AFFAIBLISSEMENT DE LA HOYAUTK
Dès lors, ou cessa de s'intéresser aux afftiires générales du pays; les liens qui avaicut uni jusque-là les différenles races allemaudes se relàclièreu! , et TKuipIre cessa de former un puissant ensemble. Les revenus des domaines impériaux, sur lesquels la puissance royale avait été orij^inairemcnt élablie, furent dilapidés; les préro{ïativcs royales furent par(agées entre les é(ats ; la royauté cessa de former un centre d'action, et d'année en année grandit la puissance territoriale des princes. Frédéric I" y avait travaillé lui-même lorsque, par la suppression des duchés de Saxe et de Bavière, il avait anéanti l'existence réelle des tribus allemandes. A partir de ce moment les princes ne visèrent plus qu'à ac(|uérir des États dont ils fussent les seuls maures, et Frédéric 11 donna imprudennnent une base légale à cette tendance en leur accordant des lettres de faveur. Dès lors les territoires se formèrent au hasard des conquêtes des princes souverains, qui ne montrèrent nul souci du maintien des anciennes frontières.
L'élecUou royale, à laquelle les tribus avaient pris autrefois une part égale, devint, après la destruction de leur libre nationalité, le monopole exclusif de quelques princes qui se l'attribuèrent contre toul droit.
Mais les traditions nationales des divers pays furent néanmoins conservées dans une certaine mesure. Même après la chute de la plupart des malsons ducales et lorsque le droit d'élection eut été transporté aux sept électeurs, les princes souverains et les anciennes villes des duchés restèrent si étroitement unis par des traditions et des conventions mutuelles, que cette union fournit plus tard le plan tout préparé de la division du pays en disiricts, division qui subsista jusqu'à la chute de l'Empire.
LA ROYAUTÉ ET LES PRINCES DEPUIS l'INTERRÈGNE.
Pendant l'interrègne, les affaires intérieures de l'empire tombèrent dans une telle confusion que le Français Charles de Luçon, après avoir séjourné quelque temps dans les pays rhénans, croyait pouvoir parler " de la fin de F Allemagne ' ;). Mais les réclamations populaires, et surtout Fattitude menaçante de la grande ligue rhénane formée pour combattre les fauteurs fie troubles, obligèrent les princes électeurs de faire choix d'un prince vraiment digne du trône.
AvecPtodolphe de Habsbourg commence, dans FEmpire, un travail de restauration (1273). Le nouveau souverain parvient à affermir la paix et la justice^; il anéantit la puissance du roi de Bohême
' cité dans les Lettres de Pierre de Froissard, p. 7.
- Sub cuius doraini 11... regiminc tanta fuit pax in omnibus partil)U6 Ale-
Ottocar, et, avec le consentement des États, reprend l'Autriche qui avait été enlevée à sa maison par les Tchèques. Si alors, comme jadis, la succession au troue eut été héréditaire, l'Autriche, pour le salut de l'Empire, eût fourni à la nouvelle maison régnante une large compensation aux domaines jadis ravis à la couronne, et ses forces, unies à celles de la nation, eussent permis à l'Allemagne de redevenir un État indépendant, une monarchie unie, étendant son autorité sur toutes les tribus qui la composaient ^
Mais les princes électeurs, dans leur égoïsme étroit, ne souhaitaient nullement voir s'effectuer « l'unité ■^, et redoutaient l'établissement d'un pouvoir central vraiment fort. Après la mort de Rodolphe, ils se livrèrent à un honteux trafic de suffrages, et finirent par élever sur le trône l'impuissant Adolphe de Nassau. Adolphe fut l'homme de leur choix aussi longtemps qu'il consentit à n'être entre leurs mains qu'un instrument docile; mais dès qu'il voulut prendre une attitude indépendante, et que, soulenu par une armée de mercenaires, il eut déclaré aux princes « qu'il entendait être roi, et agirait eu conséquence )', il leur parut " tout à fait mal inspiré, et ils le méprisèrent ') . Ils eurent peur « qu'il ne devint un nouveau César rêvant d'assujettir toute l'Allemagne à sa domination ', et depuis cette époque ne songèrent qu'à le déposer.
" Ils essayèrent ensuite ce qu'on pourrait faire du fils du roi Rodolphe, Albert; mais ils furent étrangement déçus en lui - > , dit une ancienne chronique. Secondé par la bourgeoisie, si désireuse de voir s'établir l'unité de l'Empire, et à laquelle il avait adressé un appel plein d'énergie, l'invitant à former une ligue contre le despotisme des princes, Albert défit les électeurs du Rhin, démantela leurs forteresses, les contraignit à restituer les possessions impériales qu'ils retenaient injustement, et affranchit le commerce du Rhin de toute taxe ^ Pour achever de gagner définitivement la bourgeoisie aux intérêts de la couronne, il favorisa de toutes manières le libre
manie, eliam usque quo dominus R... spirituin contineret vile, quod tanta et talis pax in ipsa terra nuiiquam fuit habita val visa. Adhuc quievit omnis Aiemania in conspectu eius et a facie suc timuit omnis home. Chron. Ellenhardi momim. script., XVII, p. 134. — Voy- Franklin', Reishof gericht, p. 136-139.
' Voy. BÖH3IER, Kaiserregeslcn von 1246 à 1313, p. 54.
- Fragments d'une chronique allemande datant de la première moitié du quinzième siècle.
^ Voy. GRirSHABER, Oberrheinischen Chronik (Rastadt, 1850). — Hagex, Deutsche Gesch. seil Rudolf von Habsbourg, t. I. p. 64. Sur la politique ambitieuse des princes électeurs considérée comme le vice radical de la politique alleniande et comme la cause des dissensions intérieures, des révoltes et des guerres, voy. les importants mémoires adressés par Albert au pape Roniface VIII. Archiv, für Oesierr. Geschichlsq., t. II, p. 290. — BÖHMER, liaiserregcsten, von 124G-13I3. page 42i. — L'évècjue Bruno d'Oimntz avait déjà formulé le même reproche contre It .^ priiKto éicctcur.s qui u>urp.iv( lüiit tiiiiLi. quod reges ilomaiioiiim |)riqitei
LA HOYAUTi'; ET LES l' lil N C E S I) E l' l' I S L'I N T ERR KGN E. H9
développement des villes, protégea leur commerce avec Tétranger, revisa leurs rèf/lemcnts corporatiis, et réforma les impôts. Il insista, ce qui était surtout nécessaire, pour " que les villes puissent apporter leurs suffrages et avoir leurs députés dans les diètes où se réglaient les intérêts du pays «. L'action de députés provinciaux dans les assemblées des États eiU eu sans nul doute les plus importants résultats pour la constitution et la formation politique de l'Empire; malheureusement une indigne trahison vint anéanlir tous les grands projets du Hoi. 11 fut victime d'une conspiration princière à laquelle l'infortuné Jean Parricida eut le malheur de servir d'instrument '. Albert est le martyr d'une grande idée, celle du rétablissement de l'unité de l'Empire. Eu vain, après le mcurlre « du puissant seigneur et roi " (1308), soupira-t-on après l'avènement d'un souverain énergique, « pouvant tenir entre ses mains l'épée de Charles le Grand » et « rogner les griffes des oiseaux de proie ", le système politique d'Albert périt avec lui, et tous les avantages qu'il avait essayé d'assurer à l'Empire pendant les dix années de son règne furent perdus pour la nation. Henri de Luxembourg, qui lui succéda, raviva, il est vrai, par l'expédition romaine les souvenirs presque éteints de l'antique splendeur impériale; mais tandis qu'il s'efforçait d'obi enir la couronne à Rome, le sol de sa puissance s'ébranlait en Allemagne.
Après sa mort, la double élection de Frédéric d'Autriche et de Louis de Bavière, fruit des discordes des princes électeurs, nécessita une réorganisation politique. C'en était fait désormais de la restauralioii de la monarchie dans le sens qu'avait eu autrefois ce mot.
impotent iani et necessariorum defecîiim non possunt, pro dolor, juxta majestatis sue debitum et decentiani reguare utiliter et preesse " (1273). — Voy. R.vYN.vLDi Annales, ad ann. 1-273.
' Les contemporains n'iynoraient pas que Jean n'avait été que l'instrument d'une conspiration de princes (■ fraudulento concilio primipuui iniquorum circumventus et traditus -]. Voy. les documents cités par BoiiMEr,, Fontes, I, p. 486, et dans les Kaiserregcsicn, von 1246 /"'s 1313. Dans un poème contemporain sur la mort d'Albert, on lit :
« Qui nuliuin timuit, quem nulla poteiitia fregit, Qui iiiie fraude fuil, fraus hune iiiopina subegit. »
Kopp, Urkunden fur die Gesch. der Eidijenössischen Blinde, p. 80. ToUS nos li\res d'histoire, comme chacun lésait, représentaient jadis Albert comme un tyran et l'accaljlaient de calomnies. Ce fait ne s'explique, comme le suppose judicieusement Böhmer, que par le besoin qu'on avait d'inventer un tyran pour la léjîende de Guillaume Tell, découverte au duinzième siècle et embellie depuis de nombreux détails. De nos jours, une critique impartiale a rendu justice au roi .Vlbert. Lichnowsky, dans son Histoire de la maison it Habsbourg , le juge d'une manière équitable, et Kopp, effaçant l'auréole de gloire qui avait jusque-là rayonné sur la soi-disant délivrance de la Suisse, attribue tout simplement l'orijjine de la confédération helvétique à la chute du pouvoir central eu Allemagne.
420 EMPIRE ROMAIN (iERMANIOüE, SITUATION EXTERIEURE.
Le règne de Louis et de Frédéric marque cette phase de transition. Le royaume, jadis uni, devint un État confédéré, et la bulle d'or de Charles IV reconnut légalement ce nouvel ordre de choses,
La loi constitutionnelle de TEmpire appelée la Bulle d'or transportait pour toujours le droit d'élire le souverain entre les mains de sept électeurs : trois ecclésiastiques et quatre laïques. Les trois ecclésiastiques étaient : les archevêques de Mayence, de Trêves et de Cologne; les quatre princes temporels : le comte palatin du Rhin, le duc de Saxe-Wittenberg, le margrave de Brandebourg et le roi de Bohême. Cette loi établissait solidement l'indivisibilité des j)rincipautés électives; elle y maintenait le droit de primogéuilure. Elle confirmait les princes électeurs dans les droits régaliens déjà en leur pouvoir : droit d'exploiter les mines enclavées dans leurs domaines; droit de battre monnaie, de lever des taxes, etc.; elle leur conférait aussi la liberté juridique, décidant qu'aucun de leurs subordonnés ne pourrait avoir recours à un autre tribunal qu'au leur. L'appel au tribunal suprême de l'Empereur n'était autorisé qu'en cas de déni de justice. La Bulle d'or déclarait de plus que tout attentat à la vie d'un prince électeur serait considéré comme aussi criminel que s'il eût été commis sur la personne même de l'Empereur.
La puissance passa dès lors aux mains des sept électeurs. L'Empire fut établi sur la souveraineté des princes, et, dès le règne de Charles IV, plusieurs prérogatives d'abord réservées aux seuls électeurs s'étendirent à d'autres princes.
Mais les villes, la noblesse, particulièrement menacées par la nouvelle puissance des princes souverains, pouvaient être tentées de résister, au cas où leurs libertés et leur indépendance seraient en jeu; aussi, pour leur enlever leurs meilleurs moyens de défense, la Bulle d'or interdisait toute union confédérative formée sans Tassentiment des princes. Cette défense resta néanmoins sans résultat; Charles ayant extorque des villes de grosses sommes d'argent, par un procédé sans précédent jusque-là, et livré aux princes en caution plusieurs cités impériales \ la grande ligue souabe s'organisa, el finil par unir toutes les villes libres de l'Allemagne du Sud en une confédération presque indépendante. Le but principal de cette ligue était de faire à l'élément bourgeois une plus large part dans le gouvernement de l'Empire. Les villes rhénanes, bavaroises et franconienne ne tardèrent pas à y entrer, et ce mouvement de concentration marque le dernier grand effort tenté par la nation pour asseoir l'Empire sur l'association de communes libres, ayant des droils
' Aussi, dans les villes libres, Charles était-il représenté comme 1" • iiisulteur de la chrétienté >. Voy. Chroniken der deuUchcn Slädcc, t. IV, p. 42.
LA HOYAUTK ET LES l' III N C E S I) E I' (' I S LI NT E H RKfiNE. 421
égaux à ceux des princes souverains, et faisant reconnaître la liberté des ÉJa(s à côté de l'autorité des princes '. ^- Les villes ", dit la chronique de Liinbourg, " lornicrent celte alliance avec une grande sagesse et libéralité, travaillant en cela au maintien de leur honneur comme à la commune prospérité du pays. " ' Mais -, continue l'auteur, ^ rcnfreprise ne réussit guère ^ » En effet dès le commencement de la guerre, la bourgeoisie dilt céder à la force bien supérieure des princes, et h partir de ce moment, elle ne joua plus qu'un rôle secondaire dans la conslituliou de l'Empire.
Sous Venceslas, « qui affaiblit et déshonora le Saint-Empire, le droit et la justice ne trouvèrent plus place dans la nation, et les puissants purent impunément opprimer les faibles ". Rupert, qui lui succéda, était un prince d'une stricte probité. " Il abondait en bonnes intentions, mais n'avait pas en main un pouvoir suffisant pour fortifier le droit et combattre l'injustice ^ -^ « Le roi Rupert est généreux et bon ', écrivait en 1407 un digne bourgeois de Cologne, « il voudrait bien venir â bout des princes, mais j'ai grand'peur qu'il n'y parvienne point, car il est pauvre \ » Une disposition testamentaire de Piupert nous révèle en effet la situation piteuse où la royauté était alors réduite. Le Roi ordonne que tout de suite après sa mort « sa couronneet divers précieux joyaux soient vendus, afin d'acquitter ses dettes chez l'apothicaire, le forgeron, le cordonnier, le peintre d'Heidelberg, et pour que quelques pauvres ouvriers d'Amberg pussent toucher ce qui leur était dii ^ > .
Nous lisons dans une chronique du temps : -^ Après Rupert, le roi Sigismond monta sur le trône; il avait, â lui appartenant, plusieurs pays sur lesquels il avait pleine autorité et disait souvent qu'il voulait réformer le royaume; mais au fond, son propre pays lui tenait bien plus à cœur que l'Empire. De plus, il était d'une volonté indécise; car aujourd'hui il voulait ceci, et demain cela. Cependant les princes sont encore bien plus à blâmer que lui : tout occupés de leurs jalousies et rivalités personnelles, ils ne voulurent jamais rien faire pour aider à établir ce qui eilt été utile au bien public "^ .» Aussi Sigismond disait-il amèrement : ^ La couronne ne peut plus apporter au souverain ni joie ni gloire; elle n'est plus pour lui qu'un lourd fardeau, presque au dessus de ses forces. '>
La révolution que la Rulle d'or avait opérée dans les principautés
' GirnKF., Das Wesen des Bundes gut zusammenge/asst , t. I, p. 483-486. - Limbiirgische Chronik, p. 98.
' Pa{je 435.
* Voy. Francfurts Reickscorrespondenz, t. ï, p. 247, note.
* Testament daté du 16 mai HIO. — Francfurts Reichscnr respondcnz, t. L P- 802-
" Pa.fre 435.
'r2-2 EMPIRE ROMAIN (;ERMAMQUE, SITUATION EXTERIEURE.
électives se reproduisit peu à peu dans les autres domaines princiers. Les prélats, les chevaliers, les villes, qui auparavant n'avaient reconnu aux princes qu'un droit de protection et ne leur étaient attachés que par un lien féodal ou juridique, durent bientôt subir une sorte de vasselage; il devint de plus en plus facile aux princes d'agrandir leurs États en arrachant aux uns ou aux autres des lambeaux de territoire.
Le royaume, autrefois uni, n'était plus qu'un assemblage de parties disparates, reliées entre elles par des liens fragiles. Le Roi pouvait à peine s'intituler encore '= président de la communauté impériale ». Les revenus du royaume étaient tellement fondus que, dès le règne de Sigismond, ils ne s'élevaient plus qu'à treize raille florins *.
te Et taudis que les revenus fondaient :; , l'ancienne organisation militaire de l'état féodal croulait misérablement par suite de l'invention de la poudre à canon. Les guerres contre les hussites firent â l'honneur de l'Allemagne une tache indélébile,
A l'intérieur, le - droit du poing ", les funestes guerres privées désolaient les citoyens; à l'extérieur, l'Empire n'inspirait plus ni crainte ni respect. " Les princes et seigneurs font de nous la risée des nations étrangères par leurs guerres privées et leurs démêlés incessants -, dit un chroniqueur du temps; • l'incendie et le pillage dévastent continuellement le pays -. Si la royauté, autrefois si grande et si noble, est tombée dans une telle impuissance; si en Italie et en Bourgogne personne ne redoute plus ni le roi des Romains, ni le Saint-Empire de nation germanique, la faute en est aux princes ^ ' Un poëte franconien fait entendre â ce sujet des plaintes éloquentes:
c 0 noble royauté, élue entre toutes! 0 toi qui étais autrefois si fière et donnais l'honneur et la gloire à notre nation! Maintenant te voilà déchue, tu gis impuissante dans la poussière, et ceux qui devaient tepro-
' - Les taxes et impôts des pays alleniauds réunis sont tellement diminués et fondus que l'empire n'en retire pas plus de treize raille florins par an -, dit le roi Sigismond dans sa lettre circulaire aux états (30janv. 14i2). Fiancfurts Reichscorrespondenz, t. I, p. 242. Yoy. les passages cités par IIöfler, König fluprechr. ^Reperitur (in Alemania) aliquis archiepiscopus vel epi.scopus, qui forte in duplo plus habet in reditii)us, quam percipit rex Romanorura in omnibus terris sibi subjectis. -
- Les déprédations et pillages exercés par les princes les uns contre les i autres étaient devenus proverbiaux même à l'étranger. Charles VI, roi de France, j commence une de ses ordonnances par ces paroles : ■- Les nobles de l'empire ont coutume de guerroyer les uns contre les autres. • Voy. Lindner, Gcsch. des deutschen Reichs vom Ende des vierzehnten Jahrhunderts, t. II, p. 107. — Voy. aussi Francfuri's lieichscnrrcspondcnz, note I. Le roi Sigismond lui-même fut un jour dépouillé par un chevalier brigand entre Ulmet Ratisbonne (1434;. — Aschrach. Sigmund, t. IV, p. 231.
^Page 435.
LÜTTE J)i;S l' Il IN CE S AVEC LES ÉTATS. 423
l('{ï('r s'adonnent à un brigandnjje honteux! Les princes sont les voleurs, les voleurs de ta fjloire ! Oh! i)uisse venir hifmlrtt nn venpfeur pour le peuple (ît pour la royauté '! »
Lorsque Albert II de Habsbonr^jmonlasin' le (rônc, on espéra, pendant un court espace de lemps, qu'un souverain énerp^iquc avait enfin pris en main le pouvoir, qu'il rétablirait la paix et la justice à l'intérieur, et rappellerait les princes et les autres ambitieuses petites puissances au sentiment de leurs devoirs envers l'Empire et envers le bien public. •• .ie ne suis pas sans quelque espoir »^ écrivait Guillaume Becker en parlant de la nouvelle cour (1439). « Albert est un puissant seigneur, expérimenlé dans les choses de la guerre, d'une activité infatigable et bien pourvu d'hommes et d'argent -. «
On disait d'Albert qu'aucun souverain d'Allemagne n'avait encore fait concevoir autant d'espérances au début de son règne ^; les villes se flattaient qu'il opposerait une résistance efficace " aux procédés indignes et déloyaux des princes et des seigneurs ". « Les cités se réjouissent >>, disent les échevins de Spire, -^ d'avoir un souverain de la maison d'Autriche* ". Les députés des villes, après avoir visité la cour, rapportaient qu'Albert avait vraiment le caractère allemand dans le plus noble sens du mot. « Et il est très-bien disposé en faveur des villes ", ajouîaicnt-ils ^ Tous les contemporains, même les adversaires de l'Autriche, s'accordaient à vanter la justice et la mâle énergie du nouveau souverain ".
Dans les plans de réforme qu'Albert présenta aux États à la diète de Nuremberg touchant la restauration de la paix publique et la meilleure administration de la justice (1438), il résume les points sur
' CfiACELii Carmen, t. III. Pierre d'Ailly pouvait dire avec raison : • llodie adeo depressa est imperialis potestas, ut magis honoretur ac vereatur etiain a maximo usque ad minimum aliquis capitaneus gentium armigerorum initalia, quam imperator vel rex Romanorum. " V. d. Hardt, Magnum consilium Consiant., t. I, p. 322.
- Mémoire du 2 février 1439. — OEuvres posthumes de Bodm.vxx.
' Nemo unquam maiore spe ad imperium venit. — Ebendorffer de Haselb.vch, Pez, Script, rer. /iuslr., t. II, p. 854.
* Voy. Francfurts Reichscorrespondenz, t. I, p. 440, n" 805.
^ Voy. Francfurts Rcichscorrespondem^ t. II, p. 104, n» 151.
" Albert I" et Albert II appartiennent tous deux au petit nombre des souverains expérimentés dans l'art de la guerre de la maison de Habsbourg. « In armis promptus, facere quam dicere raalebat •, écrivait à propos d'Albert .Lineas Sylvius. Voy. Abhandlungen der hönigl. böhmischen Gesellschaft der Wissenschaften, partie 5, t. I, p. 116. « Cujus anima requiescat in sancta pace, quia fuit bonus, licet teutonicus audax et misericors », lit-on dans la Chronique de Bartossii, publiée par Docnef.. Monuni. Hist. Boem., t. I, p. 204. Le conseil d'Aix-la- Chapelle déplore la mort d'Albert comme étant ■ chose lamentable et cruelle ^ pour les villes impériales. Ebrard Windeck nous dit : -^ Et ce roi fut trèspleuré des noldes et des bourgeois, des riches et des pauvres; nul souverain depuis la naissance du Christ n'a été aussi regretté. •• Voy. Francfurts Reichscorrespondenz, t- I, p. 486.
lesquels doit porter d'abord la réforme politique. Sans se préoccuper de retendue et des différences intimes des domaines particuliers, il propose que, « pour le maintien de la paix ", tout le royaume soit divisé en quatre cercles, et que chacun de ces cercles soit administré par des gouverneurs nommés par le Roi. « Si ces plans sont exécutés '■, disait avec raison un contemporain sagace, '= la puissance du souverain sera extrêmement fortifiée par ces quatre chefs n'ayant h obéir qu'à lui. La royauté, appuyée sur de nouvelles bases, ayant en main un pouvoir exécutif assez fort pour s'opposer aux rebelles et appliquer rigoureusement les châtiments, pourra enfin remettre l'ordre partout où règne maintenant la confusion ; le royaume et le peuple retrouveront la considération et l'honneur dont ils jouissaient autrefois, et l'Empereur pourra songera rapportera la couronne les domaines qui en ont été séparés. Or ce que le Roi a déclaré être sa volonté, il veut très-fermement le mettre à exécution. Je lui ai entendu dire que s'il pouvait être sûr de l'appui des villes et de la noblesse, il saurait bien prouver aux princes, et au besoin par les armes, qu'il doit y avoir en Allemagne un maître souverain', ü Mais malheureusement pour l'Empire, une mort prématurée vint ravir Albert à son peuple dès la seconde année de son règne.
Frédéric III lui succéda. Son règne ne dura pas moins de cinquante ans et fut également fatal à la puissance impériale et à la politique extérieure de l'Empire. " Il réfléchissait toujours, et restait toujours indécis. » Sous son gouvernement, les princes, surtout après la victoire remportée par eux dans leur seconde campagne contre les villes (1450), étendirent toujours davantage leur domination, au grand détriment du pays. Frédéric ne tenta même pas une seule fois de saisir énergiquement le pouvoir et de châtier « les contempteurs de son honneur et de son nom ", " la race des puissants, indifférents à la gloire et à l'honneur de l'Empire, et ne songeant qu'à leur propre intérêt ^ )'. u Ce fut un empereur inutile ';, dit tristement l'auteur de la chronique de Spire; « il ne sut jamais réprimer les guerres et les dissensions. Il resta dans son pays, et l'on n'eut d'autre secours de lui que des lettres ^ » Pendant l'espace de vingt-cinq ans, Frédéric ne parut même pas une fois dans son royaume''; la nation avait presque oublié qu'elle avait un roi, un défenseur, un juge suprême. Les ennemis déclarés de Frédéric ne furent pas seuls à porter atteinte à la dignité royale ; les princes qui se
1 p. 440, note 3.
* Lettre de Guillaume Becicer de Mayence, 9 avril 1458. OEuvret postkumei de
BODMANN.
•^ MONE, Quellensammliing der badischen Landesgesch., t. I, p. 410-450.
* Fn.VNKLlX, Rciehshofgericht, t. I, p. 347.
IMPORTANCK DES VILLES. 425
tenaient à ses où lés et faisaient semblant d'rlre lout dévoués à ses in(éréls, Uii firent souvent tout aulant de loiM par leurs aelcs de violence : témoin ce margrave Alberl-Acliille de llolienzollcrn, aussi puissant que rusé, loup et renard à la lois, qui avait coutume de dire « que Tincendle est rornement de la fjuerre comme le MdijnifiCMt est le couronnement des vêpres », et qu'en lait de polllupie II lallail se souvenir « quecelui qui est sans ver{jop, ne ne sera jamais humilié ' «. Ces deux axiomes résument au reste admirablement les théories politiques et militaires des princes de son temps.