‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 131 sur 477 · AMOUR DU BIEN-I-ITRE ET DU PLAISIR · texte numérisé non relu

AMOUR DU BIEN-I-ITRE ET DU PLAISIR

tic soie, et qu'avec le luxe des costumes bien des maux viennent de compagnie : « alors se mulliplicnt les vins élranjjers, les mets reclicrchés, les maisons élevées, les verrières armoriées, les jeux de dés et de cartes '. »

« Chez les marchands, dans les maisons bourgeoises, dans les châteaux, très-souvent môme chez les paysans on lait usage de ces denrées inutiles et nuisibles à la santé, que les marchauds cupides ont importées parmi nous : clous de girofle, cannelle, noix de muscade, gingembre, etc. Et l'on n'en use point avec modération, on les prodigue, on n'en a jamais assez; aussi les poches se vident-elles, tout devient plus cher d'année en année, et les commerçants vendent leurs marchandises ce qu'il leur plait. Le luxe de la table n'est pas moins exagéré que celui des habits. Les noces, les baptêmes et autres fêtes sont devenus l'occasion de bien plus grandes dépenses qu'autrefois, et toutes les ordonnances des princes et des municipalités n'y font absolument rien, car les princes et les seigneurs du conseil sont ceux-là mêmes qui se montrent les plus gourmands et aiment le plus les grandes tables et les bons festins. Ce qui se boit et se consomme en ces réjouissances (qui durent parfois plusieurs jours de suite, souvent même une semaine entière) est chose surprenante ^ » « On redoute peu les châtiments du ciel parmi toutes ces

' Ansehoi, t. III, p. 2Î7-251. Voy. t. III, p. 17, et t. II, p. 123. — En Suisse ce fut surtout après la guerre de Bourfjogne que le luxe grandit. On portait avec profusion des chaînes d'or et des bagues, et ces dernières, non-seulement aux doigts de la main, mais à ceux du pied. On coupait le cuir des souliers afin de les laisser voir. — Voy, K. Pfyffer, Gesch. der Stadt und des Cantons Luzern, t. I, p. 230 (Lucerne, 1861).

^ Eyn christlich ermanung Dl., p. 12. — Voy. sur les ordonnances contre le luxe de la table, sur les noces, baptêmes et repas funèbres, Hullman.v, t. IV, p. 150-»16C). — Kriegk, Bürgerthum, p. 378-407, et Diirgerlhum, Meue Folge, p. 175-193, 222-258. Au festin des noces d'Arnold von Glaulmrg à Francfort, on consomma 239 livres de bœuf, 315 poulets et poules, 3,100 écrevisses, 30 oies, etc. La fête coûta 116 florins 2/3, somme dont la véritable importance peut être appréciée par ce fait qu'alors le muid de blé coûtait 1 florin et le foudre devin 9 florins. Lucas Rem, marchand d'Augsbourg, dépensa au festin de ses noces 222 florins (1518). [Journal de Greif/, p. 47-48.) A la noce du comte Ebrard de Wurtemberg, 4 sceaux de Malvoisie, 12 sceaux de vin du Rhin, 500 sceaux de vin de Necker furent absorbés (1474). V. Stalin, t. IIl, p. 587. — Voy. Vettori, l'iaggio, p. 161- 162. La description d'un festin à la cour épiscopale de Strasbourg nous offre un exemple du luxe alors déployé dans les festins (1449i. » Après la messe, l'évêque et ses invités se rendirent au château; on se mit à table, et l'on servit quantité de plats étrangers. On plaça devant l'évêque un gâteau représentant un donjon; l'évêque y pratiqua une fenêtre d'où s'envolèrent des oiseaux; ensuite il ouvrit une petite porte, et l'on vit alors que le château renfermait un étang plein de petits poissons vivants, etc. " Schilter Gloss, 69. — Voy. Maurer, Fronhnfc, t. II, p. 306. Les abbayes et monastères donnaient de magnifiques festins aux jours de grandes fêtes, maison ne doit pas juger de l'ordinaire des religieux d'après les comptes rendus qui nous ont été laissés; leur table quotidienne était presque toujours simple. Dans le livre de comptes du monastère de Gunsterthal, près de Fribourg, vers le milieu du quinzième siècle,

bombances; mais quant à moi, je crains fort que Dieu ne nous punisse et que sa justice ne s'appesanlisse sur nous. Les hôtelleries, les maisons de bains, le jeu, la danse sont trop en vogue. Dans les cités, les jeunes gens riches, surtout les fils de nos grands marchands, vont au bain, boivent des vins étrangers ou des eaux-de-vie ', se baignent de nouveau ^ puis se font oindre de parfums. Honte à leur mollesse efféminée! Dans les bains, dans les hôtelleries, ces jeunes coqs font scandale ^ » « Ils se tiennent assis dans une petite salle de bain ", dit un prédicateur du temps, « et parlent comme des hérétiques contre Dieu et l'Empereur. » Geiler fait aussi allusion dans ses sermons aux propos impies tenus dans les maisons de bains sur les sacrements ''. Wimpheling exhortant les échevins de Strasbourg à interdire les festins trop fréquents donnés dans les hôtelleries, leur donne les conseils suivants : " Ne souffrez pas que vos fils s'abandonnent à l'oisiveté, qu'ils aient une mauvaise tenue, affectent de parler en libertins, et que leurs coiffures, leurs habits, leur attitude révèlent leur conduite frivole. Qu'ils ne restent pas toute la journée dans la boutique des baigneurs ou dans les hôtelleries, car ils j font tort à leur corps, à leur âme, à leur bourse et à leur honneur au milieu de la débauche et du jeu. Craignez qu'ils ne deviennent les esclaves de leur ventre et de leur chair, et qu'au jour de leur mort on n'ait d'autre éloge à faire d'eux que celui-ci : C'étaient de bons compagnons de bouteille, ils burent, jouèrent et aimèrent les femmes \ »

il est dit qu'ils avaient pour dîner le lundi deux plats de farine d orge, le mardi et le samedi deux plats de pois blancs, le mercredi et le vendredi trois plats de pois gris. Mo.ne, Zeiischri/t, t. II, p. 185. Le livre de Jéiôme Bock « sur la cuisine allemande » et « sur ce qui est nécessaire aux {jens sains et malades pour la nourriture de leur corps », est très-intéressant. Strasbourg, chez RICHEL, 1555.

1 Sur l'abus de l'eau-de-vie à cette époque, voy. Beckman\, Miuheilungen, t. II, p. 279. — Voy. Wachsmuth, F-uropaische Sitlengeschicle, t. IV, p. 281-282. — MURNER, Narrenbeschirörung, p. 196.

* on se baignait souvent trois fois par jour; dans les bains d'eau minérale, on restait jusqu'à dix heures par jour dans l'eau. Zappert, Badewesen, p. 125, 127. Lucas Rem, du 20 mai au 9 juin 1511, ne se baigna pas moins de cent vingtsept heures. Journal, t. XVI, p. 23, 24, 26, 28. On mangeait et buvait dans le bain ; on y choquait les verres, et souvent on y chantait des chansons graves ou joyeuses. ° De l'eau au dehors, du vin au dedans, voilà ce qui nous rend tous joyeux! » Kriegk, Bürgerlhum, Neue Folge, p. 9.

3 Page 19.

* Voy. Zappert, Badewesen, p. 136, — Sur les bains de Cologne, voy. Ennen, t. III, p. 917-918.

* Tiré de la Germania ad Rempuhlicam Argentinensem, dans ScHWARZ, p. 187. AveC la sensualité, la débauche et la fréquentation trop prolongée des hôtelleries, les jurements, les blasphèmes et beaucoup d'autres vires allaient de compagnie. La « peccata luxuria, praesertim fornicatio et concubinatus », dont se plaint amèrement Geiler de Kaisersberg, étaient très-fréquentes dans les grands centres; il suffit, pour s'en assurer, de parcourir le livre de Kriegk, Bürgenthum Xcue Folge, p. 259-334 — Voy. aussi Keller, t. III, p. 1273-1278. Mais il faut se garder

Page 1