LES ÉTATS REFUSENT L'IMPOT
en remcllant à la prochaine diète les délibérations sur les meilleurs moycus de s'opposer aux entreprises formidables du Moscovite. La Livoiiie (ut perdue pour l'Empire.
A Lindau et pendant les dièfes des années suivantes, les états traitèrent d'intérêts autrement importants. On s'y occiii)a de la ([ueslion des vins soufrés; onédicta de nouvelles lois contre le luxe, les festins de noces trop dispendieux furent interdits. Défense fut faite aux bouffons et bateleurs de porter désormais des chaînes d'or et d'autres insignes honorifiques, la noblesse et les princes se trouvant blessés dans leur dignité par ces parodies irrespectueuses.
On discuta beaucoup les ordonnances de Worms. La Chambre impériale, que les états regardaient comme leur création, n'avait pu continuer à fonctionner, parce que les assesseurs qui la composaient n'avaient pas reçu leurs émoluments au temps voulu. Il fut décidé qu'ils les toucheraient dorénavant, et que l'argent nécessaire serait fourni non par les états, mais par les Juifs de Ratisbonne, de Nuremberg, de Worms et de Francfort. Le siège de la Chambre impériale fut transféré à Worms, et le payement du denier commun, instamment recommandé à la chevalerie et aux états. Il fut décidé qu'un rapport exact sur ses résultats et son emploi serait présenté à la diète prochaine, fixée au mois d'avril de l'année suivante, à Worms.
Lorsque s'ouvrit cette nouvelle diète, le grand justicier de ia Chambre impériale se présenta devant l'assemblée accompagné de deux assesseurs. lis venaient exposer leurs griefs devant les états. Les assesseurs, en dépit de toutes les promesses qui leur avaient été faites, n'avaient pas même reçu le traitement de leur première année d'exercice. S'il n'était pourvu convenablement à leur situation, ils ne pourraient, disaient-ils, ni rester à Francfort, où ils devaient à leurs hôteliers, ni se rendre à Worms '. De leur côté, les chargés de pouvoir de Maximilien se plaignirent que des 250,000 florins consentis parles états, l'Empereur n'en eût guère touché plus de 50,000-. Maximilien écrivait qu'il avait sacrifié ses rentes et revenus personnels pour le service de l'Empire, et que faute d'argent, il ne lui était pas même possible de venir en personne à la diète '! Berthold, le seul grand fcudataire du royaume qui fût venu au Reichstag, fit alors entendre des reproches amers. •< 0 chers seigneurs ■, s'écria-t-il, « que les choses marchent lentement! Ou'il y a peu de sérieux bon
' Rapport du docteur Pleniger, 2 mai 1497, dans la Frankfurts Beichscorrespondem, t. II, p. 595-5Ö6.
' Rapport des ronseillers royaux, 7 aoiït 1497, dans la Frankfurts RcichscorrcsfomUnz, t. II, p. 62S, n" 5.
' Mémoire de Maximilien, du 27 juin 1497, dans la Frankfurts Reichscorrespondenz, t. II, p. 620.
vouloir, qu'il y a peu de zèle parmi vous! En vérité, grands et petits se comportent d'une façon lamentable! Il serait cependant urgent de mettre un peu plus d'empressement à conjurer les maux qui nous menacent, même si nous ne voulons que conserver l'existence à l'Empire et nous maintenir dans la situation où nous sommes! Les choses prennent une tournure si menaçante qu'il serait grand temps de prendre plus à cœur l'intérêt général et d'oublier nos propres discordes! Si l'on ne se met à l'œuvre avec plus d'énergie qu'on ne l'a fait jusqu'ici; si, tous ensemble, nous ne montrons plus de fidélité et de zèle, craignons que bientôt quelqu'un ne s'élève, et saisissant l'autorité d'une façon peu courtoise, ne nous fasse rudement expier notre indifférence actuelle ! Oui, un étranger viendra, et nous fera sentir à tous la dureté de sa verge de fer! Je n'aime point nos graves délibérations, nos ordonnances scellées, nos dispositions solennelles, dont les résultats se font si longtemps attendre, ou ne produisent absolument rien ' ! »
Mais les '■ résultats continuèrent à se faire attendre =). Cependant les états résolurent de faire quelque chose pour l'honneur de l'Empire. Ils donnèrent au Roi, sur les sommes déjà recueillies, mais non payées, qui avaient été votées en 1495 pour couvrir les frais de la guerre contre la France et contre les Turcs, 4,000 florins comptant. Outre cela, ils autorisèrent Maximilieu à faire lever lui-même et à s'attribuer les sommes provenant du denier commun et recueillies dans ses possessions héréditaires, les états de son fils, l'archiduc Philippe, et ceux du duc de .luliers-Clèves-Berg^.
L'année suivante, à l'ouverture de la diète de Fribourg, Maximilien presse encore les états d' « agir j)lus énergiquement ■^. Il se plaint amèrement que les secours d'argent promis à Worms en 1495 ne lui aient pas encore été Uvrés. Il se voit, dit-il, délaissé de son peuple. Si les Allemands continuent à l'abandonner, ils donneront ainsi à tous les ennemis de l'Empire un encouragement qui les rendra plus avides et plus acharnés dans leur lutte contre l'Empire. Il prévoit trop que le denier commun ne sera pas fourni selon les promesses qui ont été faites; pour ce qui le concerne, il est prêt à faire tout ce qu'exige le péril du Saint-Empire, de la chrétienté et de la nation allemande : " Mais =;, ajoute-t-il, « je ne veux plus, comme à Worms, me lier les mains et les pieds, et me laisser accrocher à un clou! Quelque chose qu'on puisse me dire, je dois et je veux diriger la guerre d'Italie! Je renoncerais au serment que j'ai prêté à l'autel
' Discours de Berthold, dans Wencker, Appar. Archiv., p. 70-72. — Frankfurts Reichscorrespondenz, t. il, p. 602-605.
- Abschied des [l'ormser Tages von 1497, in lier Neuen Sammlung der Beichsahschiede, t. II, p. 36, § 5.
le jour de mon couronnement, phifôl que rr.'ibandonner ce dessein. .Je m'y sens obii{}é, non-seulement vis-à-vis de l'Kmpire, mais encore â cause de la maison d'Autriche. Je vous déclare donc ici ma volonté comme cela est de mon devoir! Plutôt que de renoncer à cette campagne, je jetterai cette couronne à terre et je la foulerai sous mes pieds '! »
Après la mort de Charles VIII et Tavénement de Louis XII (avril 1498), les choses prirent, en Italie, un aspect toujours plus menaçant pour l'Empire. Louis XII joip,nit bientôt à son titre de roi de France le titre de roi des Deux-Siciles et de duc de Milan, donnant ainsi clairement à entendre qu'il se proposait non-seulement de faire valoir les prétentions des comtes d'Anjou sur Naples, mais encore de revendiquer ceux qu'il tenait de sa grand'mère, Valentine Visconti, sur la Lombardie. Il voulait ouvrir son règne par la conquête du .Milanais, et ses agents avaient ordre de dire hautement en Italie que ce duché serait bientôt en sa puissance. Pour occuper Maximilien d'autres intérêts, il lui avait mis sur les bras le comte Charles Egmont de Gueldre et les confédérés suisses, les encourageant par de fortes sommes d'argent à résister à l'Empereur, leur répétant que non-seulement ses arquebusiers étaient à leur disposition, mais encore ses biens et sa vie, et qu'en retour ils devaient venir avec un joyeux dévouement au secours du roi de France*.
Contre tant d'ennemis, de quelle utilité pouvait être à l'Empereur les 50,000 florins votés par les états?
Les Sui.sses, malgré leur serment d'obéissance à l'Empire, fournissaient aux Français des troupes de mercenaires en échange de secours d'argent. Les délégués de Lucerne, de Schwitz et de Saint-Gall avaient assisté à la diète de Worms (1495); mais, depuis lors, les confédérés avaient refusé de se soumettre aux décisions de la Chambre impériale et rejeté l'impôt du denier commun. Dans la lutte qui s'engagea pour les ramener à leur devoir, il s'agissait, par conséquent, de maintenir la Suisse dans la confédération de l'Empire et de faire respecter les réformes nouvelles. Les états « en convenaient parfaitement ;>, et lors de la diète de Fribourg, ils avaient décidé « qu'il était urgent de faire rentrer dans l'obéissance les puissantes villes de la confédération, qui portaient l'aigle impériale dans leurs écussons '• ; mais au moment décisif, - les princes agirent dans un
' Relation des ambassadeurs de la lifjue souabe. dans Miller, t. II, p. 1G5. Protocole du BrandeboiirjJ, dans R.vxke, Deutsche Gesch. im Zedalter der lie/ormation, t. I, p. 128.
' ÄNSHELM, t. II, p. 452. Année 1499.
sens tout opposé ". " Les armées étaient déjà en présence, non ioin de Constance, et l'action allait s'engaf^cr, lorsque les princes, qui commandaient en personne leurs hommes d'armes, déclarèrent tout à coup qu'ils ne se souciaient point d'exposer l'honneur de leurs soldats dans une lutte contre des paysans et des bergers. Maximilien et sou armée se virent contraints d'opérer leur retraite, bien que les Suisses qu'il s'agissait d'attaquer fussent fort mal disciplinés et peu redoutables. Bouillant de colère, l'Empereur jeta le gantelet de fer de son armure à l'un de ces seigneurs, et ne put s'empêcher de s'écrier : " II est dur de mener des Suisses combattre contre des Suisses! "
La guerre eut une issue malheureuse. ■ Ceux qui auraient dû être les premiers à défendre l'Empire «, dit Wimpheling, perdirent leur temps en de mesquines querelles; ils n'avaient été d'aucun secours à l'Empereur, et ne lui avaient fourni que des secours dérisoires. Les confédérés eurent partout l'avantage '. "
La guerre entreprise pour recouver la Suisse se termina misérablement. Ce pays demeura perdu pour l'Allemagne.
La même année, le Milanais, qu'au prix de tant de sang et de dépenses Maximilien s'était efforcé de maintenir sous la domination impériale, tomba entre les mains des Français, et Louis XII s'y élablit en maître.
C'est au milieu de ces tristes événements qu'au printemps de 1500 Maximilien ouvrit une nouvelle diète à Augsbourg.
DIÈTE d'AUGSBOURG
RÉGENCE d'empire.
Le Hoi, dans la circulaire qu'il adresse aux états pour les convoquer à la diète, trace en ardentes paroles le tableau des malheurs delà pairie : « Une dissolution complète menace l'Empire «, dit-il. • L'étranger, qui nous redoutait tant autrefois, a maintenant la partie belle; il nous ravit tout ce que nos ancêtres ont acquis au prix de tant de hauts faits et de luttes sanglantes. Le roi de France, non content de ses conquêtes d'Italie, soulève contre nous la Hongrie et la Pologne, et fait tous ses efforts pour obtenir la couronne impériale. En même temps nous sommes menacés, l'été prochain, d'une nouvelle invasion des Turcs. '^ L'Empereur, de la manière ia plus pressante, représente aux états la nécessité de reprendre le Milanais, jusque-là fief impérial.
• De arte impressoria, fol. 27.
l'LK(iK><:K DEMPIKE. 511
Mais cette fois encore, les étals, {juidés par Berfhold de Henncber{i^, prufilèrctit des embarras de Maximilicn pour délruire le peu d'autorité (jui lui restait. Ce qu'ils n'avaient pu exécuter à Worms „ils réussirent alors â le faire prévaloir. Maximilien dut accepter l'érection d'un conseil d'État, ou régence d'Empire. Ce conseil, composé de vingt princes et conseillers, fut investi du pouvoir de traiter tous les intérêts du Roi et de l'Empire ; d'exercer son autorité au dedans et au dehors; de délibérer sur la paix et la justice, et sur la résistance â opposer aux ennemis extérieurs; les décisions suprêmes furent remises entre ses mains. Un gouverneur général d'Empire devait en avoir la présidence; dans les cas extraordinaires, la régence, dont le siège devait être à Nuremberg, avait le droit de convoquer l'Empereur, les électeurs, les princes laïques et ecclésiastiques les plus considérables, et d'ouvrir « une diète de régence ».
Par cette institution, le royaume était définitivement constitué en oligarchie princière, n'ayant à sa tête qu'un président impuissant, décoré du vain titre de roi ou d'empereur '.
En reconnaissant la régence d'Empire, Maximilien fit le plus grand sacrifice de sa vie. Il ne s'y résigna que dans la ferme persuasion que les états fourniraient enfin avec exactitude les secours de guerre qu'ils promettaient en échange. D'après les assurances qui lui furent données une levée générale de troupes allait être faite, ce qui permettait d'espérer qu'en cinq ou six mois une armée de trente mille hommes pourrait être mise sur pied. Toute paroisse comptant quatre cents hommes devait équiper un homme de pied. Les cavaliers devaient êire fournis par les princes, comtes et seigneurs d'après la juste estimation de leurs revenus. Une nouvelle caisse de guerre devait être formée, et pour l'alimenter, les clercs devaient donner deux pour cent de leurs revenus; les serviteurs, la soixantième partie de leur salaire, et tous les Juifs du royaume, sans exception, un florin. Pour le rétablissement de la Chambre impériale, les membres de l'assemblée votèrent dix mille florins; mais ils se réservèrent le droit d'eu déduire la somme déjà votée par eux pour les besoins de l'Empire. •■■ Grâce à ces dix mille florins '•, écrivait à Francfort le député de la ville, Jean Reysse, - la Chambre impériale pourra enfin fonctionner, et la dette contractée envers ses membres pourra être acquittée. • Cette dernière mesure était urgente, car les assesseurs refusaient de siéger c^ avant de bien savoir d'où leur viendrait l'argent, et si l'arriéré leur serait remboursé ■■•.
Vers la fin de la diète (13 août), Maximilien, au rapport de Jean
' Droysen, t. II^ p. 12-13. — Si la réforme politique de 1500 avait été effectuée, la victoire des princes sur la monarchie eût été complète; elle eût fondé la pleine souveraineté des puissances territoriales.
Reysse, fit représenter à l'assemblée « que Sa Majesté avait sacrifié pour l'Empire une parue considérable de ses revenus, mais que jusqu'ici elle avait trouvé peu de soumission dans les états; que les députés devraient enfin s'inspirer de son exemple, et comme lui, faire à l'Empire de généreux sacrifices ». « Ensuite », poursuit le rapporteur, « Sa Majesté Royale a prononcé elle-même un grave discours, exhortant chacun à se souvenir du serment qu'il a fait de servir le Saint-Empire, et il a dit, en concluant, que si l'on n'agissait autrement qu'on ne l'avait fait jusqu'ici, il ne tarderait plus, il n'attendrait pas qu'on lui ôtàt la couronne de la tête, et la jetterait lui-même à ses pieds, pour chercher ensuite à en ressaisir les débris '. »
Il avait fait entendre à plusieurs reprises ces graves avertissements, mais ils n'eurent pas plus d'effet que les précédents. Le jour où il quitta Augsbourg, un de ses conseillers bourguignons lui dit : " Votre Majesté est destinée à faire encore d'amères expériences! Attendre quelque chose des princes allemands pour le bien de l'Empire, c'est vouloir cueillir des raisins .sur des chardons *! »
Cette appréciation ne fut que trop justifiée. Au bout de neuf mois, les listes dans lesquelles chaque territoire devait indiquer le nombre d'hommes qu'il pouvait fournir n'étaient pas même parvenues à la régence d'Empire. La régence elle-même, au lieu de tout mettre en œuvre pour reconquérir le Milanais, " ce bouclier de l'Allemagne », entrait eu négociations amicales avec le roi de France, se montrant disposée à lui livrer Milan, sous la dénomination de « fief impérial », pour la somme de quatre-vingt mille ducats, et donnait une distinction honorifique à un ambassadeur français qui s'était exprimé en termes grossiers sur Maximilien ^
" Quelques princes de la égence sont vraiment possédés d'un méchant esprit », écrivait à cette date un conseiller de l'Empereur*, « et dans plus d'un lieu les choses paraissent mûres pour la trahison. C'est du comte palatin dont on est le moins siir. Il faudra surveiller les choses de bien près, en Alsace, si l'on n'y veut voir paraître à l'improviste des hôtes français, » Le prince Philippe, électeur palatin, était entré en effet depuis plusieurs années dans une ligue offensive et défensive avec la France. Il avait longtemps auparavant reçu de Charles VIII un présent de mille marcs d'argent, « à condition de ne fournir au roi des Romains ni argent, ni
' Lettre du délégué de Francfort, Jean Reysse, 17 août 1500, dans la Frankfurt Reichscorrespondenz, t. II, p. 661.
^ Henri Gulnebeck.
' Voy. MULLER, Rcichstagssiaat. p. 106-111. * Henri Gi\u.nebeck.
CÜ.NVENTIÜNS SKClîKTKS I) li S PRINCES AVEC LA FRANCE. 513
secours d'aucun genre ". IMiilippc pronieüait à Charles qu'en cas de besoin il lui fournirait un bon nombre de soldats, et le roi de France s'enj',aj;eail de son côlé à envoyer au prince électeur, si la nécessité le réclamait, mille ou deux mille chevaux'. Des chargés d'affaires palatins et français avaient ensemble des conciliabules secrets^. Les craintes qu'on nourrissait au sujet du prince palatin à la cour de Maximilien n'élaient donc que trop fondées. Un parti puissant, favorisant les prétendons de la France, s'était formé en Alsace, et Wimpheling ,juj',ea nécessaire d'établir par l'un de ses écrits que les pays du lîliin occidental avaient de tout temps fait partie des provinces allemandes, et n'avaient jamais appartenu aux Français. « La France », disait-il, ^c a néanmoins le dessein de conquérir ces contrées, comme le Dauphin l'a bien fait voir au moment de la guerre des Armagnacs; et malheureusement il trouve un notable encouragement à ses vues ambitieuses dans un nombreux parti alsacien, plus porté vers les Welches que vers le Saint- Empire. Des messagers à demi français sont envoyés d'Allemagne au roi de France et reçus par lui avec amitié; ils flattent ses vues, dans l'espérance que si les souverains français sont un jour maîtres de nos provinces, ils leur accorderont un crédit, une considération, qu'ils désespèrent d'obtenir jamais à la cour de l'Empereur ^ "
Les véritables amis de la patrie étaient révoltés des manœuvres des princes et de leurs ligues particulières. ■■ Notre mère la Germanie m'est apparue en songe > , dit Henri Bebel dans un discours prononcé devant Maximilien en une solennelle assemblée tenue au château royal d'lnsprück (1501). « Hàte-toi, m'a-t-elle dit, va trouver ! Maximilien, mon fils bien-aimé; il donne volontiers audience aux simples particuliers. Parle-lui de ma détresse; dépeins-lui ma lamentable situation; dis-lui mes larmes et la continuelle douleur qui me consume! Répète-lui qu'il est la seule consolation, l'unique refuge de sa mère! Depuis sa naissance, j'ai mis en lui tout mon espoir. Il est la tète encore pleine de santé, quand tous les membres sont malades! » < Mais qu'il ne perde pas courage! Sa mâle résolution, son énergie, peuvent guérir plus d'un membre atteint. Là où la corruption a pénétré trop avant, qu'il n'hésite pas à mettre le fer dans la plaie! Dis-lui surtout que les alliances particulières qu'ont
' Voy. le rapport du 31 mars 1489 dans Mone, Zeiischrifi, t. XVI, p. 79-80.— Le 5 septemljre 1492, Charles VIII s'allia au comte palatin Philippe, qui avait recherché son amitié, et lui promit assistance contre toute attaque. Voy. les documents des archives de Carlsruhe. Pfalz, Copialbucker, 43/12, 6=.
* Voy. la correspondance de Philippe avec Charles VIII et Louis XII dans Lüdewig, RcUqniœ manuscriptorum, t. VI, p. 96-120.
' Dans la dédicace de sou ouvrage Germania ad rempublicam, Argenlinensem (1501). Virimpheling le traduisit plus tard en allemand.
entre eux quelques princes, alliances qui dénouent leurs liens de soumission envers l'Empire, me déplaisent extrêmement. Fais-lui entendre que !a chute des plus puissants royaumes, ceux des Perses, des Macédoniens, des Grecs et des Romains, n'a été causée que par l'égoisrae des individus et les dissensions qui en ont été la suite'. "
L'irritation que causait à Maximilien - le piteux état des affaires d'Allemagne » se fait jour dans les lettres qu'il adresse à la régence d'Empire. Il s'y plaint amèrement des affronts qu'on lui fait subir; mais son mécontentement éclate surtout dans sa correspondance avec Bertliold de Henneberg. -- .Nous te gardons quelque rancune ■■, lui écrit-il. " Depuis bien des années, nous n'avons rien vu sortir de fécond ni d'utile des diètes où nous avons assisté en personne, à nos propres dommages et dépens. Maiuleuaut encore, l'expédition contre les Turcs, le Saint-Empire, la couronne royale sont en grand péril, comme tu le sais et le vois toi-même, et nous avons à te faire de grands reproches de ce que toi, le premier prince du royaume, tu traiîes continuellement avec les États des affaires du pays, sans nous en informer, et ne voulant pas entrer dans nos vues en ce qui concerne les vrais intérêts de la nation. Tu n'as pas assez réfléchi jusqu'ici au but général, au bien de tous; tu as ton propre intérêt trop à cœur, et tu nous repousses. " Berthold aurait pu aisément se disculper quant à ce qui concernait son zèle, son désintéressement personnel; mais quant au résultat de sa politique, les plaintes du Roi n'étaient que trop légitimes-.
Indigné des sympathies françaises que montrait la régence d'Empire et du peu de zèle qu'elle mettait à remplir les promesses laites â la diète d'Augsbourg, rendant ainsi la résistance impossible en Italie, Maximilien conclut à Trêves un traité de paix avec Louis XII (13 octobre lôOl) et consentit à lui donner l'investiture du duché de Milan. L'inviolabilité des droits de l'Empire en Italie, la promesse de l'appui delà France au cas de l'élection d'un nouvel empereur, tels étaient les avantages que Maximilieu croyait pouvoir atteudrede cet accord. Mais dès l'année suivante il sut à quoi s'en tenir sur la loyauté de Louis XIP. Il apprit à n'en pouvoir douter, ainsi qu'il
^ Voy. sur ce point Mlther, Aus dem L'nirersiCäis und Gclihrtenlchcn^ p. 78-79. — Sébastien Braut craiynait aussi, comme il l'écrivait en 1504 à Conrad Peutinger, que la coupa'ule désunion des princes n'eût pour conséquence la ruine de l'Empire. Ch. Schmidt, Xoiice, p. 210. — Voy. l'élégie de Brant dans Gcsdeke, eh. xiii-xix.
* La correspondance du Roi avec l'archevêque se trouve dans Gcde.vls, Codex Uog. dipL, t. IV, p. 443-451. — Voy. 11. Ulmann, Die ll'alU Maximilians, dans les Forschungen zur deutschen Gesch., t. XXII, p. 137 (Göttingen, 1882).
' Voy. pour plus de détails J.4.GER, Maximilians Verkahniss zum Papslhum, p. 219-221.
CONVENTIONS SKCÜKTKS DES l' K 1 N CE S AVEC LA FRANCE. Ü15
le déclara aux députés des villes dans uuc assemblée tenue à Ulm (juillet l.'A)2), <\[\c le roi (U; France travaillait en secret contre tous les intérêts jdlemands, et n'était occupé ([u"à semer dans l'Empire le trouble, la révolte et la désunion. Louis, affirmait-il, avait la main dans les complots révolutionnaires des Pays-Bas et du Rhin, et soutenait les conCédérés dans leur résistance contre TKnipire. Enfin, parmi les membres des États, son influence avait si bien prévalu que Maximilien se voyait menacé de n'y avoir bientôt plus aucune autorité et de voir son pouvoir diminué et méprisé, aussi peu obéi des Allemands que des Welches. Louis, au dire de l'Empereur, avait olTert à l'archevêque de ALiyeuce deux cent mille couronnes, à la condition qu'il aurait la haute main sur les décisions delà régence d'Empire. Son but était de mettre la discorde entre les princes électeurs et autres petits souverains, et de se servir de la (^iscorde générale pour parvenir à l'Empire. 11 rêvait de soumettre à son autorité rAllemagne et l'Italie, et pour y réussir, recherchait activement l'alliance du i*ape, des Vénitiens, des Suisses et du roi de Hongrie.
Maximilien assurait avoir dépensé pour l'Empire un million et demi de florins tiré de ses propres fonds, et devait, disait-il, se féliciter que les mines d'argent des montagnes de l'Adige ne fussent pas encore épuisées. Aprèsavoir exposé tous ces faits à l'assemblée, levant par deux fois les mains vers le ciel, il jura devant Dieu et les saints que si l'on ne se décidait enfin à le suivre, il répudierait à jamais l'Empire et ne s'en soucierait plus. Il allait faire, au reste, un acte auquel personne ne s'attendait; mais il n'agirait ainsi qu'en imitant le dévouement d'un bon pasteur, qui veut préserver ses brebis d'un grand danger, et doit s'attendre à les trouver fidèles et soumises '.
A quel plan hardi ou désespéré Maximilien faisait-il allusion? On l'ignore ^ Ouant aux agissements qu'il dénonçait, il n'était que trop bien informé. Il est certain qu'à Paris, en 1503, on se flattait de voir le « Roi Très-Chrétien >', aidé de ia plus grande partie des princes électeurs, ceindre bientôt la couronne romaine prête à s'échapper des mains des souverains de Habsbourg, En même temps ia mésintelligence qui s'était mise entre Maximilien et les électeurs
' Klcpfil, Urk. zur Gesch. des Schwäbischen Bundes, t. I, p. 469-471, avec sa rectification dans V. Stalin, t. IV, p. 45, note 2.
* Quelques indices pourraient faire croire que Maximilien conçut alors la pensée de conibaltre les princes à l'aide des comtes et des chevaliers, et d'opérer ainsi une révolution radicale dans le royaume. Voy. Prumemoria David BaiinKjiirtiicr's dans StdMpf. — irhunil. Darslellung der Gesch. lUilhelm's von Grumbach, dans les DenkwiirdigkciUn der deutschen Gesch., t. I, p. 18. — Trithf.MH, Ghron. Hirsaug. ad annuni 1502. — Mo^E, Badisches Arclin-., t. II, p. 168-169. Sur les soulèvements de paysans sons Frédéric III et Maximilien, voy. le vol. II de cet ouvrage.
prenait un caractère si menaçant qu'on pouvait craindre de voir se renouveler les faits cpii s'étaient produits sous le roi Yenceslas, jadis déposé du trône. Mais les bons citoyens conjuraient le ciel de ne pas permettre que " les loups dévorants ", c'est-à-dire les princes, continuassent à déchirer l'P^mpire '.
L'Allemagne fut préservée d'un si grand malheur.
Mais l'œuvre de réforme que les partisans de l'oligarchie avaient rêvée échoua par leur faute même. Les États, avec leur habituelle incurie, n'avaient pas même pris la peine d'organiser la régence d'une manière stable. Les sommes votées pour l'érection de la Chambre Impériale n'avaient pas été recueillies, et les assesseurs, faute d'émoluments, s'étaient dispersés. " Tous savez tous », écrivait Maximilien au conseil de Francfort, « que depuis le commencement de notre règne nous avons convoqué plusieurs diètes à nos frais et dépens, entamé beaucoup de négociations et travaillé par tous les moyens possible au salut de l'Empire, et de la chrétienté eu général. iSous avons mis sous vos yeux l'état inquiétant des affaires, et réclamé du secours de la manière la plus pressante. Cependant nous n'avons jamais pu obtenir aucun résultat. A Augsbourg, nous avions pris les mesures les plus efficaces pour rétablir l'ordre, la paix, la justice. En ce cjui nous concerne, nous nous sommes conformés, en toute occasion et selon notre pouvoir, à tout ce qui alors avait été décidé. Mais la régence d'Empire et la Chambre Impériale, sur lesquelles reposaient l'espoir de voir l'ordre et la sécurité rétablis, n'ont pas été organisées. Après mille promesses mensongères , les assesseurs et les membres de la régence n'ont pas reçu leurs appointements, de sorte que tous nos plans ont été ruinés. Mais nous le déclarons, personne dans le Saint-Empire, nul chrétien équitable ne peut nous rendre responsable des angoisses et des difficultés présentes *. »
AFFERMISSEMENT DE LA MONARCHIE. DIÈTES DE COLOGNE ET DE CONSTANCE. 1505-1507.
Mais ni revers, ni contradictions n'étaient capables d'ébranler le courage de ALiximilien; rien ne pouvait lui ravir l'espérance de voir se relever un jour la gloire de l'Empire, et de rendre à l'Allemagne la concorde et le bonheur. Les événements qui se produisirent peu après semblèrent ouvrir enfin à ses regards des perspectives plus consolantes. Le parti des princes et de l'opposition perdit
' Lettre de Henri Grünebeck, 9 mars 1503. ^ Frankfurts Reichscorrespondenz, t. il, p. 670.
AFFKIlMISSEMIi NT DU I' O U V O IK 110 Y A t,. r,n
son chef par la nioiM de Bertliold de Heaaeberg (21 décembre 1504), et riiciireuse issue do la cam|)a{;ne bavaroise rendit quelque prcstifje à Tauturité impériale.
Cette guerre mit dans une pleine lumière la conduite des électeurs et des princes, et montra combien Maximilieii avait raison de dire qu'ils ne se souciaient nullement des insliJulions du pays ni du droit national, el n'étaient pas môme capables de rcspecler ce qu'euxmêmes avaient décidé'. Au conseil des princes, réuni à Augsbourg, l'Empereur, avec rassenliment de la Chambre Impériale, avait promis les fiefs impériaux du défunt duc Georges de Baviére-Landshnt aux cousins directs de la ligne de Munich, qui en étaient les héritiers les plus proches. Mais sans tenir aucun compte de cette décision, l'électeur palatin Hobert et son père Philippe avaient recherché et obtenu l'appui de la France, de la Hongrie et de la Bohême pour s'emparer de ces mêmes territoires, une guerre dévastatrice s'engagea en Bavière «'t sur le Rhin. Maximilien écrasa les rebelles, et la victoire qu'il remporta aux environs de Batisbonne ^ sur les troupes du roi de Bohême, accouru pour défendre le prince électeur, fut célébrée par les poètes, en lalin et en allemand, comme un grand et joyeux événement. *< L'alliance impériale ", disait-on, « est devenue si puissante, qu'à l'avenir les Bohémiens et les Suisses, qui nous ont fait tant de mal, ne seront plus en état de nous nuire; Maximilien anéantira bientôt les armées turques, il reprendra Constantinople ^ => '< Le Roi a enfin soumis les princes à son autorité > , écrit Vincent Ouirini au Conseil de Venise ; (' il n'en est plus un seul qui ose lui résister sur n'importe quel sujet \ »
Tel était l'état des choses au moment où s'ouvrit la diète de Cologne. Maximilien était fermement résolu à employer le crédit qu'il venait de recouvrer au rétablissement de l'autorité royale. Il commença par terminer la querelle bavaroise de son autorité de
' Lettre de Henri Granebeck, du 17 juillet 150î.
- • Le Roi, combattant toujours au fort de la mêlée, fut blessé, tomba de cheval, et c'en eût été fdit de lui si le duc Erich de Brunswifk ne l'eût sauvé, recevant lui-môme force I)alles, flèches, coups et blessures. Le duc, dont c'était la première bataille, dit avec orgueil dans une lettre dictée sur son lit de douleur et adressée à sa jeune femme . » Je ne suis pas tout à fait mort. •