ESI' RIT DE LA NOUVELLE ÉCOLE DES HUMANISTES
et d'avoir célébré comme première condition d'une haute culture la rhétorique et le verbiage spirituel, au détriment d'une investigation savante, approfondie et spéculative. " 11 est extrêmement facile », écrivait Wimpheling, « de persuader à la jeunesse, éprise de l'éloquence des poètes anciens, que la scolastique n'est que sophisme et barbarie. Les jeunes gens sont bien aises de voir traiter avec dédain une science qui leur est d'une acquisition si difficile; d'autre part, ils aiment à entendre vanter des études qui leur sont faciles et agréables. » Déjà l'humaniste Jacques Locher, surnommé Philomusus, exprimait le désir de voir le culte des muses remplacer les disciplines scolastiques. « A la sainte poésie = , disait-il, = appartient le premier rang dans toutes les sciences; les scolastiques, dans la stérilité de leur prétendu zèle scientifique, sont à proprement parler des « ânes théologiens », dignes de la raillerie et du mépris de tous les gens éclairés. Ce n'est que dans les poètes que la jeunesse peut puiser un utile aliment pour son intelligence. » A entendre Philomusus, Ovide lui-même était chaste; il assimilait les sentences de Juvénal aux maximes de l'Évangile *.
A partir de 1511, les plaintes sur l'abaissement et le discrédit où la philosophie tombe de jour en jour, sur l'élude partiale et exclusive de l'antiquité, sur l'orgueil présomptueux et la conduite dissolue des nouveaux humanistes, se font entendre de tous côtés. « La philosophie est délaissée ", écrit Jean Cochhïus en 1512, i et cependant il faut convenir que l'étude des auteurs anciens, bien qu'elle soit la parure de l'érudition, est certainement dangereuse pour celui qui n'a point reçu une solide instruction scientifique. De là vient la frivolité de certains esprits, désignés à tort par les gens peu instruits sous le nom de poètes ; de là leurs mœurs légères, leur vie scandaleuse et coupable. Ce sont de vulgaires esclaves de Bacchus et de Vénus, et non de pieux prêtres de Phœbus et de Pallas -. »
' Sur Locher, voy. Stintzing, i'iiich Zasius, p. 57-60. Voy. Wiskowatoff, 148. — Schreiber, Gesckichle der L'/iicersität Freiburg, t. I, p. 77-81. — Horawitz, Zut Geschichte des deutschen Humanismus und der deutschen Historiographie. — .AIüLLER, Zeitschrift für deutsche Culiurgeschichte, nouvelle suite, quatrième année, p. 743-756. — Parlant du peu d'honorabilité de Locher, Schreiber raconte qu'il fit un jour surprendre et maltraiter un adversaire sans armes par huit hommes bien armés. Il se vantait d'être très-savant latiniste, juge compétent en grec, poëte exquis, et disait que son caractère admirable était d'une sûreté à toute épreuve. Comme traducteur, éditeur, commentateur des auteurs classiques, Locher rendit, il est vrai, d'éminents services à la philologie classique; mais ses mœurs étaient tellement dissolues, que l'on peut à peine comprendre comment Zarncke, dans l'excellente introduction de son édition de la Nef des fous, l'ait mis au rang de " ces jeunes lutteurs que l'esprit universel de progrès avait réunis sous la bannière de Sébastien Brant - .L'infatuation sans réserve de Locher pour luimême et sa conduite iiiiinorale font de lui le précurseur d'LIrich liuUen.
* Voy. Otto, p. 2G. In des hommes qui les premiers combattirent les exagé-