire ; mais le timbre un peu sec de sa voix, et surtout le regard perçant de ses yeux d'un gris verdâtre, doivent vous avertir qu'elle cherche à lire en vous plus qu'à se livrer ellemême. Elle est ambitieuse pour ses fils, auxquels elle veut faire jouer un rôle ; elle se considère, aVec raison d'ailleurs^ comme une des colonnes du catholicisme, et ne parle qu'avec vénération du saint-père, auquel elle a été à Rome baiser les pieds.

Le fils aîné a vraiment des yeux de loup, sauvages et parfois féroces. Né deux siècles plus tôt, il eût fait un excellent inquisiteur, et eût torturé, persécuté et géhenne sans scrupule les ennemis de la Foi. Je le vois très bien, en 1500, ordonnant des autodafés et regardant brûler des gens en effigie. Aujourd'hui, il se contente de combattre pour la bonne doctrine par la langue et l'exemple, en se moquant des impies et en allant à la procession. Il a de Tesprit, moins qu'il ne croit, mais il en a, et excelle à saisir le ridicule des gens. Son ironie même me plairait, si elle ne venait pas d'un fonds de méchanceté et d'injustice, s'il n'avait pas toujours un but dans ses railleries, s'il ne se moquait pas au profit d'une cause et avec un mot d'ordre; je n'aime les rieurs que joyeux et désintéressés. Tel qu'il est, il m'intéresse pourtant. Il a déjà l'air d'un homme, gère la maison, place l'argent, touche les rentes, commande, discute les marchés, ce qui ne Tempèche pas, à partir de deux ou trois

heures de raprës-midi, d*ètre très homme du monde, et le soir d*aller danser. Il sait trois langues, qu'il parle parfaitement, chasse bien et beaucoup, ne lit que le moins possible, et des choses indispensables. Surtout il aime parler, se renseigner, causer sérieusement de choses futiles, et futilement de choses sérieuses. Il veut montrer son esprit, et ne réussit pas toujours à cacher qu'il est intelligent.

Son frère Charles Timite et le copie d'assez loin. Les deux frères sont mal ensemble ; cela se voit dès le premier coup d'œil. Ils s'évitent et, pour un peu, se détesteraient. Ils vivent peut-être trop côte à côte, et éprouvent, par moments, le besoin de se quitter pour s^aimer davantage. Il est plus grand que Paul, plus taciturne, plus timide. Il aime les églises, les ruines, les tableaux, tandis que Paul aime les bois et les prairies. D'ailleurs, mêmes façons de parler, du bout des lèvres ; même politesse un peu sèche et dédaigneuse^ même ironie, même désir de tirer de son interlocuteur tout ce qu'il peut donner, et aussi mêmes croyances. On les voit ensemble suivre la procession, et on dit d'eux en se les montrant : Ce sont les deux MM. de Z... Au bal, les jeunes filles ne les recherchent guère, et les jeunes gens, qui ne sont pas de leur bord, les détestent.

Chez eux, ils sont charmants, causeurs, gais, sans aigreur. Ils cherchent à voir si on s'amuse, si on s'ennuie; ils ne viennent pas mettre pesamment le doigt sur votre ennui.

Vers dix heures, quand on a pris du thé et causé, on

sert dans de la vaisselle très belle an soaper magnifique^ qui dure jusqu'à onze heures ou onze heures et demie, après quoi on remonte en voiture et on s'en va. On soupe dans deux salles; une grande où il y a douze ou quatorze couverts, et où restent les gens sérieux; une plus petite, avec une table de huit ou dix personnes, pour les jeunes gens. Le service d'argent est très simple et magnifique.

J'étais placé hier à souhait, et comme je n'aurais pas rêvé l'être. D'abord, j'étais dans la petite salle, celle où on s'amuse. Ensuite, j'avais à ma droite M"* de X..., la cadette, belle comme un ange de Filipepi. Elle n'avait pas un bijou, pas un collier, rien qu'une petite chaînette d'or, extrêmement mince autour du cou, attirant les yeux, et faisant remarquer l'extrême délicatesse de ce cou bien attaché; elle était tout en blanc, d^admirables dentelles autour des épaules. Elle souriait, tranquille, heureuse, comme elle seule sait sourire, comme peut sourire une jeune fille qui a une âme profonde, et qui a vécu dans un luxe assez grand pour n'avoir jamais besoin de songer au lendemain, ou d'ajourner trop longtemps un désir. Nous avons d'abord parlé voyage : elle aime la Suisse, et voudrait bien y retourner; mais les voyages à quatre ou cinq, quand on emmène des domestiques, deviennent chers; et l'année dernière, on l'a laissée à la maison. Je ne sais comment elle a été amenée à parler de son enfance^ m'a dit que c'était sa sœur aînée qui lui donnait des leçons de piano, et qu'elle avait souvent pleuré parce qu'elle ne jouait pas assez vite. Je

l'ai regardée, un peu surpris, et cherchant à me figurer combien ses beaux yeux tranquilles devaient être plus beaux encore avec des larmes. Elle m'est bien plus chère depuis que je sais ce petit détail de sa vie, qu'elle a dit si simplement et si naïvement. Maintenant, quand je songerai à elle, ma pensée s'arrêtera à ce souvenir, et je me la figurerai un peu malheureuse. Si je savais seulement quels livres elle lit, quels poètes elle aime, quelle musique elle chante, à qui elle accorde son amitié, à qui elle la refuse, je serais bien vite son ami.

Nous avons beaucoup ri dans notre petit coin^ et beaucoup babillé. J'avais en face de moi M"® de Z..., la plus jeune, parlant avec sa voix muante de jeune garçon. Je ne me rappelle plus ce qu'elle disait, mais je me souviens qu'elle le disait très bien, et que j'étais tout yeux et tout oreilles, très heureux de la voir et de l'écouter. J'avais dans mon assiette une tranche de foie truffé, à portée de ma main une carafe^ de cristal pleine d'un vin exquis; devant moi, sur une nappe très blanche, un surtout de lilas blanc et de roses, et les yeux de M"' de Z... que j'apercevais entre deux touffes de lilas blanc.

A la fin du souper, la petite table s'est levée. On est allé s'asseoir près des parents, dans la grande salle. On a passé sur des plateaux des bonbons à surprises, des pétards, qu'on tirait en les tenant chacun par un bout. On a ri encore, et, quand on s'est levé pour partir, je me suis dit intérieurement : c Voilà encore une intéressante journée. »

Cologne.

Cologne, c'est avant tout la cathédrale de Cologne, le Dom, comme on l'appelle là-bas. C'est la première chose qu'on voit en arrivant, qu'on vienne de Paris, de Bruxelles ou de Berlin. Il est impossible de rendre par des mots TefTet produit par cette masse énorme de pierres, si délicatement ouvragée, et qui s'amincît, s'effile en clochetons, en aiguilles, montrant du doigt le ciel.

Certes Notre-Dame est une admirable cathédrale, et les plus athées des hommes deviennent songeurs en face de cette œuvre de la foi. Mais le Dom de Cologne impose par sa masse, c'est l'œuvre d'une foi plus lourde, mais qui a voulu et su pousser ses pierres plus haut, plus près duciel. A Notre-Dame, un artiste peut rêver des heures entières, devant chaque statue, chaque gargouille. Devantle Dom de Cologne, on ne songe pas Un seul instant à regarder les détails de sculpture ; on lève les yeux bien haut, et, à la hauteur où la vue se brouille, où l'œil devient trouble et hésitant, des tours énormes apparaissent, d'où sortent encore des tourelles; et, tout en haut, les flèches pointues comme des aiguilles effilées semblent déchirer le nuage.

L'année dernière, la cour d'Allemagne s'est transportée à Cologne, pour fêter l'achèvement de la cathédrale. On avait élevé sur la place, qui fait face à l'église, de grandes estrades où le tout Cologne avait pris place. On lut quelques discours ; l'empereur parla, et un cortège

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moyen âge^ en habits mi-partie, blanc et bleu, blanc et cerise, défila devant la cour et la ville assemblées.

Les habitants de Cologne ont l'habitude de ces divertissements historiques, qu'ils aiment fort. — Cela rappelle de loin, de très loin, les belles fêtes qu'on donnait à Florence, et que Vasari a racontées dans sa Vie des Peintres.

A Florence, pays de moines, les peintres avaient imaginé des processions d'un aspect lugubre; on promenait par l\ ville des cercueils d'où sortaient des squelettes parfaitement imités, montrant à la foule leurs mains décharnées. A Cologne, comme d*ailleurs dans l'Allemagne entière, on a l'imagination plus paisible, plus souriante, plus bourgeoisement historique. Imaginez les archers de Guillaume Tell descendant tout à coup de la scène de l'Opéra, et se promenant en pleine rue, au grand soleil; beaucoup de musique, — une musique rappelant l'orchestre placé sur la scène dans le Prophète ; et une foule certainement plus enthousiaste que les abonnés de l'Opéra contemplant, admirant les évolutions d'un cortège bigarré. Vous aurez une idée d'une fête officielle en Allemagne.

Rentrons vite dans le Dom. — La nef est immense et nue. Cette nudité de l'église la fait paraître plus grande et plus belle. Pas de rangées de chaises comme à Notre- Dame ; pas de grands lustres descendant de la voûte, pas de chaire massive, placée en face du banc d'œuvre. I^ chaire de la cathédrale de Cologne est petite, étroite, simple, proportionnée au prêtre qui y monte pour parler

au peuple. Ce n'est pas d'une chaire comme celle-là que tomberont les grandes phrases sonores d'un Bossuet, la parole émue d'un Lacordaire ; le père Monsabré y serait mal à l'aise pour ouvrir et lever les bras ;' ses bras toucheraient le bois du dais. Non, le prêtre qui monte dans cette petite chaire noire et pauvre connaît ses auditeurs et sait qu'il doit leur parler simplement.

Je Tai vu souvent et beaucoup regardé, cet auditoire des prêtres de Cologne, J'avais entendu à Paris tous les orateurs qui ont prêché à Notre-Dame depuis dix ans, et je sais à quel public ils s'adressent. La comparaison était curieuse à faire.

Les prêtres de Notre-Dame ont à évangéliser des incrédules obstinés, des indifférents aimables, ou des gens de croyance molle et tendre. Leur tâche est difficile; ils sont obligés de commencer sur un ton déjà très élevé, et forcent leur voix à la péroraison. Ceux de Cologne parlent à des croyants. Tous les gens qui sont autour de la chaire, j>ourgeois, simples soldats, officiers, domestiques, employés du chemin de fer ou de la poste, paysannes coiffées d'un petit châle noir à fleurs, paysans tournant leur casquette entre leurs doigts, gardes -chasse en costume de drap vert pâle, gamins venant de l'école, fillettes rougeaudes amenées par leur mère, petites bourgeoises timides, coiffées de chapeaux imités de Paris, tous ces gens-là ont la foi. Ils sont cloués autour de la chaire, bouche liée, les hommes tous debout et immobiles, les femmes assises dans des bancs de bois et immobiles.

Certes le Rembrandt moderne qui voudra peindre ou dessiner des scènes d'Évangile devra s'en aller là chercher des modèles. — Et lorsque tout ce peuple, de sa voix traînante et puissante, entonne un cantique su par cœur, on songe à ces armées dont parle Shakespeare dans le prologue d*Henri V, à ces armées qui communiaient avant d'aller combattre.

Aussi la lutte religieuse est-elle, à l'heure qu'il est, en Allemagne, dans les provinces du Rhin surtout, plus vive que partout ailleurs dans le monde. H. de Bismarck le sait, et il faut qu'il soit bien convaincu que la foi allemande est chose d'importance pour que ce chêne qui ne rompt pas ait jugé bon de plier déjà un peu comme le roseau.

En France, on ne sait pas exactement ces choses, et c'est pourquoi si peu d'hommes peuvent juger sainement ce qui se passe actuellement entre Berlin et Rome. — L'Allemagne a eu un Luther, mais voilà longtemps; elle n*a pas eu de Lamennais ; et si la France, qui est la fille aînée de l'Église, renonce à son rôle, la fille cadette, qui est peut-être l'Allemagne, demandera à prendre la place de l'aînée ; au moins cette combinaison est possible ; et lorsqu'on est à Cologne, on sent qu'elle est possible.

L'Allemand, par nature, est soldat. Voilà ce que les Français n'auraient jamais dû oublier. Mais la grande armée allemande, toujours militante, toujours active, se divise maintenant en soldats athées, soldats luthériens et soldats catholiques. Les soldats catholiques sont encore nombreux à Cologne.

J*ai parlé du Dom d'abord, parce qu'il est immense et domine tout. Quand une ville a bâti un monument pareil, elle en fait nécessairement le centre de ses idées et de sa vie. Mais, outre celle-là, Cologne a vingt belles églises et chapelles; c'est la ville des clochers. Saint- Géréon, situé tout au bout de la ville, près des remparts, est massif, puissant, ténébreux et inquiétant comme un chapitre de Grégoire de Tours. Dans Sainte-Marie, au Capitole, le pavé de la nef et du choeur est formé d'admirables mosaïques, jeunes et fraîches comme si elles étaient faites d'hier, représentant des cerfs au cou penché qui broutent l'herbe, et les trois âges de la vie : l'enfance — l'adolescence — la vieillesse. J'y ai vu des vieilles femmes embrassant les pieds et les mains d'un grand Christ de bois peint, placé au bas de la nef^ avec une expression de foi exaltée et de tendresse que Rubens lui-même n'a pas su rendre dans la Descente de Croix de la cathédrale d'Anvers,

On connaît la célèbre châsse de Sainte-Ursule qu'on voit à Bruges, à l'hôpital Saint-Jean. Les églises de Cologne sont autour du Dom comme les compagnes de Sainte-Ursule autour de la sainte.

Quand on arrive à Cologne un dimanche matin, on n'a qu'à se faire conduire successivement dans chacune des églises de la ville; en deux heures on peut les voir toutes. On aura vu du même coup une moitié de la po pulation, qui est pieuse et va régulièrement à la grand' messe. On aura vu aussi presque toute la gent campagnarde des environs, qui mérite aussi qu'o n la

regarde. Les grandes filles blondes, robustes et trapaes, qui travaillent toute la semaine du côté de Mûhlheim ou du côté de Brùhl sont toutes venues ce jour-là à Cœln (Cologne), et c'est par milliers qu'on les voit embrasser les pieds des madones.

Quand ils sortent du Dom, après la grand'messe, les habitants de Cologne vont se promener dans la Hochs- Irasse^ rue populeuse, à peu près aussi large et aussi éclairée que la rue Saint- Jacques ; c'est là que se trouvent les belles boutiques, les magasins de bijouterie, d'orfèvrerie et de chinoiseries, les confiseurs, les grands ma* gasins de nouveautés. — Vers le bout de la rue, sur une petite place, à gauche, on peut voir depuis quelques années une statue du prince de Bismarck, en tunique de soldat boutonnée, la main appuyée sur la poignée d*ua sabre.

Ceux que la promenade dans les rues n'amuse pas vont au musée Walraff-Richard, dont l'entrée est gratuite le dimanche^ et qui reste ouvert de dix heures à une heure de l'après-midi. Aussi la foule s'y presse-t-elle, montant et descendant l'escalier quî conduit du rez-de-chaussée aux salles du premier étage, ouvrant de grands yeux étonnés, et passant vite.

Il y a pourtant des trésors dans ce musée. Les salles du rez-de-chaussée, à gauche, pleines des œuvres des vieux peintres de Cologne, méritent, à elles seules, qu'on fasse le voyage. La plupart de ces tableaux, recueillis pendant la Révolution de 1789 et les guerres de l'Empire, par des gens intelligents, amoureux de l'art

comme les Boisserée, sont parfaitement conservés^ bien supérieurs aux tableaux que nous envoie TAUemagne moderne. Et quels enseignements! On peut faire là en quelques heures tout un cours d'histoire et de psychologie chrétiennes devant les jolies saintes, mignardes, roses et poupines, habillées de gaze vert d'eau ou serrées dans des corsages de velours noir ; on peut rêver longtemps devant les donateurs à genoux, sérieux et graves dans leur armure d'acier bruni et coiffés d'un bonnet de cannetille d'or ; on peut méditer devant les Sainte- Agnès, les Sainte-Ursule, grandes et gracieuses femmes aux yeux modestement baissés, posant leur longue main blanche sur l'épaule de la donatrice, avec un geste coquet et timide, comme une grande sœur qui caresse sa plus jeune sœur.

Enfin on peut voir là l'imagination délirante des vieux peintres chargés par une confrérie ou par un couvent de peindre un enfer : on voit dans quelques tableaux des monstres effroyables, au poil verdâtre tout hérissé, roulant leurs gros yeux et ouvrant une gueule énorme pour mieux épouvanter les damnés et les gens qui seraient tentés de se damner; à droite du spectateur des démons semblables à des chimères japonaises, des troupes de diables qui ne sont que ventres ballonnés, oreilles pointues, yeux sanglants, assaillent leurs victimes à coups de fourche, tandis qu'à gauche une multitude d'élus blonds et d'élues blondes, absolument nus, accompagnés d'anges frisés qui les prennent coquettement et familièrement par la taille, se dirigent vers une

porte du Paradis, travaillée et enjolivée comme le miroir d'une Médicis.

Cinq des salles sont occupées par ces tableaux de légende religieuse ; une autre salle, la première, est pleine de portraits d'anciens bourgmestres de Cologne, d'architectes tenant en main un rouleau de parchemin (le plan d'un cloître ou d'une église) ; tètes fines, prudentes, savantes, aux lèvres minces, aux yeux rêveurs et doux. On se figure généralement que tous les Allemands sont blonds, j'ai vu là des chevelures brune s, abondantes et frisées, de grosses lèvres épanouies, une très grande variété de types. Les femmes ne sont pas moins curieuses que les hommes; supérieures de monastères, fondatrices d'ordres, béguines de tous les rangs de la hiérarchie, ou simples femmes pieuses prises du désir de voir leur portrait dans une chapelle, elles sont là toutes, grasses et blanches, le teint un peu blafard, tenant de longs chapelets aux grains de bois dans leurs mains blanches et douces.

Cette partie du musée est vraiment le véritable trésor de Cologne; c'est là qu'il faut aller deviner la nouvelle Allemagne dans les vieux portraits. Quel dommage que la collection soit incomplète et que Munich ait dans les salles de son musée une large part des dépouilles de Cologne.

Au premier étage, les tableaux anciens ne sont pas très nombreux; mais ils sont beaux ; on peut y voir quelques bonnes toiles des écoles flamande et hollandaise, un beau

ubens, un Jordaëns, des Van Dycks, — et surtout un

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merveilleux Téniers, qu'on a mis sous verre. — C'est une chaumière où une vieille file son rouet près de son vieux: tableau admirable de fraicheur, aux colorations fines et reposées.

Quant au musée moderne, il est aussi mauvais que les autres musées modernes allemands. Les gens de goût en Allemagne n'achètent que de vieilles choses. Au milieu de CCS tableaux, tristes et mai peints, une belle toile signée Roybet, éclatante et lumineuse, montre que la gloire de notre école française n'est pas près encore d'être éclipsée.

Quand lord Beaconsfield vint en Allemagne pour assister au Congrès de Berlin, on raconte qu'aussitôt sa besogne d'homme d'État finie, il quitta Berlin précipi pitamment pour venir passer une journée au moins à Cologne avant de s'en retourner en Angleterre. Il dut aller voir ou revoir le musée, car l'auteur de Contarini Fleming et de Coningsby était homme à comprendre les vieilles et poétiques reliques; il aimait les fleurs ; il devait aimer les tableaux de la vieille école de Cologne.

En sortant du Musée, les gens qui ne vont pas aux vêpres vont au Jardin zoologique ou à la Flora.

De une heure à six ou sept heures du soir, de longues files de promeneurs remontent le beau et large quai du Rhin d'où l'on aperçoit, à l'horizon, les maisons de Hûlheim, ou s'embarquent dans un bateau à vapeur, qui pour quelques sous et en quelques minutes les conduit à destination.

Le Jardin zoologique de Cologne est fort beau, pas

aussi luxueux cependant que celui d'Anvers, mais plus riche que beaucoup de jardins zoologiques français, et surtout mieux tenu. — Il y a toujours foule devant la ca^e des lions.

La Flora a de belles serres^ où on a installé des tables. L'hiver, on y fait de là musique ; les hommes causent en prenant du café au lait ; les femmes se lorgnent, se toisent, examinent les toilettes et les jugent sévèrement. Les jeunes gens vont patiner sur les lacs gelés. L'été, la musique joue toute l'après-midi sur la terrasse de la serre; on boit toujours du café au lait. Et c'est ainsi toute Tannée.

Les promeneurs reviennent vers la ville à la tombée de la nuit, au moins les promeneurs sages. Car, à Theure où paraissent les étoiles, le long du Rhin, une rangée de guinguettes, chalets, bouchons, cafés-restaurants avec salles de danse, Kneipe plus ou moins'mal famées, allument leurs becs de gaz ou leurs lanternes. L'été, un théâtre de banlieue joue des opérettes grivoises, qu'on va voir et qu'on applaudit. Tout ce côté de Cologne prend, le soir, un air de kermesse timide, de Ducasse à la fois hardie et sentimentale.

Les bourgeois vont au grand théâtre de Cologne. La salle ressemble à celle de l'Odéon ; elle est vaste, plus élégante que celles où on joue la comédie à Berlin, et mieux aménagée. Les fauteuils d'orchestre sont confortables, les loges spacieuses.

Le répertoire est aussi varié que possible ; j'y ai vu jouer par les comédiens ordinaires des pièces de

Molière et des pièces de Scribe, alternant avec les comédies et drames du répertoire allemand.

D'excellents artistes comme M. Eckert jouent les grands rôles de Molière. M"*' Ziegler y donne parfois une série de représentations, où elle se montre aussi fine et enjouée comédienne que grande actrice de drame. 11 y a là des acteurs très souples et très exercés qui peuvent jouer dans le même mois trois ou quatre pièces de Shakespeare: Othello^ la Mégère domptée^ le Songe d'une nuit d'été.

Mais c'est surtout la troupe des acteurs de Meiningen qu'il faut aller voir quand elle passe par Cologne. Elle y vient presque chaque année ; elle y donne souvent Jules César, le Conte d^hiver.

J*ai assisté à plusieurs de ces représentations, et j'en ai gardé un souvenir ineiïaçable. Je ne crois pas qu'il soit possible de monter une pièce avec un soin plus grand, un souci plus religieux de la vérité historique. Le peuple allemand a tant lu et relu Shakespeare, il Ta si "profondément pénétré, qu'il en a fait presque un de ses auteurs nationaux. Aussi le public peut-il exiger beaucoup des acteurs qui s'attaquent aux rôles du grand tragique anglais. Quand ce sont les acteurs de Saxe-Meiningen qui jouent, les plus délicats des spectateurs peuvent être satisfaits.

Non seulement les costumes sont exacts et magnifiques, mais les moindres rôles sont tenus par des acteurs si scrupuleux et si longtemps exercés qu'on ne perd presque aucun mot du texte. Ces acteurs connaissent

non seulement leur rôle, mais deux ou trois des rôles delà pièce, si bien qu'ils peuvent jouer indifféremment l'un ou l'autre.

Les figurants eux-mêmes ont été soumis à de longues répétitions ; tous leurs gestes ont été étudiés. Dans la grande scène du troisième acte de Jules CésaVy où Antoine lit devant le peuple le testament, la foule l'entoure si bien, elle est si émue, si haletante, elle tressaille si visiblement à chaque mot de l'orateur, que Tillusion est complète. On assiste vraiment, comme si on était en plein forum, à toutes les péripéties du drame.

L'acteur qui jouait Jules César était grand, maigre, majestueux et dédaigneux. Il avait bien la parole brève et lente, le geste rare et hautain du triumvir qui songe à prendre la couronne, et lorsqu'il disait devant Brutus, Cinna et Cassius : c Je pourrais certainement être ému, si j'étais comme vous... mais je suis constant comme l'étoile du Nord qui, pour l'immobilité et l'obéissance à sa loi de fixité, n'a pas son égale dans le firmament. » Un fris son d'admiration parcourait la salle.

Enfin, lorsqu'au quatrième acte, le fantôme de César assassiné apparaît à Brutus, l'impression de terreur était telle que chaque spectateur pouvait dire avec l'acteur : c Es-tu un dieu, un génie, un démon, toi qui glaces mon sang et fais dresser mes cheveux ? »

Quand un directeur français se décidera à monter un drame de Shakespeare — et peut-être ce jour arriverat-il enfin — c'est aux acteurs de la troupe de Meiningen

peut-être plus encore qu'aux acteurs anglais qu'il devra demander des conseils.

Le Conte d'hiver était aussi bien soigneusement monté, bien finement joué. J ai vu là un Autolycus que je n'oublierai pas de longtemps ; le niais qu'il berne et qu'il détrousse était bien amusant aussi. Le décor de la fête de village pouvait être comparé aux plus beaux décors de notre Opéra.

Le théâtre allemand est habituellement si pauvre, les décors allemands sont si généralement mesquins et tristes, la pi upart des acteurs sont si gauches et si mal costumés, qu'il faut signaler cette exception et rendre pleine justice à l'excellente troupe de Meiningen.

Cologne a aussi ses cafés-concerts, fréquentés par les étudiants en rupture d'Université, des voyageurs et quelques rares habitants de la ville qui viennent y oublier pendant une heure ou deux la grave monotonie de leur vie et leur imperturbable gravité. On y joue des saynètes assez lestement et drôlement. On y chante des chansons à couplets, qui ne sont ni meilleures ni pires que celles qu'on chante chez nous. Les gens qui vont là ne sont pas des difficiles. La seule chose remarquable est le public, qui ouvre de grands yeux, et s'amuse en dedans. On voit là de bonnes têtes sérieuses, et même pensives, avec des yeux brillants.

Le théâtre finit à dix heures. Les spectateurs qui ont mangé pendant l'entr'acte, dans le sous-sol du théâtre, un schnittchen diXiîwaihon ou un schnittchen au fromage, sont rentrés ; ils soupent et se couchent. A onze heures,

Cologne dort, et le Dom, plus majestueux encore que pendant le jour, dresse dans la nuit sa grande silhouette noire qui domine la ville. Il y a dans les rues des gardes de nuit (nachtwœchter) ; mais ils n'ont rien à faire ; les rôdeurs de nuit sont rares et paisibles. Et Cologne dort d*un bon et lourd sommeil comme un honnête bourgeois dont la journée a été bien remplie.

€3obleiitx.

Si Coblentz n'avait pas de château, elle aurait un peu Taîr d'un couvent bâti près d'une caserne, le couvent regardant la caserne de travers et la caserne se moquant un peu du couvent; ce qui n'empêche pas nonnes, prêtres et soldats de vivre en assez bons rapports et sur le pied d'une intimité armée. Une cour a toujours cet avantage, qu'elle rapproche, réconcilie, adoucit les êtres les plus divers. Et voilà longtemps déjà, depuis que les canons d'Ehrenbreitstein n'ont plus tonné, — que Coblentz est la résidence d'été et d'automne de l'impératrice d'Allemagne..

L'impératrice aime Coblentz , un peu comme Marie- Antoinette devait aimer Trianon, ou comme Catherine de Médicis devait aimer son château de Saint-Haur, chanté par Ronsard. Saint-Maur est un peu triste, Trianon mélancolique. La mélancolie est bien la vraie fleur allemande.

Une grande rue droite, toute neuve et moderne, dont les maisons sont précédées de jardinets plantés de roses,

comme beaucoup de maisons anglaises, conduit de la gare du Rhin au château. Le touriste qui passe, en landau de louage, dans cette grande rue, voit, à sa droite, une petite portion de la ville neuve; à sa gauche, un peu de la ville neuve encore et toute la vieille ville.

Les passants qu*il rencontre sont des soldats allant au service,. des officiers qui se tiennent droit, des fonctionnaires se hâtant vers un bureau administratif ou revenant d*une visite chez un autre fonctionnaire. En Allemagne, Tadministration absorbe toutes les forces vives du pays : celui qui n'entre pas dans les cadres n'est rien ou presque rien.

Nul ne prend garde à lui, il est un original, un réfractaire. Et qui s'occupe des réfractaires de province?

Le reste de la population, composé de marchands, de maîtres d'hôtel, d'ouvriers, vit, vivote, végète, paisible et caché. Nul ne s'en occupe.

Coblentz vit les yeux fixés sur son château, qui s'ouvre en juin pour recevoir l'impératrice venant de Bade, et, fermé d'août à octobre, se rouvre en automne pour se fermer de nouveau en décembre. C'est surtout le Coblentz d'automne qu'aime l' impératrice : quand Bade devient pluvieux et humide, quand le sol spongieux de la forêt Noire dégage des brouillards et des buées, lorsque les sapins sont comme enveloppés de ouate grise et que les sources chantent plus tristement sous un lit de feuilles d'or, Coblentz est encore habitable. Les platanes des Anlagen ont déjà laissé tomber leurs larges feuilles qui craquent sous le pied ; le Rhin, chaque matin, coule sous

un rideau de brume ; les feuilles des tilleuls sont mortes depuis longtemps et forment, au pied de chaque arbre, de petits tas d'une poussière jaune foncé ; — mais les grands appartements du château sont bien clos ; de grands feux clairs flambent dans les cheminées — et l'impératrice aime à sentir là ce premier frisson d'hiver^ dont Musset a parlé, et qu'il aimait.

Un soir, vers neuf heures, la cour arrive à la gare du Rhin et traverse la ville dans une suite de grandes voitures qui vont vite. Dès le lendemain les dîners commencent, et le Tout-Coblentz vient s'asseoir pendant un mois ou six semaines à la table impériale.

C'est pour Coblentz la saison (season), saison un peu triste parfois, mais non sans charmes. Les hôtes de la table impériale se connaissent depuis longtemps et font bon ménage ensemble; la conversation est celle de voisins de campagne qui causent de leurs prairies , de leurs bois et de leurs vignes : la récolte a-t-elle été bonne sur le Rhin et dans la vallée de la Moselle? Où la vigne a-t-elle le plus donné, à Urzig, à Giils ou à Cochem? Est-ce bien le moment, pour le Casino, de renouveler son exquise provision de vins? Les manœuvres d'automne, dans l'Eifel, se sont-elles passées sans incidents?

Voilà à peu près les sujets habituels et le ton des eauséries. Parfois une question sur les nouveaux visages, une anecdote un peu plus gaie contée dans une embrasure de fenêtre — une méchanceté dite à l'oreille, chuchotée avec un sourire et suivie d'un éclat de rire.

La présence de l'impératrice, qui n'aime pas les médi-

sants et ne tolère les anecdotes que lorsqu'elles sont merveilleusement contées , arrête les audaces et retient les langues. Toute la haute bourgeoisie de la ville a été reçue au château, connaît l'impératrice, lui a parlé et Ta écoutée.

Les récits des fêtes de cour défrayent les longues conversations des soirs d'hiver. Car, de décembre à avril, Goblentz sommeille ou même dort tout à fait, sous une couche de neige ou baignée par de fréquentes averses. Les rues, poudreuses Tété, sont en hiver boueuses, très sales ; plus d'étrangers, excepté de rares voyageurs dans les hôtels de commerce; plus d'Anglais au Géant; plus de passagers sur les paquebots qui vont de Mayence à Cologne; depuis quelques années les hivers sont froids au bord du Rhin ; souvent, en janvier^ le fleuve charrie des glaçons quî^ vus de loin, ont l'air de grands cygnes se laissant glisser sur Teau, les ailes ouvertes — une armée de Lohengrin. — L'eau déborde; les jardins des villas sont envahis ; la terre des Anlagen devient molle ; les plantations sont détruites.

Mais rimpératrice revient au printemps et répare tout. Les plantations du Rhin, où les habitants de Coblentz viennent se promener Tété, presque chaque jour, ont été faites sous son regard. Le plan de chaque kiosque, de chaque petit belvédère contenant une mappemonde, une lorgnette marine ou un thermomètre ; les bancs de simili-* pierre, où les jeunes Anglaises viennent lire des romans; les places où on joue au crochet; les charmilles, les parterres et les dessins des parterres ; les statuettes

d*amours vêtus et convenables ; les lions à Ggure tranquille, portant un écusson; les médaillons enchâssés dans une pyramide — tout a passé sous les yeux de rimpératrice; tout a été examiné, discuté et accepté.

Il y a un Le Nôtre allemand à imagination fleurie et compliquée, qui a inventé une sorte de jardins. Chaque année Timpératrice le fait venir, lui demande ses idées et lui donne ses ordres. Le nombre des statuettes a beaucoup augmenté en peu d'années , et les bancs de fonte peinte, imitant le bois, sont nombreux. Les habitants de Coblentz sont fiers de leur promenade et des embellissements de chaque année. L'idée des jardins embellis est d'ailleurs bien allemande. Dans les montagnes qui entourent Bonn et dans les Sept-Montagnes, près de Kœnigswinter, on rencontre des plaques commémoratives attestant qu'une Berg -Verschùnerungsverein (Société pour l'embellissement des montagnes) a passé par là et déposé des bancs le long de la route.

Quelques promeneurs préfèrent la montagne sans bancs, et les bords même du fleuve, avec du gravier, de rherbe et des fleurs sauvages. Ils sont rares et ne font pas souche.

En revanche, l'habitant de Bonn, de Cologne, de Mayence, et surtout Thabitant de Giils et de Cocbem, vient voir, le dimanche, les Anlagen de Coblentz et ouvre de grands yeux. J'ai vu de bonnes religieuses s'arrêter longtemps, ravies, devant un petit groupe d'amours poupins, qui lèvent des boucliers et brandissent des javelots.

J'étonnerais beaucoup, je crois, certains habitants de

Coblentz, si j'avouais que ce que j'aime le mieux dans leur ville, c'est tout ce qui a été fait avant 1800 : les maisons d'émigrés, les rues et ruelles d'émigrés, les villas devant lesquelles a passé la voiture du comte d'Artois ou la voi* ture du comte de Provence, les petites boutiques où les émigrettes (le mot a été inventé par une couturière qui émigrait) allaient faire leurs provisions, caqueter et écouter les commérages. Sans doute le Coblentz moderne a son caractère; un Nittis ou un Jean Béraud, un Neuville lui trouveraient une physionomie et sauraient la rendre ; il y a là, pour l'observateur , mille coins curieux : d'abord la grande place où se font les exercices, les manœuvres et les parades militaires ; — les redans où se fait Tinstruction, où Ton apprend à Fritz ou à Johann à marcher au pas; les gymnases de soldats, les manèges pour la cavalerie, dignes de tenter le crayon d'un Charlet; — les rues silencieuses où des religieuses noires ou marron passent comme des ombres ; — les impasses au fond desquelles brûlent des cierges, en plein jour, devant une image de la Madone; — les églises souvent pleines ; — et les ponts sur lesquels, au crépuscule , Grete ou Drina va retrouver un petit soldat du train.

Certes, tout cela est curieux, tout cela est bien plus l'histoire de Coblentz, l'histoire de tous les jours de Coblentz, que les guerres fameuses, les assauts, les passages d'émigrants. Et cela, la ville moderne le montre aussi bien que la vieille ville aux yeux qui savent voir.

Mais la vieille ville, la ville aux rues tristes , aux rues

mortes, aux rues sans commerce et sans gaieté, la vieille ville avec ses petites imageries, ses humbles boutiques de passementiers, de chapeliers, de couteliers; ses libraires sans clientèle et ses charcuteries prospères; la vieille ville habitée par des lithographes sans chalands, des imprimeurs qui n'impriment pas et se souviennent que leur grand-père imprimait, au siècle dernier, d'anciennes gazettes sur du papier jaune ; — la vieille ville avec ses gauvres et ses enfants de pauvres; ses petites rues où Abraham, Isaac et Jacob flânent sur leur porte devant une rangée de vieux pantalons^ guettant la proie et attendant Theure de l'usure; — la vieille ville aux ruelles étroites sans air, sans jour, où un paysan venu en ville, paysan de la Moselle qui vaut bien un paysan du Danube — pousse sa carriole dont les roues grincent ou traîne par la longe un petit âne têtu ; — la vieille ville où j*ai vu de si étranges almanachs, des plâtres si bizarrement peinturlurés ; de singuliers traités de politesse et de savoir-vivre. Le vieux Coblentz avec sa douce odeur de mort et son parfum de siècle passé , m'a fait tressaillir, je l'avoue , comme si j'entendais une vieille femme, de sa voix cassée , chanter au piano un air du ballet d'Arraide.

Oui, c'est bien l'Allemagne moderne que nous devons voir, nous autres Français, TÀllemagne faite par Bismarck et par Krupp; — F Allemagne qui a fortifié Ehrenbreitstein, cuirassé la Chartreuse, mis des sentinelles sur tous les ponts de la Moselle et du Rhin, et réussi, hélas ! à mettre garnison dans Metz. Cette Allemagne existe, ter-

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rible, et Henri Heine nous a avertis que ses compatriotes n'étaient pas des rêveurs.

Mais cette Allemagne ne peut être bien vue, vue avec profit, que par des officiers patriotes et savants, des officiers qui seraient en 1884 ce que M. de Moltke était en 1830, ce qu'était le comte Prokesch Osten quand il alla, vers 1826, à Alexandrie. Le livre définitif, le livre qui restera sur TAîlemagne moderne), sera sans doute écrit par un officier sachant écrire.

Mais il est une autre Allemagne sous l'Allemagne militaire, et la caserne n'a pas tout absorbé encore. Et cette Allemagne ancienne, qui vit toujours (qu'on ne l'oublie pas), l'Allemagne des mémoires de Goethe, des poésies de Hebbel et de Chamisso — l'Allemagne qui berce ses enfants en leur chantant de belles vieilles chansons, l'Allemagne qui respecte ses vieilles maisons et loge ses vieux souvenirs dans des rues sombres, cette Allemagne d'hier qui sera peut-être TAllemagne de demain (il y a de ces étranges retours), c'est beaucoup à Coblentz qu'on peut la voir.

Je sais que les modernes sont un peu dédaigneux de ces vieilles choses. Ils ont tort. Les peuples sans histoire sont comme des enfants sans famille : ils errent, épeurés, inquiets, sans longs souvenirs, sans beaux regrets. Or comment apprendre l'histoire si l'on ne se promène pas ''souvent dans les vieilles rues ?

L'impératrice sait bien cela ; on la voit souvent aux Anlagen, sur la route de Mayence, ou sur la route de la Chartreuse, parce que ces routes sont larges et que les

bois derrière Laubach sontbeaux« Mais elle aime aussi le vieux Goblentr; un jour qu*OQ parlait mal devant elle des petites rues boueuses et noires, on l'a entendue dire, d*un ton qui ne souffrait pas de réplique : il y a de belles maisons sur la Moselle !

C'est dans une de ces maisons, à l'entrée de la rue Saint-Castor, et à deux pas de l'église où saint Bernard prêcha la Croisade, qu*a vécu et qu*est mort un des plus grands hommes de guerre de ce siècle — le général de Gœben, qui fit, contre nous, dans l'armée allemande, la campagne de 1810-11. C'était un grand vieillard, maigre, osseux, ayant gardé une démarche légère de jeune homme; très myope, il portait toujours des lunettes derrière lesquelles pétillaient ses yeux bleus. Il était vif, galant et causait bien. Il avait des amies à la cour.

Dans sa jeunesse, il avait eu ce qu'on nommait autrefois des /bucatf^^; on raconte qu'étant obligé de passer par Paris dans un de ses voyages, il s'y arrêta trois fois ; et trois fois perdit dans les maisons de jeu tout l'argent qui lui restait en poche. Il faisait des dettes, les payait quelquefois, et riait beaucoup avec ses amis de ses créanciers. 11 avait fait la guerre avec don Carlos, avait été pris, et tout près d'être fusillé. Il racontait gaiement et finement sa vie de casse-cou ; vieillard resté jeune, aimant les jeunes gens, et qui ne voulait pas vieillir. Ih prit froid, un soir, en sortant du château, claqua des dents pendant huit jours, mourut après une agonie terrible. Le prince royal représentant l'empereur et une grande par-

tie de Tarmée allemande suivirent son convoi jusqu'au cimetière. L'impératrice le pleura.

II habitait, à Goblentz, cette grande maison où loge maintenant le général von Thiele, le commandant en chef des troupes du Rhin ; maison bien assortie à Thabitant, étrange, ayant Tair de ces maisons dont parle Edgar Poe, d*une maison hantée. Devant la porte, deux sentinelles près de leur guérite; en face, une auberge allemande, une Kneipe^ ayant pour enseigne :Zu7n Karpfen{k la carpe). Derrière la maison, un grand jardin, plein de sureaux, où volaient sans cesse en croassant, des nuées de corbeaux, s'abattant ou s'enlevant avec un grand bruit d'ailes. Maison* étrange, presque fantastique, où Ton imagine un Chateaubriand écrivant des Mémoires d'outretombe.

Et quels mémoires ce seraient que ceux du général de Gœben ! Les mémoires d*un Retz , vivant de 1830 à

L'empereur d'Allemagne vient demeurer environ trois jours par an à Goblentz, vers la fin du mois de juillet, ou au commencement du mois d'août, lorsqu'il revient des eaux d'Ems.

Le château, si calme d'ordinaire, et silencieux comme le château de la Belle au Bois-Dormant, s'anime alors et semble se réveiller; on loge les nombreux hôtes de la suite de l'empereur dans les chambres inhabitées. On donne, dans la Salle-Blanche, des dîners pendant lesquels un orchestre, placé dans une tribune, joue des valses et des ouvertures d'opéras. Les fonctionnaires qui sont invi-

tés à ces dîners y viennent en grand uniforme, et. vers sept heures on voit une foule dorée et chamarrée descendre les grands escaliers, et sortir du vestibule du château.

Ces soirs-la, on prend le café dans la salie des Grands Électeurs {Kunfurstensaat) où l'Impératrice a rassemblé une curieuse collection de livres d'histoire et la fleur de ses collections : la salle est vaste, meublée en grande partie avec des meubles du xviii" siècle, auxquels sont mêlés des meubles modernes en peluche ou en soie à fleurs brodées. On y peut voir, pendus aux murs, douze ou quinze portraits des électeurs de Trêves, qui furent des gens puissants, et ne sont plus que des morts bizarres — des curiosités historiques ; évèques galants et mondains, évoques pieux fondateurs d*abbayes, les uns truculents et terribles, les autres fins et gracieux comme des femmes, montrant de belles manchettes de dentelles et des mains de prélats, blanches et soignées; tous sont là, un sourire figé sur les lèvres. Et c'est bien le plus étonnant spectacle qu'on puisse avoir.

C'est une salle près de laquelle il ferait bon relire les mémoires d'Hamilton, ou un conte de Voltaire : Candide^ par exemple.

Les soirs où l'empereur habite le château, les troupes de la garnison lui donnent le régal d'une retraite aux flambeaux. Vers huit heures, au crépuscule, du fond de la grande rue, s'avancent au pas, des torches qui marchent; peu à peu, on distingue les soldats qui portent les torches. Ils se divisent, tournent autour de la grande fontaine dont les eaux jouent, viennent se ranger sous le grand balcon

et donnent à Tempereur une sérénade. Les tambours jouent une marche allègre, et les dames d'honneur se penchent au balcon pour voir.

Dès que l'empereur est parti, Coblentz qui avait pris un air de fête, rentre pour plusieurs mois dans le silence. Plus de grands dîners, plus de retraites au son des tambours ! Des marchés trois fois par semaine, qui animent un peu la ville et la font vivre; deux fois par semaine un concert aux Anlagen; puis le train-train ordinaire des travaux habituels et des visites prévues.

L'opinion allemande sur Coblentz? Les habitants de Bonn plaisantent Coblentz, comme Quillebeuf rit de Pont- Audemer. Pour un professeur de Bonn, Coblentz est une ville morte, un nid à rats, une réduction de Worms ou de Valladolid. Le château de Coblentz, c'est l'Escurial.

Mais Coblentz déclare que le séjour de Bonn est insupportable. La vie de la province est faite de très petites passions , et d'intérêts qu'on ne parvient à démêler qu'avec beaucoup de patience et de temps.

Les jeunes gens et les vieillards restés jeunes appellent Coblentz : le vieux Nid (das alte Nest). Ils sourient quand ils en parlent.

Mais les vieillards qui ont là de vieilles maisons et de vieilles habitudes s'y sentent bien pour rêver beaucoup en continuant de vivre. Comme toutes les villes du monde, Coblentz a son odeur : elle sent la fleur de tilleul, et j'ai trouvé qu'à certains jours, l'eau du Rhin, quand il n'y a pas crainte d'inondation et qu'elle coule, verte et pure, a la couleur que les poètes donnent à Teau du Léthé.

Strasbourg; la nouvelle IJnIversItë.

15 octobre 1884.

Strasbourg va inaugurer sa nouvelle Université par des fêtes qui dureront trois jours ; elles auront lieu le 26, le 21 et le 28 octobre. Le nouveau palais de TUniversité est situé sur le quai Dietrich. Dans quelques jours, le public sera admis à visiter les merveilles du Lichthofy à contempler le plafond en verre polychrome, les mosaïques du rez-de-chaussée et du premier étage, les escaliers de marbre noir, les cages d'escaliers soutenues par des colonnes en marbre vert foncé, les peintures des voûtes et la grande salle des fêtes où il y a déjà beaucoup d'or. Des camionneurs ont déjà transporté au palais le musée des plâtres qui s'était réfugié dans les sous-sols du château impérial.

Les fêtes qui commenceront le 26 et se termineront le jour des élections pour le Reichstag seront certainement très curieuses. Les fêtes universitaires de l'Allemagne sont célèbres : elles donnent la vie aux petites villes qui, sans elles, sembleraient un peu mortes, et elles font passer dans les grandes villes, comme Berlin et Strasbourg, des cortèges bariolés, curieux à voir. C'est le moment de faire une visite à Strasbourg.

J'ai déjeuné au buffet. La gare est allemande, le buffet est français — ou du moins on peut y parler français : on est sur d'y être bien et promptement servi. Les vins de ce buffet, surtout les vins d'Alsace, sont recomman-

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