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LE CHANGE ET L'USURE

« Trop de personnes », disent les conseillers d'UIni dans une ordonnance contre le jeu édictée vers la fin du quinzième siècle, « prèlent aux jeunes gens qui n'ont pas encore de fortune à eux, les excitent à jouer, et clierclicnt l'occasion de leur regagner leur argent *. « Cet argent élait ensuite remboursé à gros intérêts.

« L'usure », dit Wimpheling, « va toujours en croissant. Depuis que les marchands ont importé parmi nous tant de produits étrangers, la classe moyenne a des besoins, des exigences toujours nouvelles; elle aime les habillements luxueux, les mets délicats. L'usure pratiquée par les Juifs est épouvantable, mais sous ce rapport, bien des chrétiens sont encore plus coupables que les Juifs. On ne saurait se passer de changeurs, et ceux-ci pour leur peine et leurs débours ne trouvent pas répréhensible de faire un petit bénéfice. Or l'usure et les prêts à inlérêts ruinent le peuple. Temps lamentable où l'argent a commencé à régner, produisant l'argent dans une proportion toujours plus grande *! »

Le commerce des changeurs dut toute son importance à la confusion presque incroyable survenue au moyen âge dans le système monétaire.

A l'origine, le droit de battre monnaie était un privilège exclusivement réservé à l'Empereur. Mais peu à peu ce droit fut revendiqué et exercé par les chefs des petites principautés et par les

en lisant ces renseignements sur les mœurs des grandes villes, d'en tirer des conséquences sur la moralité du peuple en général; les grands centres de commerce étaient encore, comme aujourd'hui, les sentines de l'Allemagne ; mais dans les villages et les petites villes régnaient la retenue et la décence, et les fautes contre les mœurs étaient rigoureusement punies. Kriegk dans son intéressant ouvrage rend un honorable témoignage aux femmes de Francfort : « Dans l'histoire du nombreux et riche patriarcat de Francfort au moyen âge », dit-il, • je n'ai trouvé qu'un seul exemple d'infidélité parmi les épouses. » Page 286. Pendant tout le quinzième siècle, nous ne trouvons à Francfort que six cas de bigamie, et les coupables furent chassés delà ville à coups de fouet. P. 290. A Nuremberg, dans le même siècle, on ne trouve qu'un seul exemple d'inceste, deux sodomites et pas un seul infanticide. Au contraire, dans le seizième siècle, depuis les troubles religieux, on constate six infanticides, douze incestes, sept sodoniites. Hisior. diplom. Magazin, t. III, p. 223. — Ce que rapporte Vettori dans ses voyages est digne d'attention (1507) : • E noto a ciascuno, in Alamania de' Sodomiti si fà asperriraa giustizia in modo che si puo credere che questo vizio da quella provincia sia quasi tutto estirpato. • Viaggio, p. 125.

• Jageu, Ulm, p. 539-544.

' A la fin de l'ouvrage : De arte impressoria.

villes indépendantes qui s'attribuèrent aussi le droit de toucher les revenus, des douanes. Dès lors d'innombrables monnaies de principautés, de comtés, de villes impériales, furent mises en circulation', et tous les efforts des empereurs pour établir une loi générale et mettre plus d'ordre et d'unité dans le système monétaire, restèrent sans succès. Les assemblées, si souvent renouvelées, dont la question monétaire était l'unique but, et on les petits souverains et les municipalités la discutaient entre eux, ne parvinrent pas davantage à établir l'ordre tant désiré. On changeait perpétuellement les monnaies. On retirait et l'on décriait de vieilles pièces, ou en frappait de nouvelles et l'on en introduisait beaucoup d'étrangères. Enfin la confusion devint telle, que l'argent, au lieu d'être la mesure fixe, immuable, de la valeur des marchandises, devint lui-même une marchandise. Sous la même désignation, la même valeur nominale, une pièce avait à Amberg, par exemple, une tout autre valeur qu'à Ratisbonne; à Ratisbonne une autre que dans les duchés de Bavière, qu'à Augsbourg, Nuremberg, Francfort ou tout autre district impérial. Cet état de choses suffit pour expliquer comment le commerce ne pouvait absolument se passer de changeurs. Ceux-ci faisaient office de véritables marchands : ils échangeaient marchandise contre marchandise, les gros de Prague contre les pfennigs de fiatisbonne, les gülden allemands contre les florins d'Italie; les monnaies d'un pays contre celles d'un autre, en un mot, l'argent que désirait le chaland contre celui qu'il ne pouvait employer, et prenaient pour cette transaction une taxe supplémentaire, ou argent de change. Le marchand avait absolument besoin de l'office du changeur dans les différentes places de marché où il se rendait, non-seulement à l'étranger, mais à l'intérieur même de son pays, car il lui était impossible d'avoir toujours à sa disposition toutes les monnaies qui y avaient cours. A son retour, il lui fallait de nouveau échanger les monnaies rapportées de telle ou telle ville contre celles de la cité qu'il habitait ou qu'il traversait. Aussi le change était-il une industrie fort étendue et trèslucrative. Elle fut longtemps et presque exclusivement entre les mains de ces marchands d'argent de la haute Italie connus sous le nom de Lombards, dont le nombre devint si considérable au quatorzième siècle, lorsque le commerce entre l'Italie et l'Allemagne eut pris un large développement. Dans les grandes villes du Danube, du Rhin, de la mer Baltique, surtout à Lübeck et à Danzig, les changeurs lombards fondèrent des établissements permanents. Mais vers la fin du moyen âge ils se virent de beaucoup dépassés par les Juifs, qui

' Rien qu'à Danzig, on trouve à la fin du quatorzième siècle quatorze sortes différentes de monnaies étrangères et du pays, et dix-sept sortes de monnaies d'argent et de cuivre. — Voy. NeumaNN, Gesch. de» Wuchers, p. 315-352.

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