M. DE BISMARCK, L'AUTRICHE ET LA RUSSIE
«'empresser avec Taide des bataillons de chemins de fer^ d'occuper les villes de Gracovie, Tarnow et Przemysl, qui sont les centres de réseaux de chemins de fer, et de couper toutes les lignes télégraphiques et toutes les lignes de chemins de fer venant de Pologne. Les Cosaques doivent ensuite, pareils à un fléau volant, se répandre dans toute la Galicie, pour empêcher la mobilisation des troupes territoriales.
c L'artillerie pesante suivra immédiatement la cavalerie avec des sapeurs et des colonnes d'ouvriers du génie, pour établir des camps retranchés dans les plaines de la Galicie ; alors viendra Tinfanterie. >
La Gazette de Voss reproduit textuellement cet article qui est immédiatement traduit, cité dans toutes les feuilles allemandes. La Bourse baisse à Berlin, et la panique s'y fait sentir encore. La Gazette nationale de Berlin pousse des cris d'alarme, et dit que le Gouvernement allemand est sans doute en train d'augmenter l'effectif de la cavalerie et de l'infanterie sur la frontière russe.
En même temps, tous les journaux de Vienne discutent la double question de la haine russe et de l'alliance allemande et mettent leurs lecteurs en garde contre les exagérations de la feuille polonaise; une immense polémique commence dans les trois royaumes sur ce sujet palpitant. Que faut-il penser des intentions de la Russie ? La Russie arme-t-elle ? Se prépare-trelle vraiment à entrer en campagne? Et si elle ouvre le feu, qui attaquerat-elle : TAutriche seule ou l'Allemagne elle-même dans la personne de son alliée autrichienne ?
Voilà les graves problèmes rjai agitent encore le Berlin politique et Qnancier^ et qui Tagiteront longtemps encore. Car on sent bien qu'ici les journaux ne sont que des porte-voix, et à travers leurs exagérations voulues ou leurs réticences calculées on cherche à deviner quelles sont les grandes voix, les voix autorisées qui prêchent la paix ou la guerre !
Il parait certain maintenant que le voyage du comte Herbert de Bismarck à Vienne était un voyage diplomatique de la plus haute importance, le comte n'étant rien moins que le représentant et en quelque sorte le chargé d'affaires de son illustre père. Le comte Herbert a passé plusieurs jours à Vienne, recevant des dépêches du gouvernement allemand, des dépêches de la chancellerie allemande, et portant les unes et les autres au ministère autrichien.
Ce qu'on sait en outre^ depuis quelques jours seulement, c'est qu'avant de partir pour Vienne, le comte Herbert avait fait, le IS décembre, une courte excursion en Angleterre où il avait conféré avec lord Granville, avant de s'aboucher avec le comte Kalnoky. — Ce qui autorise surtout à croire que le comte Herbert était chargé d'une haute mission diplomatique, c'est que les rapports sont assez tendus depuis quelque temps entre le comte Kalnoky et M. de Bismarck. Au moins les journaux allemands le disent; ils semblent laisser entendre qu'une ère nouvelle aurait commencé avec l'entrée de M. Kalnoky aux affaires, et que ses prédécesseurs, M. de Haymerle et le comte Andrassy étaient plus souples et plus