‹ L'Allemagne en 1848Chapitre 24 sur 52 · INSIRRECTION DK VIF.NM · texte numérisé non relu

INSIRRECTION DK VIF.NM

contre les coiiqurtos populaires. La Légion académique, j)liic(' forte (lu parti du mouvement, centre dune agitation conlinuelle, était, pour cette raison même, devenui; odieuse aux bourgeois modérés de Vienne ; le 2(), un décret ministériel en prononça la dissolution. Ce coup aurait peut-être réussi, s'il avait été eflectué par une partie de la garde nationale seule ; mais le Gouvernement n'avait pas non plus confiance en elle, et mit l'armée en mouvement. Aussitôt la garde nationale se tourna contre le Gouvernement, se réunit à la Légion académique, déjouant ainsi le projet ministériel.

Pendant ce temps, le 16 mai, l'empereur et sa cour quittaient Vienne et s'enfuyaient à Innspruck. C'est là qu'entouré de Tyroliens bigots dont la loyauté s'était accrue par la menace d'une invasion de leur pays par l'armée sardo-lombarde, soutenus par le voisinage des troupes de Radetzky, qui tenaient Innspruck sous la menace de leurs armes, le parti contre-révolutionnaire trouva un lieu d'asile : à l'abri de tout contrôle, de tout regard et de tout danger, il pouvait réunir ses forces éparses, réparer et étendre de nouveau sur tout le pays la trame de ses complots. Les communications furent rétablies avec Radetzky, avec Jellachich et avec Windischgriitz, de même qu'avec les hommes sûrs appartenant à la hiérarchie administrative des différentes provinces ; des intrigues furent nouées avec les chefs slaves, — et

il se créa ainsi une force réelle dont disposait la camarilla contre-révolutionnaire, tandis qu'onlaissait les impuissants ministres de Vienne user leur faible et éphémère popularité dans de continuels différends avec les masses révolutionnaires et dans les débats prochains de l'Assemblée constituante. C'est ainsi que la politique consistant à abandonner à lui-même pendant quelque temps le mouvement de La capitale — politique qui, dans un pays centralisé et homogène comme la France, aurait conduit le parti du mouvement à la toute-puissance, se trouve être, en Autriche, dans ce conglomérat politique hétérogène, un des moyens les plus surs de réorganiser les forces de la réaction.

A Vienne, les classes moyennes, persuadées qu'après trois défaites successives et en présence d'une Assemblée constituante basée sur le suffrage universel, la cour n'était plus un ennemi à redouter, tombaient de plus en plus dans la lassitude et l'apathie, et demandaient à grands cris l'ordre et la tranquillité. C'est la revendication qui, partout et toujours, prédomine dans cette classe après les commotions violentes et les troubles commerciaux qui s'en suivent. Les manufactures dans lesquelles était employé le capital autrichien étaient presqu'exclusivement destinées à fabriquer des objets de luxe ; après la Révolution et la fuite de la cour, la demande de ces produits devait nécessairement diminuer. Les réclamations en faveur

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d'un système régulier du Gouvernement et du retour de la cour dont on espérait une renaissance de la prospérité commerciale, devinrent tr^'s géni'rales dans les classes moyennes. La réunion do l'Assemblée constituante, qui eut lieu en juillet, fut saluée avec joie comme la lin de l'ère révolutionnaire ; il en fut de même au retour de la cour qui, après les victoires de Radetzky et l'avènement du ministère réactionnaire de DoblhofF, se crut assez forte pour braver le torrent populaire. Sa présence à Vienne était, d'ailleurs, nécessaire pour conclure les intrigues avec la majorité slave de la Diète. Pendant que la Diète constituante discutait les lois qui émancipaient les paysans de la servitude féodale et du travail forcé auquel les condamnait la noblesse, la cour accomplit un coup de maître. Le 19 août, l'empereur passa la garde nationale en revue; la famille impériale, les courtisans, les ofliciers généraux flattèrent à qui mieux mieux les bourgeois en armes, déjà pénétrés d'orgueil en se voyant reconnus publiquement comme un des corps importants de l'Etat ; immiMliatement après, un décret, signé par M. Schwarzer, le seul ministre populaire du cabinet, supprima les secours que donnait jusqu'alors le Gouvernement aux ouvriers sans travail. Le tour réussit : les classes ouvrières avaient organisé une manifestation ; la garde nationale, formée par la classe moyenne, s'était déclarée en faveur du décret de son ministre ; lancés sur

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les « anarchistes », les bourgeois tombèrent comme des tigres sur les ouvriers dt'sarmés, qui n'opposèrent aucune résistance et. le 23 août, en massacrèrent un grand nombre. L'unité et la puissance ' de la force révolutionnaire étaient ainsi brisées; à Vienne aussi, la lutte de classes entre les bourgeois et les prolétaires avait amené un conflit sanglant, et la camarilla contre-révolutionnaire vit que le jour approchait où elle pourrait frapper le grand coup.

Les affaires hongroises servirent bientôt de prétexte pour proclamer ouvertement les principes qu'elle prétendait prendre pour guide dans son action. Le 5 octobre, un décret impérial paraissait dans la \Vir?ier Zrifinig. Il n'était signé d'aucun des ministres responsables de la Hongrie. Il dissolvait la Diète hongroise et nommait le Ban de Croatie, Jellachich, gouverneur civil et militaire du pays, — Jellachich, le chef de la réaction chez les Slaves du sud, un homme qui était en lutte avec toutes les autorités légales de la Hongrie. En môme temps ordre fut donné aux troupes de Vienne de quitter la ville et de se joindre à l'armée qui devait appuyer l'autoritéde Jellachich. C'était, cependant, montrer trop l'oreille; tout le monde sentit à Vienne que la guerre contre la Hongrie était dirigée contre le principe du Gouvernement constitutionnel, principe déjà foulé aux pieds par le décret lui-même ; l'empereur tentait d'émettre des décrets ayant force de loi sans les faire contre-

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