‹ L'Allemagne de M. de BismarckChapitre 17 sur 32 · STRASBOURG · texte numérisé non relu

STRASBOURG

dables. J'y ai bu un wolsheimer léger, couleur d'or jaune, qui m'a laissé le plus agréable souvenir.

Les quartiers qui touchent immédiatement à la gare de Strasbourg sont les moins curieux de toute la ville. Ils ne révèlent rien de nouveau à l'étranger. L'Ill, canalisée, coule doucement au pied de maisons calmes, sans caractère bien spécial. Mais dès qu'on a traversé le canal et dépassé la pi'emière rue, le vrai Strasbourg se révèle : vieilles maisons qui ont résisté au bombardement, grandes cours silencieuses aperçues à travers une porte ronde, petites boutiques faites pour tenter le pinceau d'un Gérard Dow ou d'un Van Ostade — corridors de maisons éclairés par un rayon de soleil que l'on dirait peint par Pieter de Hoogh — on reconnaît dès les premiers pas la ville sage et dévote, tout occupée habituellement de son commerce et de ses études, et qui a su, quand l'ennemi s'est présenté à ses portes, montrer qu'elle était la plus courageuse ville de France.

Mais sur l'ancien Strasbourg, que chacun connaît, les Prussiens ont greffé depuis peu toute une nouvelle ville qu'il est intéressant d'étudier.

Dans le quartier de Weissthurmring, qui conduit à la Weissthurmthor (porte de la tour blanche), on a bâti partout. On aperçoit à droite les immenses bâtiments ; c'est la nouvelle gare construite par le gouvernement allemand. Elle est énorme. On sait d'ailleurs qu'en architecture les Prussiens ont une prédilection pour le colossal et l'énorme. La nouvelle gare de Strasbourg ressemble aux gares de Metz, de Mannheim, qui sont

les plus grandes que j'ai vues dans mes voyages d'Allemagne.

Plus loin, à la porte même des remparts, un lourd et épais bâtiment en grès rouge, dont personne n'a pu me dire la destination, mais qui me semble plus propre à loger des canons de gros calibre et des boulets qu'à abriter des êtres vivants.

Dans toute cette rue qui aboutit à la porte de la ville, des maisons neuves, massives, qui, avec leurs lourds balcons aux angles droits, leurs fenêtres symétriques, leurs ornements sans beauté, sont évidemment sortis du cerveau d'un architecte allemand. Des boutiques essayent de s'ouvrir au rez-de-chaussée, Restaurations, charcuteries, boucheries, épiceries. On voit de grandes salles nues, vides, où près d'une fenêtre, une fille d'auberge tricote. Le client n'ose pas encore se hasarder dans ces déserts.

Je ne sais quel sort l'avenir réserve à ces quartiers neufs de Strasbourg ; mais tels que je les ai vus, ils m'ont paru lugubres, pareils à des articles d'importation étrangère, disparates et laids, déposés à la porte même d'une des plus belles villes qu'ait eues la France, et placés comme pour faire repoussoir aux vieux, aux beaux quartiers de la ville.

Un écriteau indique que cinq de ces immenses maisons neuves sont à vendre, au prix coûtant, ce qui semblerait annoncer que l'entrepreneur qui les a élevées à grands frais a hâte de s'en débarrasser. Quelques-unes sont habitées. J'y ai vu, dans Tencadrement d'un balcon

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