‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 129 sur 477 · LES VILLES ALLEMANDES · texte numérisé non relu

LES VILLES ALLEMANDES

L'équipement des vaisseaux avait coûté 66,000 ducats, et pourtant les grands nejjociants qui avaient entrepris l'expédition retirèrent des marchandises exportées un i)énéfice net de 175 pour 100 '.

« C'est vraiment ciiose merveilleuse ", dit le voyageur français Pierre de Froissart (1497), " que la hardiesse et l'esprit d'entreprise des marchands allemands. Ils ont un véritable j;énie pour multiplier leurs richesses. La prospérité de leurs villes , la magnificence de leurs édifices publics et de leurs maisons privées, les précieux trésors qui ornent l'intérieur de leurs demeures le prouvent éloquemment. C'est plaisir de séjourner parmi eux et de prendre part aux divertissements publics des bourgeois *. »

Environ soixante ans auparavant, le métropolitain russe Isidore, se rendant au concile de Florence avec une suite de plus de cent personnes, tant ecclésiastiques que laïques, visita Lübeck, Lunebourg, Brunswick, Erfurt, Nuremberg, etc., « et grand fut son étonnement », a rapporté l'un de ceux qui l'accompagnaient. Toutes ces villes florissantes, avec leurs maisons belles et spacieuses, leurs magnifiques jardins, leurs canaux savamment construits; la richesse et la splendeur des églises et des cloîtres, l'animation du commerce, l'activité des habitants, les nombreux chefs-d'œuvre d'un art élevé, la dignité des magistrats, le juste orgueil de la bourgeoisie, la noble attitude des chevaliers, toutes ces choses éveillèrent chez les Russes des impressions inattendues, et les jetèrent dans un enthousiasme aveugle. Erfurt était, à leur avis, la ville la plus riche de l'Allemagne; aucune n'avait un commerce aussi prospère et ne possédait plus de chefsd'œuvre artistiques \

L'Italien ^Eneas Sylvius exprime la même admiration (1468). « Nous l'avouons en toute franchise • , dit-il, « jamais l'Allemagne n'a été plus riche, plus brillante que de nos jours; cette nation est au-dessus de toutes les autres par sa magnificence et ses grandeurs, et l'on peut affirmer qu'il n'en est pas à qui Dieu ait fait plus de dons. Nous y voyons de toutes parts des villes animées, des prairies cultivées, des champs de blé, des vignes, des jardins d'agrément et des vergers, égayant la campagne comme les abords des villes; partout de beaux édifices, de gracieuses maisons des champs; partout des montagnes

' Roth, l. I, p. 271.

- Lettre 17. L'Italien Augustinus Patritius, cardinalis, Senensis Legati in Germania secretarius, écrivait en 1471 : « Est Germania, ultra quam nostri homines credant, magnifica et pulchra... ita, ut multœ suit inter eas urbes, qua' multitudine populi, pulciiritudine aedificiorum, templorum magnificentia et civitatis splendore nostris Italicis liaud multum cédant, iuterdum etiam superent. » Fr.EHER, Scripti., t. II, p. 288.

^ Voy. Strahl, Ituashutfls älteste Gesandlschaftcn in Deutschland, dans les archives de la Société des antiquités nationales allemandes, t. VI, p. 526-527. — Karamsix, Gesch. des Russischen Reiches, traduction allemande (Riga, 1 825, 5= partie, p. 228-229}.

couronnées de châteaux, des villes ceintes de murailles, villes dont les plus remarquables nous montrent dans tout leur jour la puissance de ce peuple, la splendeur de ce pays. Où trouver dans toute l'Europe une cité plus magnifique que Cologne ', avec ses admirables églises, ses hôlels de ville, ses tours et ses bâtiments aux toits de plomb, ses riches bourgeois, son beau fleuve et les campagnes fertiles qui l'entourent? Allons plus loin, visitons les villes populeuses de Gand et de Bruges, entrepôts de tout le commerce de l'Orient; il est vrai que le droit français paraît y régner, mais elles sont allemandes de langue et de mœurs. Passons aux gracieuses villes du Brabant, parcourons Bruxelles, Malines, Anvers et Louvain. Retournons par le Rhin, admirons Mayence; c'est une ville ancienne, richement ornée de splendides édifices publics, de belles demeures bourgeoises, célèbre par sa cathédrale et ses églises. Il n'y a vraiment d'autre reproche à lui adresser que l'étroitesse de ses rues. Pias loin, voici Berne; ce n'est pas une grande cité, mais c'est du moins une trèsjolie ville. Spire aussi, très-peuplée, très-bien bâtie, plait à tout le monde. Strasbourg, avec ses nombreux canaux, aux eaux douces et limpides, est comme une seconde Venise, mais une Venise saine et gracieuse, au lieu que la vraie Venise est traversée de canaux boueux, à l'odeur nauséabonde. Outre la cathédrale, chef-d'œuvre d'architecture digne de toute notre admiration, on y voit un nombre considérable d'églises et de couvents remarquables. A Strasbourg, beaucoup de maisons ecclésiastiques et bourgeoises sont si belles qu'aucun roi ne s'y trouverait déplacé. Bâle se fait remarquer par les toitures de ses églises et de ses maisons privées; ces toitures en tuiles brillantes, bariolées, sont d'un admirable effet lorsque les rayons du soleil couchant les font briller au loin. Ses maisons bourgeoises, proprement tenues, ornées de jardins, de fontaines, de cours, sont peintes à l'extérieur, et d'un blanc étincelant. Berne est si puissante qu'elle pourrait facilement mettre sur pied 2,000 hommes armés. Augsbourg surpasse en richesse toutes les villes du monde. Munich est très-florissante. Mais Vienne est la ville la plus remarquable de toute l'Autriche. Ses palais sont vraiment royaux, et ses églises feraient l'admiration de l'Itahe. Nous renonçons à décrire Saint-Étienne, nous manquons de termes et de talent pour rendre l'impression que cette église fait éprouver. » Des ambassadeurs de Bosnie, après eu avoir longtemps contemplé le clocher, s'écrièrent enfin, pleins d'admiration, - qu'il avait dû coûter plus d'argent que le prix de tout le royaume de Bosnie ne saurait en fournir ». « A Vienne », dit-il à un autre endroit, '^ les maisons bourgeoises sont spacieuses et richement décorées. Elles sont bâties

' Nihil masuificentius, nihil ornatius tota Europa reperias.

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