POLONAIS, TCHÈQUES ET AI-LEMANDS
sèment de la l^ologne qu'ils devaient s'attendre à ce qu'on leur demandât, comme première preuve de la réalité de leurs sympathies, de restituer leur part du butin. D'un autre côté devait-on rendre des régions entières habitées principalement par les Allemands et des grandes villes entièrement allemandes à un peuple qui, jusqu'à présent, n'avait donné aucune preuve de sa capacité à dépasser un état féodal basé sur le servage agricole? La question était assez embrouillée. La seule solution possible était une guerre avec la Russie. La délimitation des dilTérentes nations en révolution serait alors devenue secondaire, le principal aurait été de défendre la frontière contre l'ennemi commun. Les Polonais, qui auraient reçu de vastes territoires à l'est, seraient devenus plus conciliants et plus raisonnables à l'ouest, jugeant qu'après tout Riga et Mitau étaient tout aussi importants que Danzig et Elbing. (Test ainsi que le parti avancé d'Allemagne jugeait la guerre avec la Russie nécessaire pour le maintien du mouvement sur le continent et croyait que le rétablissement, comme nation, ne serait-ce que dune partie de la Pologne amènerait inévitablement cette guerre. 11 soutenait les Polonais, tandis que le parti dominant, celui de la classe moyenne, qui prévoyait clairement qu'une guerre nationale avec la Russie amènerait sa chute, parce qu'il faudrait au pouvoir des hommes plus actifs et plus énergiques,
déclarait, en feignant un grand enthousiasme pour l'extension de la nationalité allemande, que la Pologne prussienne, principal foyer de Tagitaiion révolutionnaire polonaise, devait faire partie de cet Empire allemand qui allait être créé. Les promesses données aux Polonais dans les premiers jours d'excitation furent honteusement violées. Les troupes polonaises, rassemblées avec l'autorisation du Gouvernement, furent dispersées et massacrées par l'artillerie prussienne, et déjà, au mois d'avril 1848, six mois après la révolution de Berlin, le mouvement polonais était écrasé, et l'ancienne hostilité nationale entre Polonais et Allemands rétahlie. Cette immense et incalculable service fut rendu à l'autocrate russe par les ministres-marchands libéraux, Camphausen et Hansemann. Il faut ajouter que cette campagne de Pologne était aussi le meilleur moyen de réorganiser, de rassurer cette même armée prussienne, qui, plus tard, devait chasser le parti libéral et écraser le mouvement que MM. Camphausen et Hansemann ont pris tant de peine à mener à bonne fin. « Punis par où ils ont péché », tel fut le sort de tous les parvenus de 1848 et de 1849, de Ledru-Rollin à Changarnier et de Camphausen à Hayuau.
La question des nationalités a encore donné lieu à une lutte, en Bohème. Ce l)ays, habité par deux millions dxVllemands et trois millions de Slaves de hingue tchèque, avait de grands souvenirs bislo-