CO M M [I NA I
iiards .. Daas im villajje ai)|)arieiianl à l'abbaye de Lindau, le paysan dcvail aussi, selon le rè[;lcjiicnl, ' une poule le mardi gras ». A Winni- {>cn-sur-Moselle, il lui fallait l'aire " une oUrande gracieuse en vin •, odraude dont la mesure variail selon (pje Tannée avait été bonne ou mauvaise. Mais la plupart du temps, les paysans exempts de toute rétribution étaient libres d'employer comme ils l'eniendaient, et le plus utilement possible pour leurs intérêts, leur part de communal'.Ils avaient donc - l'eau, le pAtis.le terrain inculte (vaine pâture), le poisson sur le sable, le gibier dans la campagne, pour les besoins et nécessités de leur subsistance*". Aucune parcelle de communal ne pouvait jamais être vendue. Les seigneurs fonciers, sans l'assentiment du village, ne pouvaient non plus rien en distraire, et n'avaient pas même le droit, sans la permission des paysans, de faire couper du bois et de le faire transporter en dehors des limites du village ^
On voit que le colon d'une métairie, ou de tout autre bien appartenant à un propriétaire ecclésiasiique ou séculier, avait, outre la propriété héréditaire et soumise à des redevances qui lui était confiée, une copropriélé réelle dans les terrains de la commune *.
Au quinzième siècle, les droits au communal, dans la plupart des villages, consistaient encore en droit de pâtis pour les bestiaux, droit de glandée cl droit de libre coupe dans les bois. Les coupes, les « jours de bois ^ , étaient fixées à des époques déterminées, et les villageois venaient abattre ce qui leur était di\; puis, sous la surveillance des représentants de la commune, qui précisaient exactement les parts de chacun selon ses charges et nécessités, le bois de bâtisse et de chauffage, de charme, de haie, d'échalas ou autres, était distribué. Comme la richesse des paysans consistait presque toujours en bétail, on se préoccupait surtout du bon entretien des pâturages mêlés aux champs et aux bois. Ordinairement, ou fixait le nombre de bêtes que chaque fermier avait droit de posséder.
A ceux des habitants du village qui ne jouissaient pas de leurs pleins droits, et qu'on appelait les < manants ", classe composée pouj' la plupart d'ouvriers, de journaliers, gens absolument destitués de toute propriété, on constituait aussi certains droits au communal. Ils pouvaient y mener paître une chèvre, un porc, en un mot le bétail
' Pour plus de détails, voy. Maurer, Dorfverfasiung, t. I, p. 54-161. — Sur les propriétés de bois et les démarcations des foréls dans le Rheingau, voyez Ziux, p. 5J.
' (;iUMM, Weiithumcr, t. II, p. 321.
' Voy. par exemple, le coulumier de Sclnvanlieim il453). Grimm, t. 1, p. 522.
♦ C'est pourquoi le pilla^je des propriétés ecclésiastiques au seizième siècle fut fréquemment au détriment du « pauvre homme , auquel il faisait perdre sa part de communal.
nécessaireàrenlretien de leurvie.On attribuait auxplus pauvres soit un jardiu, soit les fruits de quelques arbres, soit même des pièces de terre qu'ils pouvaient défricher, puis culîiver pendant un espace de temps plus ou moins long. Outre cela, on leur abandonnait quelquefois du terrain pour y bâtir une cabane, et, dans beaucoup de communes, du bois de construction et de chauffage '. Les femmes en couches, qu'elles appartinssent ou non à la commune, avaient droit dans beaucoup de villages à une provision de bois; à la naissance d'un garçon, elles recevaient le double de la somme accordée à la naissance d'une filles
On appelait les livraisons de ce genre " offrandes gracieuses envers ceux qui ont besoin de notre assistance •^. Ces offrandes gracieuses s'étendaient aussi, dans une certaine mesure, aux voyageurs qui traversaient le pays. On trouve en abondance dans les « Sagesses » du temps des prescriptions analogues à celle-ci : « S'il survient un étranger, et qu'il veuille pécher une fois dans les limites de notre commune, il pourra jeter ses lignes dans le ruisseau. " " Tout étranger, de quelque lieu qu'il vienne, pourra pécher un plat d'écrevisses ou de poisson, mais il devra le manger dans l'enceinte du village, chez un aubergiste ou un habitant du pays. » " Un passant étranger pourra manger du raisin autant qu'il en voudra. Mais il ne pourra pas en emporter dans son sac; le garde ne lui demandera rien pour ce qu'il aura mangé, mais l'engagera seulement à continuer son chemin, et le remettra en bonne voie, s'il s'est égaré. » » Un voyageur, passant à cheval à travers champs, a le droit d'emporter aulant d'épis qu'il en pourra tenir dans ses deux mains pendant une course rapide. « « Un charretier traversant la route pendant la moisson peut réclamer trois gerbes. " On devai' aussi prendre soin des bétes fatiguées du voyageur : « S'il advenait qu'un homme passât en voiture avec son attirail et ses bêtes, et que la nuit le surprit dans le territoire du village, il pourra y prendre son repos et mener ses bêtes passer la nuit dans le communal. " Le voyageur avait aussi le droit de prendre dans les forêts communales le bois qui lui était nécessaire, au cas ou sa charrette ou voiture aurait eu besoin de réparations \
Les bois et les champs composant la propriété commune étaient considérés comme « biens sacrés et inviolables ». A des époques déterminées, on en faisait l'inspection solennelle en processions qui se faisaient tantôt à pied, tantôt à cheval, et pendant lesquelles on en Consta ait exactement les limites. Ces inspections étaient regardées
' Maurer, Dorfverfassung , t. I, p. 228-244. * Maurer, t. I, p. 23U-231.
' (iRiMM, t. m, p. 456, 462. — Maurer, Dorfrcrfassung, t I, p. 331-332, Introduction, p. 165-167, 193-194. — GriMM, liecshlaUerthumer, p. 400-402.
HABITATIONS DES CU LT I VA T E Ü li S. 279
comme fort importantes; elles avaient souvent lieu bannières déployées, tambours et fifres en tète, et constituaient en même temps des actes religieux. Un autel était construit sur la limite du communal, rÉvangile y était lu, puis le curé du villaj;e bénissait les champs '. Üans les communes seigneuriales ou mixtes oii des biens seigneuriaux étaient mêlés à ceux des paysans, des délégués du seigneur devaient prendre part à la procession. Les champs appartenant aux particuliers, prairies, jardins, vignes ou bois, é'aient aussi surveillés et protégés, et la plupart du temps entourés de haies. Toute rupture de haie était sévèrement punie. La partie habitée du village était en général entourée d'une haie, d'un fossé ou d'une simple muraille '.
Le mode de construction des maisons de paysans variait, comme les costumes, suivant les diverses races et les différentes contrées. En Franconie, l'habitation, les éfables, le hangar, la grange, tout était contenu dans une sorte de quadrilatère dont les divt-rses parties n'étaient point séparées par une cour, de sorte que le paysan, sans mettre le pied hors de chez lui, pouvait aisément avoir l'œil à tout. En Souabe, le villageois n'habitait pas à côté, mais au-dessus de ses étables; sa maison avait deux étages, et tout auprès, sous le même toit, se trouvait la grange. Dans les habitations des paysans de Saxe, le foyer était établi juste au milieu de la maison, et la ménagère, assise auprès, pouvait diriger toutes choses et surveiller aisément enfants, serviteurs, chevaux, vaches, cave, grenier et pièce d'habitation. La place auprès du foyer était la plus belle ^; le feu était allumé tout le jour et la nuit même brillait d'une faible lueur. On ne Tétei gnait jamais, si ce n'est le jour de la mort du maitre, selon l'antique usage '.
L'indissoluble union du paysan et de sa demeure était symbolisée par l'enseigne qu'il y attachait, et qui était une sorte de témoignage parlant. La charrue, la faucille, la gerbe , le hoyau peint ou sculpté sur la porte du cultivateur semblaient dire à tous les passants que le maitre de la maison était fier de son travail, qu'il y mettait sa gloire.
' Maurer, Introduction, p. 73, .325. — Dorfverfasning, t. II. p. 6-10. — Voyez aussi l'ordonnance villageoise d'Ingersheim {iiii), dans Mo.ne, Zeitschrift, t. I, p. 12.
* Mairer, Introduction, p. 37-39, 220-223. — Dorf Verfassung, t. I, p. 32-33, 357. — NordhipFF, HoL und Steinbau Westfalens, fol 125.
' Voyez MoNE. Zeitschrift, t. V, p. 130-131. — Sur les maisons de paysans en Saxe, voyez Nordhoff, Hola und Steinbau Westfalens, p. 12-2d. — Sur les maisons des paysans d'Osnabriick, voy. J. Moser, Patriotische Phantasien, t. III. p. 143-145.
* Tout ceci est en ore en usage aujourd'hui dans le^ riches familles de paysans d'Oldenbourg et dans le Schleswig. Voyez Riehl, Familie, p. 213.
" Le vrai cultivateur, dit le lAore des grains, plantes et arbres, ne met rien au-dessus de sa maison, rien ne lui est plus cher que sa femme, son enfant, et tout son petit peuple, il tient le travail en grand honneur, et se regarde comme en possession de la plus belle profession de ce monde, car Dieu lui-même Ta instituée dans le paradis '. »
Aussi la chanson populaire disait-elle :
Le chevalier a dit au laboureur : » Je suis sorti d'une race illustre! ' Le laboureur lui a répondu : « Je cultive le blé, j'ai, selou moi, un sort bien plus agréable que le tien! Si je n'étais cultivateur, lu ne jouirais pas longtemps de la noblesse! C'est moi qui te nourris avec le fer de ma charrue! Je n'attache aucune imporiance A ion faste; j'ai mon droit de paysan, il me semble bien supérieur. A quoi le servent les tournois et tes danses? Je n'y vois rien qui puisse le rendre plus fier, au lieu que mon rude labeur supporte le monde ''^! »
Les travaux des cultivateurs élaieul étroitement associés à l'administration communale, qui réunissait toutes les familles d'un village dans une association bien organisée, où les devoirs et droits de chacun étaient clairement délerminés. Tout membre de la commune était appelé à participer au maintien de la paix et de la justice, ei à donner son avis dans les jugements et sentences judiciaires. Eu toutes circonstances concernant les intérêts du village, il exerçait un droit de vote. Quand il survenait des querelles, des débats, le principe : ^ Tous pour un, un pour tous », faisait loi *, et cette fraternité bien cimentée, fondée sur les simulitudes du travail et de l'établissement agraire, constituait cette association rurale que le paysan estimait être la meilleure, et qu'il préférait ä tout.
Les villageois bien constitués en droit, colons et hommes libres, choisissaient des maires, des présidents, des conseillers communaux. Ceux-ci avaient le droit de décider non-seulement sur l'emploi du
' Dans l'opuscule intitulé : De regimine rusticorum , Rolewinclc dit, pa.i^e 8 : « Dignittis ruslica?ia esl defendtnda et hoc Iriplicitcr : Primo quia a Dec esl iiistUuCa, secundo quin a natura est princîpaliter intenta, tertio quia a celeberrimis riris est plurimum approbata et viuitipl citer prioilegiala. . SclOQ lui, leS paysans SOnt appelés ad dignissimum inlcr omnia niechanica officium.
' UhlaND, t. I, p. 337.
' Voy. GiEUKE, Gcnossenscliafisrecht, t. II, p. 210-300.
DIVKliS MODES DK CUl.TUliE. 28f
communal, mais encore sur l'exploifaiion des terrains apparlenant aux pai-licnlicrs. Dans les questions interessant (oute la commune, l'axiome de la loi saxonne : « La minorité ne pourra s'opposer à ce (jue le maire aura décidé avec l'assenlimenl de tous », était encore mis en prafiipie à la fin du mojen à{]C, pour tout ce qui rcjyardait les intérêts communs.
Quant à l'aménagement du terrain, on avait naturellement égard aux qualités particulières du sol. Le système des trois nssolements, généralement employé pour le connnunal, était presque partout mis en usage, un ensemençait un champ de trois manières allernées : d'abord de grains d'hiver, puis de blé d'été; enfin le champ, labouré seulement à la surface, restait en jachère, afin que les sucs nourrissants, dépensés par les récolles précédentes, pussent se reconstituer de nouveau dans les molécules, par la pulvérisation des parcelles de pierre et de roche, et par la décomposition des résidus organiques. Dans beaucoup de localités, on commença dès le quinzième siècle à tirer parti des champs restés en jachère ' en y ensemençant ce qu'on appelait " grains de jachères », consistant surtout en vesces et en pois. Dans toute la haute Allemagne et jusqu'au bas Rhin, on voit, à côté des champs de culture proprement dits, des champs particuliers spéciaux, composés des meilleures terres, champs qui jamais n'étaient mis en jachère, et servaient à la culture des légumes, des plantes utiles, du chanvre et du lin. Dans les pays montagneux de l'Allemagne du Sud et sur les rivages de la mer du Nord, la culture des prairies prédominait*. On alternait dans les mêmes terrains la culture du blé et du foin dans un ordre déterminé d'avance. Dans quelques contrées du bas lihin tous les champs étaient ensemencés cliaque année \
Presque toujours l'administration communale décidait sur les modes de culture, fixait le temps des semailles, prescrivait pour les terres les années de production ou de repos, établissait des règlements précis sur l'élevage des bestiaux, l'irrigation des prairies et l'aménagement des Corèts. Aucun produit du communal, bois, paille, foin, iourrage quelconque, nulle matière première et nul objet fabriqué ne pouvaient, sans l'autorisation de la commune, être transportés hors du village.
L'agronomie et l'économie forestière, qui la touche de si près, firent, vers la fin du moyen âge, des progrès incontestables. En
' LOBE, Gesch. der Alteiihurgischen Landwirlhschaß, p. 27.
* Voy. MONE, Zeitschrifl, t. V, p. 259-2()0.
' Cette niiinière d'alterner les semailles des réréales venait Araiseinl)la1)lement de Flandre, où, dès le coininencenient du seizième siècle, les champi furent cultivés à peu près comme aujourd'hui. Voy. Uoscuer, Ackerbau, p. 94, note 7. — Voy. aussi PeeTz, iom Ackerbau, fol. 206.
général, le système d'élaguer les forêts en faisant dans tout le bois des coupes irrégulières, opérées d'après l'âge, l'espèce ou le groupement des arbres, dominait encore; cependant on trouve déjà des règlements forestiers oîi les coupes de bois sont organisées d'après une méthode fixe divisant les arbres dans tout l'espace de la forêt en catégories d'âge. Ainsi une ordonnance d'Oberwittenthïir (1472) prescrit « de déterminer les coupes de chaque année de manière à faire le moins de tort possible à la forêt ■ ". Les arrêtés réglant l'exploitation des forêts, dans les pays frontières du Rhin, remontent à une époque plus ancienne encore^. On apportait beaucoup de soin au renouvellement des arbres abattus ou trop vieux. Ils étaient promptement remplacés par de nouvelles plantations correspondant le mieux possible aux intérêts de l'économie forestière de ce temps. La culture des plants de chênes et de hêtres qui servaient à l'engraissement des porcs avait une importance capitale, à cause de la si grande place qu'avait à cette époque la chair de ces animaux dans l'alimentalion ; aussi lui donnait-on des soins tout particuliers. L'art de cultiver les pépinières de chênes, même avant le seizième siècle, avait subi des réformes auxquelles les temps modernes ont eu peu de chose à ajouter. On ensemençait d'abord les champs avec des glands; plus tard on transplantait les jeunes plan'ations dans des pépinières entourées de haies ^ Pour donner une idée de l'importance qu'avait alors l'élevage des porcs, citons un seul exemple. Dans la forêt de Lusshart, entre Bruchsal et Philippsbourg, trente-cinq mille porcs, appartenant aux sujets de l'archevêque de Spire, et huit mille autres, appartenant à l'électeur palatin, venaient à la glandée. En outre, de grands troupeaux de porcs étaient amenés par ceux qui possédaient quelque droit sur la forêt *.
De nombreuses ordonnances forestières règlent, à partir de la seconde moitié du quinzième siècle, l'aménagement des forêts*; mais, lorsqu'elles émanent des seigneurs fonciers ou des princes souverains, elles sont souvent associées à des lois de chasse barbares. Ces lois devinrent plus tard un des principaux mobiles de la guerre qui éclata entre seigneurs et paysans, à propos des droits forestiers.
' Grimaj, Wcisthiïmer, t. I, p. 127.
* Voyez Bernhardt, Gesch. des lUaldeigeutlmms, t. I, p. 166-167. ' Beknhardt, t. I, p. 160.
* MONE, Zeitschrift, t. VUl, p. 133.
* Voy. ROSCHER, Ackerbau, p. 632. — Fraass, Landbau und Foritwisscnschafl, p. 496-501.
LK »LlVllE iJ'ENGli r.MANN ». 283
Le niiénan Nicolas Engelmann, premier intendant du domaine archiépiscopal d'Erfurt appartenant à l'archcveque de Mayence (1 i9ß-l510), a laissé un tableau plein de vie de l'économie agraire de sou temps, dans le Règlement qu'il dressa pour la bonne administration du domaine.
Ce domaine, situé à Erfurt et aux environs, se composait de nombreux terrains sépares les uns des autres, formant en tout une étendue de 660 acres d'Erfurt, et consistant en champs, prairies, jardins, houblonnières, vignes, moulins, en bois plantés de saules et d'aunes et en futaies. — Un grand nombre de colons et de corvéables relevaient de cette vaste propriété dans les cinq villages environnants et dans la ville, et beaucoup de maisons lui devaient la dime ou la corvée. Engelmann, pendant son administration, renouvela tous les cadastres, et composa un terrier très-minutieux aussi bien pour les censives péagères que pour les censives héréditaires. Il y ajouta des ordonnances très-complètes pour le bon aménagement des eaux et moulius, et composa enfin le Règlement dont nous parlons, grâce auquel nous pouvons nous rendre un compte exact des détails de l'économie intérieure, aussi bien que de l'excellente administration générale du domaine. Les prescriptions concernant les champs, foré! s, prairies et vignes démontrent avec évidence les progrès de l'agriculture. Le règlement d'Engelmann est vraiment un monument historique. On peut dire qu'il est eu quelque sorte, pour l'économie agraire de la fin du moyen âge, ce qu'est au commencement de cette période le capitulaire de Charlemagne, au point de vue de l'histoire de la civilisation '.
A la tête de l'administration du domaine était placé celui qu'on appelait le maître de cuisine. Il avait la direction de la maison, était chargé de la comptabilité et de la surveillance générale des travaux des champs. Sous ses ordres, en qualité de sous-intendant, venait
' Dit l'éditeur Michelsen, page 17. Il suffirait du livre d'Engelmann pour détruite la singulière opinion de Roschei" [Ackerbau, p. 537i « sur l'animosité profonde du clergé contre toutes les choses rationnelles de l'économie rurale du moyen âge à son déclin ». Langethal, dont l'excelleiil commentaire sur le livre d'Engelmann a été souvent mis à profit par nous (quelquefois mot pour motj, dit fort bien que tous les règlements de la métairie de Mayence « lui rappellent le proverbe si connu : " Il fait bon vivre sous la croiSe. • (Voy. Gesch. an- deutschen Landich ihscknft, t. III, p. 147, 187-189. — Voy. les ordonnances de Pancrace dr Freyberg, dans Peetz, fol. 289.)
Î84 ÉCONOMIE SOCIAI-K,
leporlicr, homme experl, qui, eatoutcconnais.sancedecaii.se, donnait son avis sur les travaux agricoles; puis le secrétaire du maître des cuisines qui administrait les récolles; l'intendant des cuisines qui avait la direction de la ferme, et le premier forestier qui, outre l'aménagement des bois, devait encore surveiller dans les champs les travaux des journaliers et des corvéables. L'administration employait de plus un messager, uu intendant des salines, un péager de pont et ses trois aides et deux huissiers de justice, A l'exploitation, prenaient encore part un forestier et son aide, un maître laboureur et son second, deux valets de charrue, deux valets de prairies, trois chefs vignerons, un cuisinier, un cellerier, un boulanger, un meunier avec ses aides, un valet pour la maison, la laitière, la fille de basse-cour el un vacher; outre cela, tonneliers, pêcheurs, brasseurs et pâtres. Le règlement indique avec précision les occupations et les devoirs de chacun. Parmi tant de serviteurs, deux femmes seulement sont engagées, et les hommes sont chargés des différents travaux généralement confiés aux femmes. Tous ceux (jui appartenaient à l'exploitation, depuis le plus grand jusqu'au plus petit, devaient savoir lire €t écrire.
Le domaine de ville comprenait la maison principale et la chapelle; . et la seconde maison, où se trouvaient la roberie, les greniers, les écuries, deux élables, une grange, un hangar, les chambres des serviteurs, une prison, une brasserie, une boulangerie et une maison de bains.
Dans la maison principale habitait le premier intendant. Conformément à la simplicité des nnrursde l'époque, il n'occupait que deux pièces, un parloir et une chambre; ou ne voyait d'autre luxe, dansée modeste logemeut, que de bonnes fenêtres, des portes solides et de beaux planchers. Le secrétaire et le scclleur habitaient avec le premier intendant. Dans la seconde maison se trouvaient les chambres pour les hôtes et les salles à manger des comptables.
Le corps de bâtiment le plus important était le grenier général, où étaient apportés tous les grains battus : froment, méteil, seigle, avoine, orge, pois, lentilles, navette et houblon. Le boulanger en chef en avait la charge; trois fois par an, il devait remuer les grains, et les vanner une fois chaque année, comme cela était d'usage dans les bonnes exploitations pour éviter les charançons. 11 séparait, avec l'aide du portier, du forestier, du premier cultivateur et de batteurs en grange expérimentés, les grains de semence de ceux qu'on destinait à la brasserie et au moulin. H surveillait dans le temps des semences l'emploi quotidien et minutieusement réglé des semailles. Pour se rendre compte de l'exacte quantité de g:rains livrée tous les jours, on faisait des crans dans des tailles de bois. Le laboureur en
IE '^MVRK D'ENGELMANN ». 28r.
rccev.'iil une, et le b()ulaii{;cr laissait raiifrc dans les (as de forains. On ajyissait de même pour la livi'aison du iilé destiné au moulin, à la brasserie et aux bestiaux. Là aussi, on employait la double (aille comme mesure d'ordre et d'exactitude. Le meunier était surveillé de (rès-près.
Les tâclies des {jranjjers, valets d'écurie, valets de cuisine, étaient réglées d'avance avec précision. Les inventaires des instrumen(s de culture, des objets de ménage, des chambres à provisions, étaient exactement dressés. Xous les possédons encore et connaissons ainsi parle menu tous les ustensiles et objets de ménage de ce temps.
L'été, on menait le bétail paître dans les prairies, et le vacher était tenu de veiller - très-diligemment '> à ce qu'il ne nuisit en rien ta la culture des champs, à la sève d'été. A midi, les vaches laitières étaient conduites à la ferme pour être traiies. La laitière surveillait la fille de basse-cour chargée de traire, afin qu'elle s'acquittât bien de son devoir, et que les vaches eussent une bonne pâture. La fille de basse-cour portait le lait à la cave et le versait dans des baquets. Pendant l'hiver, les vaches étaient nourries dans l'étable. Les pâtres apportaient la paille et les fourrages, et aidaient la servante à enlever les lumiers. On veillait à ce que les vaches ne pussent se blesser dans les loges d'étable où elles passaient l'hiver. En dehors du beurre distribué dans les cuisines, on conservait du beurre salé dans des tonneaux.
Les champs étaient cultivés d'après le système de trois assolements. Tour à tour le terrain était mis en jachère, ensemencé, passé à la herse ou égalisé avec le rouleau. Grâce aux vastes étables, on ne manquait point de fumier. Pendant la moisson et la récolte des foins, les colons devaient prêter assistance. Les corvées de chevaux étaient assez rarement réclamées. Les journaliers travaillaient à forfait'. On se servait de la faucille pour récolter le seigle et les froments; l'orge, l'avoine et les lentilles étaient fauchées. On laissait les blés dans les champs jusqu'à ce que l'ivraie qui s'y mêle fût flétrie. Alors les blés étaient liés en bottes réunies ensemble par tas de quinze gerbes, puis chargées sur les grands chars de moissons.
On apportait un soin extrême au bon aménagement des prairies, d'autant plus important à cette époque que le trèfle n'était pas cultivé. Le maître des prairies se rendait au printemps dans les prés avec son hoyau et son râteau, et veillait à la destruction des taupinières. On exigeait de lui, à l'époque de la croissance de l'herbe, une surveillance continuelle, afin que tout dégât piU être évité. Les haies qui entouraient les prés devaient être tous les ans remises en bon
' MlCHELSEN, p. 22.
état. Les fenaisons se faisaient à forfait. Lorsque le foin était rangé en tas, les gens de corvée devaient le disperser, le ratisser, le rassembler de nouveau soigneusement, puis le mettre en meules. Le maître des prairies avait charge de veiller à ce qu'il ne fût pas entassé avant d'être entièrement sec, et à ce que les prairies fauchées nouvellement fussent passées au râteau.
Ouanf à l'aménagement des forets, d'une importance si considérable pour le domaine, on était déjà arrivé à faire les coupes d'après un système mixte. Toute l'exploitation était divisée en trois coupes. Les saules, coupés tous les trois ans, n'étaient qu'à moitié abattus, eu sorte que la pousse de six ans était exploitée. Dans le bois destiné au chauffage, on metlai! à part ce qui devait servir aux perches du houblon, aux échalas, aux pépinières; on taillait, on préparait, on rangeait en tas séparés toutes ces catégories diverses. Les branches destinées aux pépinières étaient mises dans l'eau jusqu'au moment du replantage. Les taillis étaient régulièrement coupés après des espaces de temps fixés d'avance. On assignait une tâche spéciale à chaque bûcheron dans un espace déterminé de la forêt. Le forestier veillait à ce que ce travail fiU " proprement exécuté >-, c'est-à-dire à ce que les arbres fussent coupés avec une hache bien aiguisée, et qu'ils ne fussent pas ébranchés maladroitement. 11 avait soin que les fagots fussent bien faits et rangés en tas de soixante bien comptés. Pour compléter et renouveler la haute futaie, chaque bûcheron devait laisser un certain nombre de « pieds de réserve ' dans l'espace de forêt dont il avait la charge. Tous les soirs, sa besogne une fois terminée, il pouvait emporter chez lui une charge de fagots et l'hiver aller chercher du bois tous les jours. Les fossés bordant la forêt, ceux des chemins de prairies et de champs, devaient, si cela était nécessaire, être relevés tous les ans, et entretenus de façon à recueillir les eaux sans causer aucun dommage au voisin.
Le vignoble du domaine s'étendait sur soixante-dix acres de terrain. D'après ce que dit Engelmann des travaux qui y étaient exécutés et de la manière dont se faisait la vendange, nous pouvons juger du grand soin avec lequel les vignes étaient entretenues. De même que les faneurs et les moissonneurs, les vignerons travaillaient à forfait. Avant la vendange, le cellerier faisait réparer, recercler et échauder les futailles, tonneaux, auges, cuves, hottes, barils, et les longs et étroits tonneaux alors en usage. Les ponts et bascules de la cave étaient huilés. Vendangeurs, porteurs et fouleurs étaient surveillés par le forestier et l'écrivain de cuisine. On devait faire la vendange " promptement et proprement ", porter avec diligence le raisin dans les hottes et le fouler « comme il faut > . Après la vendange, le cellerier remettait au maitre de cuisine les produits