ESPRIT DU NOUVEL HUMANISME
Les « poètes », comme étaient communément appelés les nouveaux humanistes, en vinrent enfin à un fanatisme si exalté, et s'éprirent de telle sorte de l'antiquité classique, qu'ils se mirent à dénigrer tout ce qui n'était pas latin ou grec. Tout eu eux, pensée et langage, démentit leur origine allemande; ils finirent par perdre tellement le sentiment de leur nationalité avec toutes ses traditions que, tout honteux de leurs noms germaniques, ils s'en forgèrent de nouveaux tirés du latin ou du grec. Un Schuster devient un Sutor, ou Sutorius. Un Fischer se transforme en Piscator. Un Schneider s'appelle Sertorius ; un Pierre Eberbach, Petrejus; un Hans Jäger, d'abord Venator, se change en Crotus Rubianus.
K Lorsqu'il s'appelait encore Jäger von Dornheim », écrivait à Crotus son ami Conrad Mutian, « les scolastiques lui plaisaient; le saint docteur, l'irréfutable docteur, le pénétrant docteur lui agréait fort; mais depuis qu'il a pris une nouvelle naissance, et que Jäger von Dornheim est devenu Crotus Rubianus, il a perdu ses longues oreilles et sa queue d'âne, semblable à Apulée lorsqu'il reprit sa forme humaine. » « Salut et gloire à toi! Tu as échappé aux récifs et aux sirfes! Maintenant que tu es au port, comprends-tu combien sont à plaindre ceux qui ne se sont pas encore affranchis de la barbarie '? » Quant aux " vieux barbares», plongés dans leurs subtilités dialectiques et scientifiques, les nouveaux humanistes les méprisaient profondément, parce qu'ils ne comprenaient pas le latin classique et ne faisaient point de vers latins comme eux.
La plupart d'entre eux ne se piquaient que de versifier. Incapables de pénétrer profondément dans l'esprit des anciens, mettant la forme bien au-dessus du fond, regardant l'élégance du langage comme le but suprême de toute culture, ils ne cherchaient à s'approprier que la beauté extérieure de la forme antique. La puissance créatrice, la vérité intrinsèque, la profondeur de pensée, la sève, l'imagination, irisaient totalement défaut aux innombrables « hauts faits poétiques » dont ils étaient si fiers, et pour lesquels ils se traitaient mutuellement de modernes Horaces, de Virgiles, de vainqueurs de l'antique barbarie, et de restaurateurs du véritable bon goût -.
rations de l'humanisme ;\ cette époque, c'est Conrad Saldner, professeur de théologie à l'Université de Vienne. Voy. sa correspondance avec le patricien d'Augsbourg Sigismond Gossembrot, publiée par W. Wattenbach dans la Zeitschrift für die Geschichte des Oberrheins, t. XXV, p. 36-69.
' Voy. Tentzel, p. 151-1G2. — Krause, Briefwechsel, p. 382-383, Nr. 310. — La quantité de noms dont s'affublaient les savants est vraiment divertissante. Un humaniste d'Erfurt te fait appeler Publius ligilamius BaciUarius Axuagia ârbiila. V ajoute encore à ces noms celui de Trabotus (Kampschülte, p. I, p. 66, noie 2j. Eoban, Hessois de naissance, fils d'un cuisinier, se contente de trois noms : Helius{en sa qualité de favori du Dieu Soleil) Eobanus Hesstts.
^ • Le sujet des compositions des humanistes de ce temps » , dit Paulsen (p- 29),