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LES APPRENTIS

avait pour toute la vie, un acte particulièrement solennel. Elle avait souvent lieu à l'hôtel de ville, devant les autorités municipales'. On exposait « à l'ouvrier de naissance lé{jitime >' ses devoirs moraux et profcssionnels. On lui remettait ensuite une lettre d'apprentissage lui donnant droit d'entrer dans la famille d'un maître. Le maître avait sur l'apprenti, pendant tout ce temps d'apprentissage, les mêmes titres à sou obéissance que s'il eiU été son père; il lui ensei[;nait son état d'après les règles et sous la surveillance du corps de métier. ^ Le maître qui se charge d'un apprenti ■-, disent les règlements du temps, - doit le garder jour et nuit dans sa maison, lui donner son pain, sa sollicitude, et le tenir enfermé avec la porte et le gond ^ » Le maître veillait à ce que le jeune ouvrier fréquentât l'église; il devait le maintenir dans la crainte de Dieu et l'amour de tout ce qui est bien, le traiter, en un mot, comme son propre fils. Xous lisons dans V Exhortation chrétienne : " Nulle profession ne peut être exercée honorablement que si l'apprenti est instruit de bonne heure dans la crainte de Dieu. Il doit à son maître la même soumission qu'à son père; matin et soir, et aussi pendant le travail, il doit demander à Dieu sa protection et son secours, car il ne peut rien sans Dieu : l'assistance de tous les hommes mis ensemble reste stérile sans le secours de Dieu et fait même souvent tort à l'âme, parce qu'elle est cause qu'on s'appuie sur les hommes; et les hommes sont misérables, et la mort les emporte. L'apprenti doit entendre la messe et le sermon les dimanches et jours de fête, et apprendre à aimer la lecture de bons livres. Pendant le travail, il doit être diligent et ne chercher son honneur que dans la gloire de Dieu. Il faut aussi qu'il ait à cœur l'honneur de son maître et celui de sa profession, car elle est sainte, et lui-même sera peut-être un jour maître des autres, si Dieu le veut et qu'il soit digne de le devenir. » <■• O les gens au cœur étroit et avare que ceux qui n'apprennent et ne veulent travailler que pour gagner de l'argent et pour obtenir les récompenses et les honneurs de la terre! C'est fort mal fait. Si l'apprenti pèche contre la crainte de Dieu et l'obéis- .sance, on doit le punir sévèrement; cela fera du bien à son âme, et le corps doit souffrir afin que l'âme se porte mieux. Le maître ne doit pas être trop faible ni trop facile envers son apprenti, mais il ne faut pas non plus qu'il soit tyrannique et exigeant, comme cela arrive souvent; il doit le protéger contre les railleries, les tirements d'oreille, les tapes, les bourrades; j'ai vu mon propre père défendre ainsi ses apprentis lorsqu'il était maître de l'honorable profession des cordonniers, à Colmar. Que Dieu l'ait en sa grâce! ;> " Maître, songe

1 Brentano, Arhcitergilden, p. 51 et 271, n" 190. * Stahl, Das deutsche Handwerk, p. 206.

à tes devoirs. L'apprenti t'est confié par la corporation afin que tu veilles aux besoins de son corps aussi bien qu'à ceux de son âme, comme les règlements le prescrivent et comme l'ordre de Dieu le demande. Tu dois être équitable envers lui et le traiter comme ton propre enfant; tu n'es pas maitre seulement pour gouverner les autres et faire des œuvres de maitre, mais encore pour te maîtriser toi-même comme tout chrétien le doit, et comme l'honneur de ta profession l'exige. Sache que pour ta femme, tes enfants, tes frères, tes apprentis et tous tes domestiques, tu dois être maitre en bon exemple '. "

Le maitre devait entretenir son apprenti « convenablement, suffisamment ", selon les nécessités de la vie matérielle. Les règlements de beaucoup de corporations lui font même un devoir de l'habiller. On faisait grande attention aux vêtements de l'ouvrier « à cause de l'honneur de la profession ». On li( dans une ordonnance de la corporation des charpentiers (Strasbourg, 1478) : « Outre quatre livres de liards, salaire de l'apprenti, le maitre doit encore à l'ouvrier qu'il instruit des chausses blanches autant qu'il en aura besoin; plus, tous les ans, quatre aunes de drap gris pour se faire un habit et quatre aunes de coutil pour sa blouse. Il lui donnera encore une hache, une cognée, une scie, un coin, une tenaille, un vilebrequin; enfin, toutes les semaines, il lui remettra deux liards de pourboire ^ »

Si l'apprenti, par négligence, exécutait mal quelque travail, le maitre était toujours responsable. On répète, dans d'innombrables règlements corporatifs, les avertissements suivants : < Le maître doit remplir si loyalement ses obligations de toutes sortes envers l'apprenti, il doit être si fidèle et si zélé à lui montrer son état, qu'il puisse un jour répondre de sa conduite devant Dieu. 11 doit employer le mieux possible l'argent que le jeune homme lui confie, et ne rien lui cacher de ce qui concerne sa profession, afin qu'après avoir terminé son temps d'apprentissage, il soit en état de gagner toutes les semaines un bon salaire chez un maître. S'il arrivait qu'à la fin de l'apprentissage *, l'ouvrier ne sût pas bien son état, et cela par la faute du maître, il serait confié à un autre; l'ancien devrait payer tous les frais; de plus, une amende à la corporation. >; Pour offrir sous ce rapport des garanties au jeune artisan, le jour de son admissian solennelle, le syndic faisait circuler à la ronde la question suivante : « A-t-on quelque chose à reprocher au maître chez lequel cet apprenti doit entrer? A-t-on quelque chose à reprendre à sa manière d'enseigner le métier? -i S'il arrivait que le maitre maltraitât son

^MONE, Zeitschrift, t. XVI, p. 159.

* Le temps d'apprentissage durait ordinairement de trois à cinq ans.

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