‹ L'Allemagne en 1848Chapitre 12 sur 52 · L INSURRECTION DE BERLIN · texte numérisé non relu

L INSURRECTION DE BERLIN

plus petits, continuaient à diviser rAllemagne en lambeaux innombrables, que pouvait faire le paiti prolétarien, sinon suivre des yeux le mouvement de Paris — de toute importance pour lui — et lutt(>r aux côtés des boutiquiers, pour acquérir les droits qui lui permettraient plus tard de mener sa lutte propre?

Il n'y avait que trois points par lesquels le parti prolétarien se distinguait essentiellement, dans son action politique, de la classe des petits industriels ou de ce qu'on a])pelait le parti démocratique : d'abord il jugeait d'une façon difi'érente le mouvement français, au sujet duquel les démocrates atta((uaient el les révolutionnaires prolétariens d('fendaienl \o parti extrême ; ensuite il proclamait la nécessilt' d'i-tablir une n-publique allemande une et indivisible, tandis que les ultra les plus extrêmes parmi les di'mocrales n'osaient aspirer ([u'à une république f('d('rative ; enfin il montrait à cbaqne occasion cette audace et cette énergie révolutionnaires qui manqueront toujours à un parti guidé par b's petits industriels ou compos!' priiicipalrmcnt d'eux.

Le [)arli proléliiricii ou vraiment révolutionnaire n'a pu arriver (|ue très graduellement à soiisiraire la masse des ouvriers à l'intluence des déniocrales à la suite desquels ils marchaient dans les commencements de la Révolution. Mais l'indécision, la faiblesse et la couardise des chefi^ (les (I ('in ocra les ont, avec le temps, fait le reste, et

l'un des principaux résultats des secousses survenues ces dernières années consiste, semble-t-il, en ce que, partout où la classe ouvrière concentrée se trouve en niasses tant soit peu considérables, elle est entièrement débarrassée de Tintluence démocratique qui, pendant les années 1848 et 1849, l'a conduite à toute une série de fautes et de désastres. Mais n'anticipons pas ; les événements de ces deux années nous fourniront en abondance l'occasion de montrer messieurs les démocrates à l'œuvre.

Les paysans prussiens, comme Its paysans autrichiens, mais avec moins d'énergie, parce que l'oppression du féodalisme était, en somme, moins forte, ont profité de la Révolution pour s'affranchir aussitôt de toutes les entraves féodales. iVIais, pour les raisons que nous avons exposées plus haut, dans notre pays les classes moyennes se sont aussitôt tournées contre eux, leurs alliés les plus anciens et les plus indispensables; les démocrates, effrayés, autant que la bourgeoisie, par de prétendues attaques contre la propriété privée, ne les soutenaient pas non plus, — et après une émancipation de trois mois, après des luttes sanglantes et des exécutions militaires, particulièrement en Silésie, la bourgeoisie, hier encore antiféodale, rétablit le féodalisme de ses propres mains. C'est l'acte le plus impardonnable qu'on puisse lui reprocher. Jamais aucun })arti dans l'histoire n'a commis semblable trahison envers ses meilleurs

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alliés et envers soi-même, et quels que soient rhumiliation et le châtiment réservés à ce parti de la classe moyenne, ce seul acte les mérite pleinement.

Octobre 18."il.

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