‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 139 sur 477 · IMPORTANCE DES VILLES · texte numérisé non relu

IMPORTANCE DES VILLES

Si les villes n'avaient pu réussir à entraver le développement de la puissance des princes; si, dans la constitution de l'Empire, elles n'avaient pu faire reconnaître le principe de l'indépendance de l'Etat comme étant au-dessus de l'ambition des princes, elles avaient du moins réussi à empêcher que le morcellement de l'Empire en principautés et domaines particuliers n'amenât sa dissolution complète. Elles conservèrent religieusement le sentiment de l'unité, et le désir de voir les divers pays allemands former un tout homogène sous un souverain unique.

Dans l'état féodal, le droit public est entièrement fondé sur un système de devoirs et de charges réciproques; au lieu que dans les constitutions des villes, le principe de l'unité se trouve sur le premier plan. D'après ce principe, le droit n'est que l'expression de la libre conviction des membres de la communauté, et tous les ressorts de l'administration, depuis le plus grand jusqu'au plus infime, reposent sur un droit librement adopté et sur la libre obéissance des citoyens à des chefs élus par eux ^

En vertu de ce principe, les grandes villes placèrent peu à peu toute leur administration entre les mains d'assemblées bourgeoises, de bourgmestres et d'échevins nommés par elles. Aussi longtemps que le sentiment de l'honneur et de l'indépendance demeura vivant et actif en elles, le but le plus élevé de leurs efforts fut le maintien et la défense de leur gouvernement personnel et de leurs libres délibérât ions. Durant cette période glorieuse, les villes libres furent en Allemagne le centre de la civilisation et du commerce, et offrirent au pays, dans toutes les branches de l'organisation sociale, l'idéal d'un bon gouvernement. Leur administration bien réglée, leur prospérité solide faisaient dire avec raison à Machiavel ^ qu'elles étaient - le nerf de l'Allemagne ».

' Voy. IIOFLER, Ludwig von Eyb., p. 74-77. * Pour plus de détails, voy. Bitzer, p. 543. ' Operf, IV. p. 157.

i-26 EMPIRE ROMAIN GERMANIQUE, SITUATION EXTERIEURE.

Restées ou devenues indépendantes de toute puissance princière et

nyant acquis p;ir ellos-ménies v.nc part de souverainefé, les villes impériales attciîjnirent le plus haut degré de riudépcndaucc poliliquc.

Leur développement fut surtout remarquable dans les pays où, depuis la dissolution des anciens duchés, nulle famille princière n'avait pu obtenir la primauté; en Souabe et dans les pays rhénans, leur nombre s'élevait à plus de cent, parmi lesquelles nous citerons : dans le Bas-Rhin, Aix-la-Chapelle et Cologne; dans le Rhin central, Mayence, Spire, Worms et Francfort; dans le Haut-Rhin, Strasbourg, Colmar et Bâle; dans l intérieur delà Suisse, Berne et Zurich; sur les bords du lac de Constance, Schaffhouse, Constance, Saint-Gall, Überlingen et Ravensbourg; dans la haute Souabe, Kempten, Kaufbeuren, Memmingen, Augsbourg, Ulm et Rottweil; dans la basse Souabe, Reutlingen, Weil, Eisling, Heilbronn, Wimpfen, Hall, Nordlingen, Donauwörth et Bopfingen. Bien que le duché de Fraaconie eiît été dissous, les nombreuses et puissantes principautés ecclésiastiques qui s'y étaient établies entravèrent le développement de la bourgeoisie indépendante, et nous n'y trouvons, en dehors de Nuremberg, que cinq petites cités libres. Le même fait se reproduit en Westphalie, où nous n'en comptons que deux : Dortmund et Herford. En Bavière, où l'ancienne famille ducale était restée en possession d'un territoire assez important, Ratisboune était la seule ville impériale. Dans les trois États sépares du Brandebourg, de l'Autriche et de la Bohême, il n'en existait point. Nommons encore quelques villes situées dans d'autres régions : en basse Saxe, Lübeck, Brème, Hambourg et Goslar. Eu Thuringe, Erfurt, Mulhouse et Nordhausen; dans les Pays-Bas, Cambrai, Deventer, Nimègue et Groningen; en Lorraine, Metz, Toul et Verdun.

Les villes avaient fourni elles-mêmes tous les cléments de leur constitution; il en résultait que chacune avait ses institutions propres et ses formes particulières de jurisprudence. Les organes de leurs libertés, quoique partout les mêmes dans les points essentiels, variaient beaucoup dans les détails, et nous offrent une riche variété de formes. Les constitutions de nos cités libres sont souvent de véritables chefs-d'œuvre, aussi dignes d'admiration que les dômes élevés à l'intérieur de leurs murailles.

Aux douzième et treizième siècles, le gouvernement municipal était exclusivement réservé aux patriciens; mais dès le commencement du quatorzième siècle, nous voyons les corporations prendre part au conseil, aux charges de la cité. Dans quelques villes, ce résultat fut obtenu par le tranquille développement des choses; mais d'autres n'y arrivèrent qu'après de rudes et sanglantes luttes intérieures. Enfin patriciens et artisans s'unirent pour former une seule et même

IMl'üUTANCh DES VI 1,1, 11 S. 427

l»()iir(;eoi.sic, et In constitution rivilo reçut ainsi son couronnement ii.ilnrrl. lui i)('auc()U|> de villes, comme â Ulm, Frandorl et .Xurem- Ikm-j';, les nobles conservèrent sur les corporations une certaine jirééminencc, mais clans la plupart on vit s'orjjaniser ce qu'on appela le ffouvernemeut corporatif, sur lequel toute la Constitution civile vint s'appuyer. Les bourjyeois, ceux mêmes qui ne s'occupaient pas d'industrie, durent entrer dans les cadres des corporations existantes, et les patriciens se virent forcés de faire de même, ou de former (litre eux des associations analo^jues.

Avant comme après la victoire des corporations, le conseil, même dans les villes où la bour(jeoisie prenait part à l'élection des éclievins, resta au-dessus de la commune, et ne fut jamais assujetti à ses volontés. Ordinairement le conseil exerçait le droit de se recruter en élisant les bourgeois qu'il jugeait capables de remplir les fonctions d'éclievin; souvent aussi il choisissait ses élus parmi ceux qui lui étaient présentés.

Ce n'étaient que dans des cas exceptionnels, comme par exemple lorsqu'il s'agissait de faire une loi ou de prélever un impôt, que, dans quelques villes, les bourgeois réunis prenaient directement part aux délibérations. En dehors de ces circonstances graves, l'activité du conseil suffisait à tout, embrassant tout ce qui avait rapport à la sécurité, à l'ordre, à la discipline, ä l'honneur, à la prospérité, à l'épanouissemeul et à l'accroissement de la cité. Les affaires étaient expédiées tantôt dans des assemblées générales, tantôt par des commissions particulières, chargées des diverses branches de l'administration. Pour t< l'honneur, l'utilité et ie profit de la ville >',une stricte surveillance était exercée sur le commerce et les échanges, ainsi que sur la vente des denrées alimentaires. Le conseil était chargé de l'inspection des bâtiments, de la police des étrangers, et souvent édictait des lois somptuaires. Les questions économiques constituaient une partie importante de sa tâche. Il déterminait le taux des contributions indirectes imposées sur les céréales, la viande, la bière, ie vin, etc., et, à partir du quinzième siècle, les impôts sur le capital et le revenu. Il appliquait le produit des taxes aux besoins immédiats de la ville, les faisant servir soit à l'entretien des forteresses, des édifices publics, des ponts, passerelles et chemins, soit à couvrir les impôts d'empire, à payer les troupes enrôlées ou les frais occasionnés par les guerres privées et les expéditions à main armée. Il donnait une attention spéciale au système militaire ', et, après la découverte de la poudre à canon, sut tirer parti, dans l'intérêt des villes, de tout l'ancien appareil de guerre. Les arsenaux furent abondamment

' Voy. MOJEAN, Städtische Kriegseinrichltingen im 14 et 15 Jahrh. im Programm des Gymnasiums zu Stralsund, 1876.

])ourvii^ d'eiigiiis de tous genres; les forteresses, préparées à soutenir le feu de l'artillerie; les moulins à poudre, multipliés; les fonderies de canon, établies. Daus les guerres de l'Empire, la disposition de l'artillerie fut pendant fort longtemps confiée exclusivement aux conseils urliains '-. Aux jours libres et fériés, et les autres jours après le travail ", les exercices militaires faisnient partie des occupations favorites des bourgeois. Même après que la levée de troupes soldées fut passée en usage, les bourgeois, en cas de nécessité, entraient d'eux-mêmes en campagne et venaient se ranger sous la bannière de la ville, portée en grande pompe et considérée comme un svmbole sacré. ■■ Celui qui l'abandonnait pendant le combat était regardé comme un lâche '. •■

■Mais l'esprit de la bourgeoisie n'exerçait pas seulement son influence dans les cités impériales; il avait aussi une grande action dans les villes, souvent tout aussi fortes et importantes, placées sous la juridiction de princes laïques et ecclésiastiques. Citons particulièrement les villes épiscopales de Magdebourg, Halberstadt, Hildesheim, Osnabrück, Minden, Paderborn, Munster, Soest, Trêves, Coblentz, Passau, Freising, Wurtzbourg et Bamberg. Dans les domaines de l'ordre Teutonique, Danzig, Königsberg, Elbing et Thorn. Viennent ensuite, en Poméranie : Greifswalde et Stralsund; dans le Mecklembourg, Rostock et Wismar. En Brandebourg, Berlin, Brandebourg et Francfort-sur-l'Oder. Dans le Brunswick lunébourgeois, Lunébonrg, Brunswick, Göttingue et Hanovre. En Saxe, Dresde et Meissen,'lhürgau et Wittembcrg. Dans !a Hesse, Marbourg et Cassel. En Bavière, Munich, Ingolstadt, Landshut et Xeubourg. En Autriche, Vienne, Gratz, Klagenfurt, Brixen et Insprïick. Ces villes possédaient, comme les villes impériales, un grand nombre d'associations et d'institutions répondant admirablemmeut aux buts et aux besoins les plus variés de la vie sociale. Elles jouèrent un rôle politique important, surtout dans la question de la constitution des états provinciaux.

Page 1